Je reprends ici le titre d’un bel article que publie aujourd’hui Le Monde, sous la signature d’un groupe d’universitaires qui ne se résignent pas à l’éradication du latin et du grec des programmes de notre éducation nationale.
J’ai souvent eu l’occasion de dire combien je partageais leur conviction: permettre à nos collégiens, à nos lycéens, à nos étudiants de s’initier à nos langues mères, ce n’est pas de l’élitisme (stupidité de l’opprobre fait à ce mot et à ce concept dans la “littérature” politiquement correcte!!) ou de la ringardise, ou du temps perdu. C’est au contraire une merveilleuse chance de plonger au plus profond de leur histoire intime, de prendre un peu de ce recul si rare dans notre société du temps dit réel.
Jacqueline de Romilly a mené pour cette cause un admirable combat. Tous les arguments se trouvent dans ses livres. Deux ou trois me reviennent à l’esprit.
D’abord, comment demander à des professeurs de français d’enseigner une langue dont ils ignoreraient les origines, la formation, le génie propre? C’est ce qui est jeu dans la réforme du capes de lettres classiques. Dans la foulée, on pourrait dispenser les candidats d’étudier la Chanson de Roland, ou le Testament de Villon dans le texte… qui est difficile! Il existe aussi des “adaptations” des Essais de Montaigne en français du XXème, bientôt du XXIème siècle…
Ensuite, pourquoi se priver de la précieuse école de méthode, j’ose dire de rigueur intellectuelle que constitue l’apprentissage d’une langue à déclinaison, aussi structurée que le latin? Certes, cet apprentissage est exigeant. Mais à force de ne rien exiger, on risque de fort peu récolter. Et qu’on ne vienne pas me dire qu’il est plus “utile” d’apprendre le chinois ou l’arabe. Dans des programmes bien aménagés, il y a de la place pour diverses expériences. Quant à l’utilité, combien de lycéens auront-ils l’occasion, dans leur vie professionnelle, de résoudre des équations du deuxième degré? Va-t-on en conclure que l’enseignement de l’algèbre est “inutile”?
Et surtout, a-t-on le droit de priver tant de jeunes de la chance de rêver un jour à la naissance de l’”aurore aux doigts de rose”, ou aux tourments de la “mer vineuse” en suivant Ulysse dans ses tribulations? Ou d’accompagner les premiers pas de la démocratie en écoutant l’éloge qu’en fait Périclès? Ou de découvrir avec Antigone qu’il y a des valeurs supérieures aux lois imparfaites des hommes? Tous nos grands mythes, bien de nos grands concepts sont déjà là. Bien sûr, il y a d’excellentes traductions d’Homère, de Thucydide ou de Sophocle. Mais combien plus profonde est la marque qu’en conserve celui qui a pris la peine de fréquenter l’original!
J’ai bien conscience de m’associer à un combat qui n’intéresse plus grand monde, qui suscite au mieux l’indifférence, au pis la dérision. Mais mes “humanités” m’ont donné trop de bonheur pour que je ne rende pas, à ceux qui en sont encore les champions esseulés, un peu de reconnaissance et de respect.
Les mathématiciens français s’illustrent à nouveau: deux d’entre eux, Cédric Villani et Ngo Bao Chau, viennent d’obtenir la médaille Fields, qui est l’équivalent du prix Nobel dans leur discipline. La recherche mathématique française confirme ainsi qu’elle est au tout premier rang mondial. Bravo et merci à nos chercheurs qui nous offrent là une bonne dose “anti-morosité”.
Visite, avant-hier, à l’Ecole Normale, rue d’Ulm.
