Blog Notes d'Alain Juppé

Comment vous convaincre?

Publié le 06/01/2005 par Alain Juppé

L’un d’entre vous me demande : « Comment être sûr que c’est bien vous qui bloggez? »
J’avoue que j’ai un peu de mal à trouver la réponse adéquate. Faut-il que je fasse venir un huissier pour constater que je suis bien devant mon écran et que je frappe moi-même sur mon clavier? Je suis sûr que, pour l’immense majorité d’entre vous, ma bonne foi suffit.
Oui, ce blog est artisanal; oui, je fais tout par moi-même avec de temps en temps l’aide d’Isabelle; oui, j’ai pris le virus et je consacre désormais à cette activité plusieurs heures par jour. Et j’y prends du plaisir! Cela dit, je suis parfaitement conscient des imperfections de ce blog-notes. Je n’ai pas encore pris le réflexe ni trouvé le temps de mettre en ligne tous vos messages ou d’y répondre de manière personnalisée, ce qui peut provoquer des frustrations . Je découvre que les internautes ont une grande exigence d’interactivité, ce qui fait d’ailleurs tout l’intérêt du système.
(Une petite précision technique à ce sujet, notamment à destination de Simon qui s’inquiétait ce matin de ne pas avoir lu une de ses réactions: pour trouver vos messages en ligne sur ce blog, il faut d’abord cliquer sur celui de mes propres messages auquel vous répondez, puis, en fin de texte, cliquer sur la rubrique: « Lire vos réactions. »)
Et puis, certaines questions mériteraient des réponses approfondies, destinées à l’ensemble de mes correspondants.
Par exemple la question de Virginie : « Pourquoi avoir choisi ce clan politique, quelles sont les idées fortes qui vous parlent et qui vous font penser qu’un gouvernement de droite est apte à gérer un peuple dans les meilleures conditions possibles? »
On m’a souvent posé cette question tout au long de ma vie politique , et je me la suis souvent posée.
Laissons de côté le déterminisme familial ou social.
Dans ma famille, avant que je ne m’engage moi-même, on ne faisait pas de politique; je n’ai pas eu de grand-père sénateur ni de papa député.
Quant à mes origines sociales, elles ne me pré-déterminaient pas à aller dans un sens plutôt que dans l’autre.
Laissons aussi de côté les explications simplistes ou caricaturales, du style : quand on a du coeur, on est forcément « de gauche »; les possédants sont évidemment « à droite ».
Alors ?
La réponse n’est pas simple.
Dans mon cas, il y a d’abord une bonne dose de non-conformisme. Quand j’étais à l’Université et à l’Ecole Normale, dans les années 6O, la pensée marxiste régnait sans partage. C’était l’époque où il était de bon ton d’avoir tort avec Sartre plutôt que raison avec Raymond Aron. Cette arrogance intellectuelle m’horripilait et m’éloignait du « philosophiquement correct »; j’ai toujours eu, peu ou prou, l’esprit de contradiction.
Et puis, j’avais assisté au retour sur la scène politique, en 1958, d’un personnage dont mes profs d’histoire ne m’avaient pas beaucoup parlé (on terminait rarement le programme!)mais qui, peu à peu, m’a fasciné: De Gaulle.
On m’a aussi souvent demandé ce que pouvait bien signifier le « gaullisme » pour un jeune Français né en 1945. J’y ai beaucoup réfléchi et j’ai fini par résumer ma pensée en une formule: humanisme + patriotisme. Ou pour parler un langage plus orthodoxe – et Dieu sait si j’ai rencontré des gardiens sourcilleux de l’orthodoxie gaulliste- « une certaine idée de l’Homme » et « une certaine idée de la France ».
Le gaullisme, c’est d’abord la volonté de mettre l’action politique au service de la personne humaine, de sa dignité, de sa liberté, de sa responsabilité, de ses chances de promotion sociale, de sa participation active à la vie de la cité comme à celle de l’entreprise. Je pourrai développer.
En second lieu, c’est un amour passionné de la France, vécue non point comme une entité désincarnée mais comme une personne de chair et d’histoire.
Enfin, ce que j’aimais dans cette approche de la politique, c’est qu’elle était pragmatique. Je me suis toujours méfié des idéologies, des systèmes de pensée « clef en mains »; ils ont toujours conduit à des aberrations ou à des tragédies, à commencer par le marxisme-léninisme. C’est bien plus difficile, bien plus exigeant sur le plan intellectuel de savoir garder le sens de la mesure, cet « esprit de modération » si cher à mon maître , le Bordelais Montesquieu.
Voilà. Il y aurait encore beaucoup à dire. Mais j’attends vos réactions qui, j’en suis sûr, me permettront d’approfondir la réflexion.
O6/O1/O5

