Blog Notes d'Alain Juppé

Bolkestein

Publié le 17/03/2005 par Alain Juppé

On a du mal à y croire : comment la Commission européenne peut-elle accumuler tant de maladresses? Elle n’est pourtant pas composée de technocrates mais d’hommes politiques qui devraient « sentir » l’opinion publique!
Je n’ai pas lu la directive dite Bolkestein, du nom de l’ancien commissaire qui l’avait préparée, et qui traite des services dans l’Union. Je n’en sais que ce que j’ai lu dans les journaux. La réalité doit être plus complexe. Mais deux évidences s’imposent:
– sur le fond, l’idée que des travailleurs venus des Etats-membres de l’Union puissent exercer leur activité professionnelle dans un autre Etat en conservant le salaire et le statut social de leur pays d’origine est , en l’état actuel de non-harmonisation de nos sytèmes de protection sociale, une aberration.
– Sur la méthode, agiter cet épouvantail en pleine campagne de ratification de la Constitution, en France et chez nos voisins, est une maladresse (et je suis modéré) qui brouille complètement le message.
Certes, on peut et on doit répondre que ce n’est pas la Commission qui décide, mais le Conseil des Ministres et le Parlement européen. La future constitution va précisément renforcer les pouvoirs du Parlement.
Je crains que, dans la confusion actuelle, cette bévue ne profite hélas! à ceux qui caricaturent le fonctionnement des institutions européennes.
Les sondages donnent toujours le « oui » gagnant; mais l’écart se resserre et une fraction importante des électeurs hésite encore. Il est donc nécessaire d’amplifier la campagne d’explication.
Il paraît que menacer les Français du chaos si le « non » l’emportait est contre-productif. Je l’admets. Mais il faut néanmoins dire la vérité: une victoire du « non » provoquerait une crise en Europe et, au minimum, le ralentissement de la capacité de décision communautaire à un moment où nous avons un besoin urgent d’action et d’initiaiive pour stimuler la croissance en Europe.
Bien sûr, cette constitution n’est pas parfaite. Elle ne traite pas de toutes les questions à l’ordre du jour européen. Sa principale lacune est de ne pas avoir prévu un véritable « gouvernement économique » de la zone euro capable de mettre en oeuvre une politique de croissance par l’innovation et de dialoguer efficacement avec une Banque centrale pour laquelle ne compte que la stabilité monétaire.
Mais les avancées de la constitution sont importantes : la proclamation claire de nos valeurs communes (il faut lire la Charte des droits fondamentaux, qui est courte, limpide et bien écrite); le progrès de la démocratie sur la bureaucratie avec un renforcement des pouvoirs du Parlement européen qui, à l’avenir, élira le Président de la Commission sur proposition du Conseil des Chefs d’Etat et de gouvernement, et dans la ligne du résultat de
l’ élection des députés européens ; avec aussi un renforcement du rôle des Parlements nationaux qui vérifieront que Bruxelles n’empiète pas sur les compétences des Nations etc… Il y aurait encore breaucoup à dire et j’espère que nous y reviendrons. Mais, pour résumer, je pense que le positif l’emporte largement sur le négatif. Ce n’est pas la perfection mais c’est un progrès. Je crois de toutes mes forces qu’il ne faut pas refuser ce progrès.

A lire: Le point de vue de Luc Guyau, président des chambres d’agriculture, dans Les Echos de 7 mars.
L’article, intitulé « Oui, l’Europe est notre avenir », rappelle tout ce que la France et ses agiculteurs doivent à l’Europe.
17/03/05

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17 commentaires pour « Bolkestein »
  • Franck Marmoz
    Le 03 Avril 2005 à 20 h 23 min
    Monsieur le Premier Ministre,

    Je prends connaissance par internet d un nouveau sondage donnant le non gagnant lors du prochain referumdum.

    La reflexion que je vous livre me vient dans des conditions particulieres puisque je suis en Egypte ou j enseigne le droit francais aux etudiants de l Universite d Ains Cham au Caire pour quelques semaines.

    Nos compatriotes vont voter non, a mon grand regret, le 29 mai prochain. Ce non, au dela de l ecume des jours politiques, est le fruit ;
    - de la peur de l avenir
    - de la nostalgie d une grandeur passee de notre pays
    - de la perte du sens de la construction de l union.

