Blog Notes d'Alain Juppé

En route

Publié le 26/01/2006 par Alain Juppé

Retour de Québec par autocar.
Paysage de grandes étendues enneigées où le regard porte loin.
Trois heures de route, propices à la lecture et au vagabondage des idées.

Ce matin, à Québec, j’ai planché devant des fonctionnaires du Ministère des Relations Internationales. Je leur ai parlé de l’Europe et de la France après l’échec du referendum constitutionnel. Echange fructueux.
Je n’élude aucun des défis que nous avons à relever.
Mais je termine en exprimant ma confiance dans la construction européenne.
L’Union a réussi. Elle a réalisé ce qui ne l’a été nulle part ailleurs au monde: un vrai marché intérieur et une monnaie unique. Elle a surtout réussi la réunification du continent après la dislocation de l’URSS et c’est une prouesse historique.
Elle est plus attractive que jamais si l’on en juge par les demandes d’adhésion qu’elle reçoit.
Je suis conscient des réactions que cet acte de foi européen risque de susciter et je vois bien qu’il faudrait argumenter en détail. Je le ferai le moment venu.
Mais dès maintenant je veux dire que je garde intact mon « rêve européen »: l’Union peut être porteuse d’un projet social original qui allie l’économie de marché et un haut niveau de solidarité et de justice; elle peut inventer un nouveau mode de gouvernance qui concilie le respect de l’identité de nos Nations, et une intégration plus poussée dans les domaines d’intérêt commun; et sur la scène internationale , elle peut faire triompher une vision des relations entre les grands pôles d’influence ( les Etats-Unis bien sûr, mais aussi la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie…) fondée non point sur le recours préventif à la force mais sur le multilatéralisme et la coopération.
J’ai cité à mes étudiants l’ouvrage d’un jeune chercheur britannique, Mark Léonard, intitulé, de manière volontairement provocatrice : « Why Europe will run the 21st century » (Pourquoi l’Europe dominera – ou gouvernera – le 21° siècle). Excellente potion contre l’euro-pessimisme…

Au bout du voyage, je termine la lecture d’un beau roman: « Je m’appelle Asher Lev », de Chaïm Potok. Je crois n’avoir rien lu d’aussi prenant sur les affres de la création artistique: un jeune juif hassidique, habité d’une force irrésistible qui le pousse à peindre, se coupe de sa communauté et se donne totalement à son art. Superbe!
25/01/06

