Comment enseigner à nos enfants le respect d’autrui quand un journaliste chevronné, au motif qu’il n’aime pas sa politique, ses méthodes de gouvernement ou tout simplement sa personnalité, se permet de qualifier le Président de la République de “voyou”? O tempora, o mores!
Plusieurs d’entre vous me pressent de sortir de ma “torpeur estivale”. Je n’en ai guère envie. Cela fait du bien de décrocher de temps en temps, de prendre un peu de recul… même si je ne suis qu’à moins de 200 km de Bordeaux.
Pourtant, j’ai craqué à la lecture de l’article que Frédéric Martel vient de signer dans Le Point, sous le titre: “Français, pour exister, parlez English.”
Ce papier est, me semble-t-il, un bel exemple de confusion intellectuelle.
Au départ, une affirmation péremptoire, mais que je fais totalement mienne: “Si les Français veulent exister dans le monde d’aujourd’hui, ils doivent parler anglais.” Certes! Mais qui le conteste?
J’adhère aussi pleinement à la proposition d’une “amélioration drastique de l’apprentissage de l’anglais en France.” Dans ce domaine, notre système éducatif est mauvais. Les seuls véritables progrès qu’ont faits mes enfants en anglais, c’est à l’occasion de stages ou de séjours en pays anglophones. Heureusement, “l’année à l’étranger” devient un point de passage obligé dans un grand nombre de cursus universitaires. C’est un chance que ma génération n’a pas eue.
Mais de cette première affirmation, dont il faut bien dire qu’elle tombe sous le sens, l’auteur de l’article tire des conséquences qui, elles, relèvent carrément de la confusion intellectuelle.
D’abord l’idée que, faute de créativité linguistique nationale, nous devons truffer notre français de mots empruntés à l’anglais. C’est dans l’air du temps, j’en conviens. Ce n’est pas pour autant que ce n’est pas ridicule! Les exemples foisonnent. Je citerai l’un des plus plus récents, entendu dans la bouche d’un possible émule de F.Martel , qui m’a fait joyeusement rigoler: modernistes de tous pays, unissons nous pour préférer le “bottom up” au ” top down!”
De grâce, qu’on ne vienne pas nous dire qu’il faut remédier à la ringardise du vocabulaire “françois”, qui ne saurait pas inventer des mots nouveaux pour nommer des réalités nouvelles! En l’espèce, je suis très à l’aise quand je compare le ” de bas en haut” … au ” du haut en bas”. Non! sauf exception - il y a bien sûr des termes intraduisibles qui doivent continuer à enrichir notre langue -, la véritable explication de l’actuelle épidémie de “franglais”, c’est, selon moi, le snobisme : comme nous parlons mal l’anglais (cf. supra), il est plus facile, pour donner le change, d’émailler notre conversation de mots anglais qui font chic. Mainstream… Autre exemple: cette publicité d’une grande marque automobile qui vante les mérites de son véhicule… “energy saving”, comme si , pauvres couillons de consommateurs français, nous ne savions pas ce qu’économiser l’énergie veut dire. Grotesque!
Nos amis québécois, qui luttent pour leur survie nationale, c’est-à-dire linguistique et culturelle, avec une énergie et une intelligence admirables, pourraient remédier à nos carences de vocabulaire, eux qui ont compris qu’il était parfaitement possible de préserver la beauté de la langue française, et de parler couramment anglais. Eux qui, seuls au monde, ont inventé la traduction de “bed and breakfast”, à savoir : “couette et café”. Génial, non ?
Je ne veux pas “titiller” Frédéric Martel, mais enfin! Ne tombe-t-il pas lui-même dans la frilosité franchouillarde lorsqu’il revendique, pour les francophones, le droit de pouvoir utiliser l’accent circonflexe sur Internet ? Il faudrait s’entendre! Notre seul avenir est-il l’anglais, sans accent cela va de soi… ou reste-t-il encore un peu de place pour notre grammaire nationale?
