Blog Notes d'Alain Juppé

En conscience

Publié le 11/01/2013 par Alain Juppé

L’homophobie est un fléau dont il faut combattre toutes les formes, les plus brutales comme les plus insidieuses. La loi nous en donne les moyens. Il faut veiller à sa stricte application. Les mentalités ont certes évolué, dans le bon sens. Mais les discriminations subsistent. Je comprends la souffrance ou la révolte de celles et ceux qui en sont victimes. Nous leur devons la plus grande vigilance.

De nombreux homosexuels souhaitent vivre en couple. L’institution du PACS a été une avancée importante vers l’égalité des droits entre homos et hétéros. Des améliorations sont encore possibles. Et la question d’une reconnaissance officielle de l’engagement de vie commune est aujourd’hui posée.

Après mûre réflexion, je me suis prononcé en faveur de cette reconnaissance sous la forme d’une union civile inscrite dans le code civil et ouverte, dans les mêmes conditions, aux couples homosexuels et aux couples hétérosexuels.

Je pense que la notion et le mot de mariage dont la charge historique et culturelle est très forte devraient être réservés à la sphère religieuse et privée. Je constate que cette proposition est partagée par beaucoup.

J’ai notamment lu avec grand intérêt la tribune donnée récemment au Monde par Jérôme Vignon, président des Semaines sociales de France, qui se présente lui-même comme “chrétien et progressiste”, je le cite:

Reconnue en mairie et garantissant aux conjoints de mêmes sexes des droits patrimoniaux et sociaux équivalents à ceux qu’accorde le mariage , l’union civile pourrait, comme en Allemagne, devenir le support d’une adoption simple par un des conjoints de l’enfant biologique de son partenaire.

Cette option, ajoute M. Vignon, est proposée par l’UNAF avec la majorité des associations qui composent en France le mouvement familial. 

Le texte gouvernemental est tout différent; les amendements annoncés par les parlementaires de la majorité l’aggraveraient encore. S’ils étaient votés, ils mettraient en cause, selon moi, les fondements de l’institution familiale qui, dans un monde instable, demeure l’une des références solides de nos sociétés.

Autoriser l’adoption directe d’un enfant par un couple homosexuel, gommer de notre code civil les notions de père et mère, y substituer celles de parent 1 et parent 2, instituer un “droit à l’enfant” par la procréation médicalement assistée banalisée et même la gestation pour autrui qui n’est rien d’autre qu’une forme de commerce du corps humain, tous ces bouleversements constitueraient une véritable révolution anthropologique dont les conséquences de long terme sont incalculables.

C’est pourquoi j’y suis hostile. L’inclusion de ces dispositions dans le projet de loi le rend inacceptable. Aucun des arguments en faveur de l’adoption ne tient la route, ni celui du “bonheur de l’enfant adopté”, ni celui de la reconnaissance de situations de fait déjà existantes.

Faire de l’exception la règle n’est pas éthiquement acceptable. Et on sait que le nombre d’enfants adoptables est très inférieur au nombre de familles hétérosexuelles qui souhaitent adopter.

Pire: certains pays d’où viennent la majorité des enfants adoptables annoncent qu’ils interdiraient le départ vers la France si notre pays se dotait d’une telle législation.

Les chefs religieux des trois grandes religions du Livre (la chrétienne, la juive et la musulmane) en font-ils trop? Ils sont, à mes yeux, parfaitement dans leur rôle en exprimant leurs convictions et leur foi. Ce qui ne me conduit pas à approuver l’ouverture du débat à l’intérieur des établissements scolaires, qu’ils soient publics ou privés.

Le pouvoir socialiste peut-il encore reculer ?

Il ferait preuve de sagesse en épargnant à notre pays une confrontation qui divise profondément les Français, à propos d’une réforme qui ne répond à aucune des urgences du présent et à aucune des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens.

Il est légitime que les Français usent de la liberté de manifester – l’un des droits fondamentaux en démocratie – pour défendre leurs opinions. Je n’ai pas, pour ma part, la culture des cortèges; mais je comprends ceux qui veulent ainsi s’exprimer.

Je terminerai en disant que, si le pouvoir en avait la volonté politique, l’organisation d’un referendum ne se heurterait à aucun obstacle juridique insurmontable et permettrait de donner la parole à tous les Français.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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