Partager cet article

9 commentaires pour « En route »
  • stef redom
    Le 15 Juillet 2007 à 12 h 11 min
    je pense qu'en temps de crise de la consommation commme en ce moment , il faut s'attacher à encourager toutes les catégories de consommateurs à consommer; or les fonctionnaires sont parmi les csp les plus aptes à le faire sans crainte puisqu'elles courent moins de risque à le faire que les salariés du privé, compte tenu de leur statut quasi privilégié en France(l'historique est ancien et lourd!). Il ne faut surtout pas inquiéter cette catégorie car l'on aurait alors deux types de consommateurs inquiets : ceux qui craignent pour leur avenir à cause des risques liés à la crise économique et ceux qui ont peur pour leur statut! Je pense donc qu'en l'état actuel des choses et les choses étant ce qu'elles sont , il faut donner des signaux forts à cette catégorie de population les incitant à jouer un rôle moteur dans la consommation; quand par la suite , la reprise sera effective, il sera alors temps de réformer!
    Mais je ne pense pas qu'il y ait d'autre alternative pour faire redémarrer l'économie française à court terme!
    stef redom
  • Gilles Lecannelié
    Le 29 Janvier 2006 à 14 h 46 min
    L'oeuvre de Chaïm Potok, comme celle d'Albert Cohen, puise ses racines dans le Roman Familial, et les conflits oedipiens.Les relations père-fils et fils-religion sont exposées dans "The Chosen", au travers des destins croisés de Reuben et Danny. Les deux pères sont évincés assez subtilement, puisque l'un reste muet, l'autre impuissant devant les choix religieux de leurs rejetons.Ainsi on échappe à l'angoisse de castration.
    Chez Cohen, le père est un personnage assez falot, irresponsable dans sa tyrannie domestique.
    C'est donc la Mère qui est au centre de l'oeuvre -litteraire cf Cohen,littéraire et indirectement picturale cf Potok.
    "Belle du seigneur", c'est la quête infructueuse du souvenir de l'Amour Maternel, quant à Asher Lev, il installe sa Mère juive sur la Croix, en christ des douleurs, face aux imprécations de la communauté et sous le regard du Père et du fils...Comment ne pas évoquer les Christs d'Essenheim et du Portement de Croix de J.Bosch...
    La Mère, qui exprime la douleur d'un regard passif et angoissé sur les destins actifs du Père(engagé dans le sauvetage des juifs de par le monde)et du fils dans la création artistique.
    Deux enfants choyés, les petits Albert et Chaïm, qui règlent leur Oedipe par les moyens classiques, la mise à mort de l'être-aimé.
    Alors que Proust se contentait de dévorer sa madeleine-après trempage dans du tilleul-A. Cohen trempait son biscuit dans des aventures impuissantes à lui rappeler la douceur de l'Amour Maternel (Belle du seigneur finit par un suicide).Quant à Chaïm, il cloue sa Mère au symbole de l'autre Religion.
    Sans intention provocatrice, mais plutôt par souci oecuménique, dans une métaphore Judéo-chrétienne qui rassemble le regard des deux religions sur l'holocauste, et aussi parce qu'on ne trouve pas de meilleur média -pour exprimer le sacrifice que dans le Mysticisme expiatoire des Peintres des Pays du nord vers la fin du XV°...
    Comme Cohen dans ses derniers Carnets , Rabbi Chaïm Potok livre des clés dans " The gift of Asher Lev" publié ds les années 90.
    Bonnes lectures.
    Gilles Lecannelié
  • Bernard RAUSCHER
    Le 29 Janvier 2006 à 12 h 51 min
    La construction de l'Europe n'a pas été maitrisée ces dernières années. Elle n'a pas été suffisamment expliquée non plus par les Dirigeants politiques de tous bords qui sont restés dans des généralités. Et quand ils ont voulu parler " au ras des paquerettes ", eux-mêmes n'étaient pas convaincus. Souvenons nous du fameux " plombier polonais ". Au surplus, ces dirigeants, au moment du référendum ont eu l'idée (qui n'était, c'est le moins qu'on puisse dire, pas très géniale)de parler de l'entrée de la Turquie dans cette Europe. C'était vraiment procurer des verges aux électeurs pour se faire fouetter. Oui, il faut parler vrai, parler simple, et puis être crédible. Parler vrai, c'est par exemple dire aux Français pourquoi l'Allemagne peut modifier à la hausse certains taux de sa TVA et que la France ne peut pas la diminuer sur la restauration et sur les travaux du bâtiment. C'est aussi dire si nous avons l'intention, et quand, de nous aligner, en matière fiscale, sur les Pays les plus vertueux, et d'en prendre les moyens. C'est encore expliquer comment réduire le fossé social qui existe entre les différents Pays de l'Europe. Ce ne sont que quelques exemples. Ces besoins, ces nécessités, il ne semble pas que les électeurs Français puissent imaginer aujourd'hui qu'ils pourront être satisfaits par Jacques CHIRAC. Ses idées politiques de jeunesse avec lesquelles il semble renouer aujourd'hui, son âge aussi, ne plaident pas en sa faveur. Vivement la présidentielle et que le Pays reparte d'un pas plus assuré !
    Bernard RAUSCHER
  • Marc Chiappero
    Le 28 Janvier 2006 à 11 h 59 min
    Cher Alain Juppé, vous écrivez:" Ce matin, à Québec, j'ai planché devant des fonctionnaires du Ministère des Relations Internationales. Je leur ai parlé de l'Europe et de la France après l'échec du referendum constitutionnel. Echange fructueux.
    Je n'élude aucun des défis que nous avons à relever.
    Mais je termine en exprimant ma confiance dans la construction européenne."
    J'ai plaisir à vous lire car moi aussi je garde intact mon rêve européen.
    En ce moment ici la polémique fait rage entre" oui-istes" et "nonistes" devant l'impossibilité pour les restaurateurs d'obtenir une TVA à 5,5, mais surtout à la suite du refus par trois nouveaux entrants d'accepter la prorogation de la TVA à 5,5 sur les travaux de rénovation, qui aurait des conséquences désastreuses pour l'ensemble des acitivités liées à ce secteur pour lesquelles elle a été une bouffée d'oxygène. Chaque camp se rejetant la responsabilité de cette situation. Polémique sans objet car même si le oui avait triomphé il en irait de même . Il faut bien tirer les conséquences de la régle du consensus. Les égoïsmes nationaux étant inévitables il eut fallu différer quelque temps l'élargissement afin de bien évaluer les difficultés liées aux disparités fiscales et sociales entre Etats et adapter les règles au fonctionnement à 25, car directive Bolkenstein ou pas, la libre concurrence ne saurait tout résoudre . Même en admettant que le TCE soit adopté; Tony Blair, ayant obtenu que les décisions fiscales restent soumises à la règle de l'unanimité, c'est un droit de veto à la disposition de chaque Etat, et nous en serions au même point. Le budget européen étant assis sur la TVA, les nouveaux entrants, "bénéficiaires nets" ont tout intérêt à ce que les rentrées fiscales soient élevées. L'Allemagne elle, désireuse d'augmenter sa TVA peut le faire à partir des régles en vigueur (traité de Nice) dans la fourchette des 15 à 25% ce n'est pas le cas pour une TVA minorée.