Plus sérieusement, l’idée qui sous-tend l’article du Point me paraît fausse. La mondialisation, ce n’est pas l’américanisation universelle. C’est la diversité. Y compris la diversité linguistique. L’anglais n’est pas la seule langue parlée à travers le monde. Ce n’est même pas la plus répandue. Le chinois lui dame le pion. Les anglophones eux-mêmes sont en train de se rendre compte que leur fréquente ignorance des autres langues du monde (ne généralisons évidemment pas!) constitue souvent un handicap. L’avenir, c’est le multilinguisme, en Europe et dans le monde. Nos enfants doivent parler anglais, mais ils se donneront, dans leur vie professionnelle ou personnelle, des atouts supplémentaires s’ils apprennent le chinois, l’espagnol, l’arabe etc… Dans ce cadre, le français garde toutes ses chances. Certes, il est en recul. Mais l’envie de parler français reste puissante, et pas seulement dans nos territoires d’influence traditionnels. Le travail admirable des lycées français à l’étranger ou des alliances françaises à travers les continents l’atteste.
Alors, vive la francophonie! C’est une belle cause. Une cause d’avenir. Je me demande si le “tout anglais” n’est pas déjà daté… du siècle dernier.
L’hypocrisie, y en a marre! Il paraît que ce n’est pas la faute de Facebook, mais celle de l’alcool! Et que les hommes politiques ne doivent pas s’en mêler mais laisser les jeunes s’amuser…
J’ai déjà été confronté deux fois, en tant que maire de Bordeaux, à des appels conviant les jeunes à se rassembler sur telle ou telle place publique de la ville… “pour faire la fête”. Je sais parfaitement ce que cela veut dire: pour se saouler la gueule le plus vite possible avec des alcools durs, style vodka, rhum, gin… ou des kyrielles de canettes de bière. Et on a vu partout le résultat: des dizaines de jeunes en coma éthylique, qu’il faut accueillir sous des tentes de dégrisement, ou carrément hospitaliser. C’est cela qu’on appelle faire la fête?
Je souhaite que la jeunesse de ma ville puisse s’amuser et je n’ai nulle intention de mettre un bonnet de nuit sur nos quartiers. Mais l’alcoolisme, ou l’alcoolisation rapide comme on voudra, est une plaie. Je ferai donc tout, en liaison avec le représentant de l’Etat et la police nationale, pour mettre les “organisateurs” de telles beuveries face à leurs responsabilités, y compris pénale. Le tragique accident qui vient de survenir à Nantes montre qu’il y va de la vie et de la mort de nos enfants.
La SNCF vient d’annoncer un déficit d’1 milliard d’euros, dû pour l’essentiel à la quasi-faillite de sa branche fret. Ainsi donc, malgré les proclamations officielles, malgré la volonté affichée de lutter contre les “murs” de camions qui, sur les grands axes de circulation, massacrent notre environnement, nous sommes toujours incapables de développer le fret ferroviaire. J’entends bien que la crise est passée par là. Mais le déclin du fret est bien antérieur à la crise et on ne discerne aucune perspective d’amélioration.
Il va bien falloir, pourtant, changer nos comportements comme beaucoup de pays européens voisins ont commencé à le faire. Si la vertu ne suffit pas, il faut utiliser l’arme fiscale. C’est la raison d’être de la taxe carbone, aujourd’hui victime de l’éco-scepticisme ambiant depuis l’échec de Copenhague.
Qu’il faille remettre à plat un projet incompris, on peut l’admettre. Qu’il faille, parallèlement, mener le dur et long combat de la taxe carbone européenne, j’en suis d’accord. Mais la France ne doit pas renoncer.
Coup de chapeau à Chantal Jouanno qui disait ce matin à la radio: “Il faut y aller! Il faut aller jusqu’au bout”.
Pour tous ceux qui y croyaient (et j’en étais), pour tous ceux qui s’étaient mobilisés depuis des mois, pour tous ceux qui avaient lancé un “ultimatum climatique” aux dirigeants de la planète et qui attendaient une sorte de “big bang” écologique à Copenhague, le résultat de la conférence de l’ONU est une immense déception.
Qu’on en juge: l’accord, si l’on peut parler d’accord, est quasiment vide.
Certes les “parties” affirment leur volonté de limiter le réchauffement de la planète à 2°C. La belle affaire dès lors que cette déclaration de principe n’est accompagnée d’aucun engagement concret! Tout juste l’annonce d’offres nationales de réduction des émissions de gaz à effet de serre. A venir et sans sanction. Un mécanisme de vérification est, lui aussi, annoncé mais ses modalités restent à négocier.
