Année extraordinaire, en effet!
En avril, j’étais à Berlin, en tournée pour les élections européennes. Je me souviens d’avoir déposé, avec l’Ambassadeur de France, une gerbe de fleurs au pied du mur, à la mémoire d’un jeune allemand de l’Est récemment abattu par la police de la RDA (République démocratique (!) d’Allemagne) alors qu’il tentait de franchir le mur. En 1989, on mourait encore Berlin pour la liberté.
En novembre, j’étais de nouveau à Berlin, avec ma petite équipe du RPR, dont Nicolas Sarkozy. Le 9 au soir (ou quelques jours plus tard, ma mémoire est imprécise sur la date exacte), il gelait à pierre fendre. Nous avons franchi le mur à Check Point Charlie… Sans contrôle cette fois. Sur la place de Brandebourg, nous avons rencontré un jeune soldat qui montait sa garde en battant la semelle. Son visage était ensoleillé d’un grand sourire. Je lui ai demandé pourquoi. “Demain, je passe à l’Ouest pour la première fois de ma vie”, m’a-t-il répondu, heureux.
En repassant le mur pour revenir à l’Ouest, nous avons entendu des coups de marteau. Nous sommes descendus de notre mini-bus et nous avons trouvé toute une famille, le père, la mère et deux jeunes enfants, en train de détacher des morceaux de mur à coups de marteau. Ils venaient de Hambourg, et, là encore le soleil était dans leurs yeux; ils nous ont dit: “N’ayez pas peur de nous! N’ayez pas peur de l’Allemagne réunifiée!” Je m’en suis souvenu lorsqu’il a fallu vaincre les hésitations de certains de nos dirigeants devant le processus de réunification que le chancelier Kohl poussait avec l’énergie du visionnaire.
Décembre enfin. Je suis à Budapest, à la tête d’une délégation du RPR invitée par le Forum démocratique hongrois. Son chef, Josef Antall, mène le combat contre ce qui reste du régime communiste. Un soir, il nous invite à participer à un meeting populaire qu’organise son parti sur une grande place de Budapest. Quand nous traversons la foule (des dizaines de milliers de personnes), je suis surpris que personne ne se précipite sur le leader qui va haranguer ses militants. Dès qu’il monte sur la tribune, c’est l’ovation. Je comprends qu’interdit de télévision et de presse, son visage n’est tout simplement pas connu de ses concitoyens. Quelques mois plus tard il sera Premier Ministre de Hongrie.
L’équipe de la télévision française qui nous accompagne à Budapest nous quitte brusquement. De l’autre côté de la frontière, en Roumanie, à Timisoara, la dictature de Ceaucescu est en train de s’effondrer.
Mesurons-nous la chance que nous avons eue de vivre de tels bouleversements? D’assister, de participer à ce que nous attendions depuis plus de 40 ans, la victoire de la liberté sur l’oppression. 20 ans plus tard, nous voici à nouveau blasés ou déçus. Certains anniversaires ont du bon. Ils permettent de raviver le bonheur.