Blog Notes d'Alain Juppé

Darwin : « Mais que voulez-vous de plus ? »

Publié le 22/10/2018 par Alain Juppé

Lettre ouverte à Darwin et aux signataires de la tribune du Monde

Mais que voulez-vous de plus ?

La dégradation des relations entre Darwin et Bordeaux Métropole me peine profondément et j’en comprends mal les raisons.

J’ai le sentiment d’avoir tout fait depuis le début pour favoriser l’installation de Darwin sur la rive droite de la Garonne, et de continuer à tout faire pour accompagner son développement.

A l’origine, en 2009, mon prédécesseur à la présidence de ce qui était alors la Communauté Urbaine des Bordeaux (CUB) et moi-même avons choisi de vendre à Darwin les Magasins Généraux Nord et leur emprise, dans des conditions financières qui, tout en préservant les intérêts de notre établissement public, restaient compatibles avec les moyens de l’acquéreur. Cette vente a été validée à l’unanimité par les élus de La CUB de l’époque. La Ville de Bordeaux et La CUB ont aidé à cette installation en subventionnant la création d’une pépinière d’entreprises, livrée en 2013 et qui a reçu, de nos deux collectivités, un financement de 1 385 920 euros.

Quelques années plus tard, quand il s’est agi de céder les Magasins Généraux Sud, à l’issue d’un appel d’offres, nous avons choisi le projet Darwin dont la solidité financière était moins évidente que celle de son concurrent, mais dont l’ambition culturelle nous semblait bien supérieure.

Je n’ai cessé, au fil des ans, d’exprimer, en paroles et en actions, mon soutien à ce qu’il est convenu d’appeler l’éco-système Darwin qui contribue magnifiquement au rayonnement de Bordeaux.

D’où sont venues les difficultés ?

Il nous a d’abord fallu convaincre les responsables de Darwin qu’ils ne pouvaient pas organiser de grandes manifestations et accueillir du public en nombre dans leurs locaux sans respecter les règles de sécurité applicables en l’espèce. Cela a pris du temps mais nous y sommes parvenus.

Ensuite, nous avons dû constater que Darwin développait ses activités sur des terrains qui ne lui appartenaient pas, sans aucun titre d’occupation. Par exemple sur la rive droite de la Garonne où ont été implantées diverses activités commerciales dont une brasserie de bière. J’ai fait régulariser cette occupation par Bordeaux Métropole.

Même situation à la limite des Magasins généraux Nord dans des bâtiments mis à disposition de Darwin à titre temporaire. Les responsables de Darwin qui y ont créé avec une aide de 150 000 euros de la Ville de Bordeaux un skate park en salle très apprécié, et installé plusieurs associations (dont Emmaüs) souhaitent pérenniser ces activités et continuent donc d’occuper sans titre les emprises correspondantes. Celles-ci appartiennent non pas à un « consortium immobilier », mais à une SAS composée de 3 actionnaires : une société d’économie mixte, (BMA) et deux bailleurs sociaux, chargée d’aménager un nouveau quartier qui doit accueillir près de 10 000 habitants dans des logements dont 1/3 seront des logements locatifs sociaux. Maintenir l’occupation de Darwin dans ces bâtiments et sur ces terrains pose à la collectivité bien des problèmes. J’ai néanmoins décidé de les faire racheter à l’aménageur par la Métropole pour les mettre ensuite à disposition de Darwin par cession ou bail de longue durée. Cette nouvelle concession ne suffit pas ! Darwin exige maintenant de maintenir une « ferme urbaine », installée sans titre sur un terrain qui ne lui appartient pas davantage. Sur ce terrain doivent être réalisés des travaux de réseaux (chaleur urbaine, électricité, assainissement) nécessaires à la desserte des futurs logements et équipements voisins. J’ai donné pour instruction à mes services de trouver une autre solution pour le passage de ces réseaux. Ils y sont parvenus non sans mal et non sans un surcoût pour l’aménageur et donc indirectement pour notre collectivité. Ultime concession : je suis prêt à inclure ce terrain dans l’opération de mise à disposition que je propose à Darwin. J’attends une réponse et je suis prêt à demander l’accord du conseil de Métropole à deux conditions qui ne sauraient être négociables :

  • L’engagement de Darwin de ne plus s’étendre au-delà de ce périmètre sur terrain d’autrui et d’évacuer les installations provisoires qu’il y maintient notamment les « tétrodons », espèces de cabanes mobiles précaires ;
  • Le respect de la voie dénommée « allée cavalière » qui doit relier les quais et l’intérieur du futur quartier. Il est clair depuis le début que cette rue, une fois aménagée, sera classée dans le domaine public.

Si Darwin accepte ces propositions, particulièrement conciliantes, je soumettrai au conseil de Métropole une délibération m’autorisant à acquérir les parcelles litigieuses pour les mettre ensuite à la disposition de Darwin.

Le tribunal d’instance de Bordeaux a décidé d’une médiation qui a été acceptée par les deux parties. C’est une sage décision pour rapprocher les points de vue.

Plutôt que de politiser le débat ou d’invoquer le soutien de personnalités parisiennes éminemment respectables mais dont je suis certain que très peu connaissent la réalité du dossier, un minimum de bonne foi et de bonne volonté permettrait d’apaiser des relations auxquelles je reste très attaché.

Mais pour moi, aller au-delà des concessions exorbitantes déjà consenties, serait contrevenir à l’intérêt public.

Alors, amis de Darwin, un petit effort !

 

Alain Juppé

Maire de Bordeaux

Président de Bordeaux Métropole

Le 15/10/2018

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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