Blog Notes d'Alain Juppé

Faux débat

Publié le 07/04/2005 par Alain Juppé

J’ai lu, il y a quelques jours, un intéressant article de plusieurs grands savants français lançant un appel solennel pour que priorité absolue soit donnée à la recherche fondamentale dans le projet de loi que prépare le gouvernement.
Aujourd’hui, je lis un passionnant rapport du Conseil d’analyse économique sur la désindustrialisation et les délocalisations qui frappent notre pays. Parmi ses causes : un effort très insuffisant en faveur de la recherche appliquée et de l’innovation, un lien trop lâche entre recherche et industrie.
Je me demande s’il n’y a pas là un des ces faux débats dont la France a le secret.
Il me semble évident qu’il faut soutenir la recherche fondamentale qui, comme son nom l’indique, est le fondement de tout le reste.
Mais si nous ne stimulons pas les applications industrielles de la recherche et le processus global d’innovation dans l’économie et la société française, nous risquons de continuer à décrocher dans la mondialisation et à nous condamner à devenir un pays à croissance molle, vivant de services à faible productivité. Nous avons déjà pris beaucoup de retard dans le secteur des technologies de l’information et de la communication. Et alors, nous n’aurons sans doute plus les moyens de financer comme il convient notre recherche fondamentale!
On me dira : il faut choisir, la France ne peut tout faire. Je crois que ,dans le domaine de la recherche, il faut tout faire: recherche fondamentale, recherche appliquée, innovation. C’est une condition de survie nationale et européenne.
07/04/05

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10 commentaires pour « Faux débat »
  • alain robbé
    Le 10 Avril 2005 à 22 h 11 min
    Je trouve que votre réflexion M. Juppé n'est pas très loyale : Il ne s'agit pas pour la communauté des chercheurs de négliger la partie qui concerne l'application de leurs découvertes, mais de rappeler qu'il ne peut y avoir "d'applications" s'il n'y a pas de recherche fondamentale efficace, ou au moins qui fonctionne !...

    Puisque nous sommes tous d'accord pour dire que sans recherche fondamentale il n'y a pas de présence sur le "Marché", alors accordons aux chercheurs le droit de réclamer davantage d'attention pour cette recherche fondamentale!

    Votre manière de traiter ce problème majeur pour notre pays, de façon aussi simpliste, est alarmante, car nous sommes en droit d'attendre un peu plus de profondeur de la part d'un esprit comme le votre.

    Par exemple, vous pourriez être très pertinent en dénonçant certains paramètres sclérosants de la recherche française, comme la non-reconnaissance de l'inventivité et de l'originalité des jeunes chercheurs, qui doivent supporter de voir leurs découvertes signées par d'autres individus... La muselière est mise sur le dynamisme au profit de gens qui "se sont fait une place et qui n'en bougeront plus jusqu'à la retraite"!

    Mais il y aurait tant à dire et à faire... Que ce petit texte que vous avez écrit donne vraiment le sentiment que vous êtes un peu loin des vrais problèmes...
    alain robbé
  • Armel de La Bourdonnaye
    Le 09 Avril 2005 à 23 h 35 min
    Bonsoir,

    Tant que l'on ne parle pas d'argent, on peut effectivement tout faire. Mais si l'on veut tout faire aussi que les USA, cela coûte le même prix, que l'on ne peut s'offrir. La (ou une) solution est de gérer et piloter la recherche au niveau européen.
    Deux considérations complémentaires :
    alors que les biotechnologies sont une priorité gouvernementale depuis 10 ans, les effectifs de chercheurs publics ont cru de 1% sur la période. Pendant ce temps les effectifs en sociologie ont cru de 15%. Pourquoi ? Eh bien l'orientation des recrutements est pilotée à l'université par la demande de cours des étudiants. Le désamour pour les sciences de la société se traduit donc directement en termes de recrutement. C'est une sorte de démocratie directe.
    - Les gros marchés à l'export sont surtout sur dans des domaines traditionnels comme la mécanique, les travaux publics, les réseaux, l'agro-alimentaire ...
    (de plus ce sont ces marchés qui sont en forte croissance notamment dans les pays comme la Chine ou l'Inde qui doivent faire face à une très forte urbanisation). Notre secteur de recherche n'est pas organisé pour supportert prioritairement ces secteurs industriels. Donc le couplage recherche - industrie ne peut qu'être défaillant.
    Armel de La Bourdonnaye
  • P Leclercq
    Le 08 Avril 2005 à 15 h 59 min
    Mr le premier ministre
    Cher alain

    Encore une foi, votre analyse est tout-a fait juste et pertinente !

    Et, je ne résiste donc pas au plaisir de prendre mon clavier sur ce sujet que j’ai un peu vécu. En effet j’ai passe 15 ans dans un centre de recherche et développement d’un grand constructeur en informatique et telecom.

