Blog Notes d'Alain Juppé

Guerre et paix

Publié le 23/07/2006 par Alain Juppé

S’il est un problème, je ferais mieux de dire un drame, sur lequel il est vain d’espérer trouver un consensus, c’est bien le conflit israélo-palestinien. Les passions, d’un côté comme de l’autre, y font taire toute raison.

Si vous affirmez, à bon droit, que le Hezbollah se comporte en organisation terroriste quand il revendique des attentats suicides commis au milieu des populations civiles ou quand il lance ses « rockets » sur les villes du nord d’Israël en y faisant d’innocentes victimes; si vous répétez que de telles provocations sont indéfendables et irresponsables, vous êtes immédiatement accusé de vous aligner inconditionnellement sur les positions de Jérusalem et de Washington. Et l’on vous oppose le précédent de la résistance française contre l’occupant nazi, comme si les situations historiques étaient le moins du monde comparables!

Si, dans le même temps, vous dénoncez le caractère évidemment disproportionné de la réaction israélienne; si vous condamnez sans ambiguité la dévastation du Liban qui annihile d’un coup le long et difficile effort de reconstruction entrepris dans ce pays ami, notamment sous l’impulsion de Rafic Hariri, et avec l’aide constante de la France; si vous faites remarquer que l’existence d’un Liban réellement indépendant, réconcilié, multiconfessionnel, pacifique et prospère est aussi de l’intérêt d’Israêl… alors on vous reproche de manquer à la plus élémentaire solidarité avec le peuple juif dans son combat pour la survie.

Pourtant, je continuerai à refuser tout manichéisme.
Je reste convaicu que le rôle et l’intérêt de la France, ce n’est pas de se ranger dans un camp contre l’autre. C’est de se poser en ami du peuple israélien qui tient de l’histoire, immémoriale et contemporaine, le droit de vivre en sécurité et en paix sur sa terre. Les Nations Unies lui ont reconnu solennellement et constamment ce droit qu’il est fondé à défendre, y compris par la force quand il est attaqué.
La France est aussi l’ami du peuple palestinien auquel la même communauté internationale garantit le droit à un Etat, c’est-à-dire à un territoire dans des frontières internationalement reconnues. Les souffrances de ce peuple méritent aussi notre compassion et notre aide.
La France est dans son rôle lorsqu’elle rappelle, sans se lasser, que ce double objectif ne pourra pas être atteint par la force; qu’il n’y aura pas d’autre solution que politique, c’est-à-dire négociée entre les responsables en qui chacun des deux peuples met sa confiance.

De l’énoncé de ces principes à la mise en oeuvre concrète du processus de paix, je sais qu’il existe un océan de difficultés de tous ordres.
Mais si elle ne se fonde pas sur des principes clairs, toute politique, dans un tel noeud de problèmes, est vouée à l’échec.

Vénus et Mars: on connaît cette opposition un peu simplette entre l’Europe réputée faible et pacifiste, et l’Amérique, seule capable de recourir, quand il le faut, à la force salvatrice!

Quand on considère la situation qui prévaut aujourd’hui dans l’arc de crise qui va de la Turquie à l’Afghanistan, on a quelques raisons de se demander si Mars ne nous conduit pas tout droit au chaos: on dénombre chaque jour des dizaines de morts en Irak; le gouvernement afghan exerce son autorité sur un périmètre qui n’est pas beaucoup plus étendu que la ville de Kaboul; et voici que la destruction du Liban nourrit, au delà des positions officielles des gouvernements, la rancoeur tenace des opinions arabo-musulmanes.
Il faut avoir un regard acéré pour discerner un peu de lumière au bout du tunnel!

En vérité, il faut que les puissances changent de ligne politique. Il faut redonner la priorité à l’action multilatérale sous l’égide des Nations Unies (dont la paralysie, si souvent dénoncée, est imputable aux grandes puissances et à elles seules); il faut faire taire les armes et reprendre, tel Sisyphe, le fardeau de la négociation. Il n’y a pas d’autre issue.
Le seul vrai pouvoir de la France, c’est de le clamer comme elle le fait avec courage.
23/07/06

Partager cet article

14 commentaires pour « Guerre et paix »
  • MICHEL BERTHE
    Le 16 Octobre 2006 à 16 h 32 min
    Monsieur le premier ministre
    Je suis personnellement satisfait de votre retour sur Bordeaux.C'est manifestement une bonne chose pour notre métropole régionale; il nous fallait à nouveau , un homme de votre dimension pour assurer la pérennité de notre département mais aussi de notre région.
    J'aurais beaucoup de choses à vous dire sur la politique française aujourd'hui , qui me déçoit énormément.
    Ceci étant , pour cette fois , je me permets de vous transmettre trois messages :
    1 - restez près des gens , ne cultivez plus l'étilisme que vous avez eu tendance à cultiver , en ne vous adressant et en ne vous entourant que de gens formés comme vous à l'E N A.
    2 - essayez de prendre le plus vite possible la C U B car pour moi , la gestion des deux entités est très lié; à ce propos , il apparaitrait que Pierre DUCOUT n'ait plus l'aval du P S pour les prochaines législatives , ce serait Mr Rousset qui aurait l'investiture !
    3 - pensez à la société civile , qui seule , à vrai dire , crée aujourd'hui des emplois.Beaucoup de promesses liées à la diminution du train de vie de l'état n'ont jamais été tenues.
    Je suis un cehef d'entreprise , qui croit encore à notre pays , à condition de faire très vite des réformes courageuses et osées , n'en déplaise à certaines catégories de citoyens protégés ( je ne vous en fait pas la liste , ce serait trop long!!)
    Recevez , Monsieur le premier ministre , l'assurance de mes sentiments les meulleurs.
    Michel BERTHE
    MICHEL BERTHE
  • Marie CARITA
    Le 26 Juillet 2006 à 13 h 28 min
    Il faut effectivement avoir un regard acéré pour distinguer un peu de lumière au fond du tunnel!Merci M. Juppé pour votre espace de respiration que vous nous offrez loin des emportements actuels, loin aussi du fatalisme. Il est très difficile de se faire une idée impartiale du conflit actuel.Une personne a dit sur ce blog que l'attaque israélienne s'était peut-être déployée pour prévenir que la situation n'empire... De la même façon les USA n'ont-ils pas attaqué l'Irak pour éviter d'être la cible de nouvelles attaques.
    Autant sur la plan humain ,cette position est défendable ( qui veut la paix prépare la guerre),au niveau des états elle paraît dangereuse ( qui veut la paix FAIT la guerre).Ma sympathie va toujours à celui qui est agressé, et qui est plus petit. Israël, 700km de long et 200 de large , enclavé au milieu d'états hostiles immenses apparaît clairement comme David entouré de Goliaths. La richesse en millions de dollars de Monsieur Y. Arafat à sa mort m'a laissée pensive...Le désir des palestiniens légitime d'avoir une patrie tout en envoyant des kamikazes de 20 ans et moins sur Israël m'a souvent dégoûtée pour parler comme les jeunes. La dignité, c'est Israël, le courage politique, c'est Israël.L'offre de paix , c'est encore Israël. La sécurité des frontières à défendre, c'est encore Israël. De l'autre côté, est-il tenable politiquement aux yeux des nations de se prêter à la " guerre préventive"? C'est ma question. Je constate seulement que depuis l'invasion de l'Afganistan et de l'Irak, les USA n'ont pas connu d'autre attaques d' Al Quaïda...