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20 commentaires pour « Comment vous convaincre? »
  • eric lejeune
    Le 14 Février 2005 à 23 h 31 min
    Sympa l'idée du blog, on découvre un juppé qu'on aurait aimé connaitre qq années auparavant.
    Dans votre propos sur votre itinéraire politique, vous faites référence à De Gaulle. Evidemment De Gaulle.
    Et puis vous citez le mot fameux : "...Avoir tort avec Sartre plutôt que raison avec Aron". En lisant ses Mémoires, l'histoire politique du XX° siècle s'éclaire ; ses positions souvent à contre-courant contre le nazisme naissant dans l'Allemagne des années 30, le communisme, le colonialisme ; son engagement pendant la seconde guerre mondiale. A la pertinence de ses analyses, Todorov expose dans la préface des Mémoires cet intellectuel qui doute de tout. Que c'est réconfortant !
    En parcourant le livre ce soir, je saisis au vol ce commentaire de Raymond Aron : "un danger menace les régimes démocratiques, c'est qu'ils se prennent pour une incarnation du Bien et veulent imposer par la force leur propre idéal aux autre pays du monde (...)" . Trente ans déjà et oh combien toujours d'actualité ! Il faut lire Aron.

    eric lejeune
  • max gabriel
    Le 12 Janvier 2005 à 13 h 16 min
    bonjour mr juppé , en dépit de vos charges, trouvez le temps de voir la chute. exercice d'histoire, de reflexion politique.
    nos palais ministériels seraient ils des " bunkers" hermétiques aux réalités des concitoyens?
    a mon avis, la chute met cela en exergue outre une lumière effrayante sur ce que le pouvoir des votes et des lois ont engendrés dès 1929 en allemagne...et ailleurs.
    Premier ministre et Maire, pourquoi pas!
    Vous avez eu raison de pratiquer la proximité.ne vous en lassez pas.
    Nous étouffons sous les lois trop vites ficelées hors proximité des citoyens de base, votées et quand elles sont super, pas toujours " vitement" et strictement appliquées.

    La chute met en évidence le manque de respect VISCERAL du "Fuerher" envers ses compatriotes, et les hommes en général (ennemis politiques,tziganes,juifs,noirs,...)et son manque fondamental de compassion. ( même si ce mot semble - misused by our good fellow gwb - bon, assez parlé, votre temps est compté.excusez moi.
    j'attends impatiemment votre avis sur la chute et vous souhaite un super retour sur "l'échiquier politique de notre pays".( si vous le souhaitez ?!..)
    max gabriel.
    max gabriel
  • Jacques Junca
    Le 11 Janvier 2005 à 08 h 28 min
    Monsieur,

    Au hasard des navigations sur le web, je lis des choses surprenantes. Ainsi, devez-vous convaincre vos détracteurs que c'est bien vous qui êtes devant le clavier pour le blog-notes.
    J'en suis persuadé, j'en ai même la preuve à l'adresse suivante :
    http://www.jog33.net/index2.html
    Je précise que cette page est mise en ligne mais non reliée.
    Bien qu'éloigné politiquement de l'Ump, j'apprècie de vous lire.
    Mais n'est-ce pas une des vertus d'internet que de supprimer les barrières de toutes sortes et de permettre de découvrir ( et de faire découvrir ) d'autres facettes de sa personnalité ?
    Pour conclure, une question : ne pensez-vous pas que vous devriez publier des photographies ?
    Recevez Monsieur mes sincères salutations.

    J. Junca
    Jacques Junca
  • Cédric RAT
    Le 11 Janvier 2005 à 00 h 29 min
    Droite ou gauche ? politique/éthique, même combat ...

