Blog Notes d'Alain Juppé

Cannabis

Publié le 02/02/2005 par Alain Juppé

Face à la banalisation de la consommation de cannabis, j’ai longtemps eu le sentiment de ramer à contre-courant. La mode était à l’indulgence, à la compréhension, voire à la dépénalisation des drogues dites douces. Il ne fallait pas se mettre les jeunes à dos! Combien de fois j’ai bataillé en vain dans des discussions animées où je me trouvais souvent isolé! Ringard! C’était « l’argument » imparable.

J’ai senti le vent tourner il y a un ou deux ans déjà. A Bordeaux, lors des réunions du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance que je présidais, j’ai entendu des médecins affirmer, en termes tout à fait clairs, que la consommation régulière de cannabis était dangereuse pour la santé, que ce produit était toxique sur le plan neuropsychique et qu’il fallait le dire aux jeunes.

La bataille n’a pas été facile. Je me souviens qu’au Parlement, lorsqu’un de mes collègues a voulu qu’on traite la consommation de cannabis sur le même plan que l’alcoolisme au volant, de bonnes âmes lui ont expliqué qu’il ne fallait pas faire d’amalgame!
On a lancé de grandes campagne de sensibilisation contre le tabac et l’alcool, et c’est très bien.
Il semble que la complaisance envers les drogues en général et le cannabis en particulier soit en train de passer de mode et qu’on va enfin dire la vérité aux consommateurs, y compris aux jeunes. C’est tant mieux.
02/02/05

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25 commentaires pour « Cannabis »
  • Pierre-Alexandre _
    Le 19 Février 2005 à 17 h 40 min
    Je découvre votre blog, assez surpris de constater qu'un homme de droite peut avoir des idées. Vous avez au moins le mérite de croire en les votre, c'est rare dans votre "camp". Je ne vous apprécie pas particulièrement, en tant qu'électeur de gauche. Mais c'est en fait plus de par votre profil d'énarque-inspecteur-des-finances à qui on a mis trop de bonne notes et qui par conséquent est persuadé de tout savoir que votre personnalité me gêne. On a l'impression que pour vous il y a deux types de personnes : Les énarques-inspecteurs des finances = les gens intelligent, dont il faut se méfier, les autres = les cons qu'il convient de mépriser. Peut être avez vous évolué ?
    L'école désaprend l'esprit critique. Et un énarque n'est pas formé à la recherche. En plus vous êtes un littéraire, donc vous n'avez jamais eu un cours de logique pour vous apprendre à penser.
    Mais au moins il y a une sincérité rare en vous à laquelle je rend hommage, ainsi qu'à votre grand sens républicain du devoir.

    Venons en au sujet.

    J'ai 25 ans et je suis consommateur régulier de canabis. Quand je dis régulier, cela reste entre amis le week-end, et encore pas toujours. J'apprécie l'effet, mais à petite dose et pas trop souvent. Lors de mon adolescence, grâce, je pense à la compréhension de mes parents, qui ont été jeune eux aussi, avec qui j'ai toujours pu en discuter, je ne me suis jamais écarté d'une consommation modéré de l'herbe qui fait rire.

    J'ai vu pas mal d'amis autour de moi devenir "toxico", en avoir une consommation exagérée, et cela, trop jeune. Ils s'en sont sorti, parce que le canabis n'implique pas de dépendance autre que psychologique, et qu'un peu de volonté, de maturité et de personnalité suffise pour s'en sortir. Je parle en connaissance de cause, me basant sur du vécu, pas des études.

    Je constate que les jeunes génération commencent de plus en plus tôt, vers 13 ans, et initient une consommation beaucoup trop forte, qui plus est agrémenté de saloperie génétiquement modifié( Les vrai amateurs de canabis pourraient vous expliquer qu'il procèdent du canabis comme d'un vin (que j'apprécie aussi), chacun à son arôme, son effet, son goût poivré, etc...).

    En tant que consommateur de canabis et grand frère de petite soeur de ces ages, je trouve cette évolution de la consommation chez les jeunes très préocuppant. J'estime qu'un jeune de moins de 18 ans doit être protégé contre cette consommation. J'ai personnelement commencé à un age où j'étais assez mur pour me contrôler, sous la surveillance bienveillante de mes parents bien sûr.

    En effet, de par l'effet d'interdiction, les adolescents, par esprit de contradiction, sont portés à une consommation en cachette qui peut rapidement devenir exagéré et préoccupante, devanant même dans certains cas, le centre de leur vie, détruisant leur vie sociale, leur avenir scolaire, etc...
    J'ai, à propos de l'interdiction, toujours remarqué que mes amis ayant consommé plus que de raisons avaient des parents hostiles avec qui ils ne pouvaient discuter. Il y a des contre exemple, aussi pense-je que ce paramètre est un des principaux mais qu'il n'est pas unique, son importance variant en fonction de la typologie ethnologico-sociologique de l'individu considéré dans son milieu naturel.

    Je pense qu'au lieu de diaboliser le canabis, il faut reconnaitre la moindre dangerosité de ses efets que d'autres drogues comme l'alcool. A ce propos, mon oncle, ancien toxicomane dans les années 1970, m'a clairement mis en garde contre tout type de drogue légale ou non et m'a finalement donné pour conseil de "ne toucher qu'au canabis, c'est de loin la moins dangereuse de toutes". Il le dit en père de famille, il a à peu près tout essayé, je lui fait entièrement confiance.

    Comme je suis un scientifique, je propose (des pistes).

