Blog Notes d'Alain Juppé

Entretien dans Le Figaro Magazine

Publié le 30/01/2015 par Alain Juppé

Deux jours après son déplacement, mercredi 28 janvier, en Saône-et-Loire, Alain Juppé répond aux questions du Figaro Magazine. Il dévoile ses premières pistes de travail, qui nourriront son futur projet pour 2017, s’il est désigné candidat à la primaire ouverte de l’UMP. Extraits.

unnamedFaut-il craindre une contagion d’euroscepticisme après la victoire de Syriza en Grèce?

Il ne faut jamais craindre que les peuples s’expriment. C’est à nous, hommes et femmes politiques, de les convaincre de l’absolue nécessité du renforcement de l’idéal européen, particulièrement en ces temps troublés. Je me battrai sans relâche pour cela. Et l’Union européenne, de son côté, doit faire preuve de davantage de pédagogie et de transparence.

Que pensez-vous de l’utilisation du mot «apartheid» prononcé par Manuel Valls?

Elle me paraît inadéquate et même fâcheuse. L’apartheid, en Afrique du Sud, était une politique officielle et une législation qui séparaient les populations d’un même pays en raison de la couleur de leur peau. Il n’existe rien de tel en France. En revanche, notre société souffre de discriminations et d’inégalités qu’il faut combattre. Mais, au prétexte d’attirer l’attention, il ne faut pas tout mélanger.

Comment faut-il réagir face à ces jeunes qui, dans les écoles, ont valorisé ces crimes et refusé de participer à une minute de silence?

Par la fermeté, mais aussi par la pédagogie. Il faut être intraitable sur le respect de la loi qui sanctionne le racisme et l’antisémitisme, ainsi que sur le respect des symboles de la République. Mais la répression ne suffit pas. Il faut aussi parler, dialoguer, pour essayer de comprendre et de convaincre. Les enseignants sont en première ligne. Leur tâche est redoutablement difficile. Nous avons le devoir de les soutenir et de les accompagner. J’ai depuis longtemps la conviction que la vraie réforme de l’Éducation nationale, c’est la bonne gestion des ressources humaines de cet énorme ministère. Seuls des professeurs bien formés, mieux considérés, y compris sur le plan matériel, mieux accompagnés dans leur déroulement de carrière, plus impliqués dans la vie collective des établissements, pourront relever le défi. Les familles ont aussi un rôle essentiel à jouer et doivent être mises devant leurs responsabilités. Beaucoup sont désemparées. Il faut les associer à l’effort commun.

Tous ces événements ne remettent-ils pas en question le concept d’identité heureuse que vous avez développé?

J’espère bien que non! Ce serait terrible de renoncer à l’objectif de vivre ensemble dans l’harmonie! Quelle serait l’alternative? Le conflit? La guerre civile? Qu’on m’entende bien. La France s’est construite, au fil de sa longue histoire, par des apports successifs. Sa diversité est sa richesse. Ignorer nos différences en voulant rendre tout le monde semblable à tout le monde, ce qui est l’étymologie même du mot assimilation, est un non-sens. Mais la diversité n’est vivable que si elle va de pair avec un fort sentiment, une volonté affirmée d’unité nationale. Unité autour des biens communs que constituent la République, ses symboles, l’hymne national, le drapeau, et bien sûr nos valeurs, y compris la laïcité et l’égalité des femmes et des hommes.

Comprenez-vous la défiance, voire le rejet de certains envers l’islam?

Je comprends l’inquiétude. L’accueil de nouveaux arrivants n’a jamais été facile. Il y a un siècle, les Italiens étaient traités de «Ritals» ou les Polonais de «Polacks». Aujourd’hui, les choses se durcissent à cause de la crise: lorsque nos enfants ont du mal à trouver du travail, nous sommes naturellement plus réticents à la concurrence d’une main-d’œuvre venue d’ailleurs. Et puis, pour parler, il était plus facile d’intégrer un Portugais ou un Espagnol qu’un Pakistanais ou un Erythréen. Cela pose la question de l’islam. Il ne faut pas céder à la tentation de l’amalgame entre un islam de France respectueux des valeurs républicaines et un fanatisme islamiste d’un autre âge. Je vois bien que cette tentation est forte chez certains.

Que leur répondez-vous?

Qu’il faut distinguer entre ceux qui acceptent nos valeurs et nos lois, que nous sommes prêts à accueillir, et qui, pour beaucoup, sont français, je le rappelle ; puis ceux qui refusent et violent ces valeurs et ces lois, qu’il faut combattre avec énergie et éloigner de notre sol. C’est un combat considérable, qui nous concerne, mais qui concerne toute l’Europe. Il faut le mener dans un esprit de dialogue avec les forces qui, au sein même de l’islam, veulent s’engager en ce sens. Le dialogue inter-religieux est incontournable. Les initiatives que les maires prennent dans leurs communes doivent être encouragées. Je le fais à Bordeaux. Il ne faut pas pour autant hésiter à dire à nos compatriotes musulmans que, si la République a le devoir d’assurer leur sécurité, ils ont aussi des devoirs envers la République. Le Conseil français du culte musulman, qui est une bonne initiative de Nicolas Sarkozy, ne marche pas bien ; il faut le réformer pour qu’il joue mieux son rôle, par exemple dans la formation des imams.

Donc, être plus ferme sur l’immigration.

Il faut une politique de l’immigration mieux coordonnée au niveau européen et extrêmement déterminée sur le contrôle des frontières. Aujourd’hui, ce contrôle n’est pas efficace, faute de moyens donnés à l’agence censée l’exercer, Frontex. Il faut aussi réformer le droit d’asile, qui est détourné de son sens pour dissimuler une immigration économique. Il faut réduire drastiquement les délais d’instruction et de décision, aujourd’hui de deux ans en moyenne. Il faut une harmonisation des politiques européennes dans ce domaine. Il faut enfin améliorer l’effectivité des reconduites à la frontière qui, actuellement, restent souvent virtuelles.

Faut-il instaurer des quotas, comme le préconise François Fillon?

Je préconise depuis longtemps des quotas annuels votés par le Parlement. Le montant doit être justement fixé annuellement en fonction des besoins réels. Le Canada le fait, comme bien d’autres pays, et cela ne suscite pas de débat idéologique.

Mais aujourd’hui, le problème, c’est davantage l’immigration familiale.

Elle est encadrée et doit le rester. Les moyens conférés aux maires pour contrôler les demandes de regroupement familial doivent être renforcés, en particulier quant au respect des valeurs républicaines. Cette vérification doit être systématique. La famille doit s’inscrire pleinement dans une démarche d’intégration: le respect du contrat d’accueil et d’intégration conclu à son arrivée doit être une condition du renouvellement du titre de séjour.

Faut-il revoir l’attribution des allocations?

Il y a des fraudes qu’il faut combattre énergiquement. Il y a aussi des dérives qui choquent profondément nos concitoyens, notamment ceux qui travaillent dur pour de petits salaires et n’acceptent plus les abus de l’assistanat. Je l’ai dénoncé pour l’aide médicale d’Etat (AME) dont bénéficient les étrangers en situation irrégulière dans des conditions laxistes. Ce qui me choque le plus, c’est de voir un travailleur français qui paye ses cotisations payer plus qu’un étranger en situation irrégulière qui fait du tourisme médical. Ce genre d’inégalités, d’injustices, explique une partie de l’exaspération de nos concitoyens. Il faut recadrer le système.

Interview intégrale à lire dans «Le Figaro Magazine» des vendredi 30 et samedi 31 janvier et sur l’édition abonnés.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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