Blog Notes d'Alain Juppé

La ligne de crête et le précipice

Publié le 05/04/2012 par Alain Juppé

Le candidat du parti socialiste à l’élection présidentielle propose aux Français « le changement maintenant ». Ce slogan me paraît à la fois d’une grande banalité et d’une inquiétante ambiguité. Car changer pour changer n’a évidemment aucun sens. Ce qui importe, c’est de savoir si l’on va changer en mieux… ou si le changement risque d’aggraver la situation présente. Or il suffit de lire le programme de « la première année du changement » que vient de publier F. Hollande pour comprendre que, s’il était appliqué, fût-ce partiellement, la France irait rapidement dans le précipice.

Ce programme constitue en effet un cocktail explosif. D’un côté, une addition vertigineuse de dépenses supplémentaires: augmentation immédiate de l’allocation de rentrée scolaire, programmation de 60 000 postes d’enseignants, création de 150 000 emplois aidés et du contrat de génération, recrutement immédiat de fonctionnaires pour la sécurité et la justice, remise à plat de la réforme des retraites, plan « massif » de rénovation thermique des logements… etc  La liste, qui n’est pas exhaustive, est impressionnante. Les experts la chiffrent à plusieurs dizaines de milliards d’euros. En face , zéro économies! On va même jusqu’à arrêter la RGPP, c’est-à-dire le passage au peigne fin des dépenses de l’Etat que nous menons depuis plusieurs années. Pas un mot sur les dépenses des collectivités locales. Pas un mot sur les comptes sociaux. Ah! si: j’oubliais! Réduction de 30% de la rémunération du chef de l’Etat et des membres du gouvernement. Mesure sympathique en effet, qui rapportera de l’ordre de … 2 millions d’euros par an. De qui se moque-t-on? La seule issue, ce sera le matraquage fiscal et social  pour tenter de boucher une partie du précipice budgétaire qui s’annonce.

Deuxième ingrédient du cocktail: la remise en cause du traité européen que M. Hollande s’obstine à appeler le « Traité de stabilité » et dont le vrai nom est « Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance » . Cette dénonciation est inutile car, comme la France et l’Allemagne, et d’autres Etats membres l’ont demandé, la Commission prépare par ailleurs des mesures complémentaires d’encouragement à la croissance. Mais surtout elle est extrêmement dangereuse car elle risque de bloquer l’entrée en vigueur du « Mécanisme européen de stabilité » qui constitue le parefeu contre d’éventuelles nouvelles crises de dette souveraine.Les marchés sont à l’affut. Ils détestent, on le sait , l’instabilité et l’imprévisibilité. Or c’est exactement ce que provoquerait l »initiative du candidat socialiste s’il était élu.

Nous sommes en train de sortir de la crise, grâce aux programmes nationaux de maîtrise des déficits et de l’endettement, très douloureux dans certains pays. Et aussi grâce aux deux traités dont la négociation a été si laborieuse et n’aurait pas abouti sans l’énergie de N. Sarkozy. Mais la situation reste fragile. Nous sommes sur la ligne de crête. La moindre embardée nous fera quitter la route et nous conduira au précipice. C’est le moment, pour les Français, d’ouvrir grand les yeux sur les scenarios qui les attendent. Le changement façon socialiste est un risque majeur qu’il ne faut pas prendre.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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