Blog Notes d'Alain Juppé

« La Réunion et Mayotte, terres françaises de l’océan Indien »

Publié le 21/12/2015 par Alain Juppé

Alain Juppé, candidat aux primaires ouvertes pour 2017, en visite dans l’océan Indien, à Mayotte dimanche 20 décembre et à La Réunion du lundi 21 au mercredi 23, s’est entretenu avec le Quotidien de la Réunion.

En quoi vos visites à Mayotte puis à La Réunion marquent-elles un tournant dans la campagne pour les primaires des Républicains ?

AJ – J’ai fait le choix d’une campagne sur le terrain, pour préparer la primaire, non pas des Républicains, mais de la droite et du centre, même si j’ai toujours dit que je la mettrai entre parenthèses pendant celle des régionales. Je veux rencontrer les Français de tous les territoires et construire mon projet avec eux. C’est dans cet esprit que je viens aujourd’hui à la Réunion et à Mayotte, terres françaises de l’océan Indien où vivent plus d’un million de Français et que je me rendrai dans les prochains mois dans les autres collectivités d’outre-mer.

Cette campagne ne risque-t-elle pas d’affaiblir votre parti en accentuant les divisions entre ses leaders ?

– Au contraire, elle est vitale pour éviter une pluralité de candidatures qui serait mortifère. La dynamique d’une primaire ouverte, comme c’est le cas aujourd’hui, permet de panser les blessures liées à des affrontements internes en confiant la décision aux électeurs ; elle permet aussi de tendre la main à nos partenaires naturels et de créer le climat de confiance nécessaire à l’action qui viendra ensuite. C’est la primaire de l’avenir.

«Le peuple de droite et du centre tranchera »

Ce processus d’inspiration socialiste n’est-il pas en décalage pour la droite où le culte du chef est plus fort ? Êtes-vous sûr qu’il arrivera à son terme ?

– Où est-il écrit que voter n’est pas dans l’ADN de la droite ? Le principe de ces primaires est inscrit dans nos statuts, massivement ratifiés par nos adhérents. Leur esprit est en harmonie avec la culture d’une démocratie nouvelle qui se développe sur le terrain. Elles se sont imposées, peu à peu, à chaque niveau de la vie politique et dans l’ensemble de ses forces. Je vous rappelle que l’idée d’une primaire ouverte a été émise pour la première fois en 1990 par Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur…

Elle a ensuite été reprise par la gauche, à la suite de la défaite de 2007. Elle doit bien évidemment être totalement transparente et suffisamment large pour prendre toute sa signification. Nous mettons tout en œuvre dans ce but et pour qu’elle arrive à son terme.

Qu’est-ce qui vous différencie de Nicolas Sarkozy ? En quoi estimez-vous être meilleur rassembleur que lui ?

– Les candidats à la primaire appartiendront à la même famille politique, celle de la droite et du centre. Sur bien des points, nous nous rejoindrons sans doute. Sur d’autres, il y aura des différences. Et nos personnalités aussi, notre style, différeront. Le peuple de droite et du centre tranchera.

Comment pourriez-vous être un meilleur rempart que lui contre la montée du Front national ?

– Je combats le FN en m’attaquant fermement à ses idées qui sont dangereuses pour la France, en essayant de démontrer l’inanité de son programme. Ce n’est pas en lui courant après, dans une surenchère verbale, que nous le combattrons : les résultats des derniers scrutins le démontrent. Ensuite, je veux rassembler, réunir nos forces et proposer avec elles, un projet clair et porteur d’espoir… que j’appliquerai !

« Rencontres impromptues »

Dans le contexte politique réunionnais bien différent de celui de la métropole, envisagez-vous de mener campagne auprès des responsables du LPA (La Politique Autrement) – Modem de Thierry Robert alors que ce dernier vient de s’allier à la gauche pour combattre la liste de Didier Robert, soutenue par Les Républicains ?

– Avant tout, je tiens à saluer la belle victoire de la liste d’union conduite par Didier Robert. Je ne viens pas à La Réunion pour mener une campagne auprès de responsables politiques, ni pour constituer une alliance entre mouvements politiques. Je viens à la rencontre des Réunionnaises et des Réunionnais, à un moment particulièrement sensible pour notre pays. C’est le sens de mon déplacement comme de ceux que j’effectue dans tous les territoires de France depuis plusieurs mois : je crois dans l’intelligence des territoires, dans leur capacité d’initiative, dans leur force de rebond face aux crises que nous affrontons. Ne comptez pas sur moi pour jouer à la goyave de France.

Qui avez-vous prévu de rencontrer sur notre île ? Qui sont vos plus sûrs soutiens ici?

