Blog Notes d'Alain Juppé

De Kaboul à Brasilia

Publié le 02/01/2011 par Alain Juppé

Entre Noël et le Jour de l’An, mon passage de 2010 à 2011 a été … chargé.

D’abord l’Afghanistan où j’ai pu rencontrer nos soldats sur la plupart des sites où ils sont déployés. A Kaboul où nos médecins militaires de l’hôpital de campagne font merveille mais aussi notre bataillon d’hélicoptères dont l’intervention est souvent décisive. Puis à Tora, dans une base avancée au coeur de la région de Surobi que  notre force La Fayette sécurise. A Bagram d’où opérent nos drones. A Kandahar, base de nos Mirages et de nos Rafales. A Kaboul à nouveau avec le détachement Epidote, chargé de la formation des militaires et des policiers afghans.

Partout, j’ai passé du temps au milieu de nos soldats, pour leur parler et les écouter. Partout, j’ai trouvé des hommes et des femmes conscients de l’importance et du sens de la mission qui leur a été donnée, et décidés à la mener à bien. Ils donnent de la France une image de courage, de compétence, de professionnalisme, mais aussi d’attention et d’ouverture à la population afghane, tout particulièrement dans leur travail de formation des futurs cadres de l’institution militaire. Ils ont l’estime de tous les chefs militaires de la coalition. J’ai éprouvé un grand sentiment de fierté en les voyant à l’oeuvre.

J’ai rencontré aussi le ministre des affaires étrangères, puis le Président Karzaï à qui j’ai dit notre détermination à obtenir la libération d’Hervé Guesquière et de Stéphane Taponier. A tous les niveaux, nous déployons les plus grands efforts pour atteindre cet objectif. Je comprends parfaitement l’impatience, voire la révolte des familles et des amis de nos deux otages; mais il n’est pas juste de dire que les autorités françaises ne sont pas pleinement mobilisées.

Quelques jours plus tard , à Brasilia, je représente la France à la cérémonie d’investiture de la nouvelle présidente du Brésil, Madame Dilma Roussef, qui succède au très populaire Lula.

Un seul témoignage résume le sens profond de cette cérémonie: un ministre brésilien, au moment solennel où Lula remet son écharpe présidentielle à Dilma Roussef, me dit: « Qui aurait pu imaginer, il y a seulement 20 ans, qu’une femme, militante révolutionnaire, torturée dans les prisons de la dictature militaire, devienne la première présidente du Brésil? »  Elle-même souligne la force du symbole en consacrant tout le début de son discours aux femmes brésiliennes.

Autre enseignement de ce rapide déplacement: le partenariat stratégique entre la France et le Brésil, voulu par les présidents Lula et Sarkozy, fonctionne bien. Il y a une réelle convergence de vues, de valeurs, et d’intérêts entre nos deux pays. Et de vraies affinités culturelles: la langue française est beaucoup plus vivante au Brésil que je ne le pensais. Et puis, quel optimisme, quelle confiance en soi dans ce pays en pleine émergence! La contagion ne pourrait que nous être bénéfique.

Dans le long voyage de retour, je réfléchis aux voeux que j’aimerais adresser aux Français.

Précisément la confiance, retrouver la confiance dans l’avenir qui est la clef de tout.

Et pour nourrir cette confiance, quelques ambitions partagées:

– Aller plus loin dans la construction d’une Europe capable de jouer dans la cour des grands de ce monde.

Nous sommes allés trop loin dans le projet européen pour ne pas aller plus loin. Le moment est maintenant venu d’intégrer nos politiques économiques, budgétaires, fiscales dans un gouvernement de la zone euro digne de ce nom. Il faut aller de l’avant. C’est la voie de la prospérité et de la sécurité.

– Inventer un nouveau modèle de croissance économique, respectueux des ressources rares que nous prélevons sur la nature qui nous entoure, soucieux d’éviter les gaspillages et de recycler tout ce qui peut l’être, confiant dans les solutions qu’une recherche, une innovation, une technologie maîtrisées nous apporteront.

– Investir massivement dans l’éducation, la formation, la gestion des ressources humaines qui sont notre principale richesse. Il faut hisser notre système de formation au meilleur niveau mondial; nous avons des atouts pour y parvenir; mais de nouveaux efforts, non seulement de moyens mais aussi d’innovations, seront nécessaires.

– Enfin, et peut-être surtout, entraîner tous les Français dans le même mouvement de confiance et, pour cela, être attentif au sort de chacun, lutter contre les inégalités, éradiquer la pauvreté, assumer la responsabilité de protéger qui incombe, dans notre modèle social, à la collectivité nationale. Proposer à tous de « travailler mieux », c’est-à-dire d’accéder à l’emploi pour y trouver l’épanouissement personnel que procurent une formation adéquate et une participation authentique.

Ce ne sont là que des pistes de réflexion, encore très générales. J’aimerais les approfondir avec ceux qui partagent les mêmes aspirations.

Puissent les exigences de l’action immédiate ne pas nous détourner d’imaginer le long terme!

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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