Emotion d’abord : je retrouve, dans un battement de coeur, le bassin aux Ernests (surnom ineffaçable des poissons rouges…), la cour paisible dans le tumulte du quartier latin, la bibliothèque certes agrandie mais dont les rayonnages n’ont pas changé… Quatre années passées dans ces murs, à l’âge où tout était possible…
Enthousiasme surtout : c’est le sentiment que m’inspire le parcours, même rapide, de plusieurs laboratoires, lettres et sciences, sous la conduite des chercheurs, parmi les doctorants venus de tous les points cardinaux de la planète. L’Ecole a profondément évolué : l’interdisciplinarité s’y vit au quotidien ; l’ouverture internationale est physiquement perceptible ; la recherche de partenariats avec d’autres établissements d’enseignement supérieur est en bonne voie, avec par exemple la création de Paris Lettres Sciences qui va regrouper le Collège de France, l’Observatoire de Paris, l’Ecole supérieure de physique chimie… en une Fondation de coopération scientifique d’excellence
Quand je demande à un chef de département venu de l’étranger pourquoi il a choisi de venir travailler ici, il me répond en souriant: “Pas pour l’argent! (et pour cause, les salaires proposés ailleurs en Europe ou en Amérique sont bien supérieurs). Mais parce qu’on trouve ici parmi les meilleures équipes du monde, notamment en mathématiques et en physique.”
Nous qui nous complaisons tant dans la morosité, avons-nous assez conscience de détenir là une richesse inestimable : celle de l’intelligence et du savoir? Installée, il faut le dire, dans des conditions à peine décentes. Il suffirait de quelques dizaines de millions d’euros pour donner à cette élite de la science mondiale des locaux convenables. J’espère qu’une petite partie des fonds du “grand emprunt” servira à cela, comme nous l’avons proposé.
Mais j’ai écrit “élite”! Quelle imprudence dans un temps où il vaut mieux vilipender l’élite, plutôt que de lui demander de nous tirer vers le haut.
Quel bonheur d’écouter, hier soir, Eric Orsenna nous parler de la mondialisation, en philosophe et en navigateur. Sa réflexion est nourrie de mille expériences passionnantes vécues à travers la planète. La salle, remplie à craquer, de l’auditorium du CAPC à Bordeaux est restée sous le charme pendant plus d’une heure. Et le débat aurait pu se prolonger tard dans la soirée.
Je me suis dit que nous avions devant nous un homme cultivé, un vrai. Celui dont la culture repose sur un savoir et qui prend du recul. Le contraire de ce “produit” dénommé “culture” qu’on nous vend dans l’univers médiatique, et qui est souvent marqué du sceau de la superficialité et du court-termisme. C’est bon pour les neurones! Et par dessus le marché, cela met en joie.
Depuis l’échec de Copenhague, les vents mauvais du doute se sont levés sur le développement durable.
Les climato-sceptiques, comme on dit, se déchaînent. Il ne faut certes pas les traiter par le mépris. La confrontation des points de vue est toujours utile. Mais quelles que soient les imperfections, voire les erreurs des rapports officiels (je pense à ceux du GIEC), même si la climatologie est une science jeune, le consensus scientifique reste solide: les changements climatiques, dans lesquels l’activité humaine a une part de responsabilité, sans doute pas exclusive mais importante, menacent, de multiples manières, nos conditions de vie. Il faut donc nous donner les moyens de les combattre. Qui peut le contester?
Je lis, avec un peu d’amusement, les déclarations fracassantes de Claude Allègre. Quand le bruit médiatique s’apaise, voici ce que je retiens de ses propos:
- “La planète est-elle menacée de réchauffement? Oui, de deux ou trois degrés dans …un siècle. Mais elle est aussi, peut-être, menacée de refroidissement. Faut-il continuer à s’agiter dans des colloques sans rien faire ou faut-il, comme nous le suggérons, s’adapter à toutes les éventualités?
- Le C02 est-il une menace? L’excès de CO2 évidemment. Et cet excès doit être combattu car, par exemple, il acidifie l’océan et de toute manière, il est de bonne pratique d’économiser les énergies fossiles. Mais , en l’état, tout lui imputer, donc tout imputer à l’homme , c’est s’égarer.” (Propos tirés d’un article du Monde en date du jeudi 4 mars 2010)
Sommes-nous si loin d’un terrain d’entente entre responsables de bonne volonté? Je crois que non, à condition de se garder, de part et d’autre, de tout fanatisme.
Il existe un intégrisme vert dans lequel je ne me reconnais naturellement pas. Quand j’entends prôner, en bloc, la “décroissance” comme valeur universelle, je me dis qu’on frise l’indécence. Allons-nous parler décroissance aux hommes, aux femmes, aux enfants qui, par centaines de millions, manquent de tout à travers la planète? Ils ont besoin de manger, d’accéder à l’eau potable, de se loger, de se soigner, de se former… Il faut donc produire de la nourriture, de l’eau propre, des logements, des hôpitaux, des écoles… Et tout cela, c’est de la croissance! En revanche, dans nos pays riches, nous gaspillons sans compter des ressources rares, et c’est à nous d’inventer une nouvelle croissance, une croissance sobre en énergie, en eau, en territoires… Rien ne doit nous détourner de cet impératif de survie, ni la crise qui dure, ni la mode qui change, ni le doute qui s’insinue.
