Blog Notes d'Alain Juppé

Discours d’Alain Juppé à La Baule

Publié le 09/09/2014 par Alain Juppé

Alain Juppé participait samedi 6 septembre à La Baule au Campus 2014, grand rassemblement, réunissant les élus locaux de Loire-Atlantique et de Bretagne, de nombreux militants et sympathisants.

Retrouvez ci-dessous le discours d’Alain Juppé.  

« Je suis très heureux de participer à ce Campus 2014 à La Baule. C’est un beau rassemblement. Je salue en particulier les élus locaux, les parlementaires, les militants et les sympathisants, les jeunes évidemment.

Je ne vous parlerai pas du Président de la République, du Premier ministre, du Gouvernement, de la « majorité » parlementaire. Il suffit d’un mot pour résumer la situation : un naufrage. Nous assistons au bout de deux ans à un véritable naufrage du pouvoir socialiste.

Je ne m’en réjouis pas parce que c’est le pays qui en souffre. Je pense même aux françaises et aux français qui ont voté pour François Hollande il y a deux ans. Je comprends leur terrible déception et leur profond désarroi. Il ne faudra pas les oublier.

Et nous, qu’avons-nous fait depuis deux ans?

Je veux le dire franchement : pas que du bon ! L’UMP a été dans la tourmente. Nous avons, à certains moments, donné un spectacle pitoyable avec des querelles internes.

Nous commençons à en sortir. Je suis heureux de participer au travail de redressement au sein du collège que nous avons constitué avec Jean-Pierre Raffarin, François Fillon et l’aide très efficace de Luc Chatel.

Nous avons remis l’UMP en ordre de fonctionnement. Nous avons engagé un programme d’économies. Nous avons surtout une feuille de route. Notre tâche c’est de réussir le grand rendez-vous donné aux militantes et aux militants fin novembre pour l’élection du futur Président de notre Mouvement. Il faut que cette élection soit incontestable. Nous avons fixé des règles précises. La Haute Autorité surveille très attentivement l’organisation de cette élection. Elle doit être totalement transparente. De façon à ce que celui qui sera élu puisse redonner à notre Mouvement tout l’élan et tout le souffle nécessaire.

Certains candidats se sont déjà déclarés : Hervé Mariton, Bruno Le Maire, des hommes de qualité. Et Nicolas Sarkozy.

Pour ma part je serai attentif à deux engagements que selon moi devront prendre les candidats et le Président élu :

– Tout d’abord ; créer une ligne de large rassemblement de la droite forte, populaire, sociale mais aussi avec le centre. L’UMP doit contribuer à ce large rassemblement.

– S’engager à participer à l’organisation de véritables primaires ouvertes, pour désigner le moment venu notre champion pour 2017. C’est inscrit dans nos statuts. C’est une attente de nos concitoyens qui n’ont pas envies que tout se décide à Paris.

L’organisation de primaires ouvertes est devenu un impératif absolu avec la percée du Front national. Si nous allons au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 avec une pluralité de candidats de la droite et du centre, le pire n’est pas à exclure. C’est cela qu’il faut éviter. C’est pour cela qu’il faut organiser ces primaires ouvertes.

Sur la percée du Front national, je veux dire que la nature politique a horreur du vide.

L’effondrement de la gauche et le relatif effacement de la droite et du centre, c’est un appel d’air pour le Front national.

Je veux exprimer ma détermination farouche, largement partagée, à combattre le Front national. D’abord en tant que Gaulliste, j’éprouve une allergie totale pour les références idéologiques, l’histoire, la culture de ce parti viscéralement anti-gaulliste.

Je ne veux pas de la France barricadée que nous propose le Front national. Cela nécessite une mobilisation de toutes nos énergies.

Je ne veux pas d’une France qui quitte l’euro et contribue ainsi à la destruction de l’Europe, que nous avons construite depuis plus de 50 ans.

Je ne veux pas d’une France protectionniste. 

Je ne veux pas d’une France qui a peur des autres, de l’étranger et qui se replie sur elle. C’est contraire à son histoire.

Je ne veux pas d’une France qui a peur de la mondialisation, qui a peur du monde, alors que c’est un formidable progrès que de s’ouvrir sur les autres.

Ca serait un terrible retour en arrière.

Regardons de plus près les sondages. Au deuxième tour, à part Monsieur Hollande, tout le monde écrase Madame Le Pen. Ce qui veut bien dire qu’il n’y a pas d’adhésion véritable à ce qu’elle représente.

Le moment est venu de construire une alternative de nature à convaincre les Français. Nous y avons travaillés. Nous sommes prêts.

