Blog Notes d'Alain Juppé

Berlin, et après ?

Publié le 24/03/2007 par Alain Juppé

En 50 ans, nous avons construit ensemble une communauté d’Etats et de peuples dont il n’existe aucun exemple aussi achevé où que ce soit sur la planète.
Notre Union, en effet, n’est pas seulement une zone de libre commerce, comme on en trouve ailleurs. C’est un espace de solidarité, dans lequel les pays les plus riches ont massivement aidé les pays moins avancés à rejoindre leur niveau de vie.
Avec succés: l’extraordinaire modernisation de l’Espagne, de l’Irlande, du Portugal ou de la Grèce en porte témoignage. Nous allons faire le même effort de solidarité envers les 12 nouveaux Etats membres. Et c’est tant mieux, pour eux comme pour nous.

Pourtant, cette Europe, qui a réussi et qui demeure si attractive, est aujourd’hui en panne.

Je ne reviendrai pas ici sur l’analyse des raisons du NON français au traité constitutionnel.

Je n’évoquerai pas les différentes pistes que j’ai tracées dans « France, mon pays », pour trouver la voie du rebond: pause dans l’élargissement, traité simplifié, lancement de nouveaux projets concrets, coopérations renforcées avec ceux qui veulent aller plus loin, plus vite (centre de décision économique, croissance écologique,immigration et co-développement…)

En ces jours symboliques du 50éme anniversaire du traité de Rome, je veux simplement affirmer ma conviction que nos efforts risquent de rester vains si nous n’avons pas le courage de poser la vraie question: que voulons-nous faire de l’Europe? Quelle vision politique en avons-nous?
Pour simplifier: Europe espace, c’est-à-dire grand marché sans frontières, indéfiniment extensible à tous ceux qui veulent en être (Turquie, Ukraine, et pourquoi pas Russie…); ou bien Europe puissance capable d’affirmer son identité politique, économique, morale sur la scène mondiale?

Je viens de lire avec beaucoup d’intérêt le dernier livre d’Hubert Védrine, « Continuer l’Histoire », dont je partage bien des vues.
J’avais cru sentir, chez lui, naguère, un grand scepticisme vis à vis de l’Europe puissance. Quand nous en débattions, il m’objectait que nous étions, nous Français, les seuls à y croire.
Et voici qu’aujourd’hui, il préconise de « prendre à témoin l’opinion européenne dans toute son ampleur à l’occasion d’un référendum général ou d’élections européennes:
« Voulez-vous que l’Europe devienne une puissance mondiale avec ce que cela implique sur les plans diplomatique et militaire? »
C’est, en d’autres termes, le message que j’adressais à mes petits enfants, dans la lettre que je leur destinais: « Ne renoncez pas au rêve européen », au rêve d’une Europe européenne, capable d’être elle-même, dans la recherche de l’harmonie avec les autres pôles de puissance mondiaux.
Et j’ajoutais:
« L’Union Européenne atteindra-t-elle un jour sa majorité politique, pour mieux servir la paix? »

C’est, en définitive, la question cruciale. Il faut aujourd’hui oser proposer ce choix à ceux de nos partenaires qui veulent vivre ensemble cette nouvelle aventure. Sinon, à quoi bon accepter les contraintes et consentir aux sacrifices de la « construction européenne »?

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4 commentaires pour « Berlin, et après ? »
  • Guillaume Destison
    Le 25 Mars 2007 à 22 h 01 min
    Monsieur le premier ministre,

    Je partage profondement votre conviction selon laquelle la construction d'une Europe plus unie, plus dynamique et plus intégrée politiquement est finalement la clef de notre avenir.

    Lorsque je voyage chez nos voisins Européens j'ai toujours une grande joie de constater que notre "identité" d'Européens est une presque une évidence ; une évidence culturelle, sociologique et bien sur géographique.

    Peut etre pourriez vous nous indiquer comment nous pouvons vous aider pour faire avancer ce projet Européen et notamment pour y faire adhérer le plus grand nombre.
    Guillaume Destison
  • eric alba
    Le 25 Mars 2007 à 19 h 55 min
    Cher Alain
    Vous rêvez de l'Europe "d'après", mais "après", il sera bien tard, .
    C'est maintenant qu'il faut agir pour l'Europe et avoir dès aujourd'hui, une action conforme aux valeurs de l'Europe dont vous rêvez pour "après"?
    Pourquoi attendre?
    L'action de la France pour l'Europe de demain sera l'exacte réplique du choix d'aujourd'hui car ce choix est une action fondatrice de l'action de demain.
    Vous avez choisi, de militer pour Nicolas Sarkozy, de promouvoir sa vision du monde et d'appuyer son action pour la France : Comment nous convaincre que votre engagement avec cette équipe sous influence et aspirant à une Europe simplement forte de son obéissance, n'est pas un renoncement, justement, à cette Europe dont vous rêvez?
    Pourquoi ne pas agir maintenant selon ces valeurs européennes? Peut-être pensez-vous pouvoir influencer sa politique ''après''? Habileté ou naïveté et faiblesse?
    Croire que pourriez «affirmer l'identité de l'Europe» en suivant la logique de ceux qui veulent organiser le monde selon la loi du plus fort sans respecter ce qui devra être, tôt ou tard, la déclaration des droits des peuples, c'est cela qui serait un rêve.
    Beaucoup de français, avec beaucoup d'européens, ont pour l'Europe de profondes ambitions, directement issues de son histoire et de ce qu'elle a de meilleur.
    Mais aujourd'hui, entre ceux qui semblent renoncer, comme vous, et ceux qui semblent déserter, comme Dominique de Villepin, les français ne trouvent plus de politiques de premier plan pour engager l'action de leurs ambitions : Place aux Blair, Berlusconi, Barroso et maintenant Sarkozy. Et vive l'Europe?
    Arrivez-vous à y croire?
    S'il y a bien un combat qui ne peut être "d'après", n'est-ce-pas le combat politique?
    Bien amicalement.
    Eric
    eric alba
  • Frédéric Doussiet
    Le 24 Mars 2007 à 17 h 49 min
    Vous rappelez l'alternative jamais tranchée, entre Europe Espace et Europe Puissance.
    Pour moi, l'Europe Puissance, c'est celle qui devrait s'assigner trois missions :
    1. Protéger les Européens contre les désordres du monde (politiques, sociaux, environnementaux);
    2. Tirer profit de la globalisation économique (les pays émergents, BRIC, etc. : autant de marchés à conquérir) ;
    3. Contribuer à une meilleure régulation du monde (protection de l'environnement, réduction des inégalités entre les pays, promotion du dialogue dans la résolution des conflits).
    Un beau programme pour une Europe puissance, non ?
    Frédéric Doussiet
  • Jacques Colomès
    Le 24 Mars 2007 à 15 h 24 min
    Oui l'Europe a atteint difficilement sa majorité, sa croissance est terminée, et elle doit et peut devenir adulte. Une Europe puissance c'est vrai, riche de ses valeurs humanistes, économiques et technologiques; une Europe reconnue dans le monde et capable d'être force de proposition écoutée, où la France pourra aussi se retrouver elle-même.
    Pour cela il faut que chacun quitte sa grisaille de pessimisme et crois au futur et son épanouissement, car tous ensemble si nous le voulons nous pouvons la remettre sur les rails qu'elle n'aurait jamais dû quitter. Rien n'est irréversible il faut en être persuadés, tout comme vous l'êtes vous-même. La crise d'adolescence est finie, nous retrouverons avec elle nos vraies valeurs.
    Jacques Colomès

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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