Seul point positif: des chiffres sont avancés pour financer la nécessaire adaptation des pays en développement, premières victimes du dérèglement climatique et dépourvus des moyens d’y faire face: 30 milliards de dollars sur 2010/2012 (dont 10,6 promis par l’Union Européenne, 11 par le Japon et 3,6 par les Etats-Unis), puis 100 milliards de dollars par an à échéance de 2020, grâce à des financements innovants… qui ne sont pas arrêtés.
De nouveaux rendez-vous sont pris pour 2010 à Berlin, puis à Mexico. mais rien n’est prévu pour changer la méthode de négociation qui s’est révélée calamiteuse. Pour avoir passé deux jours dans le centre de conférence de Copenhague, le Bella Center, j’ai pu mesurer l’ampleur de la pagaille: comment 193 délégations officielles peuvent-elles sérieusement négocier, au milieu de dizaines de milliers de participants/observateurs? La présidence danoise n’est pas seule en cause. C’est l’ONU qui doit revoir ses procédures. On comprend combien il est nécessaire de créer une “organisation mondiale de l’environnement” digne de ce nom. Hélas! la proposition portée par la France n’a pas été retenue. Demain, les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets.
Le Président Sarkozy a déployé une considérable énergie pour “désembourber” la conférence et ses efforts méritent d’être salués. Mais il faut regarder la réalité en face: tout s’est joué dans la confrontation entre les deux partenaires qui sont à la fois principaux responsables de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, et détenteurs de la puissance économique, voire politique dans le monde recomposé: les Etats-Unis d’un côté, la Chine et l’Inde de l’autre. Obama, prisonnier de son Congrès, a manqué l’occasion d’entraîner la planète vers un autre modèle de développement. La Chine s’est montrée à la fois consciente des enjeux, y compris pour sa propre survie, mais fortement allergique à toute contrainte internationale, fût-elle librement consentie. L’Europe, hélas! n’a pas vraiment pesé, faute de vraie conviction partagée;
Et maintenant? Ne pas désespérer. Les seuls moments stimulants que j’ai vécus à Copenhague ont été les rencontres du Sommet des Maires. Une centaine de maires de grandes villes à travers la planète (dont Bordeaux) ont échangé leurs expériences et comparé leurs projets. Un seul slogan :”Cities act”. Les villes agissent. Je suis convaincu depuis longtemps que tout commence par le “local”, sur le terrain, par la modification de nos comportements au quotidien. Nous allons continuer et amplifier nos politiques de développement durable, dans leurs trois composantes: écologique, économique et sociale.
Moments rafraîchissants également que les deux heures passées au Forum Climat organisé par les ONG. Et, finalement, moins brouillon que la conférence officielle. Il y a dans la “société civile” des trésors de générosité et de foi, laquelle, comment chacun sait, peut soulever des montagnes
Mais on ne peut évidemment se passer du “global”. Un nouveau combat commence. Les plus déterminés doivent se regrouper pour repartir à l’assaut des conservatismes et des inconsciences.
J’aime bien Thalassa, le magazine de la mer présenté sur France 3 par Georges Pernoud et son équipe. Même les moqueries de Vincent Delerm dans sa jolie chanson, “Tes parents”, ne m’ont pas dissuadé d’être fidèle à ce rendez-vous régulier devant mon petit écran. J’aime, dans mon fauteuil, sillonner les mers du monde et partager les combats écologiques des “sentinelles du littoral”.
Parfois un reportage audacieux crève l’écran et nous fait réfléchir. Vendredi dernier, celui de Daniel Grandclément m’a bouleversé. On y découvre l’horreur de l’esclavage, je ne trouve pas d’autre mot, auquel sont réduits les talibés de l’école coranique du port sénégalais de M’bour. De très jeunes garçons (10 ans et moins) sont “placés” par leurs parents auprès d’un marabout censé faire leur éducation. Ils dorment entassés sur d’infectes paillasses dans une sorte de réduit qui leur sert aussi de salle de classe. Avant le lever du jour, les “cours” commencent. Ils consistent en fait à ânonner longuement des versets du Coran dont les enfants ne comprennent pas le sens. Au bout de six ans d’un tel apprentissage,les meilleurs élèves sauront en principe réciter par coeur l’intégralité du texte sacré. Lorsque l’ardeur d’un élève se relâche, le marabout ou son adjoint qui surveille la classe, stimule le retardataire à coups de lanière de cuir ou de plastique, on ne sait pas très bien; le rictus de douleur qui se peint alors sur le visage du bambin est insoutenable. Une fois la partie “intellectuelle” de la journée achevée, les talibés partent, dès le lever du jour, mendier à travers la ville; par équipes de deux, munis d’une écuelle en plastique, ils ont l’obligation de rapporter à la fin de la journée un peu de nourriture et 500 francs CFA (moins d’un euro) chacun. Parfois, un groupe prend le car pour rejoindre, au centre du pays, la propriété du marabout dont ils doivent nettoyer les terres… On les voit gratter le sol désertique, sous un soleil de plomb; c’est pour eux, nous dit-on, une forme de récompense.
