Blog Notes d'Alain Juppé

La fin des paysans n’est pas pour demain

Publié le 16/10/2010 par Alain Juppé

Bordeaux a accueilli le 12 et 13 octobre le congrès d’InVivo, premier groupe coopératif agricole français.

J’ai bien aimé le discours introductif de son président, Michel Fosseprez, construit autour de trois mots clefs: économie, écologie, agronomie. Economie et écologie ensemble, a-t-il insisté à plusieurs reprises. Et agronomie, c’est-à-dire recherche scientifique, innovation technique comme solution à l’apparent dilemme économie ( il faut produire ) et écologie ( mais il faut produire autrement ).

Le président m’a remis un petit livre collectif, publié sous la direction de Jean-François Gleizes, sous le titre « La fin des paysans n’est pas pour demain ». J’en ai déjà lu le premier article, signé par Dominique Moïsi, universitaire, politologue comme il se présente lui-même, spécialiste des relations internationales. C’est une analyse brève et lumineuse de l’état du monde. J’y retrouve des idées que j’ai souvent développées, ici ou dans mes derniers livres. Mais je préfère citer D. Moïsi:

« Pour la première fois depuis le milieu du XVIIIème siècle, le monde n’est plus exclusivement dominé par l’Europe ou l’Occident. Nous avons non seulement perdu le monopole de la puissance mais encore celui des modèles » (je dis souvent des valeurs).

Ou encore: « Le monde est en train sous nos yeux de passer du moment unipolaire américain à une nouvelle forme de multipolarité qui n’est pas synonyme d’ordre mais de désordre sinon de chaos. »

Mais le plus intéressant dans l’article, c’est la place que D. Moïsi fait à l’agriculture dans ce nouveau contexte géopolitique:

« L’agriculture est bien au coeur des enjeux économiques, écologiques, sociétaux et stratégiques de demain. » Ne serait-ce que parce qu’elle devra nourrir 9 milliards d’êtres humains en 2050.

Ce qui conduit Moïsi à nous poser la question suivante:  » Et si l’agriculteur et l’agriculture étaient sur le point de redevenir des cartes maîtresses de la France dans un monde en pleine transformation, au même titre que l’énergie nucléaire, l’industrie du luxe et le train à grande vitesse »?

Il suffit de poser la question pour tenir la réponse: l’Europe est la première puissance agricole du monde, grâce notamment à la France qui est toujours le second exportateur mondial de produits agricoles et alimentaires, derrière les Etats-Unis, mais devant le Canada et le Brésil, lequel Brésil fait des efforts colossaux pour prendre la première place. En 2008, l’excédent agroalimentaire pesait 9,3 milliards d’euros dans une balance commerciale française qui perdait globalement 55 milliards…

Par une sympathique coïncidence, notre ministre de l’Agriculture, Bruno Lemaire, était hier à Bordeaux. Nous avons parlé de la bataille qu’il mène à Bruxelles, avec un grand talent, pour convaincre nos partenaires que la réforme de la PAC doit nous permettre de continuer à investir massivement dans l’agriculture européenne, c’est-à-dire dans l’avenir.

NB : ce blog n’est pas un acte de candidature au ministère de l’agriculture. Le « mercato » ministériel qui sévit actuellement (différence avec le mercato du foot professionnel: il n’y a pas de primes de transfert…) frise le ridicule, pour ne pas dire l’indécent.

Partager cet article

2 commentaires pour « La fin des paysans n’est pas pour demain »
  • andré copé
    Le 20 Octobre 2010 à 12 h 29 min
    juppé va etre président devant le front national,comme en 2002!!!
    andré copé
  • Georges de Wailly
    Le 16 Octobre 2010 à 19 h 55 min
    Bonsoir Monsieur Juppé
    Je lis : « En 2008, l’excédent agroalimentaire pesait 9,3 milliards d’euros dans une balance commerciale française qui perdait globalement 55 milliards… »
    Tout est dit en une phrase !
    Mais le plus intéressant dans votre exposé est cette phrase : “Le monde est en train sous nos yeux de passer du moment unipolaire américain à une nouvelle forme de multipolarité qui n’est pas synonyme d’ordre mais de désordre sinon de chaos.”
    Et hasard du Calendrier : Benoit Mandelbrot est mort, hier !
    En fait, avec le développement des nouvelles technologies, l’humanité est en train de muter. Les sociétés, à l’origine tribales ont évolué tout doucement vers la notion de pays. Le chef de tribu a évolué vers le seigneur féodal puis vers l’homme politique. Avec internet, tout ce modèle de développement qui a évolué doucement pendant des millénaires est en train de se désagréger.
    Un système qui était linéaire est en train de devenir fractal et ceux qui réussiront sont ceux qui ont la culture appropriée pour appréhender ce changement de paradigme. Et c’est le cas des Asiatiques ! Leur logique est plus proche du TAO que la notre !..
    Pour ce qui est de l’avenir de l’agriculture en France, je ne me fais pas de souci à court terme. Mais il ne faut pas oublier que des pays comme l’Ukraine vont jouer un rôle croissant dans les années à venir. La solution passe par une différentiation et par une économie intégrant plusieurs sources de revenus. J’ai une question : Combien y a-t-il de fermenteurs de déchets verts en France et combien y en a-t-il en Allemagne ? Quelles sont les productions comparées de méthane ? Je pourrais vous poser une bonne vingtaine de questions du genre qui tendraient à démontrer que le problème ne vient pas des solutions techniques mais des mentalités. Et quelles que soient les cultures et les societes, c’est en général l’évolution de ces mentalités qui freine l’activité économique.
    Cordialement,
    Georges de Wailly

Ajouter un commentaire

Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
inscrivez vous à la newsletter

Les derniers tweets

Sur Facebook

GALERIE INSTAGRAM

Bordeaux