– Je souhaite aller à la rencontre des Réunionnaises et des Réunionnais. C’est pourquoi mon déplacement prévoit de nombreux moments d’écoute et d’échange avec la société réunionnaise : élus, entrepreneurs, acteurs de la vie locale, du monde associatif. Et, bien sûr, j’espère aussi faire des rencontres impromptues, lors de visites d’entreprises ou de quartiers. Et je vais bien sûr consacrer du temps à mes amis, Margie Sudre, qui préside mon comité de soutien, Didier Robert, Michel Fontaine, Nassimah Dindar, Jean-Paul Virapoullé, Joseph Sinimalé ; mais je ne peux tous les citer ici.

Didier Robert, l’homme fort de la droite locale, annonce qu’il demandera aux Républicains d’accepter sa proposition forte de division par deux des charges sociales et de ramener à seulement 15 % l’impôt sur les sociétés de La Réunion. Vous, aux affaires en 2017, seriez-vous en mesure de concrétiser cette « super-défiscalisation » outre-mer ?

– Au cœur de notre pacte républicain, il y a la solidarité entre les territoires, en quelque sorte, la fraternité appliquée aux composantes de notre pays. Demander le maintien de dispositifs d’aides spécifiques aux outre-mer, dérogatoires même dans certains cas, ne me trouble pas. Au contraire, j’ai la conviction que les projets d’un territoire sont plus efficaces, ont plus de chances de succès que des bonnes pratiques décrétées depuis Paris ; la puissance de l’électronique et la vitesse des réseaux n’y changeront rien.

Tirons aussi les conséquences des pouvoirs des collectivités : la région a une responsabilité première en matière de développement économique. Il faut donc entendre ces projets et assurer la cohérence des politiques publiques, en particulier fiscales pour trouver la juste compensation des difficultés rencontrées par les chefs d’entreprises.

« Un engagement collectif » contre le chômage

Pensez-vous d’ailleurs que La Réunion puisse continuer à revendiquer un « effort de rattrapage » de la part de la nation et continuer à bénéficier de « privilèges»; surrémunération des fonctionnaires et défiscalisation, qui sont la cible des « chasseurs de niches » à chaque examen du budget ?

– Qui peut contester la réalité de La Réunion et la réalité de ses difficultés : le niveau de richesse par habitant, plus faible que l’Hexagone, le niveau de chômage, insupportable, le mal-logement, l’échec scolaire ? Y a-t-il là des privilèges ? Quel autre territoire, quel élu serait volontaire pour en bénéficier ? Les outre-mers font face à des difficultés propres et la possibilité d’apporter des réponses adaptées, hétérogènes j’oserais dire, est reconnue par la Constitution comme par les traités européens. N’ajoutons pas aux difficultés des outre-mers français l’humiliation de devoir les rappeler constamment.

Mais, derrière ce débat autour des niches ou de la vision comptable des outre-mers, je perçois surtout une profonde méconnaissance de nos territoires et de leurs forces : la jeunesse de La Réunion, le goût d’entreprendre, l’esprit d’innovation, la capacité à rayonner dans un environnement régional, l’océan Indien, qui a un fort dynamisme économique… Ce sont ces richesses, ces forces que nous devons aussi soutenir de manière adaptée. Sans ignorer leurs difficultés, il faut avoir une vision plus positive du formidable potentiel de nos outre-mers.

Que proposeriez-vous pour lutter contre le taux de chô- mage «hors norme» à 30% de La Réunion ?

– Ni miracle, ni résignation, mais un engagement collectif de tous les acteurs, au premier rang desquels les collectivités et le monde de l’entreprise pour faire face à cette urgence et à ce drame et la réaffirmation d’une responsabilité propre de l’Etat. Je crois aux initiatives des territoires, je crois aussi à la démultiplication des solutions : celles qui passent par l’accompagnement des projets des entreprises, celles qui passent par l’accompagnement des demandeurs d’emploi, ici sur les bas- sins d’emploi de La Réunion et je sais le travail considérable accompli par le service public de l’emploi mais aussi dans l’Hexagone et sur d’autres marchés du travail, celles qui pas- sent aussi par le secteur de l’économie sociale et solidaire, de plus en plus à la pointe des innovations, par exemple autour de l’économie circulaire.

Et je n’oublie pas le rôle des associations dans l’inclusion sociale des personnes en recherche d’emploi, notamment ces associations d’éducation populaire qui ont tant contribué au développement de La Réunion. L’éducation pour lutter contre l’illettrisme, la formation pour répondre aux besoins du marché du travail, l’innovation pour créer les emplois de demain et la mobilité pour s’ouvrir au monde sont des pistes de travail qu’il faut explorer de manière pragmatique.

Propos recueillis par Franck CELLIER pour le Quotidien de la Réunion (20/12/2015)

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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