Blog Notes d'Alain Juppé

Aimer l’Afrique

Publié le 27/09/2009 par Alain Juppé

Semaine africaine au Burkina Faso et au Mali: de lundi à vendredi derniers, j’ai conduit une délégation d’élus, d’universitaires et de chefs d’entreprise bordelais dans le cadre des partenariats de notre ville avec Ouagadougou et Bamako.

Comme toujours dans mes voyages africains, l’accueil est chaleureux, enthousiaste, émouvant. Je sens que le courant passe, non seulement entre les responsables africains et nous, mais aussi avec les petites foules qui viennent nous saluer. C’est sans doute le tempérament africain qui s’exprime, et la tradition d’hospitalité, par exemple dans le chant des griots qui scandent le nom du visiteur: « Alain Juppé, Alain Juppé! ». Mais je perçois autre chose: une vraie sympathie, avec, à l’arrière-plan, la référence à De Gaulle, au gaullisme, à Chirac à qui mon nom est automatiquement associé. Amour partagé de l’Afrique.

Il n’y a pas que la fête! Ouaga vient d’être dévastée par de terribles inondations. Des dizaines de milliers de personnes sont sans abri car leurs fragiles maisons de pisé ont fondu sous la pluie. La municipalité les a relogées provisoirement dans les écoles. Mais la rentrée scolaire approche. Mon collègue Simon Compaoré, maire de Ouaga, est sur la brèche: il fait installer des tentes où seront accueillies les familles sans abri. Dans un des quartiers les plus touchés, des dizaines d’enfants assis en rond nous attendent. Ils sont calmes, souriants. Mais, par moments, leur visage se voile de gravité, presque de tristesse.

Pauvreté. Pauvreté. Partout. Au quartier général des pompiers, au PC de la police municipale: les équipements de base manquent. Chez nous, nous réformons des véhicules en parfait état de marche, qui partent à la casse. Il faut en expédier ici, comme nous l’avons fait, il y a quelques années, pour plusieurs bennes à ordures.

La ville pauvre, tout est à faire: le pavage des rues, la construction de caniveaux, l’adduction d’eau… Bonheur de cette famille à laquelle nous rendons visite et qui nous montre avec fierté le petit lavoir qui vient d’être installé dans sa cour. La vie quotidienne des femmes en est changée; et les moustiques se font plus rares, il y a donc moins de risques de malaria. Avec peu, on fait beaucoup. J’aimerais annoncer plus. Le centre de référence mère-enfant dont nous rencontrons les responsables et qui pratique des dizaines d’accouchements chaque jour, nous parle de son projet d’extension: il leur faut … 72 000 euros. Je m’engage à en apporter une partie, si les autres partenaires contribuent, et si le conseil municipal de Bordeaux me suit.

Et malgré tout, une formidable espérance. Je m’adresse à plusieurs centaines d’étudiants réunis dans le grand amphi de l’université de Bamako. Je leur parle crise et mondialisation, G 2O et régulation de la finance mondiale. Mais qui parle pour eux au G 2O? Et en quoi l’encadrement des bonus des « traders » les concerne-t-il?

L’Afrique sera-t-elle le continent émergent du XXIème siècle? Je veux le croire. Elle en a les moyens. La richesse de son sol (et de son sous-sol). La force de ses structures sociales et familiales. Sa relation avec son environnement naturel, plus intime et respectueuse que sous d’autres cieux. Et son capital humain. Au risque de provoquer, j’affirme que le dynamisme démographique est à la fois un défi (comment donner du travail à tant de jeunes?) et une chance: tous les pays en déclin démographique ont, dans l’histoire, connu le déclin tout court; tous les pays jeunes et nombreux ont progressé.

Je comprends qu’il faille une bonne dose d’optimisme pour garder confiance en l’avenir dans des pays confrontés à tant  de redoutables problèmes. J’ose dire aux étudiants qui pointent du doigt les inégalités et les injustices que personne d’autre qu’eux-mêmes ne surmontera l’obstacle, que les solutions sont entre leurs mains, par exemple la lutte contre la corruption qui pourrit tout, y compris l’aide venue du Nord. Il reste que si nous, Nations et peuples riches, ne menons pas bataille pour réduire l’écart, le monde ne trouvera pas la paix. Ce n’est hélas! pas ce que nous faisons. Quel décalage entre les promesses (on se souvient des « Objectifs du Millénaire pour le Développement », proclamés solennellement en 2000 aux Nations Unies), et la réalité de l’aide, qui régresse, y compris la nôtre. La coopération décentralisée, c’est-à-dire les partenariats et jumelages entre villes, apporte une petite bouffée d’oxygène.

