Après des semaines de tergiversations, les dirigeants européens ont enfin adopté un plan de sauvetage de la Grèce… et des Etats membres qui pourraient se trouver, eux aussi, dans la difficulté. Notre président, Nicolas Sarkozy, a déployé toute l’énergie dont il est capable pour convaincre nos partenaires les plus réticents. Bravo!
Mais il est clair que, au delà du court terme, rien n’est réglé.
La zone euro est prise dans des turbulences qui peuvent s’expliquer, entre autres raisons, par la double divergence qui la fragilise, en son sein, et dans sa relation avec le reste du monde.
En interne, tout d’abord. On peut, en simplifiant, distinguer trois groupes de pays: l’Allemagne, les Pays-Bas, plusieurs pays scandinaves qui ont accompli, souvent dans la douleur, de vraies réformes structurelles et qui ont restauré la compétitivité de leur secteur productif; le groupe des pays à qui “les marchés” ne font plus confiance, pour des raisons différentes: la Grèce, l’Irlande, le Portugal et peut-être l’Espagne; et puis, en situation intermédiaire, la France et sans doute l’Italie qui conservent une marge de manoeuvre mais doivent poursuivre leur remise en ordre. Or, l’un des fondements de la monnaie unique, c’est la convergence des économies qui l’utilisent.
Sur la scène mondiale, les économies divergent aussi: les pays dits émergents connaissent, depuis des années, des taux de croissance compris entre 5 et 10% ; la plupart sont sortis de la crise. Puis les Etats-Unis , grâce à leur fantastique capacité de rebond, ont déjà renoué avec une croissance de l’ordre de 3%. Enfin l’Europe se traîne entre 1 et 2% ; les derniers chiffres connus, ceux du premier trimestre 2010, ne sont guère encourageants. Si l’on prolonge sur dix ans de telles courbes de croissance, on imagine les écarts énormes qui vont se creuser.
Il faut donc compléter les mesures de court terme par une stratégie à longue portée.
Chez nous, d’abord, et l’exercice va être d’une grande complexité. Pour résumer, je dirais qu’il va nous falloir concilier l’exigence de la rigueur et le soutien de la croissance. Le réglage du curseur va demander beaucoup d’habileté. Il nous faut évidemment réduire nos déficits pour maîtriser notre endettement. Une gestion rigoureuse de la dépense publique et, sans doute, une augmentation des recettes fiscales s’imposent donc. Mais en même temps, il faut tout faire pour soutenir la croissance, sans laquelle il n’y aura pas de recul du chômage. De nombreuses analyses et de nombreux rapports (Camdessus, Attali…) ont identifié les mesures à prendre. La grande question est de savoir si ces deux politiques (rigueur, croissance) sont compatibles ou contradictoires. La science économique ne nous est pas d’un grand secours. Comme l’a montré une récente confrontation publiée par le journal Le Monde, certains économistes soutiennent que la rigueur assainit l’économie et prépare le rebond de la croissance; d’autres estiment qu’il serait irresponsable de casser la très fragile reprise de notre économie par un plan d’austérité. Qui croire?
Si je me réfère à mon expérience, je pencherais volontiers pour la première thèse: aussi bien en 1986/88 qu’en 1995/97 (réduction des déficits de deux points de PIB entre mai 1995 et juin 1997), la remise en ordre de nos finances et la réduction des déficits publics ont ouvert la voie aux belles années de croissance 1988/89 et 1998/9/2000.
Mais les stratégies nationales n’auront qu’un portée limitée si la zone euro ne se réforme pas fondamentalement et si, de la crise actuelle, ne sort pas un nouveau pilotage des politiques économiques, et donc budgétaires et fiscales des Etats membres qui partagent la même monnaie. Comme souvent en Europe, le statu quo serait synonyme de déclin, voire d’éclatement. Aurons-nous le courage de faire un pas en avant supplémentaire vers l’organisation d’un gouvernement économique commun? Saurons-nous, par exemple accepter, que notre projet de budget passe l’épreuve d’un examen bruxellois avant d’être soumis à notre Parlement? Pour ma part, je pense qu’il ne faut pas vouloir une chose et son contraire: la stabilité que nous garantit la monnaie unique à l’intérieur de la zone euro , et le refus des disciplines sans lesquelles cette monnaie perdrait sa crédibilité.