    P.S Je suis encore sans doute naïve, mais il me semble qu'Israël a été attaqué pendant la guerre de 6 jours et qu'il a riposté en repoussant ses assaillants. Il a restitué pas mal de ces territoires, sinon tous, mais quel autre pays en aurait fait autant après avoir été agressé? Qui est l'agresseur?
    Marie CARITA
  • jean-guillaume gaillard
    Le 26 Juillet 2006 à 11 h 26 min
    Parralèle résistance française/résistance palestinienne. Vous etes cultivé et vous aimez sans doute la musique. Alors vous connaissez Daniel BAREMBOIN et vous avez peut-être lu son interview dans le numéro de juillet-août du Monde de la Musique. Il rappelle "aujourd'hui il y a un peuple qui est occupé et l'autre qui est occupant" (et il dit beaucoup d'autres choses qui méritent réflexion) Donc quand on est occupé, que peut-on faire, que fait-on ? THAT IS THE QUESTION !!!
    Aussi : peut-on raisonnablement soutenir que depuis sa création Israël - gouvernements de toute tendance confondues - n'a eu une politique systématique de rejet des palestiniens restés sur son territoire, d'agrandissement de ce territoire, de captation des eaux de toute la région, de destruction des moyens d'existence des palestiniens, etc, etc.
    Vous lisez l'IHT (!!!) mais lisez-vous aussi Haaretz, Jerusalemn Post, allez vous sur le site de B'Tselem ? Voyez vous ce que dit The Times, le Washington Post ou le NY Times ?
    Pourquoi dans les jours qui ont suivi le début des combats au Liban une délégation de juifs de 20 pays se sont-ils rendus à Jérusalem ? Quelle est leur nationalité, celle du pays où ils vivent et sont sans doute nés ou celle d'Israël. Comment Monsieur Arno KLARSFELD (et le caporal capturé à Gaza) peuvent-ils être français et faire leur service militaire en Israël ? Je possède deux nationalités mais je ne ne suis pas des deux cotés à la fois, en particulier pour ce qui est de l'engagement politique (je ne vote plus en France). Cela me semble une honêteté élémentaire.

    Quand à l'attitude de la France: au delà des incantations n'y a t'il vraiment aucune décision concrête qui puisse être prise autre que de fournir sans cesse des fonds pour reconstruire ce qui a été détruit ? Par (petit) exemple est-il vraiment indispensable de signer, et de poursuivre, avec les israëliens un contrat sur les drones de combat ? N'est-ce pas BAE, actionnaire d'EADS, qui s'apprête à livrer à Israël 100 véhicules blindés ?
    Etc, etc. Je sais bien que vous resterez droit dans vos bottes ...
    jean-guillaume gaillard
  • Bruno Edelist
    Le 25 Juillet 2006 à 12 h 41 min
    Bonjour.

    Deux mots pour exprimer à Monsieur Jean Pinson mon admiration pour sa contribution, ma profonde adhésion à son anayse, et mon espoir que des positions comme celle qu'il expose avec force, éclairent nos gouvernants et les encouragent à sortir de leur bunker pour agir.
    Bruno Edelist
  • Mohamed Ahmed Baye
    Le 25 Juillet 2006 à 12 h 18 min
    Excellence,

    Je suis tout a fait d’accord qu’il n’y aura pas de consensus de paix au proche orient tant que les mécanismes diplomatiques employés sont les mêmes. Les déclarations et comportements des diplomates américains dans ce cadre deviennent de plus en plus vulgaires et inquiétants.

    L’armée israélienne pilonne le Liban sans ménager ni les zones à majorité chrétiennes ni les antennes des TV, et le Hezbollah avec des missiles de fabrication locale arrive qu’à même à créer la panique au Nord d’Israël et empêcher un million et demi d’israéliens de sortir des abris.

    Hezbollah que la « communauté internationale » qualifie de terroriste a tué à ce jour moins de civil que des militaires israéliens alors que les israéliens ont déjà tué à ce jour 400 civils libanais et employés des armes interdites selon des sources de l’ONU.

    Dans cette crise diplomatique et le manque d’un esprit initiateur, l’aviation israélienne pilonne le Liban non seulement pour défendre Israel mais aussi pour satisfaire de prêt Rice qui est venu assister comme « sage femme » à la naissance d’un nouveau Proche Orient à la manière de l’Irak.

    La destruction continue, USA en urgence approvisionne Israël par des nouvelles bombes et la résistance libanaise ne se laisse pas faire. Cependant nos Chefs d’Etats corrompus se cachent derrière les minutes et trouvent un très beau spectacle continu depuis 14 jours sur Aljazeera, la chaîne de télévision arabe.

    Je vous remercie, Excellence, pour cette fenêtre de liberté

    Mohamed Ahmed Baye
  • gilles heroux
    Le 24 Juillet 2006 à 22 h 55 min
    Tenez, j’ai reçu d’une amie une réponse que le documentariste canadien d’origine libanaise Ralph Dfouni a envoyé à Mario Girard, journaliste à La Presse. Ralph Dfouni est à Beyrouth actuellement. Sous les bombes.

    Son message est long, mais j’ai eu le goût de le publier ici pour quatre raisons:

    1. C'est un témoignage humain d'une authenticité rare.
    2. La Presse ne l’a pas encore publié.
    3. La lettre que j'ai reçue contenait une autorisation explicite de M. Dfouni de diffuser ce message.
    4. Il y a dans ce message une critique acerbe des médias, qui se contentent souvent de raconter la guerre en inondant les ondes de détails sanguinolents, croustillants, divertissants...

    Mais commençons d'abord par l'entrevue courriel de Mario Girard, qui a précédé cette lettre...



    Bonjour Ralph,

    Je tente de réunir des témoignages de ceux qui restent au Liban.