    -Je propose que les parents d'adolescent oient éduqués avec leurs enfants (dès l'age de 11 ans) afin de permettre que la discussion responsable et constructive s'instaure. Dans certains milieu sociaux, cela sera assez difficile à mettre en place.

    - Je propose que l'on fasse appel à des jeunes, ancien grand consommateur de canabis et actuellement consommateur modéré de venir dans les écoles et de raconter leur expérience. Ils ne seront pas perçu comme des profs/adultes et leur proximité impliquera que les enfants les écoutes.

    Il ya plsueirus choses à fare avant cela , afin de permettre aux jeune de discuter sans craintes:
    - dépénaliser le fait d'en parler, dans un certaine mesure c'est encore interdit. Il est dangereux d'affirmer que l'on consomme, on peut se retrouver en prison.
    - dépénaliser la consommation et la détention, je sais, c'est choquant, mais si ce n'est pas fait, personne ne voudra discutter de peur de se retrouver en prison.


    Reste à organiser le dialogue.

    Je n'aborde pas de nombreux aspects associés : l'économie souterraine dans les banlieue où c'est la seule voie de réussite du fait que les entreprises ne veulent pas les embaucher, même bardé de diplômes.
    La guerre de publications scientifique entre les chefs de services politisés et les chercheurs en ercherche fondamentale (voir un article dans La Recherche à ce sujet)
    Le fait que personne n'est égal devant la récation de son corps face au canabis : certain déroche très facilement d'autre pas. Certains deviennent lobotomisé d'autres (comme moi) voient leur performances intellectuelle et leur créativité décuplée (Ce n'est pas qu'une impression, j'ai produit des choses concrètes grâce à cela).

    J'oublie beaucoup d'aspects...

    Je suis d'accord avec vous sur l'angélisme. Il n'y a que des problèmes concrets à affronter.
    Pierre-Alexandre _
  • Benoit V.
    Le 07 Février 2005 à 16 h 14 min
    Bonjour Mr Juppé.

    Je me permets d'apporter ma modeste contribution sur ce houleux débat qu'est le cannabis..

    Tout comme le montrent les commentaires précédents, il est clair que le cannabis n est ni plus, ni moins dangereux que l'alcool ou le tabac.. Les chiffres de la sécurité routière montrent clairement les liens entre alcool et accident.. Mais l'alcool n est pas interdit.. Tout un chacun peut aller au supermarché du coin en acheter (ce qui n est pas le cas en Suède par exemple). Concernant le tabac, il est de notoriété publique que les cigarettiers ajoutent aux tabacs d'autres produits pour les rendre "meilleures" et plus addictive.. La cigarette rend dépendant, en ce sens c est une forme de drogue, qu'il y ait substance psychotrope ou pas.. Je le reconnais moi même, je suis dépendant à la cigarette...

    Ensuite, il faut voir une chose en face.. N'importe qui peut trouver du cannabis partout, dans n'importe quelle ville... J ai découvert avec surprise le nombre de consommateur dans mes collègues de travail (et tout plus de 30 ans...). Quiconque peut faire pousser du cannabis chez soi sans grande difficulté, et avec très peu de matériel.. N'est il pas temps de changer d'approche ?

    Attention, je ne veux nullement dire qu'il faut dépénaliser à tout va, surtout en ce qui concerne la sécurité routière, où les premiers outils de contrôle arrivent. La même approche que l'alcool au volant est à mettre en place... Mais arreter Mr toutlemonde parqu'il a 3 grammes dans sa poche relève de l'idiotie.. Je pense sincérement que les tribunaux auraient mieux à faire qu'arreter le petit consommateur..
    Certaines idées exposées ci-dessus sont très intéressantes. Que l'Etat prenne en charge la vente/distribution ce qui permettraient : 1/ un meilleur produit de meilleure qualité 2/ des rentrées d'argent via la TVA 3/ de meilleurs "données" statistiques 4/ permettrait de lutter contre cette économie souterraine (et on parle de millions si ce n est de milliard d'€)...

