Blog Notes d'Alain Juppé

La France dans la tourmente

Publié le 14/11/2013 par Alain Juppé

La France est dans la tourmente. On entend, on lit partout les mêmes mots: exaspération, colère, jacquerie… Ce matin, dans le Figaro, un historien se demande même: « Sommes-nous vraiment en 1789? »

Gardons notre sang-froid. La France n’est pas au bord de l’effondrement. Plus que jamais, je suis convaincu que notre pays a de puissants atouts pour le moyen-long terme : une économie qui se classe dans les six ou sept premières du monde, une épargne abondante, une démographie positive, des infrastructures dont peu de pays développés sont dotés, un système éducatif qui laisse hélas! trop de jeunes sur le bord de la route mais dont les filières d’excellence sont parmi les meilleures du monde, une jeunesse enthousiaste qui ne demande qu’à entreprendre et innover , pour peu qu’un système fiscal confiscatoire cesse de la pousser à s’expatrier… Et puis la France est belle et attire les visiteurs du monde entier.

Je ne sous-estime certes pas les difficultés du court terme. D’autant qu’à la stagnation économique qui dure s’ajoute maintenant une crise politique majeure. Les errements du parti socialiste au pouvoir ont ruiné la confiance; la crédibilité du Président et du Gouvernement est gravement entamée. Ils ne sont plus crus quand ils annoncent le redémarrage de la croissance et l’inversion de la courbe du chômage.

Comment en sortir?

Certains suggèrent une dissolution de l’Assemblée Nationale. Je ne pense pas que F. Hollande se laissera prendre par un vertige suicidaire. Les spéculations selon lesquelles une cohabitation lui permettrait de se refaire une santé avant l’échéance de 2017 relèvent plus, selon moi, de la politique du café du commerce que d’une analyse sérieuse.

Changer de Premier Ministre et de gouvernement? Sans doute le Président choisira-t-il le moment qu’il jugera le plus favorable. L’effet sera médiatique et ne durera pas plus de quelques jours.

Il faut, en vérité, un changement complet de politique.

Sur les interrogations les plus fondamentales qui nourrissent aujourd’hui l’anxiété française, nos concitoyens attendent des réponses durables qui remettent de la visibilité et de la stabilité dans les esprits. Sur l’Europe d’abord, la clarification de nos objectifs s’impose d’urgence pour réconcilier les Français avec une construction qu’il est à la fois difficile et absolument nécessaire de conforter. J’y reviendrai. Il serait lourd de conséquence de ne pas faire ce travail de clarification avant les élections européennes de mai prochain.

Ensuite, ce que j’appellerai la pérennité française qui, dans l’esprit d’un nombre croissant de nos compatriotes est désormais en question. Là encore, un travail de fond est nécessaire pour fixer le cap et redonner confiance. On voit bien les lignes de force: la France, c’est une histoire qu’il faut transmettre, c’est une culture qu’il faut partager, c’est une langue qu’il faut promouvoir, et c’est la République dont les fondements sont intangibles, à commencer par la laïcité.

Dans l’immédiat, le changement de politique doit se concrétiser dans deux domaines prioritaires:

– en premier lieu, la politique économique. Il faut choisir. Le choix de l’efficacité pour créer de la richesse et des emplois à partager, c’est l’économie de marché et l’esprit d’entreprise. Il faut donc cesser de stigmatiser les entreprises et les entrepreneurs, par des discours agressifs ou par des amendements provocateurs; il faut décréter une pause fiscale en termes crédibles et élaborer, en concertation, un plan pluriannuel de baisse des charges qui alourdissent le coût du travail (dont il faut acter une bonne fois pour toutes qu’il est plus élevé en France que chez nos principaux concurrents de l’OCDE). Même chose en matière de normes et de réglementations qui asphyxient l’initiative: moratoire immédiat et plan pluriannuel de simplification pour redonner du champ à la négociation collective et à la liberté contractuelle, y compris en matière de durée du travail.

Autant que les mesures elles-mêmes (et il faudrait aussi parler formation et innovation pour remettre nos entreprises en situation de compétitivité), ce qui comptera, je le répète, c’est la visibilité et la stabilité des règles du jeu.

– Deuxième domaine de changement prioritaire: les finances publiques. Nous devons absolument arrêter la spirale des déficits et de l’endettement… et ne pas laisser entendre qu’après tout nous pourrions nous affranchir de cette exigence de bon sens. Mais, pour atteindre l’objectif, la voie de l’augmentation des prélèvements obligatoires est désormais bouchée. Le ras-le-bol fiscal est tel que même des réformes pertinentes dans leur principe (je pense à l’écotaxe et à la TVA compétitivité-emploi) ne sont plus acceptées. Il ne reste donc que la maîtrise des dépenses publiques qui demande des décisions très courageuses: effectifs et statut des fonctions publiques, accélération de la réforme des retraites qui a été édulcorée, dégressivité de l’indemnisation du chômage couplée avec une réforme en profondeur de la formation professionnelle, simplification du « millefeuille » territorial par le rapprochement de la région et du département  et la mutualisation des compétences dans le bloc communal, la liste n’est pas exhaustive.

Nous avons encore un gros travail d’approfondissement et de pédagogie à faire pour bâtir une alternative crédible.

Nous avons aussi à dissiper l’idée tenace, y compris dans les milieux économiques, que le précédent gouvernement n’a pas fait différemment que l’actuel. Un petit travail de mémoire serait utile à ce propos : les pôles de compétitivité, le crédit impôt-recherche, le programme des investissements d’avenir, la défiscalisation des heures supplémentaires, la suppression des cotisations de la branche famille payées par les entreprises par transfert sur la TVA compétitivité-emploi, à quels gouvernements doit-on ces excellentes mesures?

Mais, regardons devant nous. Le vrai changement, au bout du compte, ce sera le retour de la confiance. Confiance des Français dans un gouvernement crédible, confiance de chaque Français en lui-même et dans les chances de la France.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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