Blog Notes d'Alain Juppé

Garder le bon cap

Publié le 07/03/2010 par Alain Juppé

Depuis l’échec de Copenhague, les vents mauvais du doute se sont levés sur le développement durable.

Les climato-sceptiques, comme on dit, se déchaînent. Il ne faut certes pas les traiter par le mépris. La confrontation des points de vue est toujours utile. Mais quelles que soient les imperfections, voire les erreurs des rapports officiels (je pense à ceux du GIEC), même si la climatologie est une science jeune, le consensus scientifique reste solide: les changements climatiques, dans lesquels l’activité humaine a une part de responsabilité, sans doute pas exclusive mais importante, menacent, de multiples manières, nos conditions de vie. Il faut donc nous donner les moyens de les combattre. Qui peut le contester?

Je lis, avec un peu d’amusement, les déclarations fracassantes de Claude Allègre. Quand le bruit médiatique s’apaise, voici ce que je retiens de ses propos:

– « La planète est-elle menacée de réchauffement? Oui, de deux ou trois degrés dans …un siècle. Mais elle est aussi, peut-être, menacée de refroidissement. Faut-il continuer à s’agiter dans des colloques sans rien faire ou faut-il, comme nous le suggérons, s’adapter à toutes les éventualités?

– Le C02 est-il une menace? L’excès de CO2 évidemment. Et cet excès doit être combattu car, par exemple, il acidifie l’océan et de toute manière, il est de bonne pratique d’économiser les énergies fossiles. Mais , en l’état, tout lui imputer, donc tout imputer à l’homme , c’est s’égarer. » (Propos tirés d’un article du Monde en date du jeudi 4 mars 2010)

Sommes-nous si loin d’un terrain d’entente entre responsables de bonne volonté? Je crois que non, à condition de se garder, de part et d’autre, de tout fanatisme.

Il existe un intégrisme vert dans lequel je ne me reconnais naturellement pas. Quand j’entends prôner, en bloc, la « décroissance » comme valeur universelle, je me dis qu’on frise l’indécence. Allons-nous parler décroissance aux hommes, aux femmes, aux enfants qui, par centaines de millions, manquent de tout à travers la planète? Ils ont besoin de manger, d’accéder à l’eau potable, de se loger, de se soigner, de se former… Il faut donc produire de la nourriture, de l’eau propre, des logements, des hôpitaux, des écoles… Et tout cela, c’est de la croissance! En revanche, dans nos pays riches, nous gaspillons sans compter des ressources rares, et c’est à nous d’inventer une nouvelle croissance, une croissance sobre en énergie, en eau, en territoires… Rien ne doit nous détourner de cet impératif de survie, ni la crise qui dure, ni la mode qui change, ni le doute qui s’insinue.

Dans cette mobilisation pour une autre croissance, nos paysans et notre agriculture sont en première ligne. Parce qu’ils nous nourrissent et qu’ils peuvent nourrir, au delà de nos frontières, des millions d’êtres humains. Parce qu’ils donnent vie à la terre qui, sans eux, reste souvent stérile. Or ils traversent aujourd’hui un drame sans précédent et sans exemple. Aucune autre catégorie professionnelle n’a subi un tel effondrement de ses revenus, une chute de 50% en deux ans! Il serait criminel de laisser faire. La collectivité nationale, mais aussi l’Europe, si elle a du coeur, et si elle comprend où est son intérêt supérieur, doivent sans tarder engager des réformes de fond pour garantir à nos paysans des conditions de vie décentes, sur la durée, à l’abri des variations erratiques des cours mondiaux des produits agricoles.

Faut-il pour autant perdre de vue ou différer les efforts que nous devons tous faire pour mieux respecter notre environnement?  Je viens de dire pourquoi, à mes yeux, l’exigence d’un changement drastique de notre modèle de croissance ne devait pas faiblir. Ici encore, il faut éviter de tomber dans l’intégrisme. Agir dans la durée plutôt que dans la précipitation, c’est souvent se donner de meilleures chances de réussite. Certaines transitions sont préférables à de brutales ruptures. Ceux qui travaillent la terre le savent bien. Mais il y a des mouvements de fond qu’il ne faut pas contrarier. Celui qu’a amorcé le Grenelle de l’environnement, dont l’un des plus grands mérites a été d’asseoir autour de la même table des gens qui ne se parlaient pas, et, dès lors, ne se comprenaient pas, et parmi eux, les paysans et les écologistes, est un des plus riches de possibilités. Les choses sont en train de changer, dans la manière de produire et de consommer. Ne brisons pas l’élan.