    En espérant trouver une oreille attentive
    Benoit V.
  • Bertrand DENIAUD
    Le 07 Février 2005 à 10 h 53 min
    vous avez eu tout à fait raison de ne jamais céder sur ce point. je suis avocat et je vois passer toutes les semaines des gosses ou des adultes de 13 à 25 ans qui ont pris en pleine face les délires des voynet, kouchner et autres enfumés. Maintenant qu'ils sont poursuivis sanctionnés, ils ne comprennent pas!
    il est grand temps d'expliquer quels sont les risques pour que lels sanctions inéluctables soient comprises et donc que la consommation baisse.
    continuez dans cette voie !
    Bertrand DENIAUD
  • Gilles Canales
    Le 07 Février 2005 à 00 h 39 min
    Bonsoir Monsieur Juppé. Je suis un lecteur régulier de votre blog depuis quelques semaines, et les réactions à votre article sur le cannabis m'incitent à prendre à mon tour ma plume numérique.
    J'ai constaté qu'un même argument reviens souvent en faveur de la dépénalisation : l'État n'a pas à décider de ce qui est bon ou néfaste pour l'individu. Chacun doit pouvoir vivre sa vie comme il l'entend tant qu'il ne dérange pas les autres. En résumé, l'être humain a tout les droits dans sa sphère privée, et la société n'a pas de droit de regard.
    Ce point de vue peut paraître légitime, mais il me semble que c'est oublier un peu vite l'une des caractéristiques fondamentales des drogues, ainsi que de l'alcool d'ailleurs. Ces substances psychotropes altèrent notablement le jugement de l'individu, y compris sur ses propres actes. Il est dès lors incapable de juger de la dangerosité de sa conduite, pour lui-même et pour autrui. La personne sous l'emprise de ces substances est donc potentiellement dangereuse, y compris pour elle-même, et il me semble qu'il est de la responsabilité collective de prévenir de tels comportements. Les libertés individuelles ne doivent pas avoir la priorité sur la sécurité collective : il est par exemple interdit de synthétiser des explosifs chez soi.
    Je dois cependant avouer que je reste perplexe sur la solution à adopter : faut-il interdire, et faire proliférer le marché noir - et d'ailleurs, ce marché noir est-il une fatalité ? Ou faut-il légaliser, comme c'est le cas pour l'alcool, et croiser les doigts pour ne pas avoir à pleurer un jour la perte d'un être cher, tué par un chauffard ivre ? Existe-t-il une troisième voie ? Je n'ai malheureusement pas de réponse à apporter. La sagesse étant dit aller de pair avec l'âge, peut-être que j'en aurais une dans quelques dizaines d'années.
    Cordialement,
    Gilles Canales
  • Jean-Luc Chantraine
    Le 05 Février 2005 à 09 h 33 min
    Bonjour Monsieur le Ministre,
    Dans la périphèrie de Bruxelles les francophones subissent des humiliations constantes : ils ne peuvent capter des chaînes francophones, tracasseries pour obtenir les documents administratifs en français, pour obtenir des logements sociaux...
    Pensez vous que la France puisse nous aider à continuer à parler le francais ?
    Merci.
    Jean-Luc Chantraine
  • avancée carrere
    Le 04 Février 2005 à 11 h 46 min
    la désespérance de certains jeunes, ou vieux à certaines périodes de l'existence ? connaissez vous Monsieur...!!!
    Qui sont les dealers ?
    Où va cet argent ?
    Qu'est ce qu'un paradis fical ?
    Que fait contre cela le libéralisme ultra concurrentiel ?
    encore un raté ...
    de la civilisation européenne avancée.
    Merci Surcaf (55 ans)
    avancée carrere
  • Lilo Baro
    Le 03 Février 2005 à 15 h 02 min
    Tout d'abord et pour faire le lien entre le hors sujet et dans le sujet, je tiens a vous dire qu'en 1996-99 j'aimais bien fumer dans les rues du quartier Saint Pierre. Je suis revenu apres la transformation due au Tram (n'ai donc pas eu à subir les travaux). Et bien c'est encore mieux. Je ne sais pas si c'est vous que je dois feliciter mais cet accord ente modernité et vieille pierre poreuse est parfait et place Bordeaux comme la ville (avec PAris) la plus agréable à contempler.
    Quant au cannabis, je ne sais si vous parlez encore comme un responsable politique ou l'inidividu.
    En tant qu'homme politique, je peux comrpendre votre position mais celui de l'homme analytique et objectif et projectionniste que vous êtes, pourquoi vouloir bannir les drogues?
    Quelles restent illégales est peut etre normal mais de les combattre me parait bien inutile et vain.
    Le seul progrès serait de les rendre moins nocifs ( même si je n'ai pas constaté de grave dysfonctionnement de mon psychisme).
    Il existe aujourd'hui des drigues dites smart donc non nocives et certes à effet de dépendances.
    Quelle serait votre position sur ce genre de drogues?
    Vous savez bien qu'il existera toujours un produit pour en remplacer un aute.
    Et la nocivité n'est pas dû au produit mais a la faiblesse mentale du consommateur ne resistant pas à la prise qu'elle soit de loisir, de refuge ou de fuite en avant.
    Les drogues (vin, tabac, vitesse, art, eau, psychotropes, TV..) sont une des raisons de notre existences.
    Avez vous pensez aux conséquences de l'ennui provoqué par l'interdiction de ce pilier? Un peuple bovin sans petit apericube serait encore moins passionnant.
    Lilo Baro
  • Cyril Girard
    Le 03 Février 2005 à 12 h 43 min
    Il semblerait en effet souhaitable que l'Etat cesse son hypocrisie sur le sujet en prenant les choses en main. Une nouvelle loi serait à ce titre la bienvenue pour clarifier une situation qui ne l'est guère.
    Je suis pour ma part favorable à une organisation par l'Etat de la vente du cannabis pour les raisons que nombre de lecteurs ont évoquées, mais cette légalisation rencontre quelques écueils.
    D'abord, un problème de conscience énorme se poserait pour le gouvernement sous lequel cette mesure serait prise. Si la gauche légalise, on va l'accuser de tous les maux. Si la droite s'en charge, elle va déboussoler son électorat traditionnel.
    Seul Madelin ou les Verts pourraient éventuellement assumer cette décision, mais ce n'est pas demain qu'ils auront le pouvoir.
    Ce n'est peut-être pas là, cependant, l'obstacle majeur.
    A mon sens, la légalisation éventuelle du cannabis provoquerait une telle perte économique pour les dealers et ceux qui vivent autour d'eux que personne ne voudra prendre le risque de s'attaquer à un pareil chantier.
    Je n'ai absolument aucune idée du nombre de personnes que le commerce du cannabis fait vivre. Mais une chose est sûre, ces personnes là qui, on en conviendra, ne sont pas les plus fréquentables, apprécieraient modérément de voir leur business passer entre les mains de l'Etat. Que feraient-elles, ainsi démunies ? Se ranger ou se révolter. Je ne suis pas sûr qu'un gouvernement, quel qu'il soit, ait envie de connaître la réponse.
    On reste donc délibérément dans un flou juridique qui satisfait ou qui irrite plus ou moins tout le monde.

