Blog Notes d'Alain Juppé

Crises

Publié le 30/09/2008 par Alain Juppé

Nous sommes tous choqués par l’ampleur, la brutalité, la complexité de la ou des crises qui secouent la planète.

Qui a vu venir le coup?
Certes nous avons été nombreux à souhaiter que la mondialisation s’humanise, que les marchés soient régulés, que des normes sociales et environnementales encadrent le libre-échange. J’avais dit, dans mes « Lettres d’un voyageur », tout le bien que je pensais du dernier ouvrage de Joseph Stiglitz: « Un autre monde ». J’avais même surpris en déclarant que, d’une certaine manière, je me sentais « altermondialiste ». Certes pas au sens que José Bové donne à ce mot. Mais enfin! qui peut se satisfaire de l’état du monde tel qu’il est?

Soyons francs. Au delà des déclarations de principe, personne n’a vraiment compris, anticipé, agi.
Encore aujourd’hui, personne ne sait vraiment où tout cela va s’arrêter.

La première qualité de nos dirigeants dans la tourmente, c’est le sang-froid. Ils n’en manquent pas.
C’est aussi la capacité de voir à long terme et de dire la vérité aux peuples.

La vérité, c’est que nous sommes en train de vivre une révolution radicale.

D’abord, le centre de gravité de la richesse, de la puissance et même des valeurs est en train de se déplacer: il quitte peu à peu ce que nous aimons appeler le monde « occidental » (Amérique du Nord, Europe et… sans doute Japon) pour s’installer sur l’Asie, notamment en « Chinindia ».
Ensuite, et les deux phénomènes ne se recouvrent pas tout à fait, un gigantesque transfert de ressources s’opère entre pays consommateurs et pays producteurs de combustibles fossiles (gaz, pétrole) et de matières premières.
En troisième lieu, la « révolution écologique » s’amorce. Dans un article intéressant, Corinne Lepage relève que « nous sommes bien entrés dans une phase de décroissance pour la production d’un certain nombre de biens et de services qui appartiennent à la société du pétrole et à celle du XXIème siècle », par exemple la production de gros 4X4 dont les ventes ont chuté de 55% aux Etats-Unis en un an. La nouvelle croissance, la croissance écologique, se nourrira de la production d’autres biens et services: énergies renouvelables, maisons et produits à basse consommation énergétique, économie du recyclages, nouveaux modes de déplacements, y compris nouveaux véhicules individuels etc.

L’ampleur des mutations que nous allons vivre peut donner le tournis. mais nous n’avons pas le choix. Le monde ne s’adaptera pas à nous; nous devons nous adapter au monde. Ce qui suppose, en France, la poursuite patiente, déterminée, courageuse du processus de réformes.

Réformer n’est évidemment pas un but en soi.
Comme je le disais mercredi dernier à l’occasion de la réunion publique organisée au Perreux par Gilles Carrez et Michel Herbillon, notre mission, à nous responsables politiques, c’est de donner du sens aux réformes, d’en expliquer la raison d’être. J’y reviendrai dans un prochain blog.

Partager cet article

5 commentaires pour « Crises »
  • Nikos Dunamis
    Le 30 Septebmre 2008 à 14 h 31 min
    Bonjour, vous avez fait une faute d'orthographe sur le mot "troisième".
    Nikos Dunamis
  • Jean-François Couture,
    Le 30 Septebmre 2008 à 13 h 42 min
    Bonjour Monsieur Juppé,

    «Personne n'a vu venir la crise» dites-vous.

    J'ai pensé que vous seriez intéressé à ce qui est paru dans le magazine «The Economist» du 18-24 juin 2005. Oui, vous avez bien lu: 2005 soit 26 mois avant l'éclatement de la bulle survenu en août 2007.

    En page couverture, on voyait une brique en chute libre au dessus d'un très gros titre: AFTER THE FALL. En «Leaders», (ou éditorial) on reprenait et expliquait le titre et en milieu de magazine, en trois pages bien tassées, sous le titre «The global housing boom» avec, en sous-titre, «In come the waves», on annonçait le désastre déjà qualifié, en «leaders», de «biggest financial bubble in history».

    Deux ans avant que nos génies de la finance synthétique ne s'aperçoivent qu'ils s'étaient gourés, un simple magazine les mettait déjà en garde.

    Bien entendu, les spéculateurs ne lisent pas les magazines sauf peut-être en diagonale et c'est pourquoi ils comprennent de travers.

    Bien triste que tout cela, vous ne trouvez pas?
    Jean-François Couture,
  • Mathieu Beal
    Le 30 Septebmre 2008 à 12 h 50 min
    Cher Monsieur Juppé

    J'ai beaucoup aimé votre article.
    Il pointe clairement une vérité que l'on ne perçoit parfois pas clairement de France.

    Vivant à Shanghai depuis avril 2007, j'ai eu un petit choc, 15 jours en septembre, lors de mon premier passage dans la France de 2008. Les gens se plaignent souvent, ils s'usent de formules creuses et defaitistes. Combien la vie y est chère, les opérateurs de téléphones portables, des escrocs; et les grandes surfaces, des fourbes aussi cupides ici que là bas!

    Pendant ce temps de ce côté ci du monde, le marché des gros 4x4 se porte très bien, on joue à la conquète de l'espace, on ressasse les exploits des sportifs et de la somptueuses cérémonie d'ouverture, déjà la propagande de l'exposition universelle propose une nouvelle perspective.

    Mais à Shanghai, le ciel bleu est un cadeau rare, les prix de leurs mauvaises constructions confinent à l'absurde. Qu'importe, tant qu'on a la santé! A défaut, les antibiotiques sont deja vendus dans le poulet!...
    Alors les Parisiens! raleurs solidaires, plus xénophiles que phobes, je viens chez eux et l'air que je respire me semble presque pur.

    France, je t'aime encore mieux loin de toi!

    Avec mes respectueuses salutations.
    Mathieu Beal
  • J D
    Le 30 Septebmre 2008 à 12 h 48 min
    L'écologie semble donc ne plus être un accessoire, une branche de l'activité gouvernementale, mais doit être considéré comme un réel et inévitable prisme par lequel doit passer au préalable le regard de tout décisionnaire politique. On comprend mieux que le développement durable dispose à sa tête d'un ministre d'Etat, le seul semble t-il du gouvernement.
    Il y a un an, presque jour pour jour, vous receviez Jean-Marie PELT qui se félicitais de voir l'avénement de ce super-ministère.
    Espérons que Jean-Louis Borloo puisse agir avec toute la latitude qui convient ; que la Chine, tenu à sa nouvelle révolution, ne commette pas trop d'excès et puisse profiter au plus tôt de nos nouvelles orientations, cela dans l'intérêt de la planète ; qu'aussi, le continent Africain soit associé dans un partenariat durable à cette entreprise ; qu'enfin, et c'est important, que les plus démunis n'aient pas à souffrir du virage que nous devons prendre.
    J D
  • maurice uzan
    Le 30 Septebmre 2008 à 12 h 48 min
    n'est-il pas possible d'éliminer les les paradis fiscaux (mème militairement) et aussi de limiter le ou les services banquaires. Car enfin les (banques ils spécules avec notre argent pour faire des bénéfices et de là,font leur salaire.Je m'excuses les entreprises elles licencient quand cà- -va mal.
     maurice uzan

Ajouter un commentaire

Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

Les derniers tweets

Sur Facebook

GALERIE INSTAGRAM

Bordeaux