Dans cette mobilisation pour une autre croissance, nos paysans et notre agriculture sont en première ligne. Parce qu’ils nous nourrissent et qu’ils peuvent nourrir, au delà de nos frontières, des millions d’êtres humains. Parce qu’ils donnent vie à la terre qui, sans eux, reste souvent stérile. Or ils traversent aujourd’hui un drame sans précédent et sans exemple. Aucune autre catégorie professionnelle n’a subi un tel effondrement de ses revenus, une chute de 50% en deux ans! Il serait criminel de laisser faire. La collectivité nationale, mais aussi l’Europe, si elle a du coeur, et si elle comprend où est son intérêt supérieur, doivent sans tarder engager des réformes de fond pour garantir à nos paysans des conditions de vie décentes, sur la durée, à l’abri des variations erratiques des cours mondiaux des produits agricoles.
Faut-il pour autant perdre de vue ou différer les efforts que nous devons tous faire pour mieux respecter notre environnement? Je viens de dire pourquoi, à mes yeux, l’exigence d’un changement drastique de notre modèle de croissance ne devait pas faiblir. Ici encore, il faut éviter de tomber dans l’intégrisme. Agir dans la durée plutôt que dans la précipitation, c’est souvent se donner de meilleures chances de réussite. Certaines transitions sont préférables à de brutales ruptures. Ceux qui travaillent la terre le savent bien. Mais il y a des mouvements de fond qu’il ne faut pas contrarier. Celui qu’a amorcé le Grenelle de l’environnement, dont l’un des plus grands mérites a été d’asseoir autour de la même table des gens qui ne se parlaient pas, et, dès lors, ne se comprenaient pas, et parmi eux, les paysans et les écologistes, est un des plus riches de possibilités. Les choses sont en train de changer, dans la manière de produire et de consommer. Ne brisons pas l’élan.
Nous n’avons pas toujours été d’accord sur tout, Séguin et moi, c’est le moins qu’on puisse dire. Nous nous sommes même opposés vivement en 1988/1989 sur la manière de conduire le RPR; ou bien encore en 1992 sur le traité de Maastricht qu’il combattait et que je soutenais. Nous avons aussi mené des combats côte à côte, en particulier la campagne présidentielle de Jacques Chirac en 1994/1995.
Mais au delà des divergences politiques, et de la différence de nos tempéraments, il y avait aussi une forme d’affinité entre nous, entre les deux produits de la “méritocratie” républicaine que nous étions. Et une estime mutuelle, pas toujours exprimée mais, je le crois, profonde. J’avais en tout cas pour lui de l’admiration et sa disparition prématurée me peine sincèrement. Il pouvait apporter beaucoup au débat politique, et à la France.
Je retrouve par hasard dans mes papiers une lettre de sa main, qu’il m’a adressée le 29 octobre dernier. Je la cite:
“Je n’avais pas eu le temps de te lire… Et pourtant nous avons dit - à peu près - la même chose sur l’identité nationale … et son grand débat. Ma modestie naturelle m’empêche de dire que “les grands eprits etc etc…”
Il joignait à sa lettre une copie du script de l’interview qu’il avait donnée à Michel Grossiord le 29 octobre sur les ondes d’Europe1:
Question de M. Grossiord: “Un grand débat sur l’identité nationale vous semble-t-il utile aujourd’hui?
Réponse de Ph. Séguin: “Je suis tenu au devoir de réserve. La seule chose que je puis vous dire, c’est que si vous tapotez sur l’ordinateur que vous avez en face de vous, au mot nation on vous renverra probablement à Ernest Renan. Ernest Renan, il y a des pages qui sont tout à fait remarquables.”
Je citais ce texte de Renan dans mon blog le 27 octobre dernier.