    Dans ce centre, tous les ingénieurs et docteurs de la fac, commencent quasiment au même niveau.
    Sur chaque projet, qui est constitue par le développement et test d’un ordinateur de telecom, les ingénieurs développent une partie de la machine.
    Les plus performants sont reperee par le management suivant des critères de rapidité, qualité de leur travail et creativitee ( papiers publies et brevets ).

    Assez vite, au bout de qcq années, commencent a émerger certains, plus malins que les autres, qui ont sur leur mur de bureau des brevets accroches, noire des plateaux de brevets ( 1 plateau = 12 brevets = 2000 Euros de prime en plus sur le salaire normal)

    Au somment de la pyramide, ceux dont le mur est couvert de plateaux de brevets, peuvent suivant leur mérite être nomes ‘ fellow ‘ ce qui les autorise enfin a diriger eux même les sujets de leurs recherches avec un staff technique compose des ingénieurs qu’ils choisissent eux même …
    Mais bien sur en général ils cherchent dans une direction qui présente une piste une potentialité de développement majeur pour la compagnie avec bien sur des revenus importants a la clef a moyen terme , car si c’est la cas , ils peuvent espérer une forte prime ….

    La culture du résultat a court moyen et long terme est donc bien l’obsession de tous les acteurs du système. et on voit bien la pyramide avec 80 % des gens qui font juste du developement a court terme , 20 % qui développent et cherchent des méthodes , et 1 % qui sont autorises a été un peu déconnectes des réalises day to day pour diriger le navire …

    Les grandes entreprises ( Airbus, Renault ) travaillent en général complètement en interne a cause du secret industriel et ont les moyens de tout financer.

    Par contre, une petite PME, ne peut généralement pas se payer un labo de recherche et développement pour elle seule en France. Et le drame c’est que si elle frappe a la porte du CNRS sur un sujet ponctuel elle risque de trouver porte close ?
    Un ami, dirige sa PME ( leader sur son marche ) et voulait développer en partenariat avec une université francaise un algorithme de traitement du signal ( rien d’exceptionnel 6 mois de travail pour une personne ). Il n’a trouve que des portes fermes ( son argent était il sale ?) .
    Finalement, il a appelé des Universités aux USA, presque toutes ont un département compétent en traitement du signal, et voulaient signer avec lui !!!
    La recherche plus que tout autre domaine doit être minutieusement encadrée pour avoir une chance d’être productive. Pourquoi ne pas verser 1 euro d’aide publique que si 1 Euro est trouve en partenariat avec le prive.
    Il faut, bien sur, favoriser les sujets de recherche qui ont une chance de voir une application industrielle en France. Car sinon ça ne sert pas a grand chose. Encore une foi rassembler les énergies privées et public vers un même but commun !!!!

    Bravo quand même a Renault et Michelin pour le développement de leur dernière F1,qui vient de gagner les 3 premières courses du championnat.
    Comme quoi ensemble, on arrive a être performant dans un domaine de pointe qui touche l’aérodynamique, les matériaux , la motorisation etc etc …

    Des chercheurs qui cherchent on en trouve , mais des chercheurs qui trouvent , on en cherche !

    Bien a vous.
    P Leclercq
  • christophe husson
    Le 08 Avril 2005 à 09 h 15 min
    Cher Monsieur Juppé,
    Je viens de lire avec un intérêt certain vos commentaires sur la recherche intitulés "faux débat".
    Jeune ATER (Attaché Temporaire d'Enseignement et de Recherche) je suis accablé par le manque de vision de mes pères. La recherche fondamentale n'a de sens que si elle est fortement couplée avec une application industrielle. Cette idée était déjà développée par le Général de Gaulle !
    Votre vision, comme à son accoutumée, me rassure quant à mon (notre) avenir !