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5 commentaires pour « Aimer l’Afrique »
  • Lucrèce
    Le 29 Septebmre 2009 à 23 h 31 min
    Tintin au Congo.
    Dérangé dans l'hébétude de ma longue méridienne ( il fait si chaud que même les mouches se reposent)par la visite de ce touriste textuel,entre deux frissons de mes fièvres palustres,je revois ces récurents bains de foules des présidents de la françafrique,serrant les paluches des Burkinabaises et autres Ouaga"doudous"en transe.Depuis que l'introduction de la glace dans le pastis a sonné le glas de la colonisation,elle a été remplacée par le néo-colonialisme des réseaux Foccard ,le temps des magouilles des pétroliers;voici le temps du tourisme humanitaire:on va passer une semaine sous les tropiques pour en ramener de quoi raconter dans les dîners des bobos Bordelais."Pauvreté,pauvreté", ma chère Isa de Pessac,"vous auriez vu ces quartiers,ça pue la misère,en somme tout comme les pauvres de chez nous, mais avec plus d'enfants(quel dynamisme,malgré des organes farcis de parasites pour tous poils et tous replis)et moins de linge sale et de vin rouge autour" et les enfants,le ventre gros,sorte pénible de culbutos se dissolvant en diarrhée permanente;assis par terre ,ils passent le temps à s'extraire mutuellement les puces chiques qui minent la plante de leurs pieds.
    J'ai connu des Bordelais,qui passaient plusieurs années en pleine brousse, à soigner les grandes endémies et tous les maux quotidiens de milliers de personnes,sans aucune arrière-pensée géopolitique:dans leurs yeux,j'ai pu lire l'amour de ces tropiques.
    Trève de cette nostalgie,les yeux embués par la flamme de la lampe-tempête qui vacille sous l'assaut d'un essaim de moustiques besogneux qui voudraient bien sucer jusqu'à mon dernier globule rouge, j'écrase un larme et une de ces chenilles caparaçonnée (d'un coup de savate informe,car mâchonnée par la vieille Aminata ).Et je me rendors en marmonnant des formules fixées,cuites et recuites comme des croûtons de pensée:"une formidable espérance, une bonne dose d'optimisme..." Cacahuètes, noix de cajou et pas-nous-pas-nous...
    A Albert Schweitzer,en souvenir de l'embarquement sur un gros paquebot,en 1959,dans la Baie de Cotonou.
    Lucrèce
  • Pierre ARCHAMBEAUD
    Le 28 Septebmre 2009 à 07 h 05 min
    Cher Alain Juppé
    Votre article ressemble vraiment à un reportage, digne des meilleurs journaux !
    Merci pour nous avoir offert ce "voyage" passionnant, surtout pour les non-initiés à l'Afrique comme moi !
    A très bientôt,

    Pierre ARCHAMBEAUD
    Pierre ARCHAMBEAUD
  • vincent portier
    Le 27 Septebmre 2009 à 22 h 56 min
    Puisque l'heure est africaine,voici un article récent de mon site à propos du sommet de Cotonou d'Octobre 2009:

    "ATTENTION:DROGUES MEDICA-MENTEUSES"
    L’Appel de Cotonou, Bénin, 12 octobre 2009


    En cette époque où l'homme ne dirige plus ses pieds avec sa tête mais avec ses dents,voici un article responsable sur le besoin urgent de rétablir un ordre mondiale sur la fabrication,la vente et l'utilisation à travers le Monde et surtout l'Afrique "de médica- ments" .

    A ce propos,il y a deux jours,avec un ami,je suis passé au métro Barbés Rochechouart à Paris.

    Un jeune garçon vient vers moi et me demande si je cherche quelque chose...Je lui répond:"Et toi,tu cherche quelque chose...?Il me dit sur un ton amical:"Je suis vendeur!" Moi je répond:"De quoi?"Il me dit:"de cigarettes."(Fausses et à moitié prix).Je lui demande:"Tu as quel âge?"Il me répond:"18 ans"et toutes ses dents...