    Ce non est en realite previsible si on se refere aux succes cinematographique des dernieres annees. Amelie Poulain, etre et avoir, les choristes sont les symboles d un pays qui regarde avec nostalgie son passe. Je dois ajouter le succes du JT de 13 h 00 de TF1.

    Regarde de l etranger notre pays parait de maniere relative de moins en moins influent mais neamoins porteur d un message encore perceptible et audible dans le concert des nations. Les francais ont tort de croire qu un repli est une solution envisageable.

    Ce message, comme vous en recevez sans doute des centaines, est destine a vous dire combien il me parait important que des hommes comme vous continuiez le combat pour l avenir de notre pays.

    Les differences avec les autres messages de soutien que vous recevez sont que je ne suis pas bordelais :-), que je ne suis pas engage en politique, et que ne suis meme pas sur de voter pour vous lors d elections futures.

    Cependant votre voix manque dans le paysage politique francais pour tracer l avenir de notre pays et definir sa place dans le monde.

    Tres respectueusement

    Le caire, le 3 avril 2005



    Franck Marmoz
  • mimisouris sauvaux idres
    Le 28 Mars 2005 à 11 h 52 min
    un nerf de la mère
    une dent en argent
    d'incontournables pochards
    mimisouris sauvaux idres
  • michel gazeaud
    Le 22 Mars 2005 à 20 h 15 min
    On me demande de travailler ce jour là !
    Mon employeur (sanitaire et social) ne me paiera pas plus et ne versera rien pour les "vieux".
    Y a pas comme un problème ?
    Je demanderai donc un jour de sans solde , car je ne veux pas travailler 7 heures de plus pour du beurre (et pour moi et pour les vieux!).
    michel gazeaud
  • Thierry BOUCHEZ
    Le 20 Mars 2005 à 15 h 53 min
    Monsieur,
    Il me semble que l'une des réponses possibles à votre question est qu'il n'est justement pas évident qu'un homme politique "sente" bien l'opinion publique. Nous avons eu quelques contre-exemples récemment en France. Pourquoi, si ce gouvernement prend le pouls du peuple, se trouve-t-il acculé à faire face une fois de plus à des révoltes prévisibles auxquelles il ne peut plus que céder? Il aurait suffi d'un pue d'anticipation pour désamorcer tout cela (recherche, pouvoir d'achat, éducation) et, une fois de plus, la droite cherche à gommer ses erreurs après coup au lieu de se préoccuper de les éviter.
    Une racine fondamentale à tout cela: on traite les problèmes de manière désincarnée, au niveau des rapports et des statistiques, sans penser au peuple, à ce qu'il attend, à ce qu'il pense, etc.
    De ce point de vue, le problème est commun à tous les hommes politiques de haut niveau qui se trouvent tôt dans leur carrière présidents de région, maires de grandes villes, ministres, etc, et qui ne savent pas ce que c'est que de s'occuper de reloger une famille ou de recevoir une mère en détresse sociale grave. Bref, qui ne savent pas pour qui ils travaillent.
    La même remarque vaut d'ailleurs pour les chefs de grandes entreprises, souvent issus des mêmes formations d'ailleurs.
    Cela s'apprend que de donner un sens à l'action politique dirigée vers un peuple, des hommes de chair. Mais pas dans le Monde, Commentaire ou les rapports de tel institut. Sans doute vous a-t-on déjà dit cela.
    En forçant un peu le trait, on pourrait dire: il est maladroit parce que c'est un homme politique...

    Bonne journée à vous.