Chers Amis,
Je souhaitais signaler à ceux d’entre vous que cela intéresse que je serai l’invité de Jean-Pierre ELKABBACH sur EUROPE 1, le dimanche 21 janvier prochain de 18 heures à 19 heures.
Ce sera, sans doute, l’occasion d’aborder les nombreux sujets d’actualité, au premier rang desquels la conférence sur l’environnement des 2 et 3 février 2007.
Plusieurs d’entre vous me demandez l’adresse du site Presse que j’ai évoqué dans un précédent blog-notes.
Il s’agit de www.bourque.com
Je précise qu’il est très riche en titres canadiens.
24/08/05
Deux ou trois idées en vrac, qui méritent d’être approfondies :
- D’abord annoncer un moratoire sur tout nouvel élargissement…
L’une des craintes des partisans du NON, c’est que l’Union européenne, à force de s’élargir, ne se dissolve dans un ensemble sans véritable cohésion et sans aucune capacité à défendre la personnalité et les intérêts de l’Europe. Il faut les rassurer et se donner du temps.
- Ensuite, ne pas se précipiter sur les questions institutionnelles. Faisons fonctionner ce qui existe et réfléchissons tranquillement aux améliorations possibles, qui pourraient être ponctuelles.
- Au contraire, relancer rapidement et fortement la machine économique qui patine.
Une initiative de croissance est nécessaire et l’on voit ce que pourraient en être les grands axes: une politique budgétaire plus en phase avec la conjoncture, dans l’esprit de la récente réforme du pacte de stabilité; une politique monétaire mieux articulée avec nos préoccupations de croissance et d’emploi; un programme de grands projets industriels et de grands projets d’infrastructures pour préparer l’avenir; un programme cadre de recherche et de développement vraiment ambitieux; et pourquoi pas, une inititiative de rapprochement des fiscalités, notamment des impôts sur les entreprises, dans le cadre d’une coopération renforcée entre les Etats membres qui voudraient aller de l’avant.
Je mesure l’extrême difficulté de tout mouvement dans la période de grande glaciation européenne actuelle. Mais attention à l’immobilisme.
J’attends vos réactions, critiques et suggestions.
07/06/05
Après avoir écouté les jeunes interroger le Président de la République, je crois comprendre un peu mieux le malentendu qui s’est progressivement créé autour du referendum et de la constitution européenne.
Les Français, jeunes ou moins jeunes, attendent de la constitution des réponses concrètes à leurs problèmes concrets.
Exemples tirés du débat d’hier soir : avec la nouvelle constitution, est-ce qu’on pourra augmenter les salaires des policiers français, développer le tri sélectif dans la collecte des ordures ménagères de nos communes, ou progresser dans l’équivalence des diplômes (plus précisément le C.A.P.A.: certificat d’aptitude à la profession d’avocat) ?
Or la constitution ne répond pas à ces questions et ne peut pas y répondre parce qu’elle n’est pas faite pour cela.
Nous n’avons pas bien expliqué à quoi sert une constitution!
Certes, à affirmer des valeurs (dignité de la personne humaine, libertés, égalité, solidarité…) . Mais les Français ne voient là rien de nouveau; ils considèrent à tort ou à raison ces valeurs comme acquises… ou tellement générales qu’elles restent théoriques.
Le coeur de toute constitution, sa raison d’être, c’est d’organiser le fonctionnement des pouvoirs publics; c’est de prévoir qui fait la loi, qui gouverne, qui juge…
Bref de définir la règle du jeu . Comme en sport! Avant d’entrer sur le terrain, on fixe les règles. Et après on joue, et c’est parce qu’il y a des règles que le jeu peut se dérouler harmonieusement.