Rituel des voeux. On peut s’en moquer. J’y vois pour ma part, une bonne tradition qu’il faut respecter. Les occasions sont si rares de prendre un peu de recul par rapport au brouhaha de la vie quotidienne, de faire retour sur quelques valeurs à partager, bref de nous réunir plutôt que de nous diviser.
La paix. La paix dans le monde, entre les nations, au sein de chaque nation, la paix dans nos cités, dans nos familles, dans nos coeurs. La paix n’est pas seulerment l’absence de guerre. C’est beaucoup plus: le sentiment de plénitude que procure la confiance. Confiance en soi, confiance en l’autre. “Pax hominibus bonae voluntatis”. Nous avons du mal à traduire cette formule latine. Dieu dit: “Paix sur la terre aux hommes qui m’aiment.” Il y a donc de l’amour dans la paix.
La santé, avant tout. Ici encore on peut donner une définition négative: l’absence de maladie, de souffrance, “le silence des organes” comme écrit joliment Michel Serres. Mais c’est beaucoup plus: l’harmonie avec soi-même, avec les autres, la capacité accrue de donner et de se donner. Ce n’est pas un droit, bien sûr. Le droit, c’est celui de l’égal accès aux soins. La France est sans doute le pays au monde qui le garantit le mieux. Il suffit de voyager pour s’en convaincre. Chez nous, il y a encore des failles: méconnaissance des droits, exclusion, précarité. La rue et la santé ne font pas bon ménage. Mais dans le monde, l’injustice fait scandale: systèmes de santé inexistants, y compris dans certains pays émergents; médicaments contrefaits; traitements des grandes pandémies inaccessibles, etc… Que de chantiers devant nous!
Du travail. Oui, je souhaite du travail à tous ceux qui en cherchent. Car le travail libère et anoblit. Mais le bon travail: le travail stable, reconnu et considéré, quelle que soit la nature des tâches, le travail justement rémunéré. L’égalitarisme, évidemment, est un piège, qui risque de paralyser tout esprit d’entreprise, toute volonté d’initiative et de création. Les différences existent: différences d’efficacité, d’énergie, de talent, de compétence, de niveau de formation. Tout mérite vaut reconnaisance. Mais rien ne justifie la distance sidérale que nous avons laissé se créer entre les plus bas salaires et les rémunérations extravagantes qui dépassent les bornes de la décence. Les Etats disposent de l’arme absolue pour rétablir de la mesure: l’arme fiscale.
Tous ces voeux, nous pourrons probablement les échanger à nouveau dans un an… si Dieu le veut.
Ce n’est pas une raison pour nous dispenser de les exprimer aujourd’hui. Ils constituent notre feuille de route, nos raisons de vivre et, quand la moindre parcelle s’en réalise, notre joie de vivre. Joyeuse année à tous.
J’entends parfois dire que l’urgence, c’est de lutter contre une crise dont nous ne sommes pas encore sortis. Et que, pour le réchauffement climatique, on verra plus tard.
Je ne vous surprendrai pas en exprimant mon désaccord total avec cette vision des choses.
D’abord parce que la “croissance verte” peut, en elle-même, constituer une réponse à la crise. Les technologies vertes nous ouvrent de riches perspectives de création d’entreprises et d’emplois. Le président Obama en fait l’un des point forts de sa stratégie de sortie de crise. Et, dans les axes prioritaires d’investissement que Michel Rocard et moi-même avons proposés, elles figurent en bonne place.
Mais il y a une raison plus profonde. Je crois qu’à l’origine de la crise et au coeur du défi écologique, on retrouve les mêmes ressorts. Les deux sont en vérité le fruit amer de la démesure humaine. Culte de l’argent pour l’argent, cupidité, arrogance, d’un côté; gaspillages, avidité, égoïsme, volonté de domination de la nature à courte vue , de l’autre… les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Et les remèdes sont du même ordre: retour au sens de la mesure, recherche d’une vision à long terme des conséquences de nos décisions, respect des équilibres tout à la fois de la société et de la nature.
Ce n’est pas un hasard si le même avertissement a été lancé par ceux qui combattent la crise et par ceux qui prônent un développement durable: “Ne recommençons pas comme avant! Changeons de modèle économique!”
