Blog Notes d'Alain Juppé

« Bordeaux change de dimension »

Publié le 11/05/2017 par Alain Juppé

Alain Juppé a répondu aux questions de Nicolas César pour le journal Sud Ouest. L’arrivée de la Ligne à grande vitesse, le 2 juillet, va faire de Bordeaux une métropole de rang européen. 

« Sud Ouest » : Quelles retombées attendez-vous de la LGV à Bordeaux ?

Alain Juppé : L’effet LGV a été spectaculaire un peu partout, à Strasbourg, à Marseille… À Bordeaux, elle devrait être un levier de croissance exceptionnel et nous permettre de changer de dimension, de renforcer notre potentiel économique pour devenir une métropole de rang européen. Cela se ressent aussi dès aujourd’hui sur la fréquentation touristique, même en saison basse. Et ce, au moment, où le tourisme d’affaires va fortement se développer à Bordeaux. D’autant plus quand la reconstruction du hall 2 du Parc des expositions sera achevée. Aujourd’hui, les salles de congrès, de 500 à 1 000 places, se multiplient dans la métropole, à Mérignac, à la gare… pour répondre à la demande. Et ce tourisme d’affaires génère d’importantes retombées économiques pour l’hôtellerie, les restaurants, les commerces locaux, car il s’agit d’une clientèle à fort pouvoir d’achat.

Est-ce que la LGV commence à attirer les entreprises ?

L’arrivée d’Ubisoft (géant français dans les jeux vidéo, NDLR), qui va implanter en septembre un studio à Bordeaux, en témoigne. Il faut dire que nous avons de multiples atouts – le cadre de vie, la LGV, l’aéroport, un bon réseau d’autoroutes… – et plusieurs filières d’excellence : le pôle aérospatial, la santé, le numérique. Mais aussi le tertiaire supérieur. À Bordeaux, si nous n’avons pas de sièges sociaux de grands groupes, nous avons de nombreuses directions régionales de banques et cabinets d’audit, qui sont implantées ici. C’est important pour le conseil aux entreprises. Sans compter la qualité de notre université. Avant de s’installer, les sociétés regardent aussi l’appui dont elles peuvent bénéficier en matière de recherche, mais aussi l’offre étudiante pour les enfants des salariés.

Vous espérez créer 100 000 emplois d’ici 2030 dans la métropole bordelaise, comment allez-vous parvenir à cet objectif ?

D’abord, nous allons organiser l’offre. Avec notamment le centre d’affaires autour de la gare dans le cadre du programme Euratlantique (2,5 millions de mètres carrés construits d’ici 2030 sur Bordeaux, Bègles et Floirac, NDLR). En outre, nous avons lancé deux Opérations d’intérêt métropolitain (OIM) pour concentrer l’attractivité économique sur deux territoires. Le premier, c’est Aéroparc, à Mérignac, pour renforcer la filière aéronautique et espace, qui représente déjà 10 000 emplois dans la ville. D’ailleurs, Thales a fortement investi (200 millions d’euros, NDLR) pour y créer son nouveau campus industriel.

Par ailleurs, le pôle maintenance aéronautique est devenu très fort à Mérignac. C’est ce que j’avais prévu lorsque j’y ai fait rapatrier en 2012 la Simmad (Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels aéronautiques), qui pilote la maintenance de tout ce qui vole dans les armées. Désormais, il y a aussi Sabena Technics dans le civil. Et Dassault a inauguré en novembre un centre de maintenance pour ses Falcon à Mérignac.

La deuxième opération d’intérêt métropolitain est à Pessac et Talence. Nous l’avons appelée Inno Campus. Elle a une dominante industrie de santé et est adossée à l’Université. Ces deux opérations font l’objet d’un Pacte métropolitain d’innovation que j’ai signé en mars avec l’État, qui va nous apporter une dizaine de millions d’euros pour les développer. D’autre part, nous accélérons également notre politique en matière de marketing territorial pour permettre à nos entreprises de se développer et en attirer d’autres avec un BGI (Bordeaux Gironde investissement) rénové et la marque  » Bordeaux magnetic « , qui commence à  » imprimer « .

La LGV Bordeaux-Toulouse verra-t-elle le jour, malgré les incertitudes sur son financement ?