    Ma réponse fut simple:"Tu as deux minutes pour partir."Mon ami,interdit me dit:"Vincent,tu es malade,il y en a partout,on va se faire massacrer,et puis pourquoi lui et pas ceux qui vendent des fausses ceintures?Ma réponse a été évidente:"Les cigarettes tues les plus pauvres et les plus ignorants,pas les ceintures!"

    Il devient urgent de stopper l'utilisation de l'ignorance de l'homme par l'homme pour éviter l'autodestruction de celui ci.

    Mobilisation internationale contre le trafic de faux médicaments
    Objectifs de la mobilisation internationale

    Cette mobilisation a l’ambition, à terme, de répondre aux trois problèmes majeurs liés à ce trafic

    1. Pallier le manque d’informations afin d’éveiller les consciences

    - Les comportements d’achat doivent changer. Pour que l’accès à la santé soit banalisé, même pour les populations les plus pauvres, il est essentiel de les informer sur les médicaments génériques de qualité, disponibles à un coût dix fois inférieur dans les circuits publics et privés.

    - Il est impératif d’informer systématiquement les pharmaciens d’officine qui doivent prévenir les patients sur les dangers des faux médicaments.

    2. Former les techniciens de laboratoires de contrôle de la qualité

    - Pour permettre le bon fonctionnement des laboratoires et en assurer leur pérennisation, il est essentiel de former des personnes sur le terrain et de leur fournir les ressources nécessaires.

    - Pour optimiser cette mesure, il s’agira de réunir une équipe de techniciens assurant la maintenance et la formation des différents laboratoires.

    3. Élaborer un instrument répressif afin de réglementer la distribution de médicaments et de renforcer le droit des malades pour un accès aux médicaments de qualité contrôlée

    - Parce que le trafic de médicaments falsifiés est bien un problème de santé publique, il est aujourd’hui un devoir d’établir une loi, internationalement reconnue, permettant de mettre un terme à ce fléau. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et la France disposent de législations pouvant servir de modèle.

    - La mise en application de ces législations devra fédérer les acteurs de la santé (les pharmaciens d’officine et les conseils de l’ordre des pharmaciens, les laboratoires…) et du contrôle (services de police et de douane) pour sécuriser la chaîne de distribution des médicaments. Il sera alors impératif de les former sur les circuits qu’emprunte cette économie parallèle.


    L’Appel de Cotonou se déroulera au Centre International des Conférences de Cotonou au Bénin.

    Le Président Jacques Chirac, Monsieur Thomas Boni Yayi, Président du Bénin, et Monsieur Blaise Compaoré, Président du Burkina Faso, avec d’autres chefs d’Etat et dirigeants d’organisations internationales, s’engageront à :
    - endiguer la banalisation de la production et de la vente de faux produits pharmaceutiques,
    - soutenir les acteurs publics et privés, déjà engagés dans cette lutte,
    - éveiller les consciences aux risques encourus par la prise de ces faux médicaments.

    Cet acte fondateur de la mobilisation est la première étape du processus de demande d’un vote d’une Convention d’interdiction de la production et du commerce de faux médicaments devant les Nations Unies.
    vincent portier
  • THIEBAUT Philippe
    Le 27 Septebmre 2009 à 16 h 56 min
    Bonjour Mr Juppé; je suis convaincu par votre sincére regard que vous portez sur l'Afrique et plus generalement du decalage entre pays développés et en voie de developpement.Les solutions ne sont certainement pas simples certes mais je ne comprends pas trop le reel désir de voir changer les choses de la part du concert des nations.On ne peut pas etre sourd et aveugle de la situation de ces nations qui souffrent dans "ce cynisme intelligent "occidental.J'ai passé une semaine au Cambodge cet été et je suis revenu un peu comme vous .Votre point de vue sur votre semaine passée m'a donc touché.Amicalement
    THIEBAUT Philippe
  • Fra m
    Le 27 Septebmre 2009 à 14 h 28 min
    Très bel article, Alain, surl'Afrique et ses problèmes..je prendrai plus de temps
    ce soir ou demain matin pour le lire plus à fond.
    On ira edmain soir à la Halle des Chartrons, soiréesûrement très intéressante. Bien fidèlement confiante
    Fr.
    Fra m

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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