    Moi-même jeune et "de droite", je partage cette idée qu'il y a du courage, ou plutôt de l'esprit de contradiction, au minimum une forme de refus du "politiquement correct" à être et à s'assumer "de droite" aujourd'hui.

    Mais je vois un autre élément de détermination : nous sommes conditionné par des caricatures ... C'est probablement plus le refus d'une prérogative associée au camp adverse qui détermine nos relations à la gauche et à la droite. Ainsi les sympathisants de gauche se déterminent-ils "de gauche" par leur refus du fascisme, du racisme, de l'individualisme, des inégalités. A l'inverse les sympathisants de droite se déterminent eux-même "de droite" par leur refus de la démagogie, de la fainéantise, de l'assistanat généralisé, du mépris de l'effort individuel.
    Je crois que l'on se détermine en fonction de situations personnelles vécues comme des injustices profondes. Et l'on conçoit que le jeune d'origine magrébine refoulé à l'entrée d'une boite de nuit rejette le racisme et "la droite" qu'il y associe. On conçoit que le fondateur de PME découragé par le poids des démarches administratives rejette la lourdeur de l'état et "la gauche" qu'il y associe.
    Nous en venons à créer des "oppositions" artificielles et formatées alors que nous nous déterminons tous en fonction d'éléments différents et sans rappports. On conçoit très bien que l'on puisse être jeune immigré et fonder sa PME ... et c'est alors l'échelle des valeurs de tous ces ressentis et leur caractère "fondateur" dans l'histoire des individus qui conditionnent le penchant politique.

    Nous avons tous un coté solidaire ("de gauche") et des ambitions et motivations personnelles ("de droite"). Nous souhaitons tous gagner plus d'argent, que nous soyons de gauche ou de droite, nous souhaitons tous une société plus écolo ... ( n'est-il pas étonnant et préoccupant à cet égard de voir que même le débat écolo est caricaturé en question gauche/droite ?!).

    Après quelques études en Ethique (médicale), je pense pouvoir appliquer à la politique cette réflexion utilisée par S. Rameix comme définition de l'Ethique par rapport à la Morale : "il ne s'agit pas de déterminer le Bien et le Mal, il ne s'agit pas de choisir entre le Bien et le Mal, il s'agit de choisir entre plusieurs Biens".

    ... et l'on en vient à discuter la hiérarchie subjective de valeurs universelles, avec nécessité de prise de décisions en situation d'incertitude ...


    Désolé pour ce mail un peu long, mais je prends goût au blog et à ces échanges !... le fait d'écrire revêt par ailleurs et à l'usage un caractère étrangement libératoire ... presque thérapeutique !


    Cédric RAT (Nantes)

    Cédric RAT
  • Florent Machabert
    Le 10 Janvier 2005 à 21 h 31 min
    Intéressant votre développement à chaud sur la pensée du "monument de Gaulle" ; réduire à une équation ce qui a fait couler des litres d'encre, cela a toujours l'avantage de pouvoir transcrire la pensée gaullienne en un vademecum plus ergonomique que le " c'était de Gaulle " de Peyrefitte !
    Ce que vous dites du gaullisme et de la droite me touche doublement.
    D'abord parce que c'est vous. Et c'est dire beaucoup déjà.
    Ensuite parce que de mon côté, étudiant engagé pour le mouvement que vous présidiez il y a peu, je me vois confronté, comme vous à l'époque, à LA question : "Comment peut-on être de droite à 20 ans ?"... et souvent les bras m'en tombent. Le pire des manichéismes répond à ma place.
    C'est cette ingratitude qui peut-être fait le plus tort à la droite : la sale boulot, elle le fait sans broncher.
    C'est par gratitude que je me suis
    engagé.
    Pour rendre justice aux hommes de talents qui nous servent ou nous ont servis, n'excluant pas moi même d'être l'un d'eux un jour, si la France veut de moi...
    La politique, c'est en tout cas un des trois piliers de mon existence, entre l'art et l'amour ; chacun d'eux m'apporte la Joie, dans ce merveilleux quotidien dont parle Aragon, et contre lequel les gens ont le malheur de troquer la vaine quête de bonheur.

