Blog Notes d'Alain Juppé

Gaza

Publié le 05/01/2009 par Alain Juppé

Ce matin, j’ai signé une lettre à l’intention du maire d’Ashdod, la ville israélienne jumelée avec Bordeaux. Je lui dis le soutien que j’apporte à ses concitoyens dans l’épreuve qu’ils subissent depuis des semaines: des roquettes tirées de la bande de Gaza toute proche frappent des bâtiments de la ville et y font des blessés. Comment ne pas comprendre et ne pas partager l’exaspération de la population exposée à ce danger d’autant plus insupportable qu’il est imprévisible ?

Mais en même temps comment comprendre la stratégie israélienne face aux provocations du Hamas? Qui peut imaginer trouver une solution de coexistence durable entre deux peuples qui ont également le droit de vivre sur cette terre, en utilisant la force la plus brutale? Et la plus aveugle puisqu’elle frappe aussi bien les enfants ou les vieillards que les hommes en armes! Qui ne voit qu’une opération militaire aussi sanglante ne peut que durcir les haines, radicaliser la soif de vengeance, pousser les Palestiniens au désespoir et la rue arabe à la détestation d’Israël et de tous ceux qui semblent cautionner sans réserve son comportement? 

On éprouve un sentiment d’immense gâchis et l’on cherche vainement une issue à ce conflit qui empoisonne les relations internationales depuis tant de décennies.

Je n’aurai certes pas la prétention de suggérer telle ou telle piste. Je formulerai juste deux souhaits dont la réalisation dépend pour le premier de nous, et pour le second des protagonistes eux-mêmes.                                                   Je souhaite d’abord que la France joue le seul rôle utile qui lui échoit: celui de rendre possible le dialogue. Et pour cela elle doit parler à toutes les parties, sans s’interdire de condamner ce qui est condamnable dans les comportements de chacun, mais en se montrant disponible envers les uns et les autres.

Je souhaite ensuite que, du côté israélien comme du côté palestinien, se lève un jour prochain l’homme ou la femme capable de prendre le risque de la paix. Irréaliste? Peut-être. Et pourtant le miracle s’est déjà produit, il y a 15 ans, au moment des accords d’Oslo: ils s’appelaient Rabin et Arafat.

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12 commentaires pour « Gaza »
  • Jean-Yves
    Le 10 Janvier 2009 à 20 h 58 min
    Merci pour vos voeux,vous adresse en retour mes meilleurs voeux pour vous-même et tous ceux qui vous sont chers!...
    Félicitations pour la nouvelle présentation de votre blog et la reprise plus fréquente de vos rendez-vous!...
    Je partage tout à fait vos souhaits sur Gaza:
    1-La France doit parler à toutes les parties pour faciliter le dialogue,(on ne fait la paix qu'avec son ennemi de la veille...)et ne pas s'ériger en donneuse de leçons en distribuant les bons et mauvais points aux uns ou aux autres!...
    Mais à mon avis, à court terme, il faut tout de suite un cessez-le-feu (immédiat et durable) et un lever de blocus de la bande de Gaza!...Qu'Israël se souvienne du ghetto de Varsovie et épargne les populations civiles de Gaza!...
    2- Continuer à convaincre par tous les moyens, Israëliens et Palestiniens à n'avoir qu'un seul but: une paix juste et durable pour 2 Etats vivant côte à côte, dans le respect l'un de l'autre...
    ( Les USA, et la GB devraient également appuyaient vos souhaits!...ainsi que le reste de la communauté internationale...Cela faciliterait grandement une solution pacifique, rapide et durable!...Il y a urgence, si on ne veut pas que ce brûlot enflamme les masses musulmanes à travers le monde entier, y compris chez nous!...).
    Cordialement.
    Jean-Yves.
    Jean-Yves
  • Tim
    Le 09 Janvier 2009 à 15 h 25 min
    La solution, à mon avis, est celle qui avait été proposée par le plan de partage de l'ONU en 1948! La situation actuelle n'est malheureusement que la suite logique du refus du plan de partage par les palestiniens et la radicalisation des deux camps qui s'en est suivi.
    La terre de Palestine, ou Israël, comme on veut est un lieu de passage, une terre de commerce et d'échange. Toutes les armées antiques ont du y passer pour faire la guerre et toutes les caravanes pour faire du commerce. Il faudra un jour l'accepter pour ce qu'elle est: une terre de partage. Tant que des idéologies radicales voudront l'exclusivité sur cette terre, on ira aux massacres. Le grand roi musulman Saladin l'avait compris!
    Notre politique ne peut être que la promotion par tous les moyens d'une véritable reconnaissance de l'Etat d'Israël par l'ensemble des nations musulmanes et en premier lieu, les palestiniens. Une telle reconnaissance mettra fin à la nécessité d'une défense agressive de la part d'Israël et permettra d'envisager réellement un Etat palestinien. Bien sûr, nous ne serons pas au bout de nos peines, les négociations seront apres parce qu'il n'est pas question de laisser les plalestiniens s'entasser dans des zones de taille ridicule, mais c'est un passage obligé si on envisage sérieusemet la paix
    Tim
  • Garbarsky
    Le 09 Janvier 2009 à 04 h 47 min
    Point de vue