    Il n'est pas souhaitable de rester dans le statu quo en attendant 2007. La ratification devrait se poursuivre à son rythme dans les autres pays et en ce qui nous concerne, la position des candidats à la présidentielle sur la construction Européenne,clairement définie. Il faut relancer la dynamique en s'appuyant sur les réussites passées mais surtout sur ce qui est en cours, Galileo en particulier dont l'essor d'internet permet de mesurer la nécessité.La politique énergétique est un autre domaine où nos Etats ne peuvent plus avancer en ordre dispersé.Le projet Iter en fait partie. L'avenir de l'Europe plus que jamais comme le disait Jean Monnet, passe par des réalisations concrètes créant une solidarité de fait. M C

    Marc Chiappero
  • P Leclercq
    Le 28 Janvier 2006 à 02 h 16 min
    Mr le premier ministre
    Cher alain
    Permettez-moi de recommander aux lecteurs ces études économiques majeures sur l’Europe et la France disponible sur la toile internet et qui devraient en faire réfléchir plus d’un.

    Sur l’Europe : Le rapport du Conseil d’analyse économique
    Politique économique et croissance en Europe
    http://www.cae.gouv.fr/lettres/CAE-2006.01.pdf

    Sur la situation Francaise : le Rapport Pébereau
    http://www.lesechos.fr/info/medias/200068040.pdf

    Pour se mobiliser, concernant les problèmes de réchauffement climatique, j’ai aimé le film de climat fiction " le jour d’après "récemment vu sur une chaîne cryptée.
    http://www.thedayaftertomorrow.com/ qui ressemble au titre et au thème de votre billet"Au jour le jour"