    Florent Machabert
  • Mathieu Granier
    Le 08 Janvier 2005 à 18 h 44 min
    Vous réduisez quelque peu votre engagement politique à la personnalité de De Gaulle et parfois même vous réfugiez derrière des idéaux importants certes; mais la question réelle, indépendemment de toute idéologie, est : pourquoi s'engager dans un parti qui s'intéresse si peu à la question sociale? Car il est indéniable que l'UMP promeut une certaine idée de l'économie, encline à un libéralisme prononcé. Alors pourquoi avez-vous privilégié cet aspect là plutôt que de vous engager dans le parti socialiste, davantage porté sur ces exigences? Merci et je suis étonné de vous lire ici avec une telle transparence; les médias donnent de vous une image tellement froide (pardonnez-moi mais c'est réel!!) que je ne vous voyez pas vous mettre au blog...
    Mathieu Granier
  • Alec CADI
    Le 07 Janvier 2005 à 20 h 15 min
    Decouverte de votre personnalite a travers de ce que vous ecrivez.
    Quelle bonne idee ce blog. Cela permet de mieux vous suivre, votre pensee politique, humaine.
    Quelle dommage que vous n'ayez pas eu cet "outil" sous la main plus tot? On peut rever... Un Alain Juppe mieux percu par la "masse' mieux accepte, plus populaire dans le sens noble du mot.
    Mais il n'est pas trop tard... vous etes jeune (j'ai le meme age exactement) et il ya eu de vos predecesseur celebres qui ont traverse aussi le desert, et avec succes
    Alec CADI
  • Thomas Vandre
    Le 07 Janvier 2005 à 16 h 15 min
    Vous justifiez votre choix de militer à droite, outre par une fascination gaullienne (ce qui est aussi mon cas en ce qui concerne la France libre et la Vème mais que je nuance quand les articles 11 et 16 me viennent à l'esprit) et un "non conformisme" (le terme semble avoir été choisi avec soin, parler d'anti-conformisme aurait peut être fait trop Jack Lang), par un "amour passionné de la France"... Soit. Moi aussi, j'aime la France, moi aussi, j'admire l'action de Charles de Gaulle, moi aussi, j'aime à être anti-conformiste (le côté républicain de Machiavel m'attire beaucoup) : ce sont là des qualités que bon nombre de nos compatriotes réunissent sans pour autant être à l'UMP ( Je suis moi même au PS, MJS (j'ai 19 ans), UNEF ). Votre engagement aurait il été un effet de conjoncture? Né 40 ans pluôt auriez vous voué une admiration sans bornes pour Blum et vous auriez été socialiste? Il me semble, mettant de côté cette ironie facile, que ces justifications ne suffisent pas pour expliquer l'engagement d'un homme politique ("le meilleur d'entre vous"). Qu'en est il de la volonté de votre volonté de "réformer", comment a t elle vu le jour, quels évenements (le retour de de Gaulle en 58 me semble insuffisant : vous aviez 13 ans et on a mesuré son impact qu'en 1965).
    Bref, pour résumer ma pensée qui peut sembler confuse en cette fin de journée et même de semaine : vos justifications ne me semblent pas personnelles mais stéréotypées et contrastent avec l'objectif de ce site qui est de se rapprocher des citoyens. Je crains par là qu'on tombe de plus en plus dans le superficiel en voulant trop se rapprocher des Français, au risque de les prendre pour des cons. Ceci dit, rassurez vous, tant que vous n'aurez pas enfilé de blouson en cuir, la palme en la matière restera sur le tête de Fabius.
    L'initiative est interessant tant qu'elle ne tombe pas dans le populisme (ce n'est pas le cas ici et gardez vous de le faire).
    Je serais tenté de dire "amitiés socialistes". Je ne le fait pas de peur de recevoir des amitiés gaullistes en retour!
    Thomas Vandre
  • elisabeth Meyer
    Le 07 Janvier 2005 à 12 h 41 min
    Vif plaisir à vous lire : votre blog-notes instaure un vrai lien.