Or, hier soir, pas un mot sur le rôle du Conseil européen, du Conseil des ministres, de la Commission, de la Cour de Justice, de la Banque centrale…et des relations que ces institutions vont entretenir entre elles. C’est là qu’est la question, et c’est là qu’est le progrès : est-ce que cela va fonctionner plus efficacement et plus démocratiquement qu’avant, de sorte qu’à l’avenir l’Union puisse prendre de meilleures décisions sur l’emploi, la croissance, la recherche, les délocalisations, la concurrence déloyale, la politique étrangère, le crime organisé, le terrorisme, la protection de l’environnement… toutes politiques qui ne sont pas dans la constitution mais qui seront permises par la constitution ?
C’est peut-être moins ronflant que les valeurs. Mais c’est la réalité.
Il est encore temps de revoir nos ambitions à la baisse et d’expliquer que la constitution n’apporte de nouveau que ce qu’une règle du jeu peut apporter.
Si elle est adoptée, alors il faudra commencer la partie; la France devra prendre l’initiative de relancer des politiques ambitieuses, en priorité pour la croissance et l’emploi.
Si le non l’emportait, la capacité d’initiative de la France serait amoindrie , et l’Europe pâtinerait au moment même où nous avons besoin qu’elle accélère.
Il n’est pas trop tard!
15/04/05
En lisant les nombreux messages que vous m’adressez, je me rends compte que vous soulevez beaucoup de questions pertinentes qui méritent réponse.
J’ai choisi de vous soumettre l’argumentaire qu’a établi Alain Lamassoure, député européen élu dans le Grand Sud-Ouest (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon). Alain, qui a été ministre délégué aux affaires européennes quand je dirigeais le Quai d’Orsay, est un excellent connaisseur de ces questions et un Européen convaincu:
“La preuve par 9 du OUI :
1) Le projet de Constitution européenne donne à la Grande Europe à 25 les règles dont elle a besoin pour fonctionner de manière efficace .
Les règles mises au point en 1957 pour le petit Marché commun des Six, et reprises depuis dans tous les traités successifs, sont désormais inadaptées à la Grande Europe politique.
2)Le projet transforme l’Europe commerciale et monétaire en une vraie Europe politique, fondée sur des valeurs de civilisation, et autour d’objectifs communs. Le marché et la monnaie y deviennent, non plus des buts, mais des instruments au service de la croissance et du plein emploi.
3) Il consacre la formule novatrice et féconde d’une communauté de Nations, “unies dans leur diversité”, qui conservent leur identité et leur indépendance tout en se donnant des règles de vie commune et la possibilité d’agir ensemble sur la scène internationale.
D’un côté, l’Union aura enfin les moyens d’agir efficacement dans son champ de compétences. Mais de l’autre, les Etats obtiennent des garanties qu’il n’ont pas dans les traités actuels: y compris un droit inconditionnel de retrait de l’Union.
4) Il clarifie la répartition des compétences entre l’Union et les Etats membres, en confiant aux Parlements nationaux le contrôle du respect de cette répartition. Pour la première fois, ces derniers auront les moyens d’empêcher tout débordement intempestif des interventions européennes.
5) Il nous donne une capacité d’action collective sur des sujets-clefs pour lesquels nous ne sommes plus assez efficaces au niveau national. Il fait de l’Europe le bon niveau pour répondre à la mondialisation.
Ainsi, l’Union sera pleinement compétente pour lutter contre le terrorisme, le grand banditisme international, pour protéger les frontières communes et définir une politique à l’égard de l’immigration.
Elle pourra siéger dans toutes les organisations ou négociations internationales relatives à son champ de compétences: elle jouera un rôle-clef dans toutes les relations extérieures excluant l’emploi de la force - commerce, finances, monnaies, transports, télécommunications, science, énergie, environnement, coopération et aide humanitaire.
Elle commencera à jouer un rôle plus efficace en politique étrangère et de défense, avec la nomination d’un Ministre des Affaires étrangères de l’Union et la création d’une Agence européenne de la Défense.