    J’aimerais donc savoir :
    Pourquoi tu es encore au Liban ?
    À quoi ressemble la vie au quotidien?
    Les communications ?
    La nourriture?
    L’ambiance de la ville?
    Les effets économiques (on me dit que Beyrouth allait très bien avant les bombardements)
    Y’a-t-il une grosse différence entre la vie à Beyrouth et la vie ailleurs au Liban (plus au nord)

    Merci de me décrire tout cela avec tes mots, tes tripes.



    Et voici la réponse de Ralph Dfouni, qui en fait ne répond pas du tout aux questions de Mario Girard...



    Cher Mario,

    Je vais te le dire comme c'est. Parce que je sais que tes lecteurs qui n'ont pas été lobotomisé encore par le niveau de plus en plus bas des médias de masse québécois et canadiens, par leur incapacité et leur peur à dire les choses comme elles sont et à appeler un chat un chat, sans se rendre compte que c'est exactement ce dont les gens ont besoin, ce que les gens veulent. Je parle des gens qui comptent bien sûr, et qui en ont marre de lire du folklore et de n'y rien comprendre, de ne plus faire de différence entre une nouvelle ou une photo qui vient d'Irak, d'Afghanistan, de Russie, du Congo ou du Liban, parce qu'elles deviennent toutes pareilles lorsqu'elles se font filtrer par les torchons et les journaleux qui ne savent plus écrire et qui ont besoin de Robert Fisk et de ses semblables pour pouvoir donner un sens à une quelconque vérité, à une réalité qu'ils ignorent mais de laquelle ils ne sont pas dupe. Non.

    Je vais donc te parler de la terreur. On s'excusera plus tard, si on survit, de ceux dont c'est le mot préféré (lorsqu'il s'agit des autres s'entend), on s'excusera plus tard des faux chrétiens, des guignols et des démagogues, des faux juifs et des faux musulmans, on s'exusera plus tard des Bush et des Harpers, des assassins et des pharisiens. Parce que la vérité c'est qu'on est terrorisé. La vérité c'est aussi que vous l'aurez été, vous aussi. Parce qu'à partir de maintenant, lorsque je dis Je, je veux dire vous.

    Vous et moi et nous, qui venons de perdre tout ce que nous croyions avoir acquis. Il n'y a plus de différence entre Montréal et Beyrouth aujourd'hui, comme il y'en avait il y'a 30 ou 40 ans. Nous vivons tous sur la même petite planète en voie d'extinction à cause des mêmes guignols, à cause des mêmes barbares, à cause des mêmes terroristes. Qu'ils soient de l'extrême droite chrétienne, de la Juiverie qui a perdu la boussole, ou du fanatisme musulman. Aujourd'hui la terreur à Beyrouth, demain Montréal sous l'océan de l'inconscience et de l'avidité aveugle.

    Je, donc, suis terrorisé. Et si je le suis, cela veut dire que je le suis par des terroristes. Je nomme l'état terroriste d'Israël, je nomme toutes les organisations (musulmanes, chrétiens, juives ou autre) et tous les gouvernements et administrations mondiales qui ont le pouvoir de terroriser et qu'ils le font. Ne croyez pas, cher ami, que vous êtes à l'abri. Ne croyez pour une seconde que le Liban est un pays très lointain, très tiers-monde, très différent du Québec. Croyez plutôt que le Liban à été, bien avant le Québec, un paradis de la libre pensée, de la culture internationale, des potentiels humains, d'espoirs et de dons au monde entier. Quand le Québec était encore sous le joug du totalitarisme d'une église fasciste. Croyez plutôt que c'est une terre biblique, que c'est la terre du premier miracle de Jésus, et croyez surtout, vous ô chrétiens de nom, que nous sommes les premiers chrétiens, que nous sommes les premiers navigateurs, que nous sommes les premiers écrivains de l'alphabet moderne que vous utilisez aujourd'hui. Croyez aussi que nous sommes comme vous, et que nos vies ne valent pas moins que les vôtres.

    Ayez le courage surtout de me citer. Même si je parle d'histoire, de religion ou de terreur. Même si j'appelle un chat un chat. Surtout si j'appelle un chat un chat. Je vous l'ai dit dans une lettre que je vous avais envoyé et que nous n'avez pas publié, bien que mes mots vont droit au coeur, car ils ne trompent ni ne mentent, que je n'ai ni la plume ni la verve de Richard Desjardins, mais que j'ai sa colère. Et que sans colère il n'y a pas de poésie. Pas de poésie qui puisse changer quoi que ce soit. Pas que 'quoi que ce soit' puisse être changé par des mots, cher Mario, mais au moins, au moins, gardons nous cet espoir mince et fragilisé par nos couardises.

    Est-ce que c'est vraiment ça que tu veux savoir? Est-ce que tu veux savoir que les choses manquent ou ne manquent pas, ou est-ce que tu veux savoir, toi et tes lecteurs, pourquoi les choses manquent ou ne manquent pas? Tu veux savoir ce qu'il y'a dans nos ventres, ou ce qu'il y'a dans nos coeurs et nos esprits? C'est-à-dire ce qui fait de nous des êtres humains à part entière? Ce qui fait qu'il n'y a aucune différence entre vous et moi, entre nous et toi? Est-ce qu'on veut savoir ce que mange, fume et qui il baise celui qui coupe la forêt boréale à outrance, ou est-ce qu'on veut savoir pourquoi ils sont en train de tuer la planète? Savoir pourquoi ils sont en train de tuer l'avenir de nos enfants, et des vôtres? Savoir qui sont les terroristes de ce monde (que tout ceux qui ont encore du discernement savent) et comment et avec quoi ils sèment la terreur et la destruction à leur guise et sous le couvert de se défendre. Des bombes au phosphore, me dit un ami de Montréal sur Skype hier dans la nuit, ça doit être la façon la plus étrange de se défendre dont j'ai ouie dire. Oui, Pat, c'est la façon la plus étrange. Bien que ce ne soit pas le mot.

    Même s'endormir est devenu une activité fatigante. Esquintante. Le lit n'est plus un parking. C'est un champ de bataille. En attente d'un autre tremblement, d'une autre verve de 23 tonnes, d'un autre message des enfants Israéliens au phosphore et pourquoi pas au Napalm?

