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Blog-Notes d'Alain Juppé
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19 juin 2010 09:03
18 juin

Cérémonie émouvante à Bordeaux. Un groupe de jeunes élèves chante deux couplets de la Marseillaise. Un ancien combattant lit l’Appel.

Chaque fois que j’entends ce texte, j’éprouve une grande émotion. Un mot explose à mes oreilles: “NON”. “La défaite est-elle définitive? Non!”.

D’abord donc le refus. Refus de la défaite, refus du renoncement, refus de suivre la majorité qui est - comment l’oublier? - , derrière Pétain. Dans un monde où la tyrannie des sondages règne en tous domaines, où l’exigence démocratique nous pousse à toujours nous aligner sur l’opinion dominante, le courage de se dresser seul, ou presque, contre tous nous apparaît-il vraiment comme une valeur qui nous concerne, ou juste comme une curiosité historique?

Mais il n’y a pas que le refus. Il y a aussi l’appel. Et l’appel tourne le dos à la défaite; il mobilise pour la victoire; il trace la voie de l’avenir. Il se fonde sur la force de la confiance. Confiance en soi, à la limite de l’extravagance, de cet homme inconnu, seul, qui se sent incarner la France. Confiance surtout et précisément dans la France, dans sa capacité de sursaut, dans la vertu - virtus - de son peuple, dans sa vocation à la grandeur. Appel à la grandeur : exhortation gaulliste par excellence.

Comment ne pas ressentir, au fond de soi, l’actualité de ce message et l’impérieuse nécessité de reprendre confiance en nous-mêmes et dans la France?

18 juin 2010 13:35
Retraites

Eric Woerth a fait un bon travail. Je pense, comme lui, que son projet de réforme est à la fois “responsable et juste”.

Il est d’abord nécessaire et urgent. Pour des raisons économiques: notre pays ne peut plus continuer à accumuler des déficits qui le conduisent à s’endetter à des niveaux insupportables. Mais aussi pour des raisons humaines: il n’est plus possible d’aborder la question de la vie de travail sans tenir compte de l’amélioration continue de notre espérance de vie. Eric Woerth souligne que “même avec une retraite portée à 62 ans , les Français et les Françaises passeront 3 ans de plus à la retraite qu’en 1980″.

La réforme proposée est ambitieuse et permettra de ramener le déficit à zéro en 2018 si nous retrouvons un rythme de croissance réaliste. Ne nous racontons pas d’histoires: la seule manière de dégager des ressources supplémentaires , c’est d’agir sur l’âge de départ et sur la durée des cotisations. L’idée de certains socialistes d’augmenter fortement le taux des cotisations est dangereuse: la hausse des cotisation salariales entrainerait une baisse du pouvoir d’achat, à un moment où la consommation nourrit la croissance; quant aux charges patronales, elles sont déjà très lourdes, notamment  pour nos PME, et les alourdir plomberait notre secteur productif.

La réforme enfin est conçue dans un esprit de justice. Des mesures spécifiques sont prévues pour les femmes dont la carrière est souvent hachée, pour les jeunes en situation précaire, pour les agriculteurs. Les travailleurs à “carrière longue”, qui ont commencé à travailler très jeunes (17ans et même moins), pourront continuer à partir à 60 ans. Ceux dont le métier aura dégradé la santé seront traités de même et toucheront une retraite à taux plein, même s’ils n’ont pas tous leurs trimestres. L’alignement du taux des cotisations des fonctionnaires sur celui des salariés du privé se fera très progressivement, sur 10 ans. Enfin un effort financier sera demandé à ceux qui en ont les moyens, par une taxation supplémentaire des hauts revenus et des revenus du capital.

Est-il illusoire d’espérer qu’après d’ultimes concertations et dans le cadre de la discussion parlementaire, ce projet fasse l’objet sinon d’un consensus, du moins d’un large accord ? Si j’en juge par les derniers sondages qui montrent une opinion partagée (51% favorables, 49% contre), je pense que le bon sens peut encore l’emporter.

6 juin 2010 09:37
Fraîcheur

Présidé hier le conseil municipal des enfants. Une soixantaine d’élèves de CE2, CM1 et CM2.

Quel moment de fraîcheur et de bonheur! Ils sont vifs, attentifs, intelligents, mûrs. Ils commencent par rendre compte des travaux qu’ils ont faits en commission depuis leur élection l’an dernier. Ils me proposent des projets concrets pour l’année qui vient: par exemple un vide-grenier dont le produit servirait à aider des enfant en difficulté; ou un voyage à Bilbao pour étudier ce qui se fait dans cette ville en matière de développement durable; ou l’organisation d’une manifestation sportive rassemblant enfants handicapés et non-handicapés… etc… Ils m’expliquent qu’ils ont dû choisir parmi toutes les idées qu’ils ont eues car ils sont conscients qu’on ne peut tout faire en même temps. Bel apprentissage de la responsabilité et de la démocratie.

Leur compte rendu terminé, ils me bombardent de questions sur tout: la ville, le travail d’un maire, mon parcours personnel, et même la politique. Ils savent tout! A la fin de la réunion, l’un des plus “participatifs” s’approche de moi et me demande tout à trac: “A quel âge pourrai-je devenir ministre?”. C’est celui auquel j’avais dit, pendant le débat, tant je l’avais trouvé d’esprit délié : “Un jour, tu seras maire de Bordeaux!”