6) La Constitution offre aux citoyens la place qui doit être la leur : la première.
Ce sont eux qui éliront les législateurs européens et le chef de l’exécutif européen. Ils pourront influencer dès l’origine de futures révisions de la Constitution , ou de nouvelles négociations d’élargissement de l’Union. Ils disposeront d’un droit de pétition collective, sur tous les sujets, pouvoir inconnu à ce jour en France comme dans la plupart des pays européens.
7) Elle permet de donner à l’Union des frontières stables, tout en rendant possibles d’éventuels élargissements futurs, au cas par cas, et seulement si les peuples européens le souhaitent - les Français ayant la garantie supplémentaire d’un referendum national en cas de tout nouvel élargissement.
Dans les domaines où la France veut faire plus et plus vite, la Constitution permet de commencer à agir avec ceux de nos partenaires qui y sont disposés sans attendre les autres : ce sont les “coopérations renforcées”.
Ainsi les pays membres de l’euro pourront gérer leurs politiques économiques entre eux. En matière de politique étrangère , de défense, de contrôle aux frontières extérieures, de coopération judiciaire, d’harmonisation de la fiscalité, de politique sociale, nous pourrons prendre de nouvelles initiatives sans être bridés par la règle de l’unanimité.
9) Enfin, ce texte est le couronnement de ce qu’on peut appeler la vision française de l’Europe, contre la vision anglo-saxonne, purement libre-échangiste, intergouvernementale et souverainiste. Jacques Chirac l’a souligné sans être contredit:
“Cette Constitution a été voulue par la France , et elle a été très largement inspirée par elle.”
Je vous livre cet argumentaire pour recueilir vos réactions, vos suggestions ou vos critiques .
25/03/05
L’un d’entre vous me fait remarquer que les problèmes de l’Education nationale ne se résument pas à la réforme du bac (faut-il ou pas introduire une dose de contrôle continu ?). Il a raison.
Je vais tenter d’aborder ici un sujet tabou, mais, tant pis, je me lance : celui des ressources humaines de ce grand service public. Ce devrait être sa force principale et l’objet de toute la sollicitude de la Nation. Or je ne suis pas sûr qu’au sein de cette immense communauté de plus d’un million de fonctionnaires, la notion de gestion des ressources humaines ait vraiment droit de cité.
De quoi nous parle-t-on le plus fréquemment quand on débat de l’éducation? De ses “moyens”. Syndicalistes,enseignants, étudiants, élèves, parents exigent depuis des décennies des “moyens supplémentaires”, c’est-à-dire plus de crédits et plus de postes budgétaires . Pour juger le budget du ministère, le seul critère généralement retenu, c’est le taux de majoration des dépenses, d’une année sur l’autre.
Les ministres successifs se réjouissent d’avoir obtenu plus , et affichent des progressions cumulées sur une ou deux décennies tout à fait impressionnantes. A quoi la vox populi répond: “ce n’est pas assez”!” (Ce qui est parfois vrai, notamment dans l’enseignement supérieur où la Nation dépense - ou investit - sensiblement moins, par tête d’étudiant, que dans les grands pays développés).
Et si le vrai problème n’était pas quantitatif mais qualitatif?
Une organisation, quelle qu’elle soit, y compris un service public, ne vaut que par la qualité de ses hommes et de ses femmes.
Certes, “nos enseignants sont tous de grande qualité”…
Sommes-nous sûrs, pour laisser de côté la langue de bois, que cette qualité ne pourrait pas être encore améliorée s’il y avait une vraie gestion des ressources humaines de notre Education nationale?
Que veux-je dire concrètement en soulevant la question de la qualité?
D’abord qualité de la formation, initiale et continue.