    christophe husson
  • Pierre van de Weghe
    Le 08 Avril 2005 à 06 h 59 min
    Je partage votre opinion quant à l'aspect faux débat entre recherche fondamentale et appliquée. L'une ne va pas sans l'autre. Et je ne crois pas que c'est la voie que voulais indiquer les auteurs de ce papier. Cependant, aujourd'hui, en France et dans bien d'autres pays d'Europe (il suffit de regarder les appels d'offres de l'UE) la priorité est donnée à la l'innovation (application) et non à la recherche. D'où un déséquilibre qui ,a terme et comme cela est bien montré dans l'article du Monde, peut conduire vers l'arrêt du "progrès" des connaissances au sein des pays de l'UE. Aujourd'hui les crédits récurrents des laboratoires et le faible nombre de financements de thèses (ou pour l'accueil de stagiaires post-doctoraux) ne donnent plus aujourd'hui à nos laboratoires les moyens d'être dans la compétition internationale. Lorsque nous décrochons un contrat avec l'industrie, ce qui suivant les disciplines n'est pas fréquent, nous gagnons certes de la marge de manoeuvre financière mais la thématique est très orientée vers "innovation- application".
    Pour ma part, j'ai toujours tendance à penser (et je vais me faire taper sur les doigts par certains collègues) que la recherche française manque plus de moyens financiers (et en particulier pour offrir des bourses de recherche aux doctorants potentiels) que de moyens en personnel permanent. Nos laboratoires ressemblent plus à des armées méxicaines, où il y a nombre de chercheurs titulaires (CNRS, Maitre de conférences etc) et peu, voire pas de thésard. L'abondance de l'un est une façon de masquer la pénurie de l'autre. Mais comparé aux autres systèmes académiques de recherche européen et mondial, notre système de recherche complexe et dual (universités versus grands organismes de recherche) n'offre plus la souplesse nécessaire à une recherche performante. Le déclin, s'il n'a déjà pas commencé, nous guette dans ce domaine. Et décliner en recherche signifie très rapidement d'aller vers un déclin dans les autres secteurs de l'activité économique. Loin des revendications partisannes, il est URGENT de se préoccuper VRAIMENT de la recherche académique en France.
    Pierre van de Weghe
  • Pierre-Yves R
    Le 08 Avril 2005 à 01 h 21 min
    Le retard français dans les technologies de l'information est en effet surprenant. Nos dirigeants, politiques et économiques, y accordent-ils suffisamment d'attention ?

    "L'informatique ne tient pas ses promesses", n'est-ce pas un peu court ? Ne peut-on déjà affirmer que l'Internet déclassera l'imprimerie en tant qu'invention majeure de l'humanité ?

    Heureusement, certains 'Christophe Collomb' voguent sur leurs blogs ! Que les vents leur soient favorables...
    Pierre-Yves R
  • Yves RICHARD
    Le 07 Avril 2005 à 21 h 51 min
    bonsoir,
    le problème dans notre pays est double
    1) les entreprises technologiques n'investissent pas (ou quasi) dans la recherche fondamentale (ni d'ailleurs dans la recherche appliquée si on veut un polémiquer un peu). Or bien sûr, c'est également leur rôle, au côté de l'Etat.
    2) les chercheurs en recherche fondamentale ne veulent surtout pas de l'argent "sale" des entreprises. Et attention, si l'Etat ne finance pas assez, ils s'en vont...aux Etats-Unis !
    ce ne sera pas facile d'arranger les choses pour la recherche dans ce contexte.
    Bien à vous
    Yves RICHARD
  • Christian de Lassus
    Le 07 Avril 2005 à 20 h 47 min
    Oui il faut investir aussi bien dans la recherche fondamentale que dans la recherche appliquee, mais a deux conditions, il me semble:
    - limiter drastiquement tout ce qui n'est pas recherche scientifique stricto sensu: Combien payons-nous de sociologues, psychologues ou autre politologues ?
    -defonctionnariser la recherche, en accordant des credits uniquement pour des etudes portant sur des themes precis avec jugement sur les resultats.

    Sinon nous continuerons a justifier la saillie du General de Gaulle : "on trouve des chercheurs mais on cherche des trouveurs."

    Avec ma haute consideration.
    Christian de Lassus
  • Olivier Lacroix
    Le 07 Avril 2005 à 18 h 03 min
    Bonjour,
    j'imagine que ces éminants savant sont spécialisés dans la recherche fondamentale.J'imagine que leurs "il faut donner la priorité à la recherche fondamentale n'étaient pas exculsifs dans leurs esprits".
    En effet il est impensable de dissocier recherche fondamentale et recherche appliquée (tout du moins s'agissant d'un projet politique) pour la simple raison que ces deux sont inter-dépendantes, l'une a besoin des rentrées financière de l'autre et l'autre a besoin d'un retour d'informations.
    La vrai question soulevée est celle des rapport que la société en général (l'industrie en particulier) entretiennent avec la recherche.
    Le vrai problème à résoudre est celui de la différence entre le temps du chercheur et celui du chef d'entreprise qui ne sont pas pareils. L'un veut un RSI à très court terme alors que l'autre peut passer sa vie à essayer de résoudre un problème.Le deuxième problème sous-jacent est celui des décideurs dans les entreprises suceptibles de mettre en oeuvre le fruit de la recherche fondamentale.La mode actuelle étant à la délocalisation, j'ai l'impression que nos chers patrons et décideurs se sont passé le mot pour ne consommer que ce qui marche aux Etats-Unis, la conséquence est la suivante : les décisions stratégiques sont prises indirectement aux USA et pas en France, c'est très grave.
    Olivier Lacroix
  • abdel boussadda
    Le 07 Avril 2005 à 17 h 22 min
    Je crois que,le OUI n'interesse pas seulement les français et les europeens mais aussi les pays du Maghreb,"d'une maniere indirecte".
    Si vous croyez que le Maghreb a besoin que les français disent OUI à la constitution,comment voyez vous l'avenir du Maghreb face à l'europe de OUI?
    abdel boussadda

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
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