Blog Notes d'Alain Juppé

Immense déception

Publié le 19/12/2009 par Alain Juppé

Pour tous ceux qui y croyaient (et j’en étais), pour tous ceux qui s’étaient mobilisés depuis des mois, pour tous ceux qui avaient lancé un « ultimatum climatique » aux dirigeants de la planète et qui attendaient une sorte de « big bang » écologique à Copenhague, le résultat de la conférence de l’ONU est une immense déception.

Qu’on en juge: l’accord, si l’on peut parler d’accord, est quasiment vide.

Certes les « parties » affirment leur volonté de limiter le réchauffement de la planète à 2°C. La belle affaire dès lors que cette déclaration de principe n’est accompagnée d’aucun engagement concret! Tout juste l’annonce d’offres nationales de réduction des émissions de gaz à effet de serre. A venir et sans sanction. Un mécanisme de vérification est, lui aussi, annoncé mais ses modalités restent à négocier.

Seul point positif: des chiffres sont avancés pour financer la nécessaire adaptation des pays en développement, premières victimes du dérèglement climatique et dépourvus des moyens d’y faire face: 30 milliards de dollars sur 2010/2012 (dont 10,6 promis par l’Union Européenne, 11 par le Japon et 3,6 par les Etats-Unis), puis 100 milliards de dollars par an à échéance de 2020, grâce à des financements innovants… qui ne sont pas arrêtés.

De nouveaux rendez-vous sont pris pour 2010 à Berlin, puis à Mexico. mais rien n’est prévu pour changer la méthode de négociation qui s’est révélée calamiteuse. Pour avoir passé deux jours dans le centre de conférence de Copenhague, le Bella Center, j’ai pu mesurer l’ampleur de la pagaille: comment 193 délégations officielles peuvent-elles sérieusement négocier, au milieu de dizaines de milliers de participants/observateurs? La présidence danoise n’est pas seule en cause. C’est l’ONU qui doit revoir ses procédures. On comprend combien il est nécessaire de créer une « organisation mondiale de l’environnement » digne de ce nom. Hélas! la proposition portée par la France n’a pas été retenue. Demain, les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets.

Le Président Sarkozy a déployé une considérable énergie pour « désembourber » la conférence et ses efforts méritent d’être salués. Mais il faut regarder la réalité en face: tout s’est joué dans la confrontation entre les deux partenaires qui sont à la fois principaux responsables de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, et détenteurs de la puissance économique, voire politique dans le monde recomposé: les Etats-Unis d’un côté, la Chine et l’Inde de l’autre. Obama, prisonnier de son Congrès, a manqué l’occasion d’entraîner la planète vers un autre modèle de développement. La Chine s’est montrée à la fois consciente des enjeux, y compris pour sa propre survie, mais fortement allergique à toute contrainte internationale, fût-elle librement consentie. L’Europe, hélas! n’a pas vraiment pesé, faute de vraie conviction partagée;

Et maintenant? Ne pas désespérer. Les seuls moments stimulants que j’ai vécus à Copenhague ont été les rencontres du Sommet des Maires. Une centaine de maires de grandes villes à travers la planète (dont Bordeaux) ont échangé leurs expériences et comparé leurs projets. Un seul slogan : »Cities act ». Les villes agissent. Je suis convaincu depuis longtemps que tout commence par le « local », sur le terrain, par la modification de nos comportements au quotidien. Nous allons continuer et amplifier nos politiques de développement durable, dans leurs trois composantes: écologique, économique et sociale.

Moments rafraîchissants également que les deux heures passées au Forum Climat organisé par les ONG. Et, finalement, moins brouillon que la conférence officielle. Il y a dans la « société civile » des trésors de générosité et de foi, laquelle, comment chacun sait, peut soulever des montagnes

Mais on ne peut évidemment se passer du « global ». Un nouveau combat commence. Les plus déterminés doivent se regrouper pour repartir à l’assaut des conservatismes et des inconsciences.