    Une question me taraude, à laquelle vous ne répondez pas dans votre définition du gaullisme ni dans celle de votre engagement politique : pourquoi, depuis une bonne vingtaine d'années, cet "inconfort" de droite ou peut-être de "non à gauche"?
    Pourquoi ce complexe latent et pesant que ne libère aujourd'hui (ou trop rarement : Jacques Chirac à la Cité de la réussite à Marseille) aucun homme politique "de droite"?
    De Gaulle a exercé ce pouvoir libérateur, au-delà de son acuité et de son sens politique, en incarnant une vision de l'homme, de la France et du monde.
    L'époque a changé, mais l'attente d'une vision forte de la place et du rôle de notre pays dans un paysage
    marqué par la mondialisation des flux (économiques, migratoires, touristiques...) demeure.
    La faille vient-elle de ce que le "faire savoir" "de droite" de l'ambition exprimée ou de l'action menée est souvent décalée, mal ajustée à létat de l'opinion ?
    Ce ne sont pourtant pas les instruments de mesure (observatoires, rapports d'experts, indicateurs..) ni les conseillers en communication qui manquent !
    Avec tous mes voeux chaleureux d'heureuse année.
    elisabeth
    elisabeth Meyer
  • Nicolas Reitzaum
    Le 07 Janvier 2005 à 07 h 23 min
    Monsieur le Premier Ministre,

    Dans votre dernier message, vous définissez le gaullisme avec, je le ressens, une certaine frustration de ne pas en écrire plusieurs pages.

    Globalement, j'adhère aux valeurs du gaullisme (et pourtant, je m'occupe d'une fédération UDF dans la Somme !).

    Sincèrement, je respecte le personnage militaire et politique qu'était de Gaulle et je le considère comme une référence fédératrice de notre Nation.

    Mais aujourd'hui, lorsque l'on a 25 ans, que l'on n'a pas connu le Général, que l'on respecte les valeurs du service public et de le goût de l'intérêt général, et surtout que l'on regarde l'avenir, il peut paraître étonnant que la référence au gaullisme dans un programme politique y face bonne figure.

    Et je crois que notre droite, à laquelle j'appartiens, pourrait faire les frais d'un fondement historique trop lointain pour les plus jeunes d'entre-nous.

    Nous avons des valeurs communes, partageons-les pour construire l'avenir !
    Nicolas Reitzaum
  • Franck V.
    Le 07 Janvier 2005 à 01 h 24 min

    Oui, affligeant de constater que la majorité des gens trouvent épatant le fait qu'un homme politique communique ouvertement sur le net.

    Bien sûr, les seuls responsables de cet état de fait sont les hommes politiques eux mêmes et non le public qui est loin d'être habitué à quelque chose qui devrait pourtant être courant!

    Mais comment les hommes politiques pourraient communiquer librement sur le net quand ceux-ci ont déjà besoin d'une tierce personne pour rédiger leurs discours?

    Quel homme politique peut se targuer de communiquer sans avoir à lire un prompteur ou une feuille de papier?

    PS : ce serait bien si, dans vos prochains messages, les paragraphes pouvaient être aérés par des sauts de lignes. Car c'est légèrement indigeste à lire parfois :)

    A bientôt.


    Franck V.
  • Jean-Edouard Poirier
    Le 06 Janvier 2005 à 23 h 39 min
    Vraiment sympa, votre blog... En fait, la question "Comment êtes sûr que c'est vous ?" n'est pas si bête, car on a vu fleurir ça et là des articles indiquant que certains hommes politiques ou grands patrons utilisaient les services de "nègres" pour rédiger leurs blogs...

    Evidemment, comme vous l'indiquez, le suivi de ce genre d'outil prend plusieurs heures par jour... On n'imagine pas un ministre en exercice trouver quelques heures pour blogger !

    Moi qui suis un peu moins occupé qu'un ministre (même si ma petite entreprise ne craint pas la crise), je viens, grâce à vous, de créer mon blog il y a quelques jours (oui, M. Juppé, vous créez des vocations de bloggeur !). Et je me rends compte que :

    - C'est l'outil dont je rêvais depuis toujours,
    - Même si personne (pour le moment) ne me lit, ni ne commente mes petits textes, ça fait plaisir d'écrire, de diffuser "potentiellement" ses idées, ses projets, ses humeurs,
    - C'est typiquement le genre d'activité que l'on ne peut avoir que vers 1 heure du matin, quand la maison dort...

    Je vous rassure, je ne fais pas de politique (sur ce blog), je me contente de parler de mon métier...

