Blog Notes d'Alain Juppé

Carnet de campagne (7)

Publié le 13/03/2012 par Alain Juppé

A bien le relire, le discours de Nicolas Sarkozy à Villepinte dimanche dernier est un discours fondateur. Il remet  en perspective, dans le nouveau monde où nous vivons, la vision gaulliste d’une France forte dans une Europe forte.

Malgré le temps qui passe et le monde qui change, on retrouve en Europe quelques constantes: d’un côté ceux pour qui l’Europe ne peut et ne doit être qu’un vaste marché, largement ouvert au grand large de la concurrence. Pourquoi, dès lors, lui donner des frontières?

Et d’un autre côté, ceux, parmi qui je me range, dont l’ambition est de faire de l’Europe un acteur à part entière dans le concert mondial des puissances. Ambition renouvelée par l’émergence de nouveaux pôles de prospérité et d’influence, et le risque corrélatif de déclin, à tout le moins relatif, des Nations européennes.

Cette Europe là est celle qui peut le mieux répondre à l’attente des peuples européens et notamment du peuple français  parce que c’est une Europe qui protège ses citoyens.

L’Europe qui protège est d’abord une Europe qui se donne des frontières. C’est pourquoi il ne faut pas céder au mirage de l’élargissement tous azimuts qui dilueraient l’Union dans un magma ingouvernable. Il convient au préalable de sortir durablement des turbulences que nous traversons et de conforter la gouvernance européenne. Quant aux frontières existantes, il faut les contrôler efficacement comme le font toutes les grandes démocraties. Il y a plusieurs années que la France dénonce les carences du fonctionnement de la zone Schengen dont certaines frontières externes sont des passoires. En 2011 encore nous avons demandé à la Commission de réagir. Des progrès sont en cours. Ils ne sont pas suffisants. Le Président Sarkozy a donc raison de mettre chacun devant ses responsabilités et de réclamer de nouvelles règles de gouvernance qui , à l’image de ce qui vient d’être décidé pour la zone euro, redonnent la main aux chefs d’Etat et de gouvernement.

L’Europe qui protège est aussi une Europe animée de la volonté de défendre ses intérêts économiques dans la nouvelle concurrence mondiale. Trop souvent, enfermés dans le dogme de la concurrence pure et parfaite, nous faisons preuve d’angélisme. C’est ainsi que nous avons très largement ouvert l’accès à nos marchés publics, alors que d’autres grands ensembles n’en ont rien fait. Désormais le principe de réciprocité doit gouverner notre politique commerciale. Le Président Sarkozy a aussi eu raison de demander à la Commission de s’inspirer de deux lois américaines très respectables: le « Small Business Act » qui réserve une part des marchés publics aux PME américaines; on en est encore aux balbutiements en Europe. Et le « Buy American Act »  qui fait obligation de n’utiliser que des produits fabriqués aux Etats-Unis dans les marchés publics de fournitures er de construction de l’Etat fédéral. Les Américains, réputés libéraux dans l’âme, n’ont pas nos pudeurs quand l’intérêt national est en cause.

Enfin l’Europe qui protège est une Europe qui s’affirme comme une entité politique décidée à se faire entendre dans le monde, à y défendre ses valeurs et sa vision des relations internationales , en s’appuyant sur une politique étrangère indépendante, et une politique de sécurité et de défense commune crédible. C’est ce à quoi je n’ai cessé d’oeuvrer, sous l’autorité du Président de la République. Nous avons avancé mais beaucoup reste à faire.

Sur ces objectifs, le Général de Gaulle avait su largement rassembler les Français, bien au delà des clivages politiques traditionnels entre droite et gauche. C’est aujourd’hui, dans le contexte nouveau d’un siècle en constant changement, ce que peut à son tour réussir Nicolas Sarkozy.  Voilà pourquoi Villepinte est un événement.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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