    Cordialement
    http://leclercq.over-blog.com/
    P Leclercq
  • José RODRIGUES
    Le 27 Janvier 2006 à 21 h 02 min
    Monsieur,
    J'ai voté non à l'EUROPE, plus précisemment à l'EUROPE actuelle et surtout à celle que "les politiciens" veulent nous imposer pour demain. Si l'EUROPE est souhaitable elle doit devenir pour cela, un réel ensemble cohérant, uni, efficace et piloté politiquement. Les institutions actuelles, les règles tronquées, les coûts associés, les dirigeants qui sont EUROPEENS uniquement à BRUXELLES, les désaccords sur la défense, l'EUROPE politique,font de cet ensemble actuel une faiblesse et non pas un point fort. Prêt à changer d'avis quand une véritable EUROPE des peuples sera en marche avec un grand et véritable projet pour l'avenir de ce continent.
    Cordialement
    José RODRIGUES
  • Arlette Bertrand
    Le 27 Janvier 2006 à 18 h 15 min
    Maintenant que les Français ont - consciemment ou non - voté un "non" désastreux le 29 mai dernier (je reste encore assommée par tant de sottise), il me faut sans doute faire confiance aux juristes de tout poil pour trouver une solution pour sortir de l'impasse. Bon! Mais comment convaincre ensuite les électeurs sinon par une véritable formation, une constante information aux travers des médias, de l'école, etc... Ah! si l'Europe avait un budget publicitaire equivalent aux yaourts "Machin", aux potages "Truc" ou aux automobiles de toutes marques, le monde se battrait pour entrer dans l'isoloir comme dans les magasins les jours de soldes!...Messieurs nos députés européens, il faut mouiller la chemise et défendre l'Europe tous les jours, tous les jours, et dans tous les domaines! C'est un peu triste de défendre un idéal par des moyens publicitaires mais puisque les Français ne comprennent plus que ce langage au 21ème siècle ...qui veut la fin veut les moyens.
    pardonnez-moi ma vivacité, elle n'a d'égale que ma déception profonde du 29 mai 2005.
    Arlette Bertrand
  • Jacques Coudol
    Le 27 Janvier 2006 à 09 h 56 min
    Me voici sans doute hors sujet. Et en retard (ayant eu la chance d'être éloigné de tout ordinateur pendant trois semaines".)
    Autorisez-moi une sorte d'indignation à la suite de l'émission sur France 3, il y a deux ou trois semaines, des Racines et des Ailes sur Bordeaux et sa superbe renaissance. Pas une seule fois le nom de Juppé n'a été mentionné!... Il fallait donc une nouvelle fois dépasser les limites de la mauvaise foi et de la méchanceté. Nous autres, heureux bordelais, savons ce que nous avons et à qui nous le devons. Encore merci.
    Jacques Coudol
  • James ARLY
    Le 27 Janvier 2006 à 09 h 49 min
    Oui il s'agit bien d'une prouesse que d'avoir construit l'Europe, même si elle "prend de la gîte"...
    C'est parce que c'est inscrit dans ses gènes depuis toute éternité.
    La réussite tient dans le fait que pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, depuis des millénaires, des millénaires, mais oui - Rome l'avait faite, Attila voulait la refaire, les Mérovingiens aussi, Carlos Magnus l'a recrée, Napoléon y ait presque parvenu et Hitler également, sans oser évoquer la IIIème internationale - elle a été faite par la paix et non par les armes !
    Le "peuple" et les "Nations" l'ont payé de deux guerres mondiales... Deux, pour la première fois aussi, mondiales !
    Monsieur le Premier Ministre, qu'en font-ils ?
    Un contre-pouvoir des "Nations et des peuples" ?
    Un creuset "d'eurocrates" indécrottables ?
    Le prix est lourd : Destruction massive des outils de création de richesse que sont les entreprises ?
    Où va-t-on ?
    La perspective d'une Europe, vaste espace social, n'est-elle pas une utopie quand on commence par faire l'Europe de l'acier et du charbon, du commerce ensuite, puis de la finance (jusqu'à une monnaie unique) sans même réussir l'harmonistation fiscale (heurts et malheurs de la 6ème directive par exemple), celle du "labor", encore moins diplomatique... et politique !
    Seules les institutions sont en place, ayant généré une immense "technostructure" dont on ne sait pas encore qu'elle est l'étendue de sa "capacité de nuisance".

    Pour être franc (et juriste), j'ai lu, en entier, les trois texte du projet de constitution européenne.
    Textes géniaux ! Grosso modo, il n'y avait rien dedans de "dangereux", bien au contraire : On ne pouvait que voter OUI et avec allégresse en plus !
    Pourquoi notre propre "technostructure nationale" n'a pas été capable d'en expliquer toute la simplification qu'elle apportait et ses bénéfices évident ?
    N'est-ce pas la faillite de l'élite ?

    Double faillite alarmante quand on sait que 90 % des "élus représentatifs du peuple" avait voté OUI, pour se prendre une "claque" in fine...
    Faillite alarmante quand nos "énarques" (excusez-moi de piétiner, pour l'occasion, votre formation, ce n'est pas exprès) encore au pouvoir disent haut et fort "C'est pas grave, on continue à avancer !", à poursuivre dans la même voie en somme...

    Personnellement, je suis très inquiet de ce divorce entre élites sorties tout droit de l'analyse Léniniste et Troskiste (ils disaient exactement la même chose) qui pensent et construisent le bonheur des peuples en leur lieu et place, et le "peuple" qui dit "merde !"
    Vais-je être contraint devoir léguer "ça" à mes enfants et petits enfants ?...

    Amicalement vôtre et,
    Bien à vous

    JA
    James ARLY

Ajouter un commentaire

Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
inscrivez vous à la newsletter

Les derniers tweets

Sur Facebook

GALERIE INSTAGRAM

Bordeaux