Blog Notes d'Alain Juppé

Disparitions

Publié le 20/04/2009 par Alain Juppé

René Monory, Yvon Bourges, Maurice Druon: trois hommes qui ont fait honneur à l’engagement politique nous ont quittés la semaine dernière. Leurs histoires personnelles et leurs caractères étaient certes profondément différents. Mais j’ai été également heureux de les approcher et de les connaître. Quelques moments partagés me reviennent en mémoire.

René Monory était ministre de l’Education Nationale en 1986 dans le gouvernement de Jacques Chirac dont j’étais ministre délégué chargé du Budget. J’aimais préparer avec lui les arbitrages budgétaires. Ce n’étaient pas, comme trop souvent, de pures batailles de chiffres, mais de vrais échanges sur l’évolution de notre système éducatif. Il en parlait avec simplicité et bon sens, avec coeur aussi. On le sentait sincèrement convaincu qu’il n’y a pas service public plus vital pour l’avenir d’une nation que celui de l’éducation. Il comprenait que nos enseignants avaient soif de reconnaissance et de considération… et qu’il fallait traduire ces bons sentiments en améliorations matérielles concrètes. Il n’avait pas de peine à m’en convaincre… et à m’arracher ainsi quelques fructueuses concessions.

La stature d’Yvon Bourges m’impressionnait. Gaulliste dès la résistance, si longtemps ministre du général et de ses successeurs , il incarnait, à mes yeux, le « compagnonnage » cher au coeur des militants des avatars successifs du parti gaulliste. Il mettait dans sa présidence de la région Bretagne la même détermination et le même sens du bien public que dans ses plus hautes fonctions nationales. Il venait en parler très simplement et très modestement au jeune secrétaire général du RPR que j’étais alors.

J’ai revu assez souvent Maurice Druon dans sa maison de Gironde. Il me surprenait par sa disponibilité à l’égard des responsables politiques locaux. Son passé de résistant, sa gloire d’écrivain, les honneurs de l’Académie, rien de tout cela ne l’empêchait de monter sur les estrades pour apporter son soutien à nos candidats en réunion électorale. J’entends encore résonner sa voie chaude, puissante, charmeuse dans la salle des fêtes de Libourne. En lui, aussi, simplicité et grandeur allaient de pair. J’ai été ému ce matin, quand, à l’occasion d’une inauguration bordelaise, le président de séance s’est mis à réciter les premières strophes du Chant des partisans.

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2 commentaires pour « Disparitions »
  • Fra m
    Le 21 Avril 2009 à 23 h 35 min
    Merci de vos commentaires sur ces deux hommes qui ont tenu une place importante
    dans le 2° moitié du Siècle dernier.
    Monory, on en garde le souvenird'un Ministre de l'Education très attentif aux problèmes qui se posaient déjà à cette époque. Sans le connaître plus, il portait sur lui simplicité, bon sens et coeur.
    Yvon Bourges, aucun souvenir, seul celui qui vous évoquez et qui nous le rappelle.
    Maurice Druon, on a été passionné par, entre autres, ces "Rois Maudits", tant sur le plan de l'histoire que sur son style très vivant.
    La réunion sur le Tram au Bouscat s'est bien passée, baucoup de réactions sur les deux (trois) propositions, mais toujours dans le respect des interventions, comme l'avait demandé P.Bobet en commençant...
    Mais s'il explique les raisons données par les 4 personnes de la CUB, il parait
    bien nostalgique...
    Fra m
  • Memento
    Le 21 Avril 2009 à 10 h 40 min
    " Ami entends-tu
    Le vol noir des corbeaux
    Sur nos plaines.
    Ami entends-tu
    Les cris sourds du pays
    Qu'on enchaîne,
    Ohé partisans
    Ouvriers et paysans
    C'est l'alarme!
    Ce soir l'ennemi
    Connaîtra le prix du sang
    Et des larmes…

    Montez de la mine,
    Descendez des collines,
    Camarades.
    Sortez de la paille
    Les fusils, la mitraille,
    Les grenades.
    Ohé! les tueurs
    A la balle et au couteau
    Tuez vite!
    Ohé! saboteurs
    Attention à ton fardeau…
    Dynamite…

    C'est nous qui brisons
    Les barreaux des prisons
    Pour nos frères.
    La haine à nos trousses
    Et la faim qui nous pousse,
    La misère.
    Il y a des pays
    Où les gens au creux des lits
    Font des rêves.
    Ici, nous vois-tu
    Nous on marche et nous on tue
    Nous on crève…

    Ici, chacun sait
    Ce qu'il veut, ce qu'il fait
    Quand il passe
    Ami, si tu tombes,
    Un ami sort de l'ombre
    A ta place.
    Demain du sang noir
    Séchera au grand soleil
    Sur les routes.
    Chantez compagnons,
    Dans la nuit, la liberté
    Nous écoute…

    Ami, entends-tu
    Les cris sourds du pays qu'on
    Enchaîne!…
    Ami, entends-tu
    Le vol noir des corbeaux sur nos Plaines !… "
    Maurice Druon, Joseph Kessel

    Des paroles dures à lire ainsi... Elles sont pourtant l'expression d'un patrimoine commun d'une richesse rare qu'a su créer notre pays dans les pages les plus noires de son histoire. Chacune des trois personnalités disparues cette semaine passée savait bien cela. En filigrane de leur action, on décelait ce ferment fait de goût pour la liberté, de volonté de résister à l'oppression et à l'injustice, de voir plus en hauteur.
    Memento

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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