    Et je n'envisage pas non plus d'employer un "nègre" pour le faire à ma place !

    http://lesms.blogspot.com
    Jean-Edouard Poirier
  • Philippe Climent
    Le 06 Janvier 2005 à 22 h 55 min
    La vision que vous exposez de la politique, de vos choix politiques, est convaincante. Je comprends qu'on puisse entrer en politique pour de Gaulle. Mon parcours personnel m'a conduit vers Mitterrand. Le Mitterrand homme de lettres de culture, profondément français, français jusque dans ses contradictions, cette compréhension intime, presque viscérale, du pays. Si j'avais vécu dix ou quinze and plus tôt, je crois que j'aurais pu avoir une même fascination pour de Gaulle. Le choix en politique, il se fait pour une idée qui vous transcende, qu'on se sent apte à servir du mieux qu'on peut parce qu'elle résonne en vous. Je crois que ce choix est véridique, à défaut d'être toujours réaliste, et que le réalisme se gagne à force de travail et de pesanteur sur les choses. Qu'importe dans le fond qu'à un instant donné, ce soit plutôt la droite ou plutôt la gauche si l'avenir du pays se trouve entre des mains compétentes, dévouées, intègres, visionnaires. Je comprends que vous ayez aimé tout cela dans de Gaulle. Et je crois bien que moi-même je me suis senti gaulliste en lisant ses écrits. Vous dites qu'il faut se garder des idéologies, et vous avez bien raison. Je crois qu'on peut être de gauche ou de droite, sans être idéologue sans dans le fond se faire le héraut d'un esprit de système. Or c'est précisément une question intéressante. Le mythe des femmes et des hommes de bonne volonté, sans distinction de race, de préférences personnelles, d'orientations politiques, tous appelés au service d'une cause, celle de la France, plutôt qu'obsédés par leurs propres intérêts. Ce que Kennedy avait si brillamment résumé dans son discours inaugural: "Don't ask how America can help you, but how you can help America". La politique doit transcender les clivages de la société. La politique se perd lorsqu'elle se met au service d'une catégorie pour s'opposer à une autre. La politique ne poursuit qu'un seul but: celui de la France. Bien entendu, il y a l'art et la manière, et l'action en politique peut se nourrir d'une inspiration de droite ou d'une inspiration de gauche. Au reste, de Gaulle était-il de droite ou de gauche? Et Mitterrand? Et Clemenceau? Et Napoléon? Tous ces grands hommes, qui avaient une aussi haute conscience d'eux-mêmes, se seraient-ils abaissés à subordonner leur action à une théorie? Certainement pas. Et cela ne les empêcha pas de rester fidèles à une idée, à des principes, à une vision. Le Président Chirac lui-même a marqué des points importants: l'Irak, l'Algérie, la Turquie, l'Europe, le voile, la loi de 1905. Sur tous ces sujets, il a fait entendre la voix de la France, pas celle de l'UMP. En 2007, des hommes de gauche comme moi seront enclins à lui faire confiance pour présider aux destinées du pays. Il y a un besoin d'union dans le pays. Tous ceux qui comprennent ce que mondialisation, Europe, puissance américaine, pays à risque, terrorisme veulent dire profondément savent, qu'ils soient de droite ou de gauche, que la priorité des priorités pour le pays est de se renforcer pour faire face aux changements profonds qui s'annoncent, mais qui ne sont pas plus dangereux pour la France que d'autres le furent dans le passé, qui sont autant d'occasions ou de risques d'étendre ou de voir se réduire l'influence du pays, et par conséquent la richesse de ses citoyens. Remettre l'avenir du pays au centre de la politique, en repoussant bien loin les considérations partisanes, particulières, les égoismes, et les calculs... Voilà tout un programme!!
    Philippe Climent
  • Francois David
    Le 06 Janvier 2005 à 22 h 49 min
    Bonjour Monsieur Juppe,

    Je suis attentif depuis peu au nouveau ton "ouvert a la discussion" que vous adoptez. La facilite de ce moyen pour vous ecrire m'incite aussi a le faire.

    Mes interrogations sur la recherche en France: Contrairement a ce qui est souvent admis meme parmi les chercheurs, il n'est pas evident que la recherche soit un luxe dans un pays ou les tensions internes et externes sont nombreuses sur le plan de la competitivite et de la defense de valeurs. Elle n'a sans doute pas assez ete consideree a mon avis comme investissement. Comment pourrait-t-on faire comprendre (autre que par l'impot), qu'une entreprise (qui a une duree de vie assez longue) devrait reserver une partie de son capital a la recherche pour le bien de chacun?
    Shematiquement comment lui faire investir dans un avenir lointain en minimisant l'action de l'Etat?