Je vous recommande la lecture d’un livre intitulé « Les 12 travaux de l’opposition » qui réunit des responsables de notre Mouvement : Benoist Apparu, François Baroin, Xavier Bertrand, Jean-François Copé, François Fillon, Brice Hortefeux, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Valérie Pécresse, Jean-Pierre Raffarin, Laurent Wauquiez et moi-même. 12 chapitres pour ouvrir les voies de l’avenir. 

Nous devons définir une méthode.

Je ne crois pas aux ruptures tonitruantes. Je crois aux réformes raisonnées et biens préparées.

Pour cela, il faut apaiser les conflits inutiles dans notre pays, éviter les controverses qui ne correspondent en rien aux attentes des françaises et des français. Pourquoi relancer aujourd’hui le début sur le vote des étrangers ? Pourquoi, au-delà du mariage pour tous, remettre en cause la parentalité ? Un enfant, c’est un père et une mère. Pourquoi nous engager sur la PMA et la GPA ? Laissons ces débats de côté pour apaiser le débat national.

Cherchons à rassembler.

Il faut un cap.

Nos compatriotes attendent de la continuité et de la visibilité.

Il faut surtout du fond, c’est l’essentiel. Je veux évoquer 4 grandes priorités qui constituent pour moi autant d’objectifs prioritaires.

1. Il faut renouer avec la croissance. 

Sans croissance, nous n’atteindrons aucuns objectifs fixés et notamment le rétablissement des comptes publics. Nous ne pouvons pas continuer à nous endetter année après année.

La croissance ne se décrète pas. Il faut créer les conditions d’une nouvelle période de croissance, d’une période de nouvelle croissance. 

La croissance c’est d’abord la compétitivité de nos entreprises. La France a besoin d’une grande cure de liberté pour tous ceux qui entreprennent : un programme d’allègement du fardeau des charges, alléger les normes et les codes, rénover nos filières de formation professionnelle.

Nous devons explorer des chemins nouveaux pour la croissance alliant sobriété et innovation. Cette nouvelle croissance doit être différente, plus sobre des ressources rares (l’eau, l’énergie, la terre). C’est une perspective dont il ne faut pas avoir peur.

Cette croissance doit aussi se fonder sur l’innovation qui peut apporter des réponses aux défis qui sont devant nous. Nous ne connaissons pas 50 à 60% des emplois qui seront imaginés demain dans des filières nouvelles du fait notamment du développement des filières de l’information et de la communication.

2. Il faut réhabiliter l’Europe. 

L’Europe a été fragilisée. J’ai souffert pendant la dernière campagne européenne. Je suis plus partisan que jamais de l’Europe. Mais, je veux dire aussi qu’il y a des choses à changer profondément dans les finalités et l’organisation de l’Europe.

La France doit participer activement à la restructuration de l’Europe. 

Tout passera par une nouvelle alliance entre la France et l’Allemagne. Il faut un nouveau pacte fondateur ce qui suppose que la France puisse à nouveau dialoguer d’égal à égal avec l’Allemagne.

Je crois à une organisation plus souple avec moins de normes. Une Europe de l’essentiel et non pas du détail. L’Europe doit aller à l’essentiel qu’elle ne produise pas cet excès de normes comme c’est le cas aujourd’hui.

La réhabilitation de la construction européenne est un enjeu essentiel.

3. Nous devons remettre à plat notre système éducatif.

Nos écoles, nos universités fabriquent de belles élites. Nous avons par exemple la première école mathématique du monde. Nous gagnons des Prix Nobel de Mathématiques. Mais de l’autre côté, 150 000 jeunes sortent du secondaire sans formation.

Le bon fonctionnement du système éducatif conditionne tout. Il conditionne nos succès économiques et notre cohésion sociale par une véritable égalité des chances qui ne soit pas simplement un discours.

Il faut par exemple plus de responsabilités sur les acteurs locaux, de terrain. Je pense aux proviseurs et directeurs dans les collèges, les lycées. Le boulot de ces acteurs engagés est exceptionnel. Je pense à un reportage sur un collège de la région parisienne où le proviseur s’était totalement impliqué « dans le boulot de sa boutique ».

Il faut aller vers l’individualisation du parcours des enfants. Cette idée du collège unique est une aberration. Je pense à une action concrète. Je suis allé, lors de la rentrée à Bordeaux, au collège Clisthène où on innove, on expérimente la participation active des jeunes. L’équipe mène un travail remarquable.

Je crois à la révolution pédagogique par le numérique. A Bordeaux, j’ai équipé toutes les classes élémentaires de tableaux numériques interactifs. Nous passons maintenant aux tablettes individuelles fabriquées par une entreprise bordelaise, soutenue par le Programme des investissements d’avenir.

