Blog Notes d'Alain Juppé

14 juillet

Publié le 15/07/2012 par Alain Juppé

Le Président de la République s’est adressé aux Français le 14 juillet. Son entourage souligne la nouveauté de l’événement… Le changement, c’est vraiment maintenant!

Changement de décor aussi : l’Hôtel de la Marine et non plus l’Elysée ! Simplicité oblige. Mais n’est-ce pas encore un palais national, chargé d’histoire et de dorures ? Si je me souviens bien, l’hôtel fut construit au milieu du XVIIIème siècle, pour abriter le Garde-Meuble et les joyaux de la Couronne de France.

Mais laissons ces détails, qui n’auraient aucune importance si la com. présidentielle n’en tirait pas argument.

Sur le fond, on ne peut qu’être médusé de constater qu’une telle rencontre avec la presse et, à travers elle, avec les Français, annoncée à grand son de trompes, apporte si peu d’informations, et encore moins de décisions.

Je ne chipoterai pas sur quelques contre-vérités manifestes. Quand par exemple le Président nous dit qu’il faut aujourd’hui solder les  dépenses non-financées de ses prédécesseurs . La Cour des Comptes a déjà fait justice de ces accusations (classiques lors de tout changement politique) en écrivant très explicitement qu’il n’y avait aucune ardoise cachée.

Ou bien encore quand le Président soutient que, comme il s’y était engagé pendant sa campagne , il a renégocié le traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) . En réalité, ce traité, déjà ratifié par plusieurs Etats européens dont l’Allemagne, sera soumis au Parlement français dans les termes même où il a été signé par Nicolas Sarkozy. D’où le débat sur la règle d’or que la France va devoir introduire dans sa constitution (ou dans une loi organique?) , comme l’y oblige le TSCG. Parallèlement, le dernier Conseil européen a adopté un (modeste) programme de soutien à la croissance, dont les grandes orientations étaient sur la table depuis des mois et qui ne constitue en rien une renégociation du traité lui-même.

Mais le plus important n’est pas là. Le plus inquiétant, c’est l’absence totale de réponse à l’urgence économique et sociale.

Certes le Président condamne et rejette le plan social annoncé par PSA , dont la brutalité crée un véritable électrochoc. Mais il ne nous dit pas ce que le gouvernement propose à la place.

Et surtout, il reste dans le flou sur la stratégie qu’il compte mettre en oeuvre à court terme pour arrêter la dégradation accélérée de l’économie française dont tous les indicateurs passent au rouge. Il prononce bien le mot de « compétitivité », ce qu’il n’avait pas fait pendant sa campagne. Mais ce qu’il en dit va totalement à l’encontre de l’objectif. Il confirme ainsi la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires . C’est une bien mauvaise nouvelle pour les 9 millions de salariés qui en bénéficient et qui vont voir rogner leur pouvoir d’achat, d’autant que la mesure devrait être rétroactive au 1er janvier 2012. Mauvaise nouvelle aussi pour les entreprises dont les charges seront du même coup alourdies. L’argument selon lequel la défiscalisation des heures sup. aurait dissuadé les patrons d’embaucher n’est pas convaincant. Compte tenu de la rigidité de notre droit du travail et de l’inadaptation de notre système de formation qui n’est pas capable de leur proposer  les salariés qu’ils recherchent, rien n’assure qu’ils auraient créé de nouveaux emplois pour honorer de nouvelles commandes.

Seule certitude: le Président refuse toute augmentation de la TVA. Il s’obstine à ne pas admettre les effets positifs de cet impôt sur notre compétitivité extérieure. Il admet qu’il faut réformer le financement de notre protection sociale dont tout le poids , ou presque , ne doit pas continuer à peser sur les revenus du travail. Mais il ne dit pas quelle autre ressource pourrait y contribuer. La CSG ? Peut-être . Mais il y a d’autres solutions selon lui. Lesquelles ? Mystère. Or ce que les acteurs économiques craignent par dessus tout, c’est l’incertitude. Ils ont besoin de visibilité et de stabilité. C’est ce qu’ils attendaient sans doute de cette causerie du 14 juillet et qu’ils n’y ont pas trouvé. Rien non plus sur les réformes structurelles censées nous permettre de retrouver l’équilibre de nos comptes publics. La gestion globale des effectifs de la fonction publique reste toujours aussi impénétrable .

En attendant, on va supprimer la mesure de TVA anti-délocalisation qui devait s’appliquer en octobre et, du même coup on va annuler la baisse  programmée de 11 milliards d’euros (chiffre confirmé par le Président) des charges des entreprises. Si on ajoute la hausse des cotisations nécessaire pour financer le retour partiel à la retraite à 60 ans, on mesure l’ampleur du contre-sens que le nouveau pouvoir est en train de commettre .

Il est vrai que M. Jospin va moraliser la vie politique en proposant d’interdire le cumul des mandats . Pour ma part, ayant pour seul mandat celui de maire de Bordeaux , j’ai anticipé. J’attends avec gourmandise ce qui va sortir des travaux de cette nouvelle commission… et surtout du débat parlementaire .  Le changement, c’est peut-être pour demain.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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