    Cela parait difficile mais pas impossible? Qu'en pensez vous?

    Excusez moi pour les accents, je suis sur une clavier qwerty aux Etats-Unis.

    Merci pour l'opportunite de vous ecrire.

    Sincerement
    Francois David
  • philippe thiebaut
    Le 06 Janvier 2005 à 21 h 56 min
    Je comprends la fascination pour DE GAULLE pour la partager aussi .Aujourd'hui avec les années qui se sont écoulées depuis 1970; avez vous le meme agacement vis à vis de l'oeuvre de SARTRE ? et pourquoi ? j'aime les parodoxes...en voila un !je suis allé vérifier l'exacte définition du mot horripiler ...qu'en aurait pensé MONTESQUIEU ? que j'ai relu l'an dernier à propos du fait que "trop de lois tue la loi" ...brillantissime.
    philippe thiebaut
  • Jean-Charles CLEMENT
    Le 06 Janvier 2005 à 20 h 55 min
    Monsieur le Premier Ministre,

    Je vous écris à nouveau. Je tiens en effet à réagir à votre définition du gaullisme.

    Elle me paraît excellente, bien qu'elle passe sous silence une des facettes fondamentales de l'action initiée par le Général De Gaulle et ses proches: être précurseur.

    Le gaullisme est avant tout à mon avis une philosophie de l'action désintéressée, que vous avez justement qualifiée d'humaniste et de patriotique. Cependant, comment ne pas être frappé par le degré d'analyse qui l'a porté à être en avance sur son temps: 18 juin 1940, discours de Bayeux, création de l'ENA, principe de responsabilité face aux décisions du peuple...

    Cette remarque permet d'approfondir l'analyse du gaullisme. Car être précurseur est plus un effet constaté après coup qu'une caractéristique d'identification.
    Pourquoi tant d'avance? Parce que le gaullisme a avant tout été promu par des esprits hors pair, souvent trop méconnus (Jean Donnedieu de Vabres, Michel Debré, Maurice Couve de Murville...) ou parfois franchement célèbres (Malraux, Chaban Delmas), qui appréhendaient le mouvement de la société avec excellence. Au fond, être gaulliste, c'est structurer la société non pas pour le seul présent, mais pour un futur dont on a perçu l'avènement prochain et inéluctable. Le gaullisme est une idéologie structurante.

    Cette structuration m'apparait ensuite inspirée et teintée par des principes cardinaux, que vous avez bien énumérés (liberté, méritocratie, désintéressement).

    Cela me permet de conclure ainsi: 1995-1997 a montré que vous étiez indéniablement gaulliste dans la définition de l'action, mais pas encore dans la forme qu'elle doit revêtir. On vous l'a trop dit (sans doute excessivement parfois), inutile donc d'y revenir. Mais il s'agit là d'un vrai sujet de reflexion.

    Veuillez croire, Monsieur le Premier Ministre, à l'expression de ma respectueuse considération.

    Jean-Charles CLEMENT
  • francisque lebrunie
    Le 06 Janvier 2005 à 20 h 33 min
    La solution de l'huissier me semble pas mal pour me convaincre définitivement :-)
    francisque lebrunie
  • frédéric doussiet
    Le 06 Janvier 2005 à 18 h 54 min
    Une analyse que je vous soumets : le développement des blogs sur le Net, comme expression d'un mouvement d'individualisation toujours plus poussé de nos sociétés (que l'on confond avec l'humanisme).
    Ce qui se passe avec Internet me fait penser à l'évolution des politiques culturelles. Explication : pour faire court, à l'origine (cf.Malraux), l'objectif était de rendre les oeuvres d'art accessibles à tous ; aujourd'hui (cf. Lang), l'objectif est de faire de chacun un artiste.
    Sur le net, c'est un peu pareil; au début, on accédait à de l'information (essentiellement "institutionnelle") qui était mise à disposition ; maintenant, chacun devient producteur d'informations, et bien sûr d'abord personnelles, avec cette tendance à "se raconter", un peu pénible... Moi, ce que j'aime sur votre blog, ce sont vos analyses sur la France et les français.
    frédéric doussiet
  • Cyril C.
    Le 06 Janvier 2005 à 17 h 42 min
    Bonsoir,

    un homme politique qui possede son propre blog, cela n'est pas banal ! De la a parler de revolution, il n'y a qu'un pas que beaucoup devrait franchir.
    Meme si je ne soutiens absolument pas les idées de votre (ancien) parti, je me dois de reconnaitre que l'idée est sacrement bonne.