La réforme qui vient d’être votée par l’Assemblée nationale et qui va être examinée par le Sénat comporte une réforme des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres) . L’idée-force de cette réforme est de rapprocher les IUFM des Universités pour améliorer encore le niveau de formation. C’est une bonne idée, à condition que l’apprentissage du métier d’enseignant, dans sa dimension à la fois théorique et pratique , n’en souffre pas. Certains s’en inquiètent et font remarquer qu’apprendre les “ficelles du métier” est aussi important que de maîtriser parfaitement la discipline enseignée. Il me semble essentiel de maintenir un bon équilibre entre ces deux exigences complémentaires. Ce qui devrait conduire à réfléchir à l’allongement éventuel de la durée de la période de formation professionnelle stricto sensu.
Il me semble également essentiel de renforcer la formation tout au long de la carrière, tant il est vrai que, dans tous les métiers, la mise à jour périodique des connaissances et des méthodes est une nécessité.
Qualité de l’évaluation ensuite. Les inspections traditionnelles restent sans doute utiles et leur méthodologie a certainement évolué. Sont-elles pour autant suivies d’effet? Dans un sens comme dans l’autre?
Dans le sens de la récompense: il y a certes l’avancement au choix mais beaucoup d’enseignants n’ont-ils pas l’impression que ceux d’entre eux qui s’investissent à fond dans leur métier - et ils sont la très grande majorité - sont au total à peu près traités comme les autres?
Dans le sens de la sanction aussi! L’un de mes amis qui a longtemps exercé la fonction de proviseur me racontait par le menu l’histoire administrative d’un professeur de lycée un peu particulier: l’intéressé a fait l’objet de trois inspections successives qui ont toutes les trois conclu à son inaptitude à l’enseignement; il a été muté de lycée en lycée, et plutôt de “petit” lycée en “grand” lycée, et quand le chef d’établissement saisissait sa hiérarchie des dégâts pédagogiques qu’il continuait à causer dans ses classes, la dite hiérarchie justifiait sa totale passivité par la volonté de ne pas faire de vagues . Syndicales… je suppose.
On me dira que de tels cas sont rares. Bien sûr, mais l’exemple est délétère!
L’Education nationale est l’une de nos grandes administrations dont le régime indemnitaire est le moins avantageux. Autant il me paraît vain de se battre pour maintenir les effectifs d’enseignants quand les effectifs d’élèves baissent sensiblement, autant il serait légitime de mieux payer les maîtres, en améliorant leur régime indemnitaire et en le rendant plus incitatif, c’est-à-dire plus lié à la manière de servir et au mérite.
La qualité, c’est la motivation,la responsabilisation, l’incitation au travail en équipe qui n’est pas partout entré dans les moeurs. Je crois qu’on se donnerait de meilleures chances d’atteindre ces objectifs si la “gestion” des hommes et des femmes de l’Education nationale était plus proche du terrain, c’est-à-dire, j’ose le mot, plus décentralisée. Et pas seulemnt décentralisée au niveau de l’Académie, mais carrément au niveau de l’établissement. Le chef d’établissement notamment devrait avoir les moyens administratifs et financiers de jouer vraiment le rôle de chef d’orchestre au milieu de son équipe éducative.
J’ai conscience que ces propositions ne vont pas dans le sens du poil syndical. Ma situation actuelle m’autorise à plus de liberté d’idée et de parole. Débattons-en entre nous. Peut-être pourrons-nous faire évoluer un peu le débat…
07/03/05
Beaucoup de mes correspondants s’interrogent et m’interrogent: la France a-t-elle vraiment besoin d’accueillir de nouveaux immigrants alors que notre taux de chômage est toujours de l’ordre de 10% et que tant de jeunes, faute de formation, ne trouvent pas de travail?
Je comprends la question , et la réponse n’est pas facile.
Nous savons pourtant que, dans les dix ans qui viennent, compte tenu des départs à la retraite des générations du “baby boom” d’après guerre, la population en âge de travailler va diminuer. Il faut certes tout faire pour donner du travail à nos compatriotes et, de ce point de vue, la réforme de notre système éducatif est cruciale; il faut que nous en parlions. Mais cela ne suffira pas.