    Cyril Girard
  • Marc BELLET
    Le 03 Février 2005 à 10 h 27 min
    Bonjour M. Juppé, je me permets de vous proposer un sujet pour aujourd'hui. Je sais que vous n'en serez pas froissé, puisqu'il concerne une de vos passions, "faire l'histoire de son temps" et y réussir passe par se préoccuper nécessairement de l'avenir de l'Europe. Les vraies vocations etles passions absolues sont rares et qu'elles réussissent l'est encore d'avantage. Ce qui me paraît aujourd'hui plus intéressant c'est de comprendre pourquoi cette question Européenne nous fait marcher sur la tête. Ainsi pour nous "remettre sur pied", je pense que la constitution, si elle est adoptée, doit avoir - entre autres - trois grands principes fondateurs qui font actuellement défaut au bon fonctionnement de l'Union Européenne:
    UN) remplacer les «directives» par des «lois européennes».
    DEUX) renforcer les pouvoirs de contrôle du parlement européen, des parlements nationaux et clarifier le rôle législatif du Conseil (dont les séances devront être publiques).
    TROIS) affirmer l'obligation d'alliances inédites telles que «compétitivité» et «solidarité», «efficacité» et «développement durable» : l’économie sociale de marché n’est pas une «voie américaine»… POURQUOI METTRE EN EVIDENCE SES TOIS PRINCIPES?
    Parce que trois faits d’actualité démontrent que pour l’heure leur absence révèle de vrais dangers pour l'avenir.

    LE PREMIER est français. Une directive de la Commission sur les déchets dans l’industrie de l’électroménager est dénaturée dans sa version française. Dans la version originale, les industriels y étaient rendus responsables pleinement (donc financièrement) de la récupération et du recyclage des déchets. Dans sa transposition française, ceux-ci se déchargeraient (si l’on ose dire) sur les collectivités pour payer en partie les frais. Nuance…Les traductions doivent-elles être des «arrangements» ?

    LE DEUXIEME est franco-communautaire : la «directive Bolkenstein», du nom d’un Commissaire réputé (et réellement) ultra-libéral, a été adoptée en catimini voilà des mois en Conseil : la France avait, par la voix de Noëlle Lenoir, alors ministre des affaires européennes, donné «un appui très fort»… Or que prévoit ce texte sur la libéralisation des services ? Qu’une entreprise qui vend ses services dans un autre pays de l’Union puisse appliquer les législations sociales d’origine… Ce serait évidement l’Europe par le bas : jolis dumpings ! Un scandale que les syndicats et les communistes ont raison de condamner. Une pratique qui serait contraire à la future constitution. Le président de la République, Jacques Chirac, exhorte à «l’extrême vigilance» : il n'est jamais trop tard pour bien faire ….C’est donc dans les oubliettes de l’histoire qu’il faut jeter l’anticonstitutionnelle «directive Bolkenstein»