    Je te le dis et te le redis, je ne suis ni du Hezbollah, ni d'Israël, ni d'aucun de ceux qui portent des fusils. Ce que je dis n'est pas nouveau et je ne suis ni le premier ni le dernier à le dire. Mais il faut arrêter d'avoir peur (et cette phrase ne sera pas un cliché tant qu'on aura peur), il faut arrêter de croire que les grands journalistes peuvent se permettre d'avoir peur. Il faut lire les grands journalistes et les hommes encore sains d'esprit, et suivre leur exemple. Car la peur nous asservi au plus fort, au mensonge, à la terreur et au laisser aller du confort stupide et complice qui finira par nous annihiler. Je suis Montréalais avant tout, même avant d'être Libanais, je sais ce que le confort d'une ville comme Montréal peut faire au courage, à la détermination et au coeur des hommes et des femmes. Mais le temps n'est plus au confort. Aujourd'hui c'est le Liban, demain c'est le Québec, c'est le réchauffement planétaire, c'est la fin du pétrole, c'est le début des grandes catastrophes planétaires et environnementales, c'est le manque d'eau potable, c'est les guerres bactériologiques et la montée des eaux des océans. Vous n'y croyez pas? C'est exactement pour ça que bientôt il sera trop tard. Vous ne voulez pas faire peur à vos lecteurs, vraiment, je crois que la vue d'une vague montant jusqu'à la croix du Mont-Royal un jour leur fera bien plus peur. Demain (et c'est déjà aujourd'hui) c'est la fin des Ours et des Bélugas (permettez-moi les majuscules), des Baleines et possiblement des Oiseaux. C'est le début des poissons hermaphrodites, du manque, du début de la fin de tout ce qu'on connaît.

    Tout ça est la même chose. Ne vous leurrez pas. Ne nous leurrons pas. Ce sont les mêmes mécanismes humains et politiques, les mêmes mensonges, les mêmes terreurs. J'ai besoin de vous, mais vous avez aussi et tout autant besoin de moi, de ce que je ressens aujourd'hui et de ce que vous allez ressentir demain.

    Je ne répondrais pas directement à tes questions, même si je te remercie du fond du coeur de me les avoir posées. Je n'y répondrais pas parce que dans la lignée éditoriale des journaux qui ont peur de dire la vérité, ils ne sera retenu que les détails insignifiants. Lorsque la Presse arrêtera de dire la vérité, je parle de la vraie vérité de ce que respire un peuple terrorisé, il y'aura toujours le Devoir, le Journal de Montréal, et les grands quotidiens internationaux comme 'The Independent' qui eux, n'ont pas peur. Il y'aura toujours l'internet où vont de plus en plus ceux qui veulent savoir, et non pas ceux qui veulent se divertir avec les détails de la vie quotidienne d'un pays agressé et violé par l'arrogance, la force à outrance et la barbarie.

    Mais voilà pourquoi je suis encore au Liban, voilà pourquoi j'y reste. Pour pouvoir vous dire que nous n'allons pas bien. Pour que vous n'oubliez pas que nous et vous c'est la même chose.

    Je pense aux Québécois, mes frères, mes hôtes, ma culture parallèle et omniprésente, je pense à Saint-Denys Garneau, à Richard Desjardins, à Wajdi Mouawad entre autres, je pense à mes amis, à Éric, à Yako, à Martin et Mario, à Audrée, aux François, à Ève et Geneviève, je pense à Norma et à Marc, à Sylvain, Patrick, Alex, Sophie, Brigitte, je pense à Olivier, Noémie, Sarah, Bruno et Isabelle, et aux autres, à tous les autres. Je pense à Magog, à Sherbrooke, aux Cantons de l'Est, dont la beauté mauve et le calme chaud hantent certaines de mes nuits, je pense à la Gaspésie et aux Iles de la madeleine où j'ai des amis, et que je n'ai pas encore vu, à mes amis de trois-rivières, à ceux de Lanaudière et de St.Thomas. Je pense à vous et je sais que vous pensez à moi, à nous. Nous ne vivons pas dans des tentes, comme vous ne vivez pas dans des Igloos, nous ne nous déplaçons pas sur des chameaux comme vous ne vous déplacez pas sur des traîneaux tirés par des chiens. Réveillez-vous, ce n'est pas en train d'arriver aux autres, ailleurs, c'est en train de vous arriver à vous, à votre voisin, à votre ami, à votre frère, c'est en train d'arriver près de chez vous, et pas dans un cinéma.

    Dites à Richard Desjardins, qu'en son nom, et qu'au nom des derniers humains qui savent voir, qui n'ont pas peur de voir, dites-lui, dites-leur que nous continuerons de vivre ici, encore plus fort, malgré le frette et les barbares. Mais que pour ça, il faut que vous restiez réveillé. Avec nous.

    Je te serre la main affectueusement Mario,

    Vous avez tous, vous avec des mots, besoin de plus de courage encore que nous. Vous avez tous une responsabilité envers nous qui doit être lourde à porter. Portez-la comme des hommes. Portez-la comme des femmes de courage et de coeur. Des hommes et des femmes qui, le jour venu, pourront se regarder dans tous les miroirs du monde, de leurs manoirs et de leurs 31/2, la tête haute, parce qu'ils ont été à la hauteur de leurs propres rêves et de leur propre conscience.

    Ralph Dfouni
    Réalisateur et Directeur Créatif
    Bluesponge

    Beyrouth le 21 Juillet 2006
    gilles heroux
  • Ahmed REZGUI
    Le 24 Juillet 2006 à 16 h 14 min
    Bonjour,

    Votre position et la position de la France est sereine, objective, et espérons que notre mouvement pour la Paix et la Fraternité nous donnera raison.
    De Sadate à Rabin est tant d'autres, des enfants, des femmes, jeunes et vieux, ont payé de leurs vies dans ce conflit que certains analystes nous disent que nous nous ne verrons pas le bout.

    Je prie celles et ceux qui usent de toutes leurs énergies à ne pas baisser les bras et de continuer à oeuvrer à ce que le chemin de la Négociation soit trouvé, à ce que nos enfants trouvent la vie et la paix.

    Avec mes sincères remerciements.
    Amicalement.
    A. REZGUI
    WWW.CULTURE.FR Créateurs d’Alphabets & Typographes
    Ahmed REZGUI
  • Sylvain de Mullenheim
    Le 24 Juillet 2006 à 14 h 08 min
    "Le seul vrai pouvoir de la France", comme vous le dites, pourrait être au moins de ne pas répéter ses erreurs. Les propositions développées par Georges Corm dans l'article ci-dessous sont certainement irritantes pour de nombreux acteurs de la partie qui se joue au Liban, mais je doute qu'il existe une solution alternative crédible.


    Point de vue
    Liban : réflexions autour d'une paix possible, par Georges Corm
    LE MONDE | 24.07.06 | 13h23 • Mis à jour le 24.07.06 | 13h23


    Les décideurs internationaux ont la mémoire courte. Face à l'immensité de l'agression israélienne sur le Liban, ils pensent pouvoir l'exploiter pour mettre en oeuvre par la force la fameuse résolution 1559 qui a rendu le Liban à son statut d'Etat-tampon où se règlent en toute impunité les tensions et conflits régionaux.


