Blog Notes d'Alain Juppé

15 ans de travail…

Publié le 23/10/2012 par Alain Juppé

Mardi 23 Octobre 2012. Journée estivale à Bordeaux. Soleil aussi dans mon coeur : ce soir nous allons traverser la Garonne en empruntant le nouveau pont qui reliera le quartier de Bacalan et celui de la Bastide, et , au delà, les deux rives de notre fleuve.

J’en ai rêvé, de ce pont! Au début, c’est-à-dire dans les années 1995/6, tout de suite après ma première élection en tant que maire de Bordeaux et président de la Communauté urbaine, j’avais rêvé de relier directement la place des Quinconces et la Bastide. C’était tentant. De l’esplanade, entre les colonnes rostrales, on dominait le fleuve et, très spontanément, on avait envie de prendre son élan pour rejoindre l’autre rive. Très vite, je me suis rendu compte que ce projet allait à l’encontre de mon idée de protéger l’hypercentre de la circulation automobile en le desservant par un tramway. Le pont des Quinconces aurait immanquablement aspiré un trafic important au coeur du triangle bordelais. Alors a commencé une longue concertation qui a porté à la fois sur le bon positionnement du nouveau franchissement et sur sa nature: pont ou tunnel. Les débats furent passionnés. Je fis installer des tentes sur les quais et les mis à la disposition de tous ceux qui voulaient exprimer leur point de vue, y compris des associations les plus agressives (Trans’cub…). Les habitants des deux rives, les urbanistes, les historiens, les pilotes du port de la lune, les armateurs des paquebots de croisière, les amoureux du site, etc… y prirent part. Peu à peu la bonne solution se dessina: un pont levant dans le prolongement de la rue Lucien Faure, qui bouclerait les boulevards rive gauche/rive droite en attendant la construction d’un autre pont, en amont, au droit du boulevard Jean-Jacques Bosc. Mon premier projet urbain  trouvait ainsi toute sa cohérence. Je passe sur le détail des discussions et délibérations. En juillet 1999 enfin, la décision de lancement du pont fut prise. Nous n’étions pas au bout de nos peines… puisque la première pierre ne fut posée que 10 ans plus tard! Entretemps, il avait fallu notamment convaincre le comité du patrimoine mondial de l’UNESCO – qui avait eu connaissance de la maquette du projet avant de prononcer le classement de Bordeaux – que cet ouvrage était nécessaire au développement de la ville et de son agglomération… et qu’en outre il était beau.

Fin août, j’ai remonté la Gironde depuis l’estuaire, puis la Garonne. Après être passé sous le pont d’Aquitaine, j’ai vu se dresser devant moi les pylones du nouveau pont et je suis resté sous le choc de cette extraordinaire  porte d’entrée dans Bordeaux. Je suis sûr qu’on viendra la visiter de loin. J’ai retrouvé sur le site des opposants au pont (pont.bacalan.bastide.free.fr), ce texte de 2007 : « Alain Juppé et le PS se préparent à défigurer Bordeaux.  » !!!! Ironie de l’histoire…

Il fallait donner un nom à ce pont. L’habitude commençait à se prendre de l’appeler pont Bacalan-Bastide, en abrégé pont baba. Sympathique sans doute. Mais je me voyais mal faire la promo de Bordeaux à l’international en vantant les mérites du pont baba… Sans rien demander à personne, sans la moindre concertation préalable, notamment avec les élus de Bordeaux, V. Feltesse proposa le nom de Toussaint Louverture… qui ne mit jamais les pieds à Bordeaux. Il convint rapidement que, ce pont étant tout entier situé sur le territoire de la commune de Bordeaux, la bonne règle et la bienséance voulaient qu’il appartînt au conseil municipal de Bordeaux d’en décider. La commission compétente dudit conseil en discuta. Près de 3 000 internautes donnèrent leur avis sur le site « Je participe.fr ». Le spectre des propositions fut large: outre Chaban, on relève Commandant Cousteau, Mauriac, Montesquieu, Gabriel Delaunay, Porte Océane, Sousa Mendes, Jacques Ellul, Aliénor d’Aquitaine … et même Juppont!  Le nom de Chaban arriva en tête et c’est celui que je proposai au conseil municipal qui l’adopta. Ce choix est, à l’évidence, le meilleur. Quelle personnalité a plus marqué l’histoire de Bordeaux au XXème siècle que Jacques Chaban-Delmas? Résistant prestigieux, homme d’Etat respecté, Premier Ministre inventeur, avec Jacques Delors, du projet de « nouvelle société »… et maire de Bordeaux pendant 47 ans, marquant sa ville d’une empreinte indélébile, dans les pierres (bâtisseur de trois ponts dont le pont d’Aquitaine) et plus encore  dans les coeurs. Et puis, n’est-ce pas un beau symbole de l’esprit girondin que de voir notre ville reliée en amont par le pont François Mitterrand, en aval par le pont Jacques Chaban-Delmas?

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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