4. Il faut restaurer la confiance des Français dans l’Etat, seul garant de la cohésion républicaine. 

Pour cela, il faut garantir à nos compatriotes la sécurité au quotidien. Sans sécurité il n’y a pas de liberté concrète. La sécurité est la première des libertés. Le recul de la délinquance est possible. Pour cela, il faut renouer avec une politique pénale efficace.

Le principal défi : la lutte de chaque instant contre le terrorisme. 

Le dijhadisme : voila l’ennemi!

L’Etat garant de la cohésion nationale. J’ai rédigé dans le livre « Les 12 travaux de l’opposition » le chapitre qui s’intitule « L’identité heureuse ». Les Français s’interrogent sur le devenir de leur pays. Quelle France allons-nous transmettre à nos enfants ? La France n’est-elle pas en train de perdre son âme ?

Nous devons aborder ces questions avec le sens des responsabilités. Nous devons avoir une politique de l’immigration claire : lutte contre l’immigration clandestine tant au niveau français qu’au niveau européen, encadrement de l’immigration économique, encadrement du regroupement familial, réforme du droit d’asile, mise en œuvre des obligations quand elles sont sur le papier (les fameuses obligations de quitter le territoire, qui restent malheureusement très théoriques).

Mais il faut le dire : l’immigration 0 n’existe pas. Nous avons besoin d’être ouvert aux étudiants étrangers et de compléter nos besoins de mains d’œuvre. Pour cela, il faut savoir intégrer les nouveaux arrivants. Nous devons lutter contre toutes formes de discriminations. C’est un grand défi.

« Une société unie n’est pas une société sans différences, mais une société sans frontières intérieures. » disait Olivier Guichard, maire illustre de La Baule et grand serviteur de l’Etat.

Voilà quelques-unes de mes idées prioritaires.

Il faut du professionnalisme et pas de l’amateurisme.

Et vous, Jeunes Populaires, jeunes de France, dans tout cela quel sera votre rôle ?

Je le dis sans démagogie. Votre rôle est central. En vérité, tout va dépendre de vous !

Parce que vous avez le temps. Parce que vous n’êtes pas prisonnier des idées reçues.

La première idée reçue serait que la France est condamnée au déclin. C’est faux. 

Battez-vous contre cette morosité ambiante.

Soyez des propagateurs de confiance, des virus d’optimisme.

La France est un pays magnifique, qui a tous les atouts pour se redresser : une démographie positive, une épargne abondante, des infrastructures de qualité, une attractivité touristique incroyable, un système universitaire avec des filières d’excellence, des entreprises mondiales. La France est la 5ème puissance économique du monde.

Soyez convaincus des atouts de la France et dites-le !

La deuxième idée reçue : la croissance en Europe, c’est fini ! 

Méfions-nous des prévisions de spécialistes. Heureusement, ils ne sont pas d’accord entre eux.

Soyez des têtes chercheuses de l’innovation, des innovations de toute nature qui sont porteuses de croissance et d’emplois : les innovations économiques, techniques et scientifiques, managériales, environnementales, sociales et sociétales. 

L’innovation à tous les niveaux. Nous avons eu raison de faire le grand emprunt et le programme des investissements d’avenir. Il faut aller plus loin : vers un programme d’investissement d’avenir européen.

L’innovation vient aussi du terrain. Je crois aux multiples initiatives locales que portent nos concitoyens. C’est pourquoi j’ai souhaité transformer le CODES à Bordeaux (conseil de développement économique et social) en un véritable « do thank » appelé le F.I.B pour Forum des innovations bordelaises, chargé de détecter systématiquement  toutes les innovations qui émergent de la base. Je vous invite d’ailleurs à regarder l’appel d’Alexandre Jardin : Bleu Blanc Zèbres. 

L’innovation vient aussi d’ailleurs. Voilà pourquoi la vision de la France barricadée que j’ai évoquée en parlant du FN est un terrible contre-sens historique.

Vous vous demandez parfois s’il faut quitter la France pour tenter votre chance et votre vie sur des terres plus dynamiques. N’ayez pas peur. Allez voir ce qui se passe dans le vaste monde.

Et puis revenez, revenez chez vous, sur votre terre, pour faire profiter notre pays de votre expérience et de votre confiance :

Confiance en vous,

Confiance en l’avenir,

Confiance dans la France. 

A La Rochelle, on a entendu « Vive la Gauche ».

A La Baule, proclamons « Vive la France ».

Alain Juppé

 


Évènements : Evénement : Campus UMP par LCP

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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