    En proposant la constitution d'une force multinationale à déployer au sud du Liban, la "communauté internationale" risque fort de rééditer les mêmes erreurs que celles qui ont présidé à la constitution de la Force multinationale d'interposition (FM), créée à l'initiative de François Mitterrand lors de l'invasion israélienne de l'été 1982. Cette force avait pour mission d'assurer l'évacuation des combattants palestiniens hors du Liban, qualifiés alors de "terroristes", et de protéger la population civile libanaise et palestinienne martyrisée par l'invasion brutale de la moitié du Liban, et le siège militaire de la partie de Beyrouth abritant le quartier général de l'OLP et les bureaux de Yasser Arafat.

    Comme aujourd'hui, où la totalité du Liban est prise en otage par l'armée israélienne, la moitié du pays le fut alors, au cours de l'été 1982, par cette même armée ; elle fut aussi, comme en cet été 2006, bombardée nuit et jour durant deux mois et demi par terre, par mer et par air, sans distinction entre objectifs militaires et civils ; l'eau et l'approvisionnement furent coupés aux habitants de Beyrouth encerclée. Yasser Arafat était l'objet de poursuites aériennes, tout comme l'est aujourd'hui le chef du Hezbollah.

    On peut se rappeler aussi qu'en juillet 1982 les dirigeants du G7 étaient alors somptueusement réunis au château de Versailles et trop occupés par leurs agapes pour daigner même regarder mourir des milliers de Libanais et de Palestiniens ensevelis sous les décombres de leurs habitations ou bombardés alors qu'ils tentaient de fuir l'enfer. Il n'y avait pas à l'époque de Hezbollah, mais Israël voulait éradiquer le "terrorisme" palestinien présent au Liban et imposer un gouvernement libanais à sa solde qui termine le travail d'éradication violente.

    La force d'interposition débarqua effectivement à Beyrouth, fit sortir Yasser Arafat et deux ou trois mille combattants palestiniens, s'assura de l'élection d'un président phalangiste (Bachir Gemayel) qui avait cautionné l'invasion israélienne, puis rembarqua. La suite fut un désastre : assassinat du président, entrée des troupes israéliennes à Beyrouth et massacres horribles de femmes et d'enfants palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila.

    François Mitterand obtint alors le retour précipité de la FM au Liban : cette dernière assista sans broncher aux massacres du Chouf, encouragés par l'armée israélienne (10 000 victimes, 200 000 chrétiens chassés par la force de cette région). Le gouvernement américain, de son côté, encouragea le gouvernement phalangiste libanais à signer un traité inégal avec Israël, résultat ? Des attentats spectaculaires contre les troupes américaines et françaises (450 morts) en octobre 1983 et une relance sanglante jusqu'en 1990 de la guerre entre milices libanaises opposées.

    Aussi bien le secrétaire général des Nations unies que la Maison Blanche ou l'Elysée auraient donc intérêt à potasser leur dossier libanais avant de proposer au gouvernement de Beyrouth de se lancer dans une nouvelle aventure. Plutôt que de reproduire les mêmes graves erreurs faites par la Syrie dans sa gestion du Liban, et donc de continuer de se mêler aussi imprudemment des affaires intérieures libanaises sans prendre en compte toutes les sensibilités politiques libanaises, les décideurs internationaux devraient d'abord établir un diagnostic clair de la situation libanaise et régionale.

    Si le Hezbollah n'est qu'une émanation de la volonté de Téhéran et de Damas qui veut agresser indirectement et sans raison Israël, il est totalement aberrant dans ce cas de laisser Israël s'en prendre au Liban. Il faudrait même imposer à l'Etat hébreu qu'il s'engage à ne plus martyriser ainsi le Liban de façon récurrente et inutilement cruelle. Militairement ou par la négociation, qu'Israël ou les Etats-Unis règlent leur contentieux pour l'hégémonie régionale avec ces deux pays, mais non avec le Liban.

    Si, en revanche, l'existence du Hezbollah au Liban, comme celle du Hamas en Palestine, n'est pas une simple création machiavélique de l'axe Téhéran-Damas, mais le résultat des quarante ans d'occupation par Israël de la Cisjordanie, de Gaza, de la Palestine et du Golan syrien, de vingt-deux ans d'occupation d'une large partie du sud du Liban par Israël (1978-2000) - en infraction à toute légalité internationale -, alors le traitement de la question libanaise doit être tout autre.

    Le Liban, en effet, ne se gouverne pas par la force ni par la loi de la majorité. Il est une démocratie consensuelle et fragile du fait justement du contexte régional si agité, mais aussi de son régime communautaire. C'est pourquoi les décideurs internationaux seraient avisés de ne pas tenter, comme en 1982, de forcer la main au gouvernement actuel. Celui-ci est d'autant plus fragile qu'il n'est pas un gouvernement d'union nationale - même si le Hezbollah y dispose de deux ministres - et qu'il résulte d'élections menées dans des conditions peu reluisantes sous la houlette des Etats-Unis et de la France, sans même une réforme de la loi électorale réclamée par l'ensemble des Libanais.

    Il faudrait aussi reconnaître la complexité des forces politiques en présence au Liban et ne pas présenter exclusivement le point de vue des factions sympathisantes de la politique américaine ou française et hostiles au Hezbollah. Il en est ainsi du général Aoun, de très loin le dirigeant le plus populaire de la communauté maronite, mais qui a disparu des médias français pour avoir refusé de se lancer dans des attitudes hostiles au Hezbollah afin de préserver l'unité des rangs et la concorde communautaire au Liban. Il en est de même de Sélim El Hoss, ancien premier ministre du Liban, issu de la communauté sunnite, et qui, aux pires moments de la guerre passée (1975-1990), a su maintenir l'unité du Liban ; celui-ci, depuis l'adoption de la résolution 1559, n'a pas arrêté de recommander aux ambassadeurs occidentaux en poste à Beyrouth de faire appliquer l'ensemble du droit onusien sur le conflit israélo-arabe afin que le Liban soit en mesure de mettre en oeuvre toutes les dispositions de la résolution 1559 sans provoquer de graves discordes internes.

    La "communauté internationale" ne doit pas instrumentaliser encore plus le Liban dans la partie de bras de fer régionale actuelle et ne doit pas tenter d'exaspérer les divisions des Libanais ou d'ignorer les uns au profit des autres. Ne serait-il pas temps d'ailleurs au Proche-Orient de tenter une autre voie que la politique de la canonnière, qui a si bien caractérisé le XIXe siècle colonial et qui renaît de ses cendres aujourd'hui de façon scandaleuse.