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2 commentaires pour « Immense déception »
  • berel
    Le 05 Janvier 2010 à 14 h 09 min
    Attention, le commentaire ci-dessus et jusqu'à un certain point la vision de M. Juppé - opportune et sûrement exacte dans le "ressenti" puisqu'il a été à Copenhague - me semblent quand même négliger quelques points d'importance:
    1) Ce n'était pas une conférence "pour discuter" ou "pour faire le point", comme un aréopage de scientifiques pourrait s'y livrer : il y a pour cela les sessions du GIEC. Non, il s'agissait bien d'une conférence décisionaire à caractère politique, en l'occurence la "COP 15" de la Conférence des Etats parties à la convention sur les changements climatiques de 1992 / Protocole Kyoto de 1997. Il y avait un ordre du jour qui n'a pu être honoré ni satisfait. Et une décision qui reste en suspens: que faire après 2012, date-butoir de l'application du protocole de kyoto ? Il s'agissait de dessiner ce paysage post-kyoto, ce qui n'a pas été fait, en dépit de l'urgence.
    2) Précisément, quand il est apparu qu'aucune décision de fond ne serait prise, les pays en développement - îliens en tête, puisque les plus exposés à la montée des eaux - ont suggéré en substance: "dans ce cas, décidez au moins de PROLONGER le protocole de Kyoto, disons jusqu'en 2018". Cette proposition n'a pas été retenue. Or, en l'absence d'une prolongation de Kyoto, la communauté internationale en reviendrait à la substance de la "vieille" convention de 1992, qui est un accord-cadre. Pour etre concret, elle ne prévoyait rien du tout. Ce scénario, à l'évidence, correspond assez bien aux intérêts du tandem Chine - Etats-Unis. Plus qu'un échec, pour l'instant, Copenhague illustre donc une REGRESSION à un stade antérieur.
    3) il faudrait certes coupler les négociations à celles relatives à la "gouvernance environnementale internationale". Mais c'est là un autre serpent de mer affreusement complexe sur le plan diplomatique: il a fait l'objet de cinq tentatives de réforme multilatérale, dont une à laquelle vous avez été étroitement associé, M. Juppé: je songe bien sûr à la Conférence de Paris de 2007. Celle-ci a permis de cristalliser les "amis de l'ONUE", qui ont tenu si je ne m'abuse une série de réunions, ayant finalement convergé à l'ONU elle-même engagée dans l'élaboration d'une résolution de l'assemblée générale sur le sujet. Las,on ne sait ce que sont devenus ces "amis" - une cinquantaine d'Etats aujourd'hui largement dispersés, et qui ont peut-être d'autres chats à fouetter. Pourriez-vous d'ailleurs nous dire s'il y a du nouveau sur ce terrain ? Je me suis efforcé d'y voir clair, mais c'est fort difficile, en l'absence (évidemment) de couverture journalistique...

    Bonne année à tous, nonobstant Copenhague !
    berel
  • Vincent Portier
    Le 21 Décembre 2009 à 20 h 08 min
    Il faut raison garder...La Conférence de Copenhague est finie. A juste titre, si une conférence est de mettre sur la table un sujet il me semble évident que son but premier n'est pas une prise de décision mais un moment de réflexion. Dans ce sens, cette conférence est le troisième pion avancé dans la partie d'échec qui oppose l'homme et son environnement, la Terre. Si aucune décision utile n'était à attendre de ces 10 jours je dirais que la partie va être longue... 20 ans,50 ans,le temps d'épuiser nos ressources actuelles mais heureusement pas notre intelligence et notre désir d'exister .


    Copenhague a eu le mérite de faire descendre le débat dans la rue, sur nos écrans, bref dans la société mais l'objectif est impossible à atteindre pour le moment, et pour cause, la croissance des uns ne peut se faire par un mouvement de levier sur la décroissance des autres .Le non développement des pays pauvres mais esclaves des pays riches ne peut être admissible au regard des Droits de l'Homme. Demander à la Chine de rester à une voiture pour cinquante habitants pour limiter l'industrie n'est pas humainement acceptable. Demander aux Etats Unis, à l'Inde, à la Chine de stopper demain matin la production de charbon est techniquement impossible. Mieux vaut donc pour l'instant utiliser le temps qui nous sépare de Mexico en 2010 pour que l'exigence écologique marque des points et que la recherche reste sous pression pour donner une réponse à l'exigence humaine à savoir le même droit pour tous. Le droit à la nourriture, le droit à un toit, le droit à la médecine, le libre accès à l’information en bref le droit à la liberté. L'homme doit se respecter pour respecter son environnement .

    Je vous laisse méditer pour nous "homosapiens"cette citation de Gandhi: “Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l’homme, mais pas assez pour assouvir son avidité.”
    Vincent Portier

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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