Déjà l’an dernier, le 24 décembre, dans une tribune parue dans le journal La Croix, je souhaitais, avec tous les autres signataires du texte, que nous trouvions les chemins d’une “sobriété heureuse”. SOBRIETE, et non DECROISSANCE GENERALE. Il nous faut évidemment organiser la décroissance des gaspillages multiples dont la “société de consommation” donne le détestable exemple. En revanche nous avons besoin d’une nouvelle croissance, plus respectueuse des équilibres naturels, pour subvenir aux besoins de tous ceux qui manquent encore du nécessaire. HEUREUSE, parce que développement durable ne rime aucunement avec privation, austérité ou punition; c’est au contraire une voie nouvelle vers un monde où les valeurs de partage et d’harmonie (avec nos semblables et avec notre environnement naturel) seront davantage à l’honneur. J’en conclus donc: sortie de crise et succès de Copenhague, même combat.
Hier soir, conseil de quartier à La Bastide. La question de la construction d’une mosquée à Bordeaux vient en débat. Un groupuscule, dont il n’est pas difficile de deviner les affinités politiques, me prend à parti violemment et me somme d’organiser un référendum “à la suisse”. Je réponds que jamais je n’empêcherai des habitants de ma ville de pratiquer leur religion et que, dans la mesure de mes compétences, je les y aiderai même. C’est ma conception de la laïcité et du respect de la liberté religieuse. La salle semble partagée. Mais finalement, je l’emporte à l’applaudimètre.
Une heure plus tard, au coeur du Vieux Bordeaux, j’inaugure les nouveaux locaux d’une association exemplaire, PromoFemmes, qui, depuis 15 ans, sous l’impulsion d’une présidente admirable, Anne Conchou, et de son équipe, accueille dans notre ville les femmes migrantes confrontées à toutes les difficultés de l’intégration : méconnaissance de la langue, éloignement du marché du travail, charges de famille… La Ville, l’Etat et les collectivités départementale et régionale lui apportent régulièrement leur aide.
Je conclus mon petit discours ainsi: “Etrange société que la nôtre: d’un côté des gens qui passent leur temps à dresser les communautés les unes contre les autres et à propager le rejet de l’autre et même la haine, avec aujourd’hui une obsession particulière: l’islamophobie; de l’autre un engagement généreux au service des autres, la recherche de l’harmonie et de la compréhension mutuelle, le respect et l’amour.”.
Ce qui me fait chaud au coeur, c’est que les seconds ont l’air tellemment plus heureux que les premiers!
Belle réunion, hier soir, au musée d’Aquitaine à Bordeaux. A la tribune, l’archevêque de Bordeaux, le Grand Rabbin, l’évêque orthodoxe, l’imam de la mosquée, le pasteur de l’Eglise réformée, la représentante des boudhistes.
Cette rencontre était le fruit du dialogue entre les grandes familles religieuses et spirituelles de notre ville dont j’ai pris l’initiative au début de cette année.
Pour moi, la laïcité qui est un des piliers de notre République ne signifie pas fermeture aux réalités sociales et morales, et ignorance du fait religieux. Certes l’ordre du temporel et l’ordre du spirituel doivent rester distincts. Chacun son rôle. Mais cette séparation n’interdit pas le dialogue et l’écoute mutuelle. C’est ce que nous avons essayé de montrer hier soir. Et avec succès.
Le thème que les participants avaient choisi de traiter était le suivant: ” Crise économique ou crise de l’humain?”
Les échanges ont été riches et intenses. J’en ai retenu les mots les plus forts. Les mots du diagnostic: EXCES, DEMESURE,AVIDITE, CUPIDITE, IDOLES, IRRATIONNEL… Les mots de l’espérance, aussi: ENGAGEMENT, DON, RAISON, GENEROSITE, PARTAGE, RECHERCHE …
Et “le” politique dans tout cela?
Il peut et doit agir dans son ordre: celui du concret, à savoir le logement, l’éducation, la lutte contre la précarité et la pauvreté… comme nous en avons affirmé l’ambition à l’occasion de notre récent Forum social.
Il doit aussi être à l’écoute de tous ceux qui portent les interrogations et les recherches des hommes et des femmes qui ne trouvent pas l’équilibre et le bonheur dans les seules satisfactions matérielles. C’est tout le sens du dialogue inter-religieux dont Bordeaux, avec d’autres, donne l’exemple.