Blog Notes d'Alain Juppé

France 2014

Publié le 30/12/2013 par Alain Juppé

France, mon pays, qu’ai-je envie de te souhaiter pour cette année qui va commencer?

Pour l’heure, tu n’as pas le moral. Si l’on en croit les enquêtes d’opinion dont on nous abreuve presque quotidiennement, tu ne vois pas l’avenir en rose. Et, physiquement, tu n’es pas en grande forme: la croissance de ton économie est « poussive », c’est le moins qu’on puisse dire. Personne ne croit le Président et le Premier Ministre lorsqu’ils nous assurent que « la courbe du chômage va s’inverser d’ici la fin de l’année. » Nous y sommes et le chômage continue à augmenter. Les acteurs économiques sont comme tétanisés par le choc fiscal que la gouvernement leur a fait subir. Le pouvoir d’achat des consommateurs est rogné. Les grandes banques expliquent qu’elle veut bien prêter aux entreprises mais que les projets d’investissement se font rares. Le plus inquiétant, c’est sans aucun doute le flux régulier de jeunes français qui quittent le territoire national pour tenter leur chance dans le vaste monde. Qu’un riche retraité se réfugie dans un paradis fiscal pour payer moins d’impôts, c’est dommageable pour les recettes de notre budget national. Mais que de jeunes créateurs et entrepreneurs manquent d’air chez nous et aillent respirer ailleurs, c’est grave pour notre avenir collectif.

Je ne veux pas allonger la liste de nos malheurs.

Parce que ce sont des voeux pleins d’espoir que je veux t’adresser, ma belle France.

Je lis ce matin une interview roborative de l’ancien ministre des affaires étrangères d’Allemagne, Joschka Fischer, dont j’apprécie souvent les analyses et qui nous dit: « Français, ne soyez pas si pessimistes! ». Faut-il donc que ce soit un ami allemand qui nous remonte le moral?

Non, la France n’est pas condamnée au déclin! Oui, ses atouts sont nombreux et puissants!

Notre pays est riche – tous les Français certes ne le sont pas mais notre économie compte parmi les 8 premières du monde (5ème ou 6ème ?). Notre épargne est abondante. Notre démographie est dynamique, contrairement à celles de plusieurs de nos grands voisins, l’Allemagne par exemple. Nos infrastructures font envie à bien des grands pays développés. Notre système scolaire et universitaire laisse hélas! trop de jeunes sur le bord du chemin, mais, là où il fonctionne, il est excellent. Notre jeunesse a envie de créer, d’entreprendre, de découvrir le monde; elle est la meilleure antidote à la morosité ambiante. Et puis, la France est belle et attachante! Ce n’est pas un hasard si elle est la première destination touristique au monde. Sa culture quand elle reste fidèle à sa tradition d’ouverture, rayonne sur les continents. Notre langue, que nous maltraitons chez nous – snobisme ou plutôt ringardise franglais aidant – est enseignée partout, dans notre merveilleux réseaux de lycées français et d’alliances françaises. Ce sera au XXIème siècle, la langue de 500 ou 600 millions d’Africains.

Alors, qu’est-ce qui ne va pas? Fischer nous dit : « C’est un problème d’état d’esprit ».

Il a raison. Le hic, c’est que c’est le plus difficile à changer!

Comment redonner confiance à la France? Comment la convaincre que le défi à relever, ce n’est pas seulement de sortir d’une crise en faisant les efforts de redressement nécessaires, mais bien plus, d’entrer hardiment dans le monde nouveau qui s’est construit autour de nous et qui est plein de promesses?

La réponse appartient à chacun d’entre nous. Elle est d’abord affaire de volonté personnelle, d’état d’esprit pour reprendre l’expression de notre ami allemand. Ce qui se commande difficilement.

Mais les responsables – politiques et autres – de notre pays ont aussi un rôle à jouer.

Et voici mes voeux :

– d’abord rechercher avec détermination tous les moyens de (re)-créer les bases de la concorde nationale, en commençant par éviter ce qui divise. Est-il bien nécessaire de ré-ouvrir des débats, qui seront autant de conflits profonds, sur la famille, la parentalité, la funeste théorie du genre, ou la fin de vie… alors qu’une application intelligente des lois existantes donne des réponses apaisantes?

– ensuite redonner de la visibilité, une perspective plutôt que le sentiment d’improvisation permanente en réaction à l’événement. Par exemple : à la place d’une « remise à plat de la fiscalité », dont personne ne sait à ce stade ce qu’elle veut dire et qui est donc forcément anxiogène, ne vaudrait-il pas mieux s’engager sur un blocage immédiat du niveau des prélèvements obligatoires, et un programme pluriannuel de rapprochement de ce niveau avec celui de nos grands partenaires européens, au premier chef l’Allemagne?

– enfin, convaincre les Français que chacun d’entre eux tirera profit d’une bonne maîtrise des dépenses publiques, parce qu’elle est la condition de l’allégement de la fiscalité, et donc du redémarrage de la croissance, d’un recul durable du chômage et d’une baisse durable de nos déficits et de notre endettement.

Voeux pieux ? Difficiles en tout cas. Je te les adresse néanmoins, en toute humilité, ma douce France.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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