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4 commentaires pour « Garder le bon cap »
  • alain
    Le 21 Mars 2010 à 11 h 34 min
    La décroissance prônée par certains plus "verts" que d'autres est un mythe visant à ce que l'homme moderne redevienne le "bon sauvage" qu'il n'a jamais été. Dans le dernier magazine Point est relatée l'histoire d'un homme qui avec femme et enfants a vécu sans émettre aucun déchet pendant quelques mois ; outre le ridicule de l'entreprise qui a été conduite en plein Paris (aurait-il tenté l'expérience au cœur du Massif Central à 50 km de tout commerce ?), et qui en fait a pour but un livre, il faut souligner que si elle était conduite à grande échelle ce serait la mort de toute notre économie.
    Dans ce même numéro du Point Valéry Giscard d'Estaing raconte qu'il a été flashé à 120 km/h sur une autoroute dont la limite de vitesse avait été abaissée à 110 km/h sans raison apparente (phénomène que l'on constate bien souvent et qui perturbe les automobilistes), et il estimait avoir été puni pour avoir pollué en roulant trop vite; plus tard il entendait à la radio les échos d'une course de formule_1 dans laquelle le CO² était allégrement dépensé sans vergogne et sans qu'aucun participant ou spectateur ne s'en offusque.
    En conclusion comme il le sous-entend ce sont les "braves gens", en province et dans les campagnes, qui sont les victimes de l'acharnement des tenants du réchauffement climatique, alors que par ailleurs d'autres se sentent non-concernés par les thèses qu'ils défendent parfois eux-même ; je vise ici les vedettes du show-biz (par exemple AR à Los-Angelès pour voir Johnny), les animateurs et journalistes de télévision, les hommes politiques aussi, etc...
    Claude Allègre peut agacer certains, mais dans le fond n'a-il pas raison en doutant scientifiquement en bon cartésien qu'il est et posant les vrais problèmes ?
    alain
  • pierre
    Le 11 Mars 2010 à 18 h 04 min
    La décroissance ne dit pas autre chose que ce que vous venez de dire. Il s'agit de répartir équitablement avant toute chose, le superflu c'est autre chose. La décroissance préconise d'avoir les yeux sur autres chose que le PIB, et de cesser d'avoir mal au PIB... Juste le fait d'avoir le bonheur de vivre plus simplement dans nos sociétés trop matérialiste en quantité (et hélas non en qualité...) et de se préoccuper davantage de notre "esprit" afin d'éliminer la peur, l'anxiété et l'angoisse qui ronge le manque ou le trop de "PIB"...
    pierre
  • Didier Martin
    Le 11 Mars 2010 à 15 h 03 min
    Vous avez préconisé, dans le cadre de la commission pour le grand emprunt, que la France se dote des moyens de financer la recherche et l'innovation car nous sommes, selon vous, condamnés à une sorte de "fuite en avant technologique" (sic). Je pense personnellement que la solution des problèmes environnementaux, mais aussi sociaux et démocratiques qui se posent à nous dépend notamment de notre capacité à dépasser le paradigme selon lequel la recherche tous azimuts et sans limite de l'efficacité par la technique améliorera sans fin nos conditions de vie et résoudra tous nos problèmes, et donc de notre capacité - sans renoncer au progrès technique - à résister précisément à la "fuite en avant technologique".
    Didier Martin
  • JG
    Le 11 Mars 2010 à 04 h 31 min
    La lutte contre le réchauffement climatique doit rester une priorité, a mon sens.
    L'Europe et la France ont un rôle a jouer et doivent montrer la voie. Les USA (au niveau de certains états) et la Chine sont eux aussi en train d'évoluer dans le bon sens.

    La France a choisi le Nucléaire dans les années 70, mais comme tout le monde sait, cette technologie est aujourd'hui très controversée en raison des risques terroristes et du problème des déchets. Des options moins risquées sont néanmoins 'a notre disposition. Notre parc de centrales commence a vieillir et il faudra bien alors prendre des décisions sur le futur approvisionnement énergétique de la France. Cette décision sera bien entendue très controversée et discutée.

    La ou je ne vous suis pas c'est sur la question du revenu des agriculteurs, vous ecrivez :
    "La collectivité nationale, mais aussi l’Europe, si elle a du coeur, et si elle comprend où est son intérêt supérieur, doivent sans tarder engager des réformes de fond pour garantir à nos paysans des conditions de vie décentes, sur la durée, à l’abri des variations erratiques des cours mondiaux des produits agricoles."

    Pour moi, je ne vois pas pourquoi ce secteur économique bénéficie d'autant d'aides publiques, alors que cet argent pourrait aller a la recherche et au développement, a nos universités, bref être investi dans des secteurs qui préparent la France a affronter la concurrence mondiale.

    L'agriculture européenne est sous perfusion depuis des années, c'est a cause de tout ce système de subventions que le cycle de Doha est complètement bloque alors que toutes les études démontrés qu'une baisse des tarifs douaniers au niveau mondial sont le meilleur moyen de réduire la pauvreté.
    Bref les autres secteurs économiques sont freines dans leur développement a cause des problème agricoles.

    Nos meubles, nos habits sont fabriques aux quatre coins du monde et ces secteurs n'ont pas bénéficié de subventions a n'en plus finir.

    Pourquoi n'en serait il pas autant avec les produits agricoles?
    JG

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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