J’arrête là mon récit. Une question ou deux, toutefois: pourquoi tant d’années-lumière entre les petits enfants d’Europe (ou d’Amérique du Nord), et ceux du Sénégal qui compte certes parmi les pays les plus pauvres du monde, mais qui est réputé démocratique et bénéficie d’une importante aide au développement? Pouvons-nous sérieusement rêver d’un monde paisible si nous continuons à laisser perdurer de telles injustices?
Coup de téléphone expéditif, hier soir, d’Hervé Morin, ministre de la Défense:
“Je te confirme ce que tu sais déjà: Santé Navale quitte Bordeaux pour Lyon.”
Je redoutais cette décision, et je la regrette profondément.
Je comprends, bien sûr, que, dans un contexte de grande rigueur budgétaire, tout le monde soit appelé à faire des économies.
Regrouper sur un seul site ce qui s’appelle officiellement “l’école du service de santé des armées” n’est pas absurde.
Mais le site de Bordeaux avait autant d’atouts que celui de Lyon. Je me suis battu, depuis des mois, avec le soutien de tous les responables bordelais et aquitains, pour en convaincre la Défense qui n’a rien voulu savoir. Matignon m’a écouté mai a finalement tranché pour Lyon.
C’est un peu de notre histoire, de notre patrimoine médical, universitaire, scientifique qui nous est enlevé. Tristesse.
J’écoute, hier soir, sur RTL, Laurence Parisot, présidente du MEDEF.
Elle dit plein de choses sensées.
Tout d’un coup, stupeur; elle annonce le nouveau slogan du mouvement patronal:
“Benchmarker, c’est la santé”!!!!!
Hallucinant!
Le même jour, je lisais dans Sud-Ouest un entretien de Robert Charlebois, le grand chanteur québécois, qui se lamentait du déclin du français:
“Même chez vous, constate-t-il, on baisse les bras sur la francophonie… Ma femme m’a dit l’autre jour qu’elle avait reçu un courrier de la SACEM en anglais. De la SACEM! Je ne la crois pas, j’attends de le voir de mes yeux. Si ça s’avère exact, c’est vraiment catastrophique.”
Cher Robert, c’est sûrement exact. Et, en plus, on doit s’en vanter.
Le snobisme qui consiste à truffer notre langue de mots anglais parfaitement traduisibles
(benchmark = comparaison) se répand de manière grotesque. La SNCF propose par exemple à ses clients les plus fidèles des réductions dénommées “S’miles”. And so on…
Je suggère de traiter cette épidémie par la dérision. Mais je me demande si le ridicule tue encore ?
On ne cesse de me demander: “Alors, maintenant, qu’est-ce que vous allez faire? Qu’allez-vous choisir: le gouvernement? l’UMP? l’Europe? le vaste monde?”
Je réponds invariablement: “Bordeaux!”
Les questionneurs reviennent à la charge.
Alors, de guerre lasse, je m’en tire par une boutade: “Voyez Berlusconi, 71 ans, ou McCain 72 ans… J’ai tout le temps…”
Et cela devient : “Juppé s’intéresse à 2012.”
Un peu d’imagination, que diable! Il y a aussi 2017. Je n’aurai que 72 ans. Si Dieu le veut…
Le premier mouvement, devant la répression sanglante des manifestations au Tibet par les autorités chinoises, c’est tout naturellement la révolte et la condamnation.
Peut-on imaginer cas plus flagrant de violation des libertés fondamentales d’un peuple opprimé depuis des décennies?
Et qu’entendons-nous dans la bouche des responsables occidentaux, politiques ou diplomates, de Washington ou New-York à Bruxelles en passant par à peu près toutes les capitales européennes? Un appel à “la retenue”.
En somme, nous demandons au pouvoir de Pékin de “tuer avec retenue”!