Oui, j’y crois. Elle se fera forcément. L’Occitanie y tient et est très engagée en ce sens. Elle veut absolument que ce projet se concrétise. Sur la poursuite de la LGV vers l’Espagne, en revanche, c’est plus compliqué. Alain Rousset, le président de la Région Nouvelle-Aquitaine, n’a pas de majorité pour engager sa collectivité sur son financement. Il a d’ailleurs retiré le dossier de l’ordre du jour du Conseil régional. Les élus écologistes se sont découverts anti-LGV, ce qui est quand même paradoxal.

« Bordeaux a de multiples atouts – le cadre de vie, l’aéroport, les autoroutes… – et plusieurs filières d’excellence »

 » Sud Ouest  » : En dix ans, le coût de l’immobilier a grimpé de 44 %. Comment tentez-vous d’endiguer ce phénomène qui préoccupe les Bordelais ?

Alain Juppé : Ces inquiétudes de certains, qui disent que nous en faisons trop, m’amusent un peu. Les gens voient toujours le verre à moitié vide. Il faut être audacieux. Cela fait désormais dix ans que nous préparons l’arrivée de la LGV et que j’ai obtenu l’Opération d’intérêt national Euratlantique. Le marché immobilier est en tension et nous devons nous adapter. C’est pourquoi nous développons l’offre de logements. Sur les opérations Garonne-Eiffel et Saint-Jean/Belcier, nous avons 15 000 logements dans les cartons, auxquels il faut ajouter l’opération  » 50 000 logements  » dans la métropole, près des axes de transport en commun. Ceci étant, nous restons très compétitifs en termes de prix par rapport à l’Ile-de-France et Lyon.

Justement, les nouveaux quartiers, Ginko et Bassins à flot, sont très critiqués, quant à la qualité du bâti… Vous verrez, les Bassins à flot, ce sera une très belle réussite, avec ce plan d’eau magnifique tout autour. Pour l’heure, c’est moins évident comme nous sommes encore dans une période de travaux, de chantier.

Quant à Ginko, le quartier est jugé trop dense, mais c’est un choix délibéré. On ne peut reprocher à la métropole d’être la caricature de l’étalement urbain et de densifier l’habitat aujourd’hui ! La métropole est encore constituée de 50 % d’espaces naturels. Il faut densifier, tout en recherchant le point d’équilibre.

En ce qui concerne la qualité du bâti, certes, à Ginko, un balcon s’est effondré. J’ai demandé à Bouygues d’être à la hauteur de sa réputation. De façon générale, il y a des malfaçons sur tous les chantiers. C’est un problème de qualité de la construction dû au fait que les promoteurs font de la surenchère sur le foncier et se récupèrent derrière sur le bâti. Pour y voir clair, je vais lancer une enquête de satisfaction auprès des habitants du quartier.

Aux Bassins à flot, où il y a 70 % de produits de défiscalisation, n’y a-t-il pas un risque de bulle immobilière ?

Vous avez vu ce qu’il s’est passé lorsque Cécile Duflot, alors ministre du Logement, a sabordé la défiscalisation. La construction s’est effondrée en France. On ne peut pas vouloir tout et son contraire. Ce quartier a attiré beaucoup d’investisseurs, mais ces logements sont loués. Pour l’instant, il n’y a pas de bulle immobilière à Bordeaux. Nous n’avons pas de stocks de bureaux qui restent sur le marché. Même chose pour les logements.

Par ailleurs, l’accroissement de la population pourrait augmenter les problèmes de circulation sur la rocade. Regrettez-vous l’échec du grand contournement ?

Non, mais il faudra le reprendre, sous une forme différente. J’ai relancé une idée, celle des barreaux inter-autoroutes, qui permettraient d’éviter que les camions ne se retrouvent sur la rocade. Cela suppose de les faire passer par des routes départementales. Le maire de La Brède m’a déjà signifié qu’il n’en était pas question sur sa commune. En tout cas, au-delà de la mise à 2 X 3 voies de la rocade bordelaise, qui s’achève, sur les 3 milliards d’euros d’investissement de la Métropole au cours de cette mandature, la moitié sera consacrée aux transports, avec la ligne D de tramway, la future liaison vers l’aéroport, des bus à haut niveau de service (BHNS) entre Saint-Aubin-de-Médoc et la gare de Bordeaux… Huit nouvelles lignes de transport arrivent dans les dix ans à venir. Nous avons un plan cohérent, ambitieux, à la hauteur des enjeux.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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