    LE TROISIEME est communautaire : dans son rapport sur la «stratégie de Lisbonne» (excellente mais pas appliquée), le président Barroso, garde tout ce qui est «compétitif», «attractif» mais gomme tout ce qui est social et environnemental. Une caricature de la stratégie définie en 2000 pour 2010. Et une violation de l’esprit et de la lettre de la Constitution. Paradoxe : les partisans du «non» tentent de tirer parti de ces dysfonctionnements pour illustrer les «dérives libérales» de l’Union et conforter leur refus de la Constitution…
    Marc BELLET
  • Nico Brown
    Le 03 Février 2005 à 05 h 22 min
    Dans l'absolu, le cannabis est produit de la même façon que le tabac..On fait pousser puis secher une plante pour la fumer...Les effets sont certes différents mais c est un procèdé on ne peu plus naturel....La France républiquaine représente pour moi un ensemble de valeurs dont l'une est la liberté...Et je revendique ma liberté, notre liberté de boire un verre ou de fumer un joint tant que notre comportement ne nuit pas a autrui...Et par ces propos je n'ignore pas le problème de santé publique posé par la consommation excessive de ces substances, illégales ou non...Il est essentiel de communiquer,d'informer la population sur les dangers des drogues....Ma vision rejoint celle du peuple néerlandais qui tolère que chacun vive sa vie comme il l'entend tant qu'il ne dérange pas les autres...Le cannabis est trop souvent diabolisés alors que c'est un puissant stimulant intellectuel lorsqu'il est consommé dans un cadre bien défini même si je ne remet pas en cause la nocivité de ses effets secondaires...Enfin, il est illusoire de penser que la consommation nationale disparaitra totalement,elle flèchira certainement sous l'impulsion de campagnes d'informations mais le seul moyen d'empêcher les fumeurs de cannabis de fumer du plastique ou du pneu, est de réguler ce marché par l'intermédiaire de l'état....sans parler des revenus publics que cela générerait et qui depuis des années ne sont pas prélevés dans cette partie souterraine de notre économie...
    Nico Brown
  • Paul Chucrallah
    Le 02 Février 2005 à 23 h 21 min
    Monsieur le Premier Ministre,
    je voudrais tout d'abord vous remercier pour le temps que vous passez à la préparation de ce blog. Sans tomber dans les clichés -intellectuels- devenus un peu trop faciles à votre égard, l'opportunité créée par la contribution d'un homme comme vous qui partage son coup d'oeil généraliste sur les nouvelles de l'heure est pour moi, qui vous écris du Liban, extrêmement intéressante. Je suis un consommateur assidu de votre blog, et je peux vous dire qu'effectivement, vous nous avez manqué cette dernière semaine.
    Pour l'affaire du cannabis, permettez moi de préciser tout d'abord que je ne suis absolument pas amateur de drogues douces ou dures, si l'on exclue les excellents vins de Bordeaux.
    Je suis tout-à-fait d'accord avec le devoir d'informer. Quelles que soient les réactions (cf. "ringard"), un homme politique se doit de donner son opinion, et dans le cas où il s'agit de faits, la vérité. Mais mon objection se situe sur le plan du principe. Je ne crois pas que l'Etat ou la société aient un quelconque role à jouer pour protéger l'individu des conséquences de ses propres désirs, à moins qu'il ne fasse du tort aux autres. Mais si on se fait du mal à soi-même, le plus que la société puisse faire, à mon avis, est d'exiger une compensation pour des frais supérieurs de santé. Ce qui veut dire dans notre cas: légaliser et surtaxer. Comme l'alcool.
    Je vous remercie vivement et continuerai à vous lire avec autant d'intérêt.
    Paul Chucrallah
    Paul Chucrallah
  • Julien Blavette
    Le 02 Février 2005 à 21 h 15 min
    Bonjour,
    Vous souhaitiez que quelqu'un puisse venir contredire vos propos, qui en trois points étaient les suivants:
    1 - L'Etat controlerait le marché et donc le consommateur saurait exactement ce qu'il prend.
    2 - Une Taxe pourrait etre prélevée par l'Etat, ce qui est bien puisque vous dites qu'il est en perpétuel recherche de fonds.
    3 - Cela mettrait fin au trafic, au marché noir.
    Je me permets de défendre 3 opinions contradictoires:
    1 - Le fait de légaliser et contrôler le marché n'endiguera jamais le marché noir. Le tabac est légal en France et pourtant le marché noir existe bel et bien. Donc si marché noir il y a, produits coupés et malfaits il y aura toujours.
    2 - Je ne suis pas sûr de l'opportunité d'une telle taxe. Je crois que l'Etat et le gouvernement gagnerait à perceoir une taxe sur le canabis. L'opinion publique releverait tout de suite l'énormité de la chose, et "taxerait" l'Etat de se faire de l'argent sur la santé des citoyens (discours déjà tenus sur les taxes sur l'alcool).
    3 - Enfin, je l'ai déja dit dans le 1, mais votre 3e point insistait sur le fait que la contrebande et le marché noir s'en trouverait pénaliser et réduit au silence, or le tabac et l'alcool sont légalisés, et le marché noir en la matière existe toujours bel et bien.
    J'espere que ces trois contre arguments, vous aurons convaincu.
    Julien Blavette
  • philippe THIEBAUT
    Le 02 Février 2005 à 20 h 24 min
    Il y a surement une prise de conscience sur le risque de modification de sa psyché qui me parait central dans cette question de société.La question des conséquences médicales immédiates est reconnue de tous aujourd'hui .Et que pensez des salopards de dealers anciens consommateurs eux memes qui se paient leurs études comme ça...on en trouve en classes préparatoires des grandes écoles .C'est grave.
    Bien cordialement.
    philippe THIEBAUT
  • Xavier MISSET
    Le 02 Février 2005 à 19 h 53 min
    En tant que président d'association de parents d'éleves, j'avais organisé il y a sept ans une réunion sur la drogue avec psychologue, médecin et commissaire de police. J'avais retenu les éléments suivants :

    1. Très peu de parents étaient venus. Nous étions soit-disant dans un milieu protégé par rapport à cette difficulté ! Quelle erreur ! Quel péché d'orgueil ! Tous les ados, de quelque milieu, de quelque quartier qu'ils soient sont soumis à cette tentation et ceux à un âge ou les conduites à risques font presque partie du parcours normal.

    2. A cette époque, le psychologue était en pleine phase avec l'ambiance du moment qui tendait à la dépénalisation. Et tout son discours, à mon sens très ambigü, était de dire que la drogue douce était une addiction au même titre que l'alcool. En faisant ce rapporchement il était clair qu'il préparait, non sans une certaine perversité, les esprits à la dépénalisation : Fumer un joint ? Pas plus grave qu'un petit verre de trop !

    3. Le Conseil qu'il donnait au parent était quand même de s'appuyer sur le fait que la consommation était illégale et donc qu'en tant que parent il était exclu de fermer les yeux avec bienveillance sur une telle pratique. (Argument qui en lui-même militait fortement sur le maintien de l'interdit pénal) .

    4. Le médecin avait, déjà à ce moment là, été très clair sur les risques pour la santé et notamment les troubles de la concentration que le canabis pouvait entrainer y compris sur le long terme.


    Bref on a beaucoup avancé aujourd'hui. Le tout sécuritaire est présent partout, presque trop.
    - Plus le droit de rouler à 95 sur les routes limitées à 90 km/h (c'est bien comme mesure mais 120 euros c'est excessif : j'ai tellement peur que l'essentiel de mon attention est fixée sur mon compteur pour essayer de me stabiliser à 85)
    - Bientôt plus le droit de fumer une cigarette.
    - Bientôt plus le droit de boire même du bon Bordeaux (j'attends ici la réaction de l'élu) ou du bon Bourgogne
    Bref l'Etat prend de plus en plus lui-même en charge notre santé pénalisant de plus en plus toutes nos conduites à risques.

    Alors évidemment les zélateurs du cannabis font maintenant ringards et là je dis tant mieux .

    Mais je m'inquiète ! quand va-t-on m interdire de faire du deltaplane ou bien de skier le jour de mon arrivée en station ?
    Xavier MISSET
  • Etienne R.
    Le 02 Février 2005 à 18 h 10 min
    Bien sur, toutes les drogues sont à des degrés divers dangereuses, quoique cela dépende de la constitution des consommateurs. Il me semblait pourtant que cela était une réalité scientifique bien admise, et il n'y a aucun lieu de contester cela.

