Blog Notes d'Alain Juppé

Deux beaux moments

Publié le 29/01/2009 par Alain Juppé

Visité coup sur coup, à Paris, deux magnifiques expositions.

D’abord, au Grand Palais, « 6 milliards d’autres ».  

Sur une idée de Yann Arthus-Bertrand, 6 réalisateurs ont sillonné le monde pour « dresser un portrait sensible et humain des habitants de la planète ». Résultat: 6 000 interviews, 450 heures de vidéo. Quelques centaines de ces portraits sont diffusés sur écran, à l’intérieur de « yourtes » installées sous les coupoles du Grand Palais. Le résultat est saisissant: beauté des visages, intimité et vérité des paroles, émotion dans la joie comme dans la souffrance. Chaque yourte présente un thème différent: l’amour, la haine, le bonheur, la mort, l’espérance… Tous les pays, toutes les couleurs de peau, toutes les générations défilent. Mais au delà des différences, ce qui frappe, c’est l’unité. Elle naît de la profonde humanité qui irradie de chaque témoignage. Dans la yourte où l’on demande à chaque interviewé quel est le message qu’il souhaite adresser au monde, le même mot revient: amour.

A la Fondation Cartier pour l’art contemporain, « Terre natale » de Raymond Depardon et Paul Virilio. 

Sous l’objectif du premier, on retrouve le même talent de laisser s’exprimer, naturellement, librement, véridiquement, la personne interrogée: occitan, breton, guarani du Brésil, mapuche ou kawésqar du Chili, afar d’Ethiopie. Avec, en facteur commun, chez ces hommes et ces femmes écrasés par le monde qui les cerne, la même obsession de la terre natale, de la terre-forêt comme disent les Indiens d’Amazonie. Recul de la biodiversité, nous annonce-t-on. Et nous pensons disparition d’espèces animales et végétales. Mais des peuples entiers disparaissent, et des langues aussi: le kawésqar ou le chipaya entre autres. Détresse des derniers survivants qui assistent, impuissants, à la disparition de leur être, individuel et collectif.

Et, dans la salle juste à côté, dans une projection circulaire géante créant « un environnement immersif », la scénographie conçue par l’urbaniste et philosophe Paul Virilio nous lance en pleine figure les chiffres colossaux des flux d’hommes et d’argent  qui traversent la planète: un milliard de migrants économiques, écologiques ou politiques dans les décennies qui viennent.

Double visage de la mondialisation: tourbillon de métissage planétaire d’un côté, recherche tenace des racines de l’autre.

Quand j’enseignais au Canada, je commençais mon cours en disant à mes étudiants: ce qui distingue l’actuelle vague de mondialisation de celles qui l’ont précédée, c’est d’abord que nous vivons désormais dans un monde fini; et qu’ensuite nous vivons en temps réel.

Virilio écrit: « Nous sommes dans une crise de la réduction du monde, de son étroitesse ». Et encore: « Aujourd’hui, on perd le temps de l’écriture, de la lecture, de l’écoute qui est le propre de l’homme, au profit d’une sorte de perception totale, d’une perception ubiquitaire et panoptique qui de l’ordre du divin, et non pas de l’humain. Le divin, c’est l’ubiquité, l’immédiateté, l’instantanéité, la simultanéité. »

A méditer, même en temps de crise.

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2 commentaires pour « Deux beaux moments »
  • Alain Ortet
    Le 14 Juin 2009 à 10 h 26 min
    Ne sachant comment faire connaître ma proposition et ne connaissant pas l'adresse à laquelle envoyer mon courrier ,je me permets de "squatter" ces colonnes :j'ai vu la semaine dernière sur Antenne 2 un téléfilm retraçant l'action de Aristide de Souza Mendès ,consul du Portugal à Bordeaux et qui a permis à de nombreux réfugiés de passer au Portugal :ma proposition serait de donner le nom d'une rue de Bordeaux à cet homme qui a su désobéir pour rester un homme .
    Alain Ortet
  • Sacre
    Le 01 Avril 2009 à 11 h 40 min
    Je suis issu d'une famille de droite traditionnelle. Pouvez-vous vous regarder dans une glace lorque vous linchez le pape pour des propos d'un bon sens probablement oublié par vous... Vous devriez avoir honte d'hurler avec les loups et devriez plutot vous présenter d'orénavant sur les liste d' Act-up... Honte à vous !
    Sacre

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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