Nous savons aussi qu’actuellement, plus de 300 000 étrangers s’établissent chaque année de manière permanente dans notre pays, sans que nous maîtrisions en rien ces flux migratoires.
Comme le slogan “immigration zéro” est dénué de sens, à la fois parce que nous serions incapables de le faire respecter et parce que ce ne serait pas notre intérêt, la vraie question, me semble-t-il, est de savoir si nous continuons à subir ou si nous essayons d’organiser les choses.
Un récent rapport sur l’accueil des étudiants étrangers en France apporte de l’eau au moulin de notre réflexion; je cite une phrase de ce rapport, rédigé par le bordelais Josy Reiffers:
“L’Etat a délivré, sans trop y regarder, visas et cartes de séjours à des étudiants auxquels il était incapable de garantir de bonnes conditions d’étude.”
Sur le constat, je crois qu’on peut dégager un consensus: aujourd’hui, nous subissons; demain nous allons devoir “organiser”.
A partir de là, les propositions et les formules abondent: politique de quotas, sur une base géographique ou professionnelle, immigration “choisie”, immigration “co-choisie”…
Il est nécessaire d’éviter les controverses théoriques ou idéologiques car il est urgent d’agir.
Agir en liaison avec nos partenaires européens puisque l’Union doit elle-même définir sa politique d’immigration et que, compte tenu de la porosité des frontières modernes, nous avons intérêt à adopter des règles communes.
Agir en regardant avec attention ce que font d’autres grands ensembles, tels le Canada ou les Etats-Unis qui sont confrontés à des problèmes de même nature que les nôtres.
L’objectif à atteindre est, à mes yeux, assez clair : organiser la venue en France des personnes qui pourront s’intégrer dans notre communauté nationale et notamment notre économie, et cela dans le cadre d’une politique contractuelle avec leurs pays d’origine.
Si le schéma intellectuel est assez facile à tracer, j’ai bien conscience que la mise en oeuvre pratique sera délicate. Mais la politique n’est-elle pas un art tout d’exécution?
01/02/05
Je n’étais pas , je l’avoue , un fana de la toile . Isabelle m’a convaincu que c’était un excellent moyen de garder le contact avec les autres . Et depuis trois ou quatre mois , je me suis piqué au jeu . Je constate avec bonheur que mes correspondants sont extrêmement divers : beaucoup de Bordelais , mais aussi des Français du bout du monde , beaucoup d’amis politiques mais aussi beaucoup de concitoyens qui ,tout en ne partageant pas mes idées a priori , ont envie de débattre en direct . Bref , je suis devenu accro.
Comment ça marche ? Au départ , quelques amis , férus du web , ont conçu le site , sur un schéma très simple , à ma portée.
Pour la gestion du blog , je me débrouille seul . J’écris mes textes , je lis vos messages , je m’efforce d’y répondre , avec , de temps en temps , l’aide d’Isabelle . Au début , lorsque seuls quelques amis connaissaient mon adresse , no problem . Mais depuis que la presse l’a publiée , avalanche de messages ! Comme j’ai la ferme intention de conserver le caractère personnel ,artisanal , du site , je vous demande votre indulgence si je ne peux vous répondre en temps réel .
Au delà du contact que je souhaite garder avec les Français , j’ai deux idées en tête , en commentant l’actualité :
- traquer les conservatismes de tout bord qui paralysent la société française . Certes , il y a beaucoup de choses à conserver dans notre style de vie , dans notre “culture” au sens large . Mais il faut aussi bouger , s’adapter , innover quand le changement apporte un plus . Un petit exemple : pendant des années , on a critiqué le caractère brutal , injuste du baccalauréat sous sa forme traditionnelle parce qu’il conduit à sélectionner nos jeunes sur la base de quelques épreuves bloquées en une semaine ; et l’on ajoutait : “Il serait plus juste de tenir compte du travail effectué tout au long de l’année .” Suggestion intéressante . Or voici qu’un ministre propose d’introduire une dose de contrôle continu des connaissances dans le bac nouvelle manière . Avalanche de critiques . Pourquoi ?
