Blog Notes d'Alain Juppé

Dialoguer, comprendre, agir ensemble 

Publié le 12/02/2015 par Alain Juppé

L’éducation est un enjeu capital pour notre pays. Transmettre les connaissances et les compétences fondamentales, former le jugement et développer la raison critique, assurer l’égalité des chances et la réussite de tous les talents, préparer à un métier.  Une telle ambition est nécessaire pour la cohésion sociale et le développement de l’intelligence collective dans une économie ouverte sur le monde. Elle explique que l’école soit au cœur de toutes les attentes et de toutes les critiques.

Les attentes sont légitimes mais souvent excessives : l’école ne saurait régler tous les problèmes d’une société en crise. Les tragiques évènements que la France vient de traverser révèlent à quel point elle est toujours sollicitée en urgence pour répondre à des exigences trop longtemps négligées. Les critiques sont souvent fondées mais elles sont parfois injustes et perçues comme telles par des enseignants confrontés à de multiples difficultés et trop souvent à la violence. Beaucoup d’initiatives remarquables se déploient grâce à des chefs d’établissement et à des enseignants très motivés et désireux de porter le plus grand nombre de leurs élèves à la réussite comme la loi sur l’école le prescrit.

Ma conviction est que notre système éducatif a de nombreux atouts qu’il faut valoriser mais qu’il a aussi de graves faiblesses qu’il faut entreprendre d’urgence de corriger.

Tout ne va pas si mal dans notre système éducatif. Notre école dispose de nombreuses forces qui ne sont pas toujours mises en avant et sur lesquelles il faut s’appuyer : un excellent maillage territorial, la diversité de ses formations, l’investissement des enseignants. L’éducation nationale a permis en quelques décennies de donner aux jeunes français un accès massif à l’éducation primaire et secondaire comme aux études supérieures. A l’initiative des enseignants, la salle de classe d’aujourd’hui est bien différente de celle d’hier: les méthodes comme les contenus des enseignements évoluent, le travail en équipe se développe, les nouvelles technologies offrent de réelles et prometteuses possibilités de changement.

Quant aux faiblesses, elles sont bien identifiées. Les performances de l’école, telles qu’elles sont mesurées par les enquêtes PISA, se dégradent continûment; trop d’élèves décrochent faute de maîtriser les savoirs fondamentaux; les inégalités se creusent, l’école n’est plus facteur d’égalité des chances. Le métier d’enseignant devient si difficile qu’il attire moins. Trop d’élèves quittent le système éducatif sans diplôme et sans qualification.  Nombreux sont aussi ceux qui disent ne pas aimer l’école ou qui perdent confiance en eux. C’est le cri du cœur de ce professeur d’histoire à ses élèves de seconde dans le film « Les héritiers »: « j’ai beaucoup plus confiance en vous que vous n’avez confiance en vous-mêmes » !

Ces faiblesses constituent un défi que nous devons ensemble relever.

Je crois profondément que l’école est lasse de subir des réformes annoncées par des ministres qui se succèdent à un rythme déraisonnable et quittent leurs fonctions sans avoir pu commencer à les mettre en œuvre. L’empilement des prescriptions fige le modèle au lieu de le faire évoluer. Les injonctions simplificatrices et souvent contradictoires ont épuisé la profession, désorienté les parents, découragé tout le monde.

Mon objectif n’est donc pas de préparer je ne sais quel grand soir de l’éducation ou de proposer une nième réforme mais d’engager avec tous les acteurs l’adaptation de notre système aux enjeux si difficiles du temps présent. Or, je crois qu’on ne peut engager les changements qui s’imposent sans s’appuyer sur les forces qui permettront de les mener à bien. Rien ne sera possible tant que la confiance de tous ne sera pas retrouvée.  

C’est dans cet esprit que je m’adresse d’abord aux enseignants. Sans eux rien ne sera possible. J’ai pu mesurer dans la ville dont je suis le maire et au cours de mes déplacements leur motivation mais aussi souvent leur profond désarroi. Il est temps de valoriser les expertises professionnelles qui se déploient sur le terrain, dans les classes, auprès des élèves, et dans les équipes pédagogiques et les établissements pour adapter l’enseignement à l’extrême diversité des situations et accompagner les plus fragiles. L’enseignant doit être celle ou celui que l’on respecte, admire et reconnaît pour ses connaissances, son travail et son investissement. En ce sens, la question du niveau et des critères de rémunération des enseignants est posée, et doit être abordée sans démagogie mais sans faux semblants, pour nous rapprocher des nombreux pays développés qui ont fait de l’éducation une priorité.

Tout au long de cette année, je souhaite aller à la rencontre des acteurs de l’éducation nationale. Enseignants, chefs d’établissements, personnels administratifs, tous ont des choses à dire, des idées à formuler, des propositions à faire. Je rencontrerai aussi les parents pour connaître leurs attentes et mieux identifier avec eux ce qui est du ressort de l’école et ce qui leur revient en propre.

Ces rencontres seront précieuses pour me permettre d’apprécier au mieux ce qui va et ce qui ne va pas, de découvrir de nouvelles pratiques et des modèles à diffuser. Parallèlement à ces rencontres, je souhaite élargir cet échange. C’est pourquoi ceux qui le désireront pourront faire part de leurs constats et suggestions concrètes en répondant à une consultation qui sera organisée sur mon site  au cours des prochains mois et abordera les thèmes les plus importants de changement. Je pense notamment aux questions suivantes pour engager le débat :

– comment organiser l’école du socle commun, assurer la maîtrise des savoirs fondamentaux pour tous les élèves, réinstaurer l’égalité des chances ?

– quelle liberté  dans la gestion des moyens donnée aux chefs d’établissements et aux équipes pédagogiques pour adapter l’enseignement aux besoins des élèves ?

– comment mieux préparer les enseignants aux conditions d’exercice d’un métier qui a si profondément changé?

– quelles possibilités de formation continue leur donner pour leur permettre d’exercer de nouvelles tâches éducatives ou d’exercer dans d’autres secteurs d’activité à l’instar de ce qui est proposé aux autres salariés ?

– comment remédier à la marginalisation de certains établissements et garantir la mixité pour réduire les inégalités territoriales ?

Je commenterai sur mon blog les résultats de cette consultation. J’attends vos réactions, et vos idées. Elles seront précieuses pour tracer ensemble le chemin de l’école pour les prochaines années.

[Participez à l’appel à propositions en cliquant sur ce lien

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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