L’exportation des matériels de guerre a toujours été soumise à une stricte procédure de contrôle. L’autorisation d’exporter n’est délivrée qu’au terme d’une instruction interministérielle, conduite par le secrétariat général de la défense nationale (SGDN). La commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériel de guerre (CIEEMG), que préside le SGDN, et qui regroupe notamment les ministères de la Défense, des Affaires étrangères, des Finances, et de l’Intérieur, émet un avis. Le SGDN signe l’autorisation par délégation du Premier Ministre. En cas de désaccord entre les ministères, l’arbitrage peut remonter au niveau du cabinet du Premier Ministre. 8 OOO dossiers environ sont examinés chaque année
La France applique la convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption d’agents publics étrangers dans les transactions commerciales internationales, signée le 17/11/1997 et entrée en vigueur le 15/02/1999.
Quant aux “rétro-commissions” versées à des personnes, morales ou physiques, françaises, elles ont toujours été prohibées et réprimées. Si, dans l’exercice de mes fonctions, j’en avais eu connaissance, j’aurais évidemment saisi sur le champ la justice. Le cas ne s’est jamais produit.
Je ne vois donc pour ma part aucune objection à la levée du secret défense. Il appartient aux autorités compétentes de notre pays d’apprécier si l’intérêt supérieur de la France peut en souffrir ou non.
Les définitions de la Nation sont nombreuses. Il me semble que celle qu’en a donnée Ernest RENAN, dans sa très belle conférence du 11 mars 1882, reste indépassable. Je retrouve plusieurs citations de ce texte dans mon cours à l’ENAP de Québec:
“L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation.”
Ou encore: “L’essence d’une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses…Aucun citoyen français ne sait s’il est burgonde, alain, wisigoth…”
” Une nation est un principe spirituel, une famille spirituelle, non un groupe déterminé par la configuration du sol.”
Et surtout: “Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment de sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé, elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible: le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie.”
Pour conclure: “Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel. Elles ont commencé. Elles finiront… A l’heure présente, l’existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté qui serait perdue si le monde n’avait qu’une loi et qu’un maître.”
Tout est dit. A quoi bon relancer un débat?
3 jours denses à Montréal et à Québec.
Bonheur de retrouver des visages amis, et des lieux aimés.
Beaucoup de travail aussi. Pas moins de 5 conférences: devant le nouveau réseau des “Amis de Bordeaux” qui ont accepté de faire la promotion de notre ville à la demande de notre BRA (bureau de recherche et d’accueil des entreprises qui s’implantent à Bordeaux); devant la chambre de commerce française au Canada; devant les lycéens des établissements Marie de France et Stanislas; à l’Ecole nationale d’administration publique où je retrouve mes anciens collègues de 2005/2006 et où je fais connaissance des personnalités chilienne et togolaise qui m’ont succédé dans la chaire de relations internationales; et enfin devant la chambre de commerce de Québec.
Sans oublier les entretiens avec le maire de Montréal et celui de Québec, ainsi que les interviews à Radio Canada ou dans la presse écrite. Il en sort notamment l’idée d’une promotion touristique croisée de Québec à Bordeaux et de Bordeaux à Québec. Rendez-vous lors de la prochaine fête du vin, dont Québec sera l’invitée d’honneur (juin 2010).
Comme souvent, le contact qui m’a le plus marqué est sans doute celui que j’ai eu avec les lycéens et lycéennes, français, québécois et de diverses nationalités, qui étudient à Marie de France et à Stanislas. Ils m’avaient demandé de leur parler de la crise et de son lien avec la mondialisation. J’essaie de les convaincre que la mondialisation est une réalité ambivalente et qu’elle sera, au bout du chemin, ce que nous en ferons. Et je me lance dans un vibrant plaidoyer en faveur du multilatéralisme et de la gouvernance mondiale. En reprenant notamment l’idée d’une “organisation mondiale de l’environnement” lancée en février 2007 par Jacques Chirac, à l’occasion de la conférence internationale “Citoyens de la Terre” dont je présidais le comité d’organisation. Idée relancée par Nicolas Sarkozy en vue de Copenhague. Après la conférence, nous poursuivons la discussion autour d’un pot. Je sens les plus motivés très sceptiques sur les chances du multilatéralisme. “Comment imaginer que des pays aux intérêts divergents finissent par se mettre d’accord?”, m’objectent-ils. Je déploie toute ma force de conviction, pour finir par en appeler au besoin de rêve et même d’utopie. Je les trouve beaucoup plus réalistes… ou résignés (?) que moi.
Reçu samedi matin, à Bordeaux, Louis Schweitzer, président de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité). La ville de Bordeaux est la première grande ville à signer une convention avec la HALDE et à s’engager à renforcer les actions qu’elle mène contre les discriminations. Par exemple en formant les cadres de l’administration municipale aux bonnes pratiques de recrutement.