- Deuxième objectif du blog : positiver . Montrer tous les atouts dont dispose la France (sans cacher les handicaps , bien sûr) , bref engager un travail de fond contre le “déclinisme” . Et pour cela , vos témoignages , vos expériences , vos propositions sont évidemment essentiels . Ouvrons donc le dialogue .
Faut-il préciser , pour conclure , qu’au risque de décevoir quelques spécialistes de la chose , mon propos n’est pas de commenter l’actualité partisane , les luttes de partis ou les rivalités personnelles . Certes , cela aussi fait partie du combat politique . Mais justement , je ne suis plus dedans . Je voudrais en profiter pour agir et penser autrement , sans la passion qu’on met trop souvent dans les joutes politiciennes , dans un esprit de compréhension et de sympathie envers les choses et envers les êtres.
16/12/2004
J’ai été , évidemment , très questionné à Boston sur la Turquie . J’ai développé mon argumentation … sans vraiment convaincre ni les Américains ni les Turcs (il y en avait quelques-uns ) présents dans le public . La discussion que nous avons eue m’a conforté dans mon analyse : les Américains ne se soucient en rien de la cohésion politique de l’Union européenne et de sa capacité à exprimer des positions autonomes sur la scène mondiale ; ce qui compte pour eux , c’est d’arrimer la Turquie au camp occidental (si l’on peut encore s’exprimer ainsi) tant au sein de l’OTAN sur le plan militaire qu’au sein de l’UE sur le plan économique . CQFD
Je suis de plus en plus convaincu que le débat est biaisé . On nous propose de ratifier une constitution qui traduit une conception de l’Europe politique qui est vidée de son sens par les élargissements envisagés . J’ai écrit ici : après la Turquie , pourquoi pas le Maroc ? Il faut ajouter maintenant : pourquoi pas l’Ukraine ? Il suffit d’écouter ce que disent plusieurs nouveaux Etats-membres voisins d’une Ukraine en phase quasi-insurectionnelle , après les récentes élections pipées , pour comprendre que la question viendra vite à l’ordre du jour : “pour conforter la démocratie en Ukraine et faire échec à la stratégie de reconquête de Poutine , il faut accueillir , nous dira-t-on , ce pays dans l’Union “. Il est urgent dès lors de remettre l’ouvrage européen sur le métier ; si un groupe de pays attachés à la même ambition de faire de l’Europe un pôle d’influence politique , partenaire à part entière d’une nouvelle relation transatlantique , ne se constitue pas , c’en est fait du rêve européen .
A partir de quoi bâtir ce groupe pionnier , pour parler comme Chirac ? J’ai longtemps pensé que ce devait être autour de la politique étrangère et de la politique de défense . Je finis par me demander si ce n’est pas prématuré et s’il ne faut pas renouer avec la démarche des pères fondateurs , à savoir tabler sur l’économie . Où est aujourd’hui la vraie puissance de l’Europe ? Dans quel domaine peut-elle vraiment se faire respecter ? L’économie , bien sûr . Elle est la première puissance commerciale du monde et cette compétence là est complètement intégrée ; c’est pourquoi nous pesons vraiment à l’OMC . Et puis il y a l’euro qui devient une devise de transactions internationales à part entière . Il faut donc aller plus loin dans le domaine de l’intégration économique . Et cela , la France et l’Allemagne peuvent prendre l’initiative de le proposer au petit groupe de pays qui sont prêts à aller de l’avant . Un pas supplémentaire pourrait être franchi dans le domaine budgétaire et fiscal . Sur ma proposition ,l’UMP et la CDU-CSU avait créé l’an dernier un groupe de travail sur l’harmonisation fiscale franco-allemande . L’avenir n’est-il pas désormais à une véritable union économique , monétaire certes mais aussi budgétaire et fiscale (sans oublier une véritable politique industrielle) entre la France et l’Allemagne ?
24-11-O4