    Cependant, je propose une petite réflexion : d'où croyez-vous que vient la situation catastrophique tant au niveau sanitaire, que repressif, concernant les drogues?
    La réponse tient en quelques mots : elle s sont prohibées, et interdites. De ce fait, on ne rédit que assez peu la demande (et dans certains cas, on l'encourage), on ne diminue que l'offre. Et l'offre résiduelle est précisement celle des mafias en tous genres.
    De plus, réglementer à outrance un secteur d'activité conduit à une dés-responsabilisation inéluctable. Les consommateurs entendent tous les sons de cloche et des propagandes diverses et variées.
    Il n'y a qu'un seul moyen de mettre chacun face à ses responsabilités : que chacun assume ses choix. Mais, les assume pour son devenir personnel.

    L'Etat n'a rien à faire à interdire ou autorise ce que est bon ou mal pour ses citoyens. Ce n'est pas de cette manière que l'on rend les gens responsables. Il s'agit non seulement de mesures complétement illégitimes - de quel droit la collectivité se permet-elle de juger et d'imposer à un individu -, mais contre-productives.

    La légalisation de toutes les drogues ne répond pas à des impératifs de "santé publique", mais a pour conséquence de poser chacun face à ses choix, pour que l'on puisse les assumer.
    Les drogues sont nocives évidement, mais je défie quiconque qui s'arroge le droit de faire le bien d'adultes normalement constitués à leur insu?
    Etienne R.
  • Marc Bellet
    Le 02 Février 2005 à 16 h 09 min
    Bonsoir Alain Juppé,
    A nouveau, je vous écris. Comme vous, j'étais parti de France pour le Maroc. Moins loin certes, mais la perspective est la même, même si elle est moins ambitieuse.
    Je partage votre coup de coeur sur le cannabis pour une seule raison qui en précise l'enjeu.
    Je la tiens de Picasso qui a dit "Il faut beaucoup de temps pour devenir jeune". La consommation de Cannabis ne le permet pas. Et à ceux qui osent rejeter la comparaison avec la consommation d'alcools, je me permets de les renvoyer à Guillaume Apollinaire : "Tu es dans le jardin d'une auberge aux environs de Prague
    Tu te sens heureux une rose est sur la table
    Et tu observes au lieu d'écrire ton conte en prose
    La cétoine qui dort dans le coeur de la rose...
    in Alcools

    VALE
    Marc Bellet
  • nicolas le léon
    Le 02 Février 2005 à 15 h 29 min
    Les problèmes liés à la consommation généralisée du cannabis ne relévent pas, à mon sens de la classique dichotomie: une droite répressive contre une gauche tolérante.
    L'intégration par la société française de familles issues de l'immigration a apporté des habitudes sociales nouvelles, incomprises parce qu'inconnues de la génération du baby boom. L'usage du cannabis est une coutume séculière au maroc de la meme manière que la consommation d'alcool en france.
    Je ne fais l'apogée ni de l'un ni de l'autre mais je crois que pour être entendue par sa jeunesse, la génération dirigeante se doit, dans un soucis de crédibilité, de respecter le principe du parallélisme des formes.
    En fait, ce n'est pas tant l'usage qui est inquiétant, la pédagogie afférente à ses dangers en étant à ses balbutiements, mais bien la motivation de cet usage: la fuite.
    La liberté de se droguer pronée par certains démagogues inconscients n'est pas une liberté mais bien une aliénation quotidienne, un abandon de soi au profit d'un produit toxique.
    nicolas le léon
  • Claude MONBEIG
    Le 02 Février 2005 à 14 h 55 min
    Tout à fait d'accord avec vous, il est seulement regrettable que certains de nos dirigeants et responsables politiques aient mis tant de temps à réagir... Sans compter d'autres "responsables" politiques qui eux n'ont pas hésité à dire qu'ils en avaient consommé, encourageant ainsi ce qui aujourd'hui est considéré comme un comportement à risque au même titre que la consommation d'alcool!
    Claude MONBEIG
  • Hubert ROUGIER
    Le 02 Février 2005 à 14 h 28 min
    C'etait l'epoque ou il etait interdit d'interdire et ou l'on recherchait la plage sous les paves.Mon prof de philo avait abandonne le lycee,et donnait ses cours dans un bar,pour etre plus proche de nous...en certaines classes on tolerait le tabac...puisque chez soit on travaillait en fumant;les profs tutoyaient les eleves et parfois la reciproque etait une marque de tolerance...Nos parents,a qui on avait donne quelques regles a observer dans leur jeunesse,decidaient souvent de les abandonner...pour etre plus proches de nous.Avant 68 etait tout mauvais,et ne pas penser post 68 etait bourgeois ringard.Une generation d'enfants aujourd'hui parents qui ont du tout reinventer,sans repaires,avec des regles simplifies ou inexistantes,parfois livres a eux memes...Tableau trop noir surement de cet apres mai 68,car tout n'est pas a detruire dans la grande bouffee de liberte qui lui a succede,et beaucoup de choses etaient a moderniser.Mais il faut toujours des lois,des repaires des obligations et donc des interdits pour pouvoir respirer une liberte.Quand l'enfant ne respecte plus ses parents ou ses profs,quand le prof ne respecte plus son image,et les parents leur role,alos l'enfant se refugie dans les modeles du cinema,de la tele ou du virtuel,ou la guerre est un jeu,tuer un moyen de gagner,fumer montre que l'on est grand,le voleur devient genial et le"flic"doit etre abattu car il gene-voir de multiples jeux video en acces libre-.la tele realite remplace la vie reelle,et pourquoi faire trop d'effort puisque sans rien faire on peut avoir l'illusion de tout avoir.Ayant ecrit cela,et en plus je le dis souvent autour de moi,je vais passer pour un vieux ringard grincheux et nostalgique de l'ordre.Non,et mes enfants pourront le confirmer.Simplement je veux dire qu'aujourd'hui il ne faut pas s'interdir d'interdir,il faut poser des regles et exiger leur respect,meme si je crois que,apres Mai 68,et ce que l'on en a fait,c'est un peu plus dur aujourd'hui.C'est indispensable.
    Hubert ROUGIER
  • Vincent Le Biez
    Le 02 Février 2005 à 12 h 50 min
    Je suis en total accord avec vous. J'ai assisté à une conférence sur les drogues à l'X et le médecin qui intervenait disait que le cannabis produit trois effets néfastes : tout d'abord, il est 15 fois plus cancérigène que le tabac car il contient plus de goudron, ensuite il provoque le découragement, un élève qui rentre le soir et qui fume un joint ne fera pas ses devoirs (cet effet est très nettement perceptible dans les collèges et lycées et cause de forts dommages à notre système scolaire). Enfin, contrairement au tabac et à l'alcool en dose limitée, le cannabis modifie le comportement, et il doit être à ce titre interdit tout comme l'est l'abus d'alcool sur la voie publique.
    Vincent Le Biez
  • Matthieu Delaye
    Le 02 Février 2005 à 12 h 04 min
    Alcool ?