La conférence qu’a donnée Louis Schweitzer à cette occasion m’a paru lumineuse. J’adhère pleinement à sa vision de “l’action positive” qui, contrairement à la “discrimination” dite “positive”, ne vise pas à donner un avantage à une personne en raison de son appartenance à telle ou telle communauté, mais à prendre les moyens de garantir une réelle égalité des chances. Par exemple, ne pas réserver des places à un concours à telle ou telle catégorie de candidats, sur des bases communautaires, mais donner à chacun de vraies chances de réussir le dit concours (il cite les internats d’excellence).
Au total il soutient le modèle républicain à la française, qui, selon lui, pèche non par ses principes mais par ses défaillances d’application. C’est la conclusion à laquelle j’étais arrivé dans mon livre rédigé au retour du Québec (”Lettres d’un voyageur”). Il ajoute que la France, dans le domaine qui est celui de la HALDE, est plutôt bien placée par rapport à ses voisins européens. Sauf en ce qui concerne le regard que nos concitoyens portent sur les chances d’une bonne intégration dans la société française. Décalage habituel entre le “ressenti” et le “réel”.
Je convie Louis Schweitzer à assister à la séance du Conseil municipal des enfants (CM1, CM2) qui se tient à la mairie le même jour. Il leur explique simplement ce que discrimination veut dire. Il est surpris, et admiratif, devant la spontanéité et la maturité des enfants.
Sans être téméraire, je crois pouvoir d’ores et déjà dire que la grande manifestation culturelle qui se déroule en ce moment dans Bordeaux sous le nom d’Evento est un magnifique succès.
En donnant carte blanche à un directeur artistique tel que Didier Faustino, je prenais évidemment un risque: allions-nous réussir à faire entrer la création contemporaine dans les rues de la ville et dans ses quartiers?
Quand j’ai vu samedi la foule se rassembler sur les quais de la Garonne autour de la déjà fameuse passerelle de Kawamata, sur la place de la Comédie devant le Grand-Théâtre, au CAPC (Centre d’art plastique contemporain), partout en ville, mais aussi au coeur de la base sous-marine, j’ai su que le pari était gagné. J’ai vu partout des gens curieux, ouverts, heureux.
Les “retours” sont enthousiastes: la passerelle qui relie la place des Quinconces et la rive de Garonne est plébiscitée; elle est belle et son belvédère au dessus du fleuve offre une vue splendide sur tout le port de la lune. L’exposition “Insiders” au CAPC est colorée, gaie, foisonnante; elle ouvre des perspectives joyeuses sur la ville durable. J’ai beaucoup aimé la projection organisée par le Collectif Berlin sous un chapiteau bulle installé en rive droite: l’image qu’elle donne de Moscou, de la brutalité et de la corruption qui gangrènent la ville , est décapante. Elle m’a rappelé la conversation que j’avais le jour même avec les époux Kabakhov dont on vient d’inaugurer la “maison aux personnages” sur une place de Bordeaux: “Comment expliquez-vous, leur demandais-je, que Staline redevienne populaire en Russie?”. Réponse: “Du temps de l’Union soviétique, nous étions tous égaux dans la pauvreté (sauf la “Nomenklatura” officielle, bien sûr”); personne ne rêvait d’avenir . Aujourd’hui, c’est un terrible fossé qui se creuse entre riches et pauvres, entre ceux qui peuvent tout espérer et ceux qui désespèrent de tout. D’où la nostalgie du bon vieux temps…” Angoissant.
L’un des temps les plus forts d’Evento est, sans conteste, la présentation du cinéaste Amos Gitaï dans la base sous-marine. Les extraits de ses plus grands films se succèdent sur les parois de la base. Dans ce lieu dont l’architecture est extravagante, il est parvenu à créer une atmosphère étrange, à la fois violente et intime, bruyante et mystérieuse. On n’en ressort pas sans un choc émotionnel.
Reste à voir maintenant si l’itinérance des oeuvres à travers les quartiers de la ville et les communes de la communauté urbaine va accrocher l’attention.
En tout cas des dizaines de milliers de personnes ont déjà partagé des moments de découverte, de surprise, d’amusement, d’émotion. Vive Evento!
Je ne vous cache pas que, lorsque le journaliste qui m’interrogeait sur le plateau de France 3 m’a annoncé que le président Obama venait de se voir décerner le prix Nobel de la paix, ma première réaction a été de surprise. Je me suis dit: “Déjà!”. Et j’ai cherché dans ma tête les progrès concrets que la paix avait pu bien faire sur la planète depuis un an.
Et puis je me suis souvenu qu’Obama avait rompu avec l’unilatéralisme de son prédécesseur qui faisait plus confiance à l’usage de la force qu’à la négociation pour régler les conflits, et qu’il s’était engagé sans ambiguïté et même avec lyrisme pour une gouvernance multilatérale des affaires du monde.
