Blog Notes d'Alain Juppé

Communication estivale

Publié le 07/08/2013 par Alain Juppé

Les experts du FMI ne sont pas mes maîtres à penser ; l’institution a commis assez d’erreurs dans le passé (souvenons-nous du « Consensus de Washington », dont la rigueur dogmatique a aggravé les difficultés de tant de pays en développement !) pour que ses oracles ne soient pas considérés comme paroles d’Evangile.

Néanmoins, notre Président de la République , dans sa grande tournée de communication estivale, serait bien inspiré de méditer les tout derniers conseils du Fonds.

Que dit le FMI sur la situation de l’économie française? C’est qu’elle souffre de deux maux.

D’abord un problème de fond, qui n’est pas une crise conjoncturelle mais une inadaptation structurelle au monde nouveau dans lequel nous vivons: nous ne sommes plus compétitifs, c’est-à-dire que nos entreprises ne sont plus capables de produire des biens et des services à des niveaux de prix qui leur permettent de conserver ou d’augmenter leurs parts du marché intérieur et encore moins des marchés mondiaux en pleine expansion. On se rappellera peut-être que pendant toute la dernière campagne présidentielle et sur ce blog même, je n’ai cessé de pointer cette question de la compétitivité comme le défi majeur que notre économie doit relever. Or, à aucun moment de cette campagne, je n’ai entendu le candidat socialiste ne serait-ce que prononcer le mot de compétitivité.

Aujourd’hui, nous y sommes. Et l’on voit bien les facteurs sur lesquels il faut agir pour regagner le terrain que l’Allemagne, par exemple, a déjà reconquis: innovation, sous toutes ses formes, non seulement technologique mais aussi managériale et sociale; formation initiale et continue performante; coût et durée du travail; souplesse du droit du travail; allégement des norme en tous genres et stabilité du cadre juridique et fiscal.

A certains indices ou infléchissements, on pourrait penser que F. Hollande a pris conscience que telles sont bien les priorités d’une politique capable de remettre notre économie sur le chemin de la croissance et donc de la création d’emplois. Encore faudrait-il qu’il le dise clairement et même solennellement. Or il ne le peut pas ! Il ne le peut pas car il n’aurait plus de majorité au Parlement pour le soutenir tant une grande partie de la gauche reste allergique à ces réalités. Il ne le peut pas car le fossé qui s’est creusé entre lui et l’opinion, et surtout son électorat, risquerait de s’élargir encore. C’est la raison pour laquelle il n’osera sans doute pas faire la vraie réforme des retraites qui constitue pourtant le test de la volonté française de marcher avec son temps et dans le monde tel qu’il est.

A cet enjeu structurel s’ajoute une crise conjoncturelle : la crise de confiance que le Président et son gouvernement ont créée depuis un an au sein du système productif français à la fois par leur discours de stigmatisation du patronat (ah! le fléau montebourgien!), et par le matraquage fiscal qui a pétrifié les entrepreneurs et les consommateurs, notamment ceux des classes moyennes. Je cite sur ce point un passage lumineux du rapport du FMI : « Il y a eu des doutes sur la direction prise au début du gouvernement Ayrault par la politique économique de la France qui ont pu affecter la confiance. Une clarification fiscale serait l’un des éléments qui permettrait de la restaurer. Les entreprises seront sensibles notamment à un effort fait sur les dépenses plutôt que sur les impôts. »

Quand on connaît les prudences de langage des grandes institutions internationales vis-à- vis des Etats, on est frappé par la vigueur du message: il est impératif d’arrêter la saignée fiscale, sous peine de tuer le patient.

Et pendant ce temps-là, que nous dit F. Hollande ? D’abord qu’on ne peut pas à ce stade écarter un nouveau tour de vis fiscal en 2014. Ensuite que sa recette pour infléchir la courbe du chômage, c’est la boîte à outils qu’il trimballe depuis des mois ! Emplois d’avenir, emplois « francs », emplois intergénérationnels… bref des emplois non productifs, artificiellement financés par l’argent public! Le « hic », c’est que personne n’y croit, ni le collectivités locales fortement sollicitée par les Préfets, ni les entreprises. 84% des Français (9 points de plus qu’en début d’année) n’y croient pas davantage. Allez donc rétablir la confiance dans un tel contexte

La France a pourtant tous les moyens de s’en sortir et de renouer avec la compétitivité, à condition qu’on lui trace un nouveau cap politique.

Une politique, c’est d’abord un objectif clair : remettre les entrepreneurs, les entreprises, l’entrepreunariat au centre de l’ambition française. Ce sont ensuite des mesures concrètes sur tous les points que j’ai évoqués en commençant. On les connaît. Elles marchent ailleurs. Qu’attendons-nous?  

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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