    Je ne suis plus très à jour dans mes chiffres, mais je crois qu'on compte 50.000 morts par an ; des accidents sur les routes ; des violences conjugales ; une dépendance très difficile à surpasser ; un danger psychologique et physique pour ceux qui en abuse (dépendants ou non).
    Quelqu'un qui boit 1 ou 2 verres de temps en temps est-il pour autant criminalisé ? Non.
    L'informe-t-on qu'il risque quelque chose pour 2 verres ? Si c'est par jour, oui (surtout pour les femmes enceintes), sinon non. On aurait tendance à montrer des études qui affirment que c'est bon pour la santé !
    Je peux acheter et consommer de l'alcool sans contrainte. La loi me fixe une limite avant de prendre le volant (2 verres).

    Le canabis.

    Je n'ai pas réussi à trouver un seul mort comptabilisé sur le compte du canabis seul ; quelques accidents sont sans doute à prendre en compte ; pas de violences particulières dont on accuse le canabis ; une dépendance dont les chiffres montrent qu'il est assez facile de se défaire pour une grande majorité des cas ; des risques psychologiques et physiques pour ceux qui en abusent.
    Je ne peux pourtant pas en acheter et consommer librement.
    On a tendance à cacher les études qui montrent que ça peut jouer un rôle médical !
    Tolérance 0 ; la loi criminalise tout de suite.

    N'y aurait-il pas un déséquilibre ?!
    Pour moi c'est certain. Et c'est à mon avis culturel : le vin, l'alcool fait parti de notre tradition, de notre savoir faire voire de notre savoir vivre...
    Il va falloir pourtant regarder les choses en face, pour une meilleurs information, une meilleure santé publique et une meilleure justice.

    Désolé pour les imprécisions de chiffres, il va falloir que je recherche tout ça...
    Matthieu Delaye
  • Michaël BULLARA
    Le 02 Février 2005 à 10 h 46 min
    Cher Alain Juppé,
    Comme vous le soulignez, ce problème nous a souvent ringardisé. Heureusement, aujourd'hui les mentalités évoluent en dénonçant la dangerosité du canabis.
    La vérité, c’est que nous devons refuser la distinction entre drogue « douce » et drogue « dure » ; celle-ci procède davantage d’un marketing idéologique que d’une classification scientifique.
    Mais je pense aussi qu'il faut sortir de l'hypocrisie ; concernant le cannabis, la "fameuse" loi de 1970 n'est pas appliquée dans 91,6% des cas (chiffre 2002). Rappelons qu'elle prévoit jusqu'à 1 an d'emprisonnement et près de 4.000 euros d'amende. Il serait sans aucun doute plus efficace d'appliquer une amende automatique lors de la première interpellation d'une personne en possession de cannabis.
    En revanche, en cas de récidive, une injonction thérapeutique assortie d'une amende ou de poursuites devant le Tribunal correctionnel devraient alors être appliquées.
    Quoi qu'il en soit, ce problème relève aussi d'une prévention accrue et, de façon plus globale, d'une action forte quant à la santé des jeunes.
    Bien cordialement à vous.
    Michaël BULLARA
  • Jan Blanc
    Le 02 Février 2005 à 10 h 22 min
    Connaissant assez bien les Pays-Bas, j'ai pu constaté que, dans ce pays où, on le sait, l'usage du cannabis a été dépénalisé, les résultats n'ont pas été à la hauteur des espérances. La consommation n'a pas chuté et, ce qui est plus grave encore, elle attire de plus en plus de consommateurs étrangers, issus de la Communauté européenne, qui viennent, pour un week-end, consommer ce que la législation de leur propre pays leur interdit. De plus, cette facilité d'accès encourage les trafics qui ont augmenté, et les moyens de contrôle mis en oeuvre aux frontières néerlandaises ne suffisent pas à constituer un filtre efficace. Cette dépénalisation a créé un véritable appel d'air, peu salutaire pour la santé publique mais en revanche clairement intéressant pour l'économie souterraine.
    En revanche, il est vrai aussi que la dépénalisation a permis de délier les langues et de facilité l'instauration d'un certain nombre de politiques d'information et de prévention, notamment in situ, dans les bars ou les cafés où les drogues sont consommées.
    De ce point de vue, et à la lumière de cette expérience batave, il me semble que les politiques doivent clarifier la situation, distinguer clairement ce qui est du ressort de l'usage et du trafic, centrer et augmenter la répression sur les dealers et muer les peines ou les amendes à l'encontre des consommateurs en séances d'information.
    Je ne me lancerai pas dans le débat, infini à mon sens, sur la distinction des drogues dures et douces ou du passage de celles-ci vers celles-là. Il me paraît en revanche essentiel de traiter la question de façon équilibrée, et de maintenir à l'esprit deux objectifs : punir les traficants et sortir les consommateurs de leur dépendance. La question, A. Juppé le souligne justement, est heureusement sortie du simple clivage gauche/droite, et mérite un traitement circonstancié et coordonné, à l'exemple de ce qui a été fait dans le domaine de la Sécurité routière. Et c'est un homme de gauche qui vous le dit.
    Jan Blanc
  • sébastien ditleblanc
    Le 02 Février 2005 à 10 h 21 min
    Certainement, la consommation de cannabis n'est pas bonne pour la santé, surtout si elle devient une habitude. Encore que des experts lui trouvent aussi des vertus médicales : elle permet par exemple aux personnes malades du sida de retrouver l'appétit.