    TB



    Thierry BOUCHEZ
  • boudzi boudzi
    Le 18 Mars 2005 à 20 h 22 min
    Je suis pas aimé! mes questions n'apparaissent pas! Pas glop!
    boudzi boudzi
  • Emile-Robert Perrin
    Le 18 Mars 2005 à 18 h 18 min
    Cette affaire de directive Bolkenstein a quelque chose d'extraordinaire. L'élargissement de l'union à dix pays de l'ancien bloc de l'Est était quelque peu prématuré compte tenu de l'état de leur développement. Mais on a préféré élargir plutôt que d'associer largement, pour des raisons politiques, au demeurant compréhensibles. Maintenant que l'on tire les conclusions pratiques de l'établissement du marché unique dans le secteur des services, on semble découvrir que cela - la présence des nouveaux adhérents - soulève nombre de problèmes. N'aurait-on pas du y réfléchir avant, au moment de se prononcer sur l'élargissement, et éviter de devoir faire un pas en avant et, plus tard, deux pas en arrière ? D'autant que l'on risque fort de retrouver ce problème dans d'autres domaines.
    Emile-Robert Perrin
  • Loïc du Rusquec
    Le 18 Mars 2005 à 16 h 16 min
    Je partage votre opinion que les "tenants du oui" doivent s'investir pour expliquer le contenu du traité dont la complexité est un obstacle à l'adhésion.
    En revanche, cela suffira t'il à contrer le désastreux effet de la polémique autour de la directive Bolkenstein ?
    Le texte de cette directive, et les applications très concrètes que l'on peut imaginer, renforcent considérablement les arguments des "défenseurs du non".
    Les sondages les plus récents le montrent bien.
    Y a t'il une solution politique à court terme pour écarter la polémique autour de ce projet de directive ?
    Loïc du Rusquec
  • Louis L
    Le 18 Mars 2005 à 00 h 53 min
    [A publier si vous voulez, je vous invite à y réagir). Je tiens à vous remercier sincerement d'avoir réagi à mon commentaire sur la directive Bolkestein. Voici plusieurs remarques
    -Tous les travailleurs sur le sol francais seront soumis au droit du travail francais (les salaires minimums francais, les conditions de travail fixées par la loi et la durée du temps de travail devront etre respectés.)
    -La France est au moins le deuxième exportateur de services en Europe voire dans le Monde, cette directive offre des opportunités pour la France. Les services plus que l'industrie peuvent constituer une source de croissance qui soutiendra notre modele social. Je suis convaincu qu'on a beaucoup à gagner à ouvrir les frontieres de l'Europe.
    -J'attire votre attention sur le caractere "fini" dans le temps de ces services. Je crois que l'ordre de grandeur est d'un mois. Au dela du delai les prestataires de services devront "rentrer chez eux". Il n'y aura jamais de hordes de travailleurs étrangers!
    -Enfin, dire que les politiques européens ne sont pas à l'ecoute des opinions publiques me semblent un peu déplacé. Cette directive est née il y a un an, depuis il y a des parlementaires qui écoutent les différentes corporations, j'ai entendu dire que les parlementaires européens ont recu plus de mille intervenants sur le sujet en six mois. Le parlement européen dont le role est appelé à prendre de l'ampleur, est à l'écoute des gens. Nombreux sont ceux qui affirment :"il est aisé de rencontrer et discuter avec un député européen". Au lieu de crier pour demander le retrait ou "la remise à plat du projet" écoutons ceux que le parlement européen proposera comme amendements (Au moins par respect pour le travail de ces hommes).
    Il y a cinq ans, a Lisbonne, les chefs d'état et de gouvernement revaient encore de faire de l'Europe un foyer de croissance fondée sur la Connaissance en dix ans. Donnons nous les moyens de parvenir à ce but et d'espèrer sauver notre modele social.
    Louis L
  • Laurent De Volder
    Le 17 Mars 2005 à 18 h 22 min
    Peut-on m'expliquer en quoi la directive organiserait du "dumping social" et en quoi la France est menacée ?

    J'ai entendu M. Sarkozy frère s'exprimer sur France Inter au nom des entrepreneurs français : ceux-ci seraient parait-il largement favorables à une directive dont l'objet est de lever les obstacles SPECIFIQUES à la libre prestation de service (des conditions, autorisations, procédures... qui discrimineraient les étrangers par rapport aux nationaux).

    En ce qui concerne le risque de dumping social, je suis dubitatif. La directive consacre en effet le principe du pays d'origine (art. 16, http://europa.eu.int/comm/internal_market/fr/services/services/index.htm) mais l'article 17 énonce immédiatement une série d'exceptions, dont le droit du travail (art. 17,5°) et la sécurité sociale (art. 17,9°). Bref, il est totalement faux de prétendre qu'une entreprise étrangère pourra s'installer en France sans avoir à respecter le droit français, sans être contrôlé par l'inspection du travail,... La Commission elle-même avait établi une note explicative en octobre dernier sur cette question : http://europa.eu.int/comm/internal_market/services/docs/strategy/2004-propdir/explan-note-posting-workers_fr.pdf