    --------------------------------------------------------------------------------


    Georges Corm, ministre des finances du Liban de 1998 à 2000, est l'auteur du "Liban contemporain. Histoire et société", La Découverte, 2005.
    Sylvain de Mullenheim
  • Yves RICHARD
    Le 23 Juillet 2006 à 23 h 44 min
    bonsoir,
    chaque fois que j'entends des nouvelles du Proche Orient, je suis bien ennuyé pour me faire une opinion: j'ai l'impresseion qu'il me manque les informations nécessaires à la compréhension du problème. Par exemple, pour quelles raisons les Américains sont-ils allés en Irak ? On n'en sait pas grand chose finalement. C'est un peu pareil pour l'intervention Israélienne au Liban: les Israeiliens ont-ils des informations selon lesquelles l'absence d'intervention laisserait s'installer un avenir encore pire (ce n'est pas rien) que l'état de guerre actuel ? on n'en sait rien, on est obligé de voir sans comprendre, d'imaginer les bouts manquants. C'est sans doute du fait de tous ces paramètres cachés et de cette grande part d'imaginaire que l'opinion publique ressemble un peu à un délire. Je me pose finalement une question: nos dirgeants sont-ils de grands machiavéliens qui frappent dur le plus tôt possible pour ne pas se retrouver plus tard dans des situations insurmontables, ou bien font-ils simplement ce qu'ils peuvent pour contrebalancer les effets imprévisibles de leurs actions précédentes. Angoissante question ...Bien à vous
    Yves RICHARD
  • Jean-Christophe Brianchon
    Le 23 Juillet 2006 à 23 h 40 min
    Même si ma réaction pourrait paraitre, et surement a juste titre, simpliste et inconstructive, je tiens tous de même a vous en faire part. Effectivement, du haut de mes 17 ans, j'ai cru remarquer que cette opinion que vous nous exposé est malheureusement celle debeaucoup d'hommes politique, je dis malheureusement non pas parceque celle-ci est mauvaise, bien au contraire, mais parceque je trouve tous simplement étrange, incompréhensible, le fait que même si la plupart des grands hommes politiques mondiaux dont vous faites parti sont d'accord sur un point, leurs opinion n'est pas défendable, ou tous du moins, ne peut être mise en place. Comme si ces pays que sont l'israel et la palestine (ainsi que leurs alliés) faisaient la lois dans le monde entier, comme si chacun d'entre nous devait vivre dans une peur constante de la guerre alors que nous somes tous d'accord sur un processus de paix. Ma jeunesse m'apporte surement cette atout qu'est la confiance en nos hommes politiques mais ici tous de même je me pose une question, comment peut on encore ne pas réuussir a mettre en place la paix puisque nous la voulons tous et sommes tous d'accord sur les manières de la mettre en place? C'est comme si nous ne trouvions pas de solution a un problème déja résolut.
    Jean-Christophe Brianchon
  • Bruno Edelist
    Le 23 Juillet 2006 à 23 h 18 min
    Monsieur le Premier Ministre et cher ami,

    Vous concluez votre article :

    "En vérité, il faut que les puissances changent de ligne politique. Il faut redonner la priorité à l'action multilatérale sous l'égide des Nations Unies (dont la paralysie, si souvent dénoncée, est imputable aux grandes puissances et à elles seules); il faut faire taire les armes et reprendre, tel Sisyphe, le fardeau de la négociation. Il n'y a pas d'autre issue. "

    Ne peut-on tout de même être moins réducteur, ou plutôt moins synthétique, et poser le problème du soutien quasi inconditionnel des USA à Israël ?

    Eux seuls peuvent, en raison de leur poids, de leur totale suprématie militaire opérationnelle, mais en fonction aussi, hélas, de leur volonté politique bien atténuée ou imprécise ces temps dernier, donner de la voix de manière suffisamment forte et crédible, pour faire bouger les lignes dans ce conflit.
    Bruno Edelist
  • jean-claude bergey
    Le 23 Juillet 2006 à 21 h 59 min
    Dans le contexte actuel il est difficile pour un homme politique français de donner un avis ou de livrer une analyse sans s'attirer les foudres des antis de tous bords.La votre(analyse) est juste, moderée et pleine de bon sens en particulier sur le pouvoir et les moyens supposés de l'ONU.c'est ce genre de texte qui redonne espoir dans la politique.
    Merci de le faire. A bientot à BORDEAUX
    jean-claude bergey
  • Denis Letailleur
    Le 23 Juillet 2006 à 21 h 33 min
    Cher Monsieur Juppé, la France est le pays occidental qui se comporte le mieux face à ce conflit, comme face au américains qui voulaient nous entraîner dans leur improbable aventure en Irak, "nous"avons su faire la différence, nous démontrons une fois de plus que la guerre ne fait pas partie de nos principes, ou plutôt nous faisons parler notre experience, longue en cette matière .
    Il fut un temps ou Mars vint délivrer Venus des perils de l'invasion germanique, Mars ayant(surtout) peur que URSS ne marie Venus de force et lui fasse des enfants rouges. Mars sacrifia beaucoup de ses enfants à délivrer Venus et se fâcha pour un long moment avec URSS, qui a pu garder une partie de Venus, qu'il s'empressa d'enfermer derrière un rideau en fer .
    Plusieurs années plus tard, URSS devait mourir de sa belle mort et libérer ses enfants .
    Plusieurs année plus tard également, Mars voyant les réserves d'huile de pierre avec lequel il se nourrit, se tarir d'abord chez lui, puis ailleurs dans le monde, celui-ci entrepris de s'accaparer quelques reserves de cette huile magique sur d'autres terres, pour continuer à alimenter son immense appétit, le plus gros dit on . Mars demanda donc de l'aide à Venus dans ce but . Mais Venus qui aimait toujours Mars, ne compris pas pourquoi celui-ci voulait faire une mauvaise action, lui expliqua sa réticence, essaya de le raisonner, et refusa de participer à ce vol d'huile de pierre . Mars accusa Venus de lâcheté et parti avec quelques amis repandre le malheur sur les terres ou l'huile de pierre coule à flot .
    Venus encore traumatisé par ses accidents de jeunesse préfère discuter, Mars lui préfère frapper pour être entendu et compris de gré ou de force .
    Je suis très fier d'être venusien et j'ai une terrible pitié pour les martiens à qui je ne souhaite pas un retour de boomerang .
    Merci Monsieur Juppé pour cet espace d'expression de qualité .
    Denis Letailleur
    Denis Letailleur
  • jean pinson
    Le 23 Juillet 2006 à 21 h 31 min

    monsieur
    Les violences dans les banlieues ont porté sur le devant de la scène une réalité cachée : les conflits ethniques en France. Mais cette mise en lumière s’est immédiatement accompagnée d’une surinterprétation idéologique et médiatique : l’explication des violences ethniques par les « discriminations ».
    Porté par les « médias centraux », relayé par les deux chefs de l’exécutif (Chirac/Villepin), soutenu par l’éminence grise du patronat (Bébéar), le thème de la « discrimination » est devenu une bombe à fragmentation pour l’identité française.