Je me suis souvenu du beau discours qu’il a adressé aux nations arabes pour leur dire l’estime dans laquelle il tient leur culture et sa volonté de dialoguer avec elles.
Je me suis souvenu qu’il avait choisi de tendre la main à l’Iran et que, malgré les rebuffades, il persévérait à chercher une solution négociée.
Je me suis souvenu qu’il avait relancé, avec la Russie, une forte initiative en faveur du désarmement nucléaire, allant jusqu’à abandonner ou modifier substantiellement le projet de bouclier anti-missiles prévu au coeur de l’Europe.
Je me suis souvenu qu’il accentuait la pression de l’Amérique sur les protagonistes du conflit israélo-palestinien pour qu’ils reviennent autour de la table de négociation, en appelant en particulier Israël à arrêter ses programmes de colonisation en Cisjordanie.
Bien sûr, dans à peu près aucun de tous ces domaines, les choses n’ont réellement avancé; la main tendue n’a pas été saisie.
Est-ce une raison pour ne pas persévérer? Peut-être le prix Nobel de la paix change-t-il de nature. Il n’est plus, en l’espèce, la consécration d’une oeuvre accomplie, mais l’exhortation à poursuivre l’effort. Dans cet esprit, il peut être grandement utile. Et je dis donc, sans aucune réserve: “Bravo, Obama!”
Dans ce que j’ai dit sur certaines réformes en cours, il y a le fond et la forme.
Sur la forme, j’ai certainement eu, dans le feu de ma conversation avec les journalistes de Sud-Ouest, une phrase excessive et déplacée. Si j’ai offensé le Président de la République, je le regrette sincèrement. Je le lui ai dit hier au téléphone.
Sur le fond, je persiste et je signe.
S’agissant de la réforme des collectivités territoriales, elle comporte des aspects positifs que j’approuve, par exemple la création des conseillers territoriaux qui permettra de rapprocher régions et départements. En revanche le sort réservé aux agglomérations reste flou, au point qu’une nouvelle version du texte de loi serait en circulation. Il est temps de stabiliser le projet!
Mais c’est la réforme de la taxe professionnelle qui, en l’état, me paraît difficilement acceptable. Pour ne prendre que l’exemple de la communauté urbaine de Bordeaux, elle y perdrait une grande part de ses ressources fiscales propres, et donc de l’autonomie que lui garantit la constitution. Et on ne sait pas comment évoluerait dans le temps la compensation que lui attribuerait l’Etat. Cette incertitude est préoccupante pour des collectivités qui ont des programmes d’investissement considérables, notamment pour développer leurs réseaux de transports urbains. C’est un enjeu de développement durable majeur.
Christine Lagarde, notre excellente ministre de l’économie, me dit que je n’ai pas compris le texte proposé par le gouvernement. Je suis heureux d’avoir rendez-vous avec elle lundi prochain pour essayer de comprendre.
Je suis toujours très attentivement les progrès de l’opération de reprise de l’usine Ford de Blanquefort, près de Bordeaux, par de nouveaux investisseurs.
Contrairement à certaines rumeurs dont on a du mal à discerner l’origine, les choses avancent positivement: outre la mesure fiscale dont j’ai fait état récemment dans ce blog, et qui n’est en rien dommageable, bien sûr, pour les finances des collectivités locales (encore une rumeur totalement infondée…), et le contrat signé avec Ford Etats-Unis, un nouveau marché très important s’annonce avec la Chine.
Par ailleurs, l’ investissement dans la fabrication de pièces pour éoliennes se précise. Et la prime d’aménagement du territoire mise en place sur les fonds européens et les fonds d’Etat est conforme aux prévisions.
En tout cas, la reprise du personnel s’est effectuée dans le respect des engagements pris.
Comme je le lui ai suggéré, la ministre de l’économie, Christine Lagarde, réunira prochanement le comité de suivi pour faire le point. Je lui redis mes remerciements pour son implication dans une affaire qui, en pleine crise, aurait pu mal tourner. Nous avons toutes raisons de rester confiants, sans pour autant relâcher notre vigilance.
Trois débats passionnants dans la seule journée d’hier à Paris: avec le conseil de la revue Politique internationale, puis devant les auditeurs du CHEDE (Cycle des Hautes Etudes pour le Développement Economique ), et enfin à Jouy-en-Josas, à l’invitation des étudiants d’HEC.
Chaque fois, nous parlons de la crise, des perspectives de sortie de crise, du nouveau modèle de développement durable à inventer.
L’un de mes interlocuteurs me demande: “Et si les prévisions des scientifiques sur le réchauffement climatique se révélaient exagérées, à quoi servirait de faire tant d’efforts pour chager nos comportements?”
Je lui réponds: “Imaginons que les experts se trompent. Que perdons-nous à mieux respecter notre environnement? Rien!
Et s’ils ont raison, que gagnons-nous? Tout, c’est à dire le sauvetage de la Terre. Le pari vaut la peine…”
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