    Sachant cela, faut-il que l'Etat interdise toute consommation et réprime en conséquence ? Ou faut-il qu'il se contente d'informer, considérant que l'individu est suffisamment grand pour savoir, en connaissance de cause, que ce qu'il fait n'est pas bon pour sa santé ?

    Grosso modo, l'Etat doit-il intervenir dans un choix privé ? Ou, ayant pris soin d'avoir mis toutes les cartes sur la table, doit-il laisser l'individu responsable de ses actes ?

    J'avoue que je continue de m'interroger. Mais, au fond de moi, je me dis qu'il est préférable de laisser les individus maîtres de leur choix.

    D'abord, en effet, on éviterait les contradictions : pourquoi interdire le cannabis et laisser en vente libre l'alcool et le tabac, tous aussi mauvais dès lors qu'ils sont consommés de manière régulière.

    Ensuite, je ne crois pas que l'Etat ait pour fonction de faire la morale. Il n'a pas, à mon sens,à interdire telle ou telle pratique dès lors qu'elle correspond à un choix éclairé et qui demeure respectueux des autres.

    Sinon, je crois qu'on risque l'engrenage. Demain, ne pourrait-on pas nous dire : telle pratique sexuelle est bien, telle autre est nuisible. Et demain commence aujourd'hui à entendre les propos homophobes tenus récemment par le député UMP Christian Vanneste, pour lequel l'homosexualité serait, rien de moins, nuisible à l'humanité tout entière. Ces propos, au passage,n'ont pas appelé de vives remarques de la part de ses collègues.

    Entre exigences de la santé publique et respect des choix individuels, la seconde voie me paraît la meilleure.

    En somme, informer, oui, punir, non.



    sébastien ditleblanc
  • Maxime Berrée
    Le 02 Février 2005 à 10 h 13 min
    Monsieur Juppé,

    Je comprends parfaitement votre point de vue sur le cannabis, qui est celui de la classe politique en général. Cependant, il me semble qu'il reflète plutôt un parti pris que le résultat d'une réflexion sur le sujet.
    Le cannabis n'est ni plus ni moins dangereux que l'alcool : on ne peut nier qu'il soit psychotrope, pourtant sa consommation n'est pas plus délinquante à mon sens que celle de l'alcool (ne comparons pas à la cigarette, qui n'a aucun effet psychotrope). Je sais que je sers là un discours connu. Mais ce que je souhaiterai vous faire comprendre, c'est qu'à interdire la consommation, on ne fait qu'encourager le marché noir et la prolifération de petites frappes pour lesquels c'est une manne.
    Le problème, c'est qu'on ne parle que de dépénaliser quand il s'agirait de légaliser, c'est-à-dire de faire rentrer dans le cadre de la République une activité qui existe déjà et à grande échelle. Dépénaliser, c'est tolérer dans les faits les pratiques déjà existantes et ça ne réduirait pas le marché noir pour autant.
    Il y a plusieurs bonnes raisons à la légalisation :
    1/ Un marché du cannabis régulé par l'État permettrait de contrôler la provenance, les conditions d'exploitation et la consommation (on peut notemment penser à endiguer la consommation chez les jeunes adolescents, dont le cerveau n'est pas encore définitivement formé). Une affaire de santé publique.
    2/ La légalisation permettrait à l'État de prendre, comme sur n'importe quel produit, une TVA substantielle. Une ressource supplémentaire, puisqu'on en cherche partout.
    3/ Cela réduirait tous les acteurs du marché noir à l'impuissance. Qu'on ne me dise pas qu'ils vont tous se mettre du jour au lendemain à vendre de l'héroïne, c'est tout simplement une aberration. Une action réelle contre laa petite délinquance.

    Voilà pourquoi la criminalisation en vigueur est une erreur, pourquoi la dépénalisation dont on parle tant en serait une plus grande encore, et pourquoi la légalisation est la seule réponse possible.
    Je ne comprends pas que ces trois points ne soient jamais, mais alors jamais évoqués quand on parle de cannabis. Si quelqu'un savait répondre à ces trois points et me démontrer que j'ai tort, je n'attends que ça.

    J'espère vivement une réaction de votre part, Monsieur, puisque vous avez pris la liberté de vous exprimer sur ce sujet.
    Maxime Berrée

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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