    Explications :

    1. La culpabilisation

    Par un formidable retournement dialectique, les violences ethniques du Ramadan 2005 n’ont pas conduit à la mise en cause des communautés dont étaient issus, pour l’essentiel, les émeutiers, mais à la mise en accusation de la majorité – française, européenne, chrétienne – qui a fourni les victimes (les deux morts d’Epinay et de Stains, notamment). Jugés objets de discriminations, les coupables ont été ainsi promus victimes et porte-paroles des communautés d’origine. Jugées auteurs de discriminations, les victimes ont été déclarées coupables et se sont fait faire la leçon par les « autorités morales » médiatiques et politiques. Comme si la discrimination n’était pas un phénomène social naturel que toutes les communautés pratiquent, consciemment ou non, et pas seulement la communauté majoritaire !

    2. Les réparations

    Le « diagnostic » une fois posé, la solution en a découlé : déverser des dépenses supplémentaires sur les banlieues et reprendre massivement le financement d’associations artificielles (190 millions d’euros de crédits nouveaux pour commencer) et de faux emplois. Ainsi « la révolte de l’économie de rente » devient rentable pour ses auteurs puisqu’elle augmente la rente dont ils bénéficient. Et là où elle devrait imposer davantage d’exigences, la communauté publique offre davantage de moyens. Au sens moral comme au sens économique, les contribuables français se trouvent d’ailleurs placés dans une logique de « réparation ». De même que l’Allemagne déclarée coupable de la première guerre mondiale (comme elle le fut à nouveau en 1945) avait été condamnée à « payer » des réparations (Traité de Versailles), aujourd’hui les forces vives, déclarées coupables de discrimination à l’encontre des jeunes des banlieues, se voient surtaxer. Au risque de handicaper encore davantage l’économie française dans la compétition mondiale.

    3. La négation de l’histoire

    Symboliquement, l’année 2005 a été marquée par la participation de la France, à travers son vaisseau amiral, le « Charles de Gaulle », à la commémoration de la défaite de Trafalgar, et par son absence à la commémoration de la victoire d’Austerlitz. La signification de ce double choix est forte.

    C’est d’abord la reconnaissance de la victoire des thalassocraties anglo-saxonnes : car les guerres napoléoniennes, ce sont moins les guerres de la France contre l’Europe coalisée que l’expression fatale et récurrente du conflit du continent contre l’Angleterre, de la terre contre la mer, des producteurs contre les marchands.

    C’est ensuite un détournement de sens. Contrairement à ce qu’affirment bruyamment quelques associations noires extrémistes, le bilan de Napoléon ce n’est pas d’avoir, aux marges de son empire, rétabli l’esclavage, son œuvre, c’est d’avoir assuré la synthèse entre l’Ancien Régime et la Révolution et légué à la France un mode d’organisation sur lequel elle vit encore largement aujourd’hui à travers son Code civil et ses institutions administratives.

    Il ne faut pas non plus négliger la profondeur du mythe napoléonien, en France comme en Europe, ainsi salué par Frédéric Nietzsche dans « Le Gai Savoir » : « Ce sera à Napoléon qu'un jour on reconnaîtra le mérite d'avoir restitué à l' “homme” en Europe la supériorité sur l'homme d'affaires et le Philistin […] Napoléon, qui tenait la civilisation avec ses idées modernes pour une ennemie personnelle, s'est affirmé par cette hostilité comme l'un des plus grands continuateurs de la Renaissance ; c'est lui qui a ramené au jour tout un morceau de nature antique, le morceau décisif peut-être, le morceau de granit » (http://leventmauvais.hautetfort.com/).

    4. Le vol de la mémoire

    De plus en plus tourné vers la seule lecture culpabilisante du passé, la France a multiplié les lois mémorielles : en 1990, la loi Gayssot sur la « Shoah » ; en janvier 2001, la loi sur la reconnaissance publique du génocide arménien ; en mai 2001, la loi Taubira de reconnaissance de la traite océanique et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité ; en février 2005, l’amendement Vanneste sur la reconnaissance du rôle positif de la présence française outre-mer.

    Dix-neuf historiens de premier plan se sont prononcés, le 12 décembre 2005, pour l’abrogation de ces lois, selon eux, « indignes d’un régime démocratique » et de rappeler dans un texte fort et dense que « l’histoire n’est pas une religion. L’histoire n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabou. L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner, il explique. L’histoire n’est pas l’esclave de l’actualité. L’historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n’introduit pas dans les événements d’autrefois la sensibilité d’aujourd’hui » !

    Logiquement ce texte aurait dû conduire à l’abrogation des quatre lois visées. Tel ne sera pas le cas. Une seule le sera, celle qui visait à protéger la mémoire de l’œuvre française outre-mer. Au-delà des péripéties politico-médiatiques, la signification de cet événement est claire : il n’y a de mémoire (en tout cas de mémoire protégée) que s’agissant de minorités ; la majorité, elle, malgré une histoire différente, riche, complexe et parfois contradictoire, n’a pas le droit à d’autre mémoire que celle des minorités.

    Alors que toutes les civilisations ont pratiqué l’esclavage et que seule la civilisation européenne l’a aboli, seuls les Européens doivent expier ! Et subir le ressentiment historique des autres.

    5. La fin de la raison d’État

    Dans ce contexte de culpabilisation et de judiciarisation, la vie des services de l’Etat, en 2005, aura été marquée par trois événements majeurs : la mise en détention préventive d’un policier ayant participé à la répression des émeutes de Seine-Saint-Denis, la mise en garde à vue du général Poncet et de son adjoint le colonel Burgaud, chefs de la force Licorne en Côte d’Ivoire, et leur mise en examen pour complicité dans le meurtre d’un coupeur de route ivoirien ; et la mise en cause – pour complicité de génocide, cette fois – des troupes françaises au Rwanda.