    La persistance des mythes entourant cette directive, entretenus par l'extrême-gauche (probablement ignorante) et les partisans du 'non' (probablement de mauvaise foi) en dit long sur la prégnance des idéologies et de la démagogie en France. La Commission et les autres pays européens ont raison de reprocher à M. Chirac ses critiques infondées.
    Laurent De Volder
  • Georges Oger
    Le 17 Mars 2005 à 16 h 41 min
    Je pense que personnellement, si on avait voulu trouvé un thème porteur pour les partisans du "NON" à la constitution européenne: on n'aurait pas fait mieux. Sans l'avoir lue, la directive "Bolkenstein" dévoile un des aspects "angoissants" du parlement européen: la propension d'un "original" ou d'un député "à la merci d'un lobby ultra libéral" à jouer les docteurs Jekyll et Mr Hide en donnant le sentiment de spolier le droit de vote des électeurs européens pour tenter d'imposer une loi inaplicable en France.
    Comment sur ces belles idées européennes, ne pas devenir "parano" en tant qu'électeur ?.
    Comment ne pas être tenté de faire l'amalgame entre plusieurs thèmes d'actualité autour du même projet européen: d'un côté le vote pour la constitution européenne et de l'autre l'adhésion ou non de la Turquie.
    Dans quelle mesure les images de répression à l'encontre d'une manifestation de femmes en turquie n'encouragent-elles pas là encore l'électeur de base à dire systématiquement non !
    De la même manière qu'il existe une protection du consommateur contre les abus et les arnaques (délai de rétractation par exemple), il faudrait
    trouver un moyen de protéger l'électeur contre les abus du même genre (haute autorité, motion de censure), mais ces modalités de protection de la démocratie sont-elles présentes dans le nouveau de projet de constitution européenne ?
    Cordialement
    Georges Oger
  • Benjamin Catherine
    Le 17 Mars 2005 à 15 h 15 min
    Une victoire du "non" serait une catastrophe et une honte pour un pays comme la France, initiateur de cette unification européenne.
    Cette ouverture de l'Europe est une chance pour tous, et une formidable opportunité à saisir, si de nombreux points négatifs sont évidents, et notamment au niveau de l'agriculture, on ne peut qu'améliorer le système, alors qu'a t on vraiment à perdre?
    Benjamin Catherine
  • Jérome Joussen
    Le 17 Mars 2005 à 14 h 17 min
    Je suis assez dubitatif sur certaines interprétations sur le "très mauvais" chiffre du chômage en France comparé aux autres pays occidentaux. Le taux de chômage actuel de notre pays n'est évidemment pas acceptable et l'on pourrait faire beaucoup mieux vu les ressources que l'on possède (capital richesse et surtout humain que nous sommes en train de gâcher), mais penser que les autres pays font mieux est strictement faux ! On ne peut pas se baser que sur le taux de chômage pour comparer. Prémièrement, pour la simple raison qu'il n'est pas calculé de la même manière entre pays. Ensuite, d'autres taux ou paramètres sont à prendre en compte. Par exemple, les USA ont 5,6 % de chômage officiellement, mais il faudrait regarder aussi le fait que l'on sort très rapidement des statistiques dans ce pays (et oui, moins d'aides beaucoup moins longtemps) et surtout toutes les catégories qui ne rentrent pas dans les calculs, comme les prisonniers : 2 000 000 (60 000 en France, pour atteindre le sommet Etats-Uniens il nous en faudrait 400 000). À en croire des économistes, la vérité sur le taux de chômage américain serait plus aux alentours de 7,5 % si on le corrigeait pour le rapprocher de celui de l'Europe. Ainsi, Europe et USA sont au coude à coude, mais vu ainsi la France serait encore derrière... mais il faut aussi comparer d'autres chiffres. Un internaute cite la GB comme modèle avec ses 2,6 % de chômage (nous voici atomiser selon la critique !). Comme une étude l'a montré l'année dernière, il y a plus de pauvres en GB qu'en France. C'est plutôt paradoxal mais très logique ! En France on pourrait aussi se mettre à travailler pour des salaires proches de ceux des années 70, ce qui se passe en GB et aux Etats-Unis et qui d'ailleurs est en train de laminer leur classe moyenne (moteur de la croissance selon les économistes), donnant lieu à une fracture sociale abyssale. Le problème actuel du chômage touche tous les pays occidentaux et la pauvreté touche encore plus les pays anglo-saxons. La progression de