    Une riposte excessive ?, par André Glucksmann


    LE MONDE | 06.01.09 | 13h13 • Mis à jour le 06.01.09 | 13h13

    Devant un conflit, l'opinion se divise entre les inconditionnels qui ont décidé une fois pour toutes qui a tort et qui a raison, et les circonspects qui jugent en fonction des circonstances telle ou telle action comme opportune ou inopportune, quitte à retenir, s'il y a lieu, leur jugement jusqu'à plus ample informé. L'affrontement à Gaza, aussi sanglant et terrible soit-il, laisse poindre pourtant une lueur d'espoir que les images chocs recouvrent trop souvent. Pour la première fois dans le conflit du Proche-orient, le fanatisme des inconditionnels paraît minoritaire. La discussion chez les Israéliens (est-ce le moment ? Jusqu'où ? Jusqu'à quand ?) roule comme à l'habitude dans une démocratie. La surprise est qu'un semblable débat partage à micros ouverts les Palestiniens et leurs soutiens, à tel point que, même après le déclenchement des opérations punitives israéliennes, Mahmoud Abbas, chef de l'Autorité palestinienne, trouva le courage d'imputer au Hamas, en rupture de trêve, la responsabilité initiale du malheur des civils à Gaza.


    Les réactions de l'opinion publique mondiale - médias, diplomates, autorités morales et politiques - semblent malheureusement en retard sur l'évolution des esprits directement concernés. Force est de relever le mot qui fait florès et bétonne une inconditionnalité du troisième type, laquelle condamne urbi et orbi l'action de Jérusalem comme "disproportionnée". Un consensus universel et immédiat sous-titre les images de Gaza sous les bombes : Israël disproportionne. A l'occasion, reportages et commentaires en rajoutent : "massacres", "guerre totale". Par bonheur, on évite à ce jour le vocable "génocide". Le souvenir du "génocide de Jénine" (60 morts), partout rabâché à la va-vite et depuis déconsidéré, paralyserait-il encore l'excès de l'excès ? Néanmoins la condamnation, a priori, inconditionnelle, de l'outrance juive régule le flot des réflexions.


    Consultez le premier dictionnaire venu : "est disproportionné ce qui est hors de proportion" soit parce que la proportion n'existe pas, soit parce qu'elle se trouve rompue, transgressée. C'est la deuxième acception qui est retenue pour fustiger les représailles israéliennes jugées excessives, incongrues, disconvenantes, dépassant les bornes et les normes. Sous-entendu : il existerait un état normal du conflit Israël-Hamas que le bellicisme de Tsahal déséquilibre, comme si le conflit n'était pas, comme tout conflit sérieux, disproportionné dès l'origine.


    Quelle serait la juste proportion qu'il lui faudrait respecter pour qu'Israël mérite la faveur des opinions ? L'armée israélienne devrait-elle ne pas user de sa suprématie technique et se borner à utiliser les mêmes armes que le Hamas, c'est-à-dire la guerre des roquettes imprécises, celle des pierres, voire à son libre gré la stratégie des attentats-suicides, des bombes humaines et du ciblage délibéré des populations civiles ? Ou, mieux, conviendrait-il qu'Israël patiente sagement jusqu'à ce que le Hamas, par la grâce de l'Iran et de la Syrie, "équilibre" sa puissance de feu ?


    A moins qu'il ne faille mettre à niveau non seulement les moyens militaires, mais les fins poursuivies. Puisque le Hamas - à l'encontre de l'Autorité palestinienne - s'obstine à ne pas reconnaître le droit d'exister de l'Etat hébreu et rêve de l'annihilation de ses citoyens, voudrait-on qu'Israël imite tant de radicalité et procède à une gigantesque purification ethnique ? Désire-t-on vraiment qu'Israël en miroir se "proportionne" aux désirs exterminateurs du Hamas ?


    Dès qu'on creuse les sous-entendus du bien pensant reproche de "réaction disproportionnée", on découvre combien Pascal a raison et "qui veut faire l'ange, fait la bête". Chaque conflit, en sommeil ou en ébullition, est par nature "disproportionné". Si les adversaires s'entendaient sur l'usage de leurs moyens et sur les buts revendiqués, ils ne seraient plus adversaires. Qui dit conflit, dit mésentente, donc effort de chaque camp pour jouer de ses avantages et exploiter les faiblesses de l'autre. Tsahal ne s'en prive pas qui "profite" de sa supériorité technique pour cibler ses objectifs. Et le Hamas non plus qui utilise la population de Gaza en bouclier humain sans souscrire aux scrupules moraux et aux impératifs diplomatiques de son adversaire.


    On ne peut travailler pour la paix au Proche-Orient qu'à la condition d'échapper aux tentations de l'inconditionnalité, lesquelles hantent non seulement les fanatiques jusqu'au-boutistes, mais aussi les âmes angéliques qui fantasment une sacro-sainte "proportion" propre à équilibrer providentiellement les conflits meurtriers. Au Proche-Orient, on ne se bat pas seulement pour faire respecter une règle du jeu, mais pour l'établir. On peut à juste titre discuter librement de l'opportunité de telle ou telle initiative militaire ou diplomatique, sans toutefois supposer le problème résolu d'avance par la main invisible de la bonne conscience mondiale. Il n'est pas disproportionné de vouloir survivre.