    Bonne continuation.

    Cyril C.
    Cyril C.
  • denis simsek
    Le 06 Janvier 2005 à 17 h 33 min
    Bonjour Alain.

    Je suis ravi d'avoir eu l'idée de chercher votre blog.

    Qui-suis-je. 47 ans à la fois parisien et du sud-ouest, ai vécu à Bordeaux ma seconde partie de jeunesse. Pour l'anecdote ai même eu François Bayrou comme voisin et prof particulier de français quand j'habitais Pessac. Aime le surf, les plages des Landes (maison à Biscarrosse), le rugby (valeur et 3° mi-temps). Côté professionnel, 20 ans de business dans des sociétés informatiques principalement américaines. Trés tourné à l'international. Ingénieur + Ecole de Commerce.

    Je ne suis pas trés marqué, au sens engagé, politiquemet, de "droite" cependant. A la recherche du parti du bon sens et de l'intelligence. Je reconnais que faire fonctionner un groupe humain est chose trés difficile. Donc va pour l'UMP. Mais clairement j'ai du mal avec des Gaudin, des Pasqua, voire Sarko, comme Hollande d'ailleurs.

    J'aime néanmoins la vie politique et surtout les gens de grande qualité qui l'anime. Mon éclectisme me (ou m'a) fait apprécié l'image des Raymond Barre, Michel Rocard, d'autres et vous-même.

    Et en fin de compte surtout VOUS. Clairement je tenais à vous dire ma grande considération, mon énorme estime à votre égard. J'ai été personnellement trés touché par votre actualité 2004, et suis ravi de cette sortie par le haut qui s'offre à vous. Ce n'est qu'un juste retour en regard de votre engagement personnel, votre courage, votre parcours. Je suis convaincu que vous aurez l'occasion de jouer un rôle de premier plan dans le futur proche. J'aimerais bien d'ailleurs que vous soyez le premier d'entre nous et pas à 70 ans, même si j'aime bien l'homme Chirac (un peu moins le Président).

    Ma question. Que pensez-vous du rayonnement réel de la France à l'étranger ? Pas uniquement sur le plan culturel, des idées, mais bien notre rayonnement global.

    Pour préciser cette question, mon référentiel me vient d'une longue pratique du business à l'anglo-saxonne. Sur ce terrain, je trouve que nous sommes trés absents. On voit le résultat de décennies de petites ambitions à la Française, avec une culture managériale faible (ce que l'on est - par exemple diplômes... comptant plus que ce que l'on délivre) et du coup nous rayonnons peut-être encore par quelques idées mais pour le reste, et notamment la puissance économique, nous décrochons c'est net. Gagner de l'argent en France est mal vu. Regardez le nombre d'étudiants qui sortent d'Ecole de Commerce et qui n'en font pas à la sortie, préférant la finance, le marketing, ou les ressources humaines. Je comprends pour le vivre, se battre contre des concurrents tous les jours c'est fatigant. Bref. Je trouve cela trés inquiétant. Pour faire dans l'humanisme, il faut que l'entreprise France gagne de l'argent. On trouve beaucoup de personnes pour nous expliquer brillamment comment dépenser plus, répartir mieux ou différemment, etc... Mais trés peu avec un grand projet fédérateur pour la France : comment devenir tous plus riches humainement, financièrement, et donc réellement peser sur le cours des choses mondiales, avoir notre rang et donc notre mot à dire. L'économie, c'est la vie, la sécurité n'est qu'un dérivé.

    Amicalement. Je vous souhaite une excellente année 2005, que du bonheur et du mieux, d'en profiter un maximum pour vous ressourcer à fond.

    Denis.

    ps : si je peux vous aider, ce sera avec plaisir.
    denis simsek

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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