la pauvreté et la détresse sociale qu'elle engendre est d'ailleurs un mal en progression dans toutes les sociétés développées. Finalement, si on y regarde bien, on se pose les mêmes questions, pour les mêmes pb (si si, G W Bush cherche aussi du financement pour ses retraites). Comme le font remarquer beaucoup de chercheurs, le modèle qui marche bien et concilie croissance, baisse du chômage, et qualité de vie est celui des pays scandinaves et leur flexécurité: 5 % de chômage environ. Je donnerai aussi comme exemple le Canada dans la version plus libérale mais très sociale des modèles qui marchent actuellement. Les comparaisons et les solutions trop faciles et "évidentes" sont donc à mes yeux dangereuses et n'apporteront aucune solution viable. La solutio ne serait-elle pas de relancer notre système économique qui est aujourd'hui à bout de souffle et non d'aller chercher à importer un autre système plus (néo) libéral ? Serait-il possible d'avoir votre avis sur le sujet ? Respectueusement.
    Jérome Joussen
  • Vincent Lafourcade
    Le 17 Mars 2005 à 14 h 13 min
    Je suis inquiet lorsque j'observe la tournure que prennent les débats et polémiques concernant les affaires européennes, qui comme vous le dites, ne font qu'embrouiller les messages fondamentaux et empèchent de prendre une réelle distance sur l'enjeu que représente la Constitution européenne. La polémique de la directive Bolkestein pose un véritable problème. Outre le fait que cette directive est effectivement une "aberration" à l'heure actuelle, elle donne beaucoup de grain a moudre aux partisans du non, venant ainsi se rajouter aux polémiques liées à l'adhésion de la Turquie (ce qui n'a rien à voir avec le référendum de mai, on ne le dira jamais assez), ainsi qu'aux polémiques liées à la Constitution elle-même, que beaucoup trouvent incomplète, trop libérale, etc.
    Il me semble important de préciser les enjeux de cette constitution. Selon moi cette constitution représente un tournant majeur dans l'histoire de la construction européenne. Car finalement quel est le véritable enjeu du référendum? C'est l'approbation d'UNE constitution! Des peuples de différentes nations vont s'exprimer sur un texte unificateur, sur un SYMBOLE, qui unit ces peuples sur le plan institutionnel certes, mais aussi au niveau des droits fondamentaux de chaque individu européen, ainsi que sur un certain héritage culturel, un patrimoine historique commun! Voter oui, c'est avant tout exprimer cette volonté de vivre ensemble, c'est reconnaître l'existence d'une union des PEUPLES européens qui se solidarisent.
    Mettons-nous dans la peau, par exemple, d'un africain, ou d'un australien ou d'un américain. Les débats sur la constitution lui sont bien lointains. Pourtant, si le non l'emporte au référendum qu'en pensera-t-il? Il se dira sans doute que nous, peuples européens, nous faisons vraiment n'importe quoi. Il ne saura pas forcément que les partisans du non refusent tel ou tel article précisément de la constitution. Il se dira surtout que nous ne savons pas ce que nous voulons: on prône la construction d'une Europe forte, unie et puissante sur la scène mondiale, on se donne l'occasion de s'offrir un cadre constitutionnel unificateur, et finalement on fiche tout par terre. Pire, nous affirmons l'existence d'une identité européenne, d'une identité culturelle et historique commune, le socle d'une unification en marche, et finalement on la refuse... Que pensera-t-il de nous cet américain, ou ce mexicain, ou ce japonais? Quelle légitimité voulons-nous nous donner aux yeux du monde, nous européens?
    Comme vous le dites, Monsieur Juppé, la Constitution telle qu'elle est n'est pas une perfection. Et elle ne le sera jamais du premier coup! On aura beau renvoyer leur copie aux rédacteurs du projet, le seconde version, outre le fait qu'elle ne verra pas le jour avant des années, ne contentera jamais elle non plus l'unanimité. Mais si cette constitution n'est pas parfaite, elle représente effectivement un véritable progrès, un pas de géant! Cette constitution est MODIFIABLE, REVISABLE, AMELIORABLE, tout ce qu'on veut, il faut le dire et le redire. Et elle sera modifiée, révisée, améliorée sur tous les points où ce sera nécessaire. Mais n'oublions pas quelle est la signification d'un oui ou d'un non à cette constitution. N'oublions pas ce qu'un simple non peut nous faire dire au reste du monde.