    André Glucksmann est philosophe.

    Article paru dans l'édition du 07.01.09.
    Garbarsky
  • belhamel
    Le 08 Janvier 2009 à 21 h 18 min
    se vous avez besoin de gaz venez en algerie
    belhamel
  • marion
    Le 08 Janvier 2009 à 20 h 53 min
    comment revenir aux conditions realisees il y a 15 ans?
    marion
  • reda
    Le 08 Janvier 2009 à 20 h 11 min
    tout à fait d'accord avec olivier
    reda
  • olivier
    Le 07 Janvier 2009 à 08 h 05 min
    Il y a quelques années Israël a aidé le Hamas pour diviser les palestiniens et mettre en difficulté Arafat. Maintenant il récolte ce qu’ils ont semé. Bien triste pour ces civils israéliens et palestiniens qui subissent cette guerre.
    Pendant 100 ans l’Irlande et l’Angleterre ce sont fait la guerre. Cela fait seulement 2 ans que la paix est revenue en Irlande du nord. J’espère que l’on n’attendra pas aussi longtemps pour Israël et la Palestine. Cela fait déjà 60 ans de combats !!
    olivier
  • THIEBAUT Philippe
    Le 06 Janvier 2009 à 23 h 02 min
    Je partage votre analyse et vos souhaits pour cette terre si singuliére.Mais je suis allé la bas pour un voyage de rencontres d'universitaires en juillet 2007 et j'ai pris conscience sur place d'un terrible et affligeant imbroglio qui ne rend pas tres optimiste .Amicalement
    THIEBAUT Philippe
  • Ben
    Le 06 Janvier 2009 à 21 h 49 min
    ô combien je partage votre position. Permettez-moi bien humblement un rajout. Un de nos amis ashdodien nous écrivait il y a 48 heures : "si vous voulez comprendre la guerre que nous livrons, relisez la charte du Hamas". Lecture terrifiante. Bien entendu nous nous devons de maintenir le dialogue, avec les israéliens, avec les palestiniens. Bien entendu deux Etats devront trouver un compromis, pour exister, être chacun. Une condition préalable devra s'imposer. La reconnaisance de chacune et de chacun, de l'Autre. Dieu que nous en sommes éloignés.
    En l'attente du jour prochain.
    Bien à vous.
    Ben
  • Jean
    Le 06 Janvier 2009 à 19 h 33 min
    Quels sont réellement les liens entre le Hamas et la population palestinienne : Estime et considération réciproques ou prise en otage du second par le premier ?

    Les premiers tirs de roquettes brisant la trêve ont-ils été connus des habitants de Gaza ? Si oui, ont-ils faits l'objet d'un assentiments de leur part ?
    De plus le djihad, c'est quoi ? Est-ce lutter contre un ennemi au nom de ceux qui peut-être ne demandent rien de tel ?

    Beaucoup de questions et en tout cas une escalade dans la barbarie. A la crise s'ajoute la guerre, mais derrière tout cela, qui agit ?
    Un pays plus à l'est qu'Israël, éventuel intervenant souhaitant être sollicité comme médiateur de paix ? Dans quel but ?
    Jean
  • Jonathan FANARA
    Le 06 Janvier 2009 à 18 h 49 min
    Votre analyse mérite que l'on s'y attarde. Depuis quelques jours, la position des observateurs se radicalise. Les uns critiquent fermement Israël, oubliant presque les roquettes palestiniennes. Les autres condamne le Hamas et considère la stratégie israélienne légitime, malgré les pertes humaines. Ces témoignages, (trop) souvent subjectifs et partiels, m'agacent.

    Je vous rejoins et vous remercie pour ces propos justes et mesurés. Ils deviennent de véritables denrées rares...
    Jonathan FANARA
  • Lucréce
    Le 06 Janvier 2009 à 17 h 46 min
    Voeux pieux...
    "Je souhaite que , du côté Israelien comme du côté Hamas, se lève un jour ..." Tout est dans cette nuance sémantique .
    Le reste est politiquement correct, c'est à dire lénifiant,consensuel,mou dans sa sobriété, très "Quai d'Orsay ".
    Demandez-donc au maire de Sderot de vous adresser la carte des impacts de roquettes ces derniers mois et calquez-la sur Meriadec :cela vous donnera une idée de ce que vit un tiers de la population d'Israel.Vous comprendrez peut-être que son exécutif n'a pas le choix ,comme il ne l'avait pas au Liban:le chat cerné par le feu finit quand même par se jeter à l'eau.Quant à l'incendiaire , le mouvement terroriste Hamas , vous ne le citez même-pas:lapsus révélateur d'une mauvaise Foi consternante mais tellement confortable quand on ne veut froisser personne.Aprés les délices de la DSE pour Noel,votre éminence, vous nous gâtez.
    Lucréce

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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