Deux préoccupations reviennent sans cesse dans leurs propos: la solidarité envers les plus fragiles; et le développement durable, c’est-à-dire la ville, la vie, le monde que nous leur laisserons. Leur degré d’information est étonnament élevé.

Qu’on ne vienne pas me dire, après cela, que notre enseignement est en faillite. Il a des problèmes évidemment; mais le socle est solide. En tout cas, cette rencontre est une vraie cure d’optimisme.

5 juin 2010 17:45
Vilaine manip.

Eternel dilemme: faut-il répondre à la calomnie, au risque de la propager? Faut-il l’ignorer, au risque de lui laisser prendre crédit ?

Je me suis posé cette question en lisant aujourd’hui dans Le Monde l’article que Caroline Fourest consacre à l’affaire Saint-Eloi/ Saint-Projet, révélée récemment par l’émission de télévision “Les Infiltrés”.

D’abord, les faits dans toute leur transparence:

- en 2000, constatant l’état d’abandon de l’église Saint-Eloi, dans le centre historique de Bordeaux, la ville donne suite à la proposition de l’association dirigée par l’abbé Laguérie qui s’engage à rénover, à ses frais, le bâtiment et à y rétablir le culte. Renseignement pris auprès de la préfecture, l’église est considérée comme désaffectée. Les activités de l’association ne contreviennent pas à la loi. Par délibération, évidemment publique, du conseil municipal, une convention est donc passée entre la ville et l’association.

- quelques mois plus tard, le nouvel archevêque de Bordeaux estime que la procédure de désaffectation n’a pas été respectée et saisit le tribunal administratif. Celui-ci lui donne raison. L’association (pas la ville) fait appel. La cour administrative d’appel confirme la décision de première instance. Immédiatement, par une nouvelle délibération de son conseil municipal, la ville résilie la convention. Elle n’a donc plus, depuis 2004, aucun lien avec les occupants de Saint-Eloi. L’église est affectée au diocèse de Bordeaux.

- s’agissant du collège Saint-Projet, établissement d’enseignement hors contrat, les services scolaires de la ville n’ont jamais eu aucune relation avec lui.

Que trouve-t-on dans l’article de Mme Fourest?

D’abord une construction extravagante qui tend à montrer une convergence d’intérêts entre certains intégristes bordelais et certains élus municipaux, dont Hugues Martin, “député remplaçant d’Alain Juppé” (au passage, qu’est-ce qu’un “député remplaçant” ?). Il faut une imagination puissamment créatrice pour établir un lien entre la fiscalité applicable à la rénovation du patrimoine historique ou le label “Villes et pays d’art et d’histoire” accordé à la ville, et les agissements scandaleux révélés par l’émission “Les Infiltrés”. Prudente, l’auteure de l’article écrit que “il ne s’agit ps d’en déduire un lien d’ordre financier”. L’insinuation et l’amalgame suffisent en effet.

Cela me rappelle étrangement la manip. montée il y a trois ans contre “l’adjointe du maire de Bordeaux”, à nouveau mise en cause aujourd’hui, “le directeur des affaires culturelles du maire de Bordeaux”, et “le chargé de mission du maire de Bordeaux” (je cite certains titres de presse de l’époque), dans une sombre affaire privée de captation d’héritage… sur laquelle on attend toujours la moindre manifestation de vérité.

Outre ce petit chef d’oeuvre de perfidie, l’article contient toute une série de contre-vérités ou de mensonges:

- il y est dit que “Mgr Ricard fait même un recours. Sans succès.” J’ai rappelé que notre archevêque avait gagné son recours en première instance et en appel.

- il y est dit que “l’opposition réclame la fin du bail dévolu aux occupants de Saint-Eloi”. J’ai rappelé que, par délibération publique, le conseil municipal avait résilié ce bail en 2004.

- il y est dit: “que fait-on pour éviter que des écoles hors contrat lavent le cerveau de futurs citoyens en toute impunité?” Comme je l’avais souhaité, le rectorat, seul responsable en l’espèce, a diligenté plusieurs enquêtes. L’inspecteur d’académie de Bordeaux vient publiquement de demander aux familles de retirer leurs enfants du collège Saint-Projet qui ne transmet pas le socle de connaissances prévu par la loi.

On reste pantois devant un article qui accumule autant d’insinuations sans preuves, et autant de contre-vérités.

Je n’en veux nullement à Caroline Fourest qui a fidèlement reproduit les allégations de deux ou trois élus socialistes bordelais qui me poursuivent, depuis 15 ans, d’une haine tenace.

On sentira néanmoins de l’indignation dans ces lignes. C’est vrai. Qu’on me fasse procès de complicité avec l’extrême-droite raciste et antisémite, moi qui l’ai toujours farouchement combattue - ce qu’elle m’a bien rendu, au plan national comme à Bordeaux - me révulse et me blesse. Dans l’idée que je me fais du combat politique, des procédés aussi déshonorants n’ont pas de place.

La justice est saisie. Je lui fais confiance pour punir ceux qui auraient transgressé les lois et les valeurs républicaines auxquelles nous sommes si profondément attachés.

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