    Certes, si l’Etat a le monopole de la violence légitime, il doit la contrôler et éviter les débordements injustifiés. Pour autant, peut-on envisager durablement de tout déballer sur la place publique ? Peut-on accepter sans graves dommages de « lâcher » des hommes qu’on a exposés dans des situations difficiles ? Peut-on conduire une guerre uniquement en respectant le Code pénal ? Peut-il y avoir encore un Etat sans raison d’Etat ? Il est clair qu’aujourd’hui encore toutes les grandes puissances (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie, Chine, Inde) – sauf la France – répondent non à ces questions. En répondant oui, les autorités françaises satisfont peut-être l’appétit immédiat des médias mais elles risquent de se heurter demain à des difficultés majeures lorsque leurs forces de l’ordre seront engagées face à des émeutes plus dures que celles de l’automne dernier, ou lorsque leurs forces armées conduiront de par le monde des actions de rétablissement de la paix, voire des opérations spéciales, contre des milices d’ensauvagement.

    6. La fin de l’élitisme républicain

    Chaque pays a son mode de sélection des élites. L’Angleterre a ses collèges et ses universités, la Russie, ses grandes universités et ses académies, les Etats-Unis d’Amérique leurs grandes universités et l’accaparement des élites du reste du monde ; la France, elle, a l’élitisme républicain structuré autour des classes préparatoires, des grandes écoles (publiques et privées) et des grands corps. Le système a sans doute ses imperfections ; il a aussi sa force, une sélection sévère fondée sur des critères, certes, imparfaits mais objectifs et connus ; il a aussi son efficacité, car ce qui reste aujourd’hui de puissance française ou euro-française – dans le nucléaire, l’énergie, l’espace, l’aéronautique, l’optique, les télécommunications et l’armement – est le produit de ce système de sélection.

    Or l’élitisme républicain est aujourd’hui fortement menacé. Au motif que l’Education nationale ne remplit plus, à la base, c'est-à-dire dans les écoles primaires et les collèges, son rôle de détection des enfants capables, et de promotion sociale des plus méritants, on reproche au système des classes préparatoires d’être discriminatoire. Et pour y faire face les autorités politiques et patronales préconisent la « discrimination positive », ce qui revient à remplacer le système imparfait du concours par la faveur et la combine ; et à privilégier la Seine-Saint-Denis sur le Rouergue.

    7. Quelles causes ? Tyrannie médiatique, tyrannie des minorités, tyrannie culpabilisatrice

    L’ampleur des bouleversements en cours doit conduire à s’interroger sur les causes.

    La première cause est l’abdication de tous les pouvoirs devant la tyrannie médiatique : ce qui détermine les actions et les prises de position des hommes politiques comme des grands patrons, ce sont désormais les exigences de la « communication » ; on ne décide plus de ce qui est bon, on décide de ce qui est bien communicable.

    La deuxième cause est la tyrannie des minorités : celles-ci sont visibles et revendicatrices alors que la majorité est à la fois silencieuse et invisible.

    La troisième cause est la tyrannie culpabilisatrice : les forces les plus nombreuses (la majorité d’origine européenne et chrétienne, les familles), les forces les plus puissantes (la technostructure issue des grands concours) sont paralysées par la culpabilisation, elle-même conséquence de la tyrannie des minorités et de la tyrannie médiatique.

    8. Quelles réponses : la réponse électorale ?

    La première réponse envisageable est la réponse démocratique, la réponse politique. Aujourd’hui les victimes de l’évolution actuelle en termes économiques, fiscaux, sociaux, culturels et sentimentaux sont encore majoritaires en France. Il pourrait donc y avoir une réponse en terme électoral. On peut d’ailleurs penser que les événements de 2005 font pencher la balance électorale vers la droite identitaire et sécuritaire et que le total des voix Le Pen/Sarkozy/Villiers sera sûrement élevé en 2007. Mais l’exercice électoral est strictement cadré par la sélection médiatique préalable :
    – avant le premier tour, par la répartition des rôles : protestataire radical d’un côté, homme de gouvernement responsable, c'est-à-dire sensible à l’humeur médiatique, de l’autre ;
    – après le premier tour, par l’interdiction formelle de toute coalition de deux électorats partageant pourtant des « valeurs communes » selon l’expression de Charles Pasqua… en 1988 !

    9. Quelles réponses : la conscientisation des forces vives ?

    Le second type de réponse est plus qualitatif ; il vise à recenser les forces vives qui ont un intérêt matériel ou sentimental à l’existence de la France à travers son identité et ses institutions, et à les conscientiser.

    Ces forces sont nombreuses et influentes. Prenons quelques exemples :

    Un patron de grande entreprise française, présente à l’internationale, voit de facto sa position affaiblie dans le monde anglo-saxon et dans le monde tout court quand le gouvernement de son pays participe à la commémoration de Trafalgar et boycotte celle d’Austerlitz ; un patron de PME voit sa liberté réduite quand le libre choix de ses collaborateurs s’amenuise sous l’effet des dispositions antidiscriminatoires et que les dépenses d’immigration et d’intégration qu’il finance augmentent ; un ingénieur issu d’une grande école ne peut que déplorer la remise en cause du modèle qui lui a permis de faire ses preuves et dont il espère souvent qu’il sélectionnera ses enfants ; un chercheur qui s’exprime en français ne peut que déplorer l’abaissement de l’image internationale de son pays quand il constate que les communications scientifiques doivent être rédigées en anglais ; un officier ne peut que souffrir quand il voit l’action de ses pairs mise en accusation sur la place publique.

    La déconstruction de la France nuit à toutes les élites qui la dirigent, qu’elles soient économiques, administratives ou militaires. Encore faut-il qu’elles en soient conscientes et que, en étant conscientes, elles aient le courage d’en tirer les conséquences.

    C’est ici que la formule de Jaurès prend tout son sens : « Il n’y a de classe dirigeante que courageuse. »

    10. Quelles réponses : la décrédibilisation des médias centraux

    Encore faut?il que le courage soit possible !
    De ce point de vue là, la modification du rapport de forces entre les grands médias centraux (télévisions et journaux qui inspirent leur ligne éditoriale) et les médias périphériques (sites, blogs et courriels sur Internet) est déterminante.

    La tendance va évidemment dans le bon sens : la presse écrite recule, les médias audiovisuels se dispersent et Internet se renforce.

    Néanmoins les grands médias conservent l’avantage de la masse et, sur la masse, leur décrédibilisation est aujourd’hui un préalable nécessaire à quiconque espère un changement des paradigmes dominants. Pour que l’estime d’être soi?même remplace le mea culpa universel.



    jean pinson

Ajouter un commentaire

Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
inscrivez vous à la newsletter

Les derniers tweets

Sur Facebook

GALERIE INSTAGRAM

Bordeaux