    J'ai 20 ans, et je VEUX croire en une véritable union des peuples européens, en une VOLONTE d'union, pour les années à venir. Ca commence en mai...
    Vincent Lafourcade
  • Pierre Joo
    Le 17 Mars 2005 à 14 h 00 min
    J'avoue n'avoir pas lu moi-même cette directive. Mais j'ose trois remarques:
    D'abord je suis d'accord avec vous, le débat sur la directive Bolkestein arrive au mauvais moment pour les Français, qui vont se prononcer sur la Constitution européenne.
    Ensuite, il me semble que si la directive Bolkestein émet effectivement le principe selon lequel c'est la législation du pays d'origine du travailleur qui s'applique, elle précise également que les salaires et le temps de travail sont une exception à ce principe. C'est donc toujours une directive de 1996 relative aux travailleurs détachés, qui régit ces deux critères. Celle-ci énonce que le travailleur en détachement devra respecter le salaire minimum et la convention collective du pays d'accueil. Bien entendu, il s'agira d'adapter cette directive de 1996 pour s'assurer qu'elle joue bien son rôle de garde fou contre tout dumping social excessif dans un contexte de totale libre circulation des services. Néanmoins, il me semble que la "montée au créneau" de certains, y compris parmi les plus fervents défenseurs de la construction européenne me semble un peu exagérée.
    Une autre remarque et je vous laisse tranquille. Je trouve que les membres "historiques" et prospères de l'UE, continuent d'envoyer un bien mauvais message aux nouveaux membres: d'abord, nous limitons à 1% du PIB l'aide à ces pays, ensuite, nous stigmatisons le risque de délocalisations de notre activité vers l'Est et en cela, freinons les investissements vers ces pays qui ont besoin de nos capitaux pour rattraper leur retard. Enfin, nous les empêchons de venir participer chez nous, à la création de richesse. Comment doivent-ils s'y prendre alors pour espérer rejoindre un jours notre niveau de vie? Bien sûr, tout ça est un peu plus compliqué que cette description caricaturale. Mon discours serait également différent si je ne travaillais pas dans les beaux quartiers parisiens, mais dans une usine soumise à la concurrence de l'Est. Mais si je me mettais à la place d'un Polonais ou d'un Lithuanien, j'avoue que les messages envoyés par les pays riches de l’UE depuis l’élargissement ne m'inciteraient pas à développer l'identité européenne tant espérée et une solidarité sans faille avec les positions françaises ou allemandes sur la scène internationale. Vous ne pensez pas?
    Bien cordialement,
    Pierre Joo
  • Muriel C
    Le 17 Mars 2005 à 10 h 44 min
    Monsieur le Premier Ministre, vous écrivez que l'un des apports de la constitution est "la proclamation claire de nos valeurs communes". Cela n'est pas tout à fait exact. Nos constituants ont eu honte de faire référence aux valeurs chrétiennes. Elles auraient pourtant été une assurance, pour certains électeurs, face aux craintes de dérives ultra-libérales de l'Europe ou face à l'intégration de certains pays ...
    Muriel C
  • Philippe Fournier
    Le 17 Mars 2005 à 10 h 10 min
    Je suis plutôt pour cette directive. Je ne comprends la haine irrationnelle quelle déclance en France ! On nous parle de plombier polonais en affirmant que ce serait une calamité pour nous. Il est pourtant particulièrement difficile, impossible même, de trouver un plombier disponible quand on a une fuite de robinetterie dans la salle de bain et qu'on se trouve dans l'obligation de s'acheter une barque et des rames pour se déplacer dans la maison! Bon, d'accord, il y a le problème des charges sociales, c'est exact. Mais le problème vient d'abord du gouvernement français qui ne réduit pas ces chages explosives! Il faudrait enfin y penser sérieusement! Si le gouvernement se décide à faire un effort, à être intelligent, et réduit fortement ces catastrophiques charges qui nous tuent, l'application de la directive sera un bien pour les français, pour la liberté, pour la vie simplement...
    Philippe Fournier
  • mimi daladier
    Le 17 Mars 2005 à 09 h 42 min
    Mondovino:
    1. je suis ok avec toi sur l'absence regrettable du consommateur dans ce film (idem: l'association anpaa présente un phénomène à l'identique dans son conseil d'administration = aucun ancien alcolo-dépendant). il y aura révolution si le parti éduque le prolétariat pendant que le prolétariat anime le parti.
    2. je m'étonne que tu ne soulignes pas la présence de ces deux vieillards florissants qui sont la seule sécurité intérieure de la vigne.
    3. la seule réhabilitation ontologique du sensible c'est que l'amendement pratique un langage clair. pourquoi ne pas évoquer "l'environnement naturel du vin et son cadre historique et culturel"...
    mimi daladier

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
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