Blog Notes d'Alain Juppé

La plus grande ferme

Publié le 25/02/2015 par Alain Juppé

7 heures d’affilée hier à marcher de hall en hall, dans le parc des expositions de la porte de Versailles.

Bovins , ovins , caprins , viande équine , volailles , fromages , fruits et légumes en tour Eiffel , vins  (de Bordeaux bien sûr : bonjour mes viticulteurs ), bières , jus , lait … sans oublier les produits de nos outre-mer , c’est la grande fête de l’agriculture française. La foule, les « selfies », les poignées de main, les dégustations solides et liquides, les rencontres avec les dirigeants agricoles… Merci à Hervé Gaymard, Dominique Bussereau, Benoît Apparu, Luc Guyau  notamment de m’avoir accompagné.

J’ai à peine ressenti la fatigue. C’est que je me sens à l’aise au milieu de nos paysans. Ce sont des hommes et des femmes habitués à travailler rude, ils aiment ce qu’ils font, leur terre, les animaux qu’ils apprêtent pour le concours avec un mélange de fierté et de modestie. Ils parlent vrai . Le « bling-bling » n’est pas de leur monde . Ils sont capables , lorsqu’ils se mettent en colère , de céder à la violence . C’est le revers de la passion qu’ils ont pour leur métier . Mais leur syndicalisme reste responsable et constructif . Beaucoup de jeunes veulent s’installer, et se forment avec application ; l’enseignement agricole est un de nos fleurons . Je suis frappé par leur ouverture d’esprit : ils raisonnent global , ils sont passionnés d’innovation , les technologies numériques n’ont aucun secret pour eux. Le salon du machinisme agricole est révélateur : les tracteurs et autres engins sont de plus en plus connectés ; la quantité d’intrants nécessaire est minutieusement dosée, ce qui est bon pour le compte d’exploitation comme pour le respect de l’environnement . Bientôt des drônes surveilleront l’évolution des récoltes. Ils parlent de convergence entre économie et écologie . Nous avons besoin d’eux : ils nous nourrissent ; ils donnent à la France son visage séculaire . Ils ont besoin de se sentir compris et défendus. C’est qu’ils sont à la peine.

Je retiens , de tous nos échanges , trois messages essentiels:

–  » Nous sommes accablés de normes , règlements , contrôles en tous genres . Il faut arrêter!  » Un exemple caricatural : la « police de l’eau » débarque dans les fermes colt à la ceinture . Pour mettre en  confiance , c’est top ! (Le gouvernement vient d’annoncer qu’un terme serait mis à ces comportements).

– « Les administrations nationales font de la surenchère sur les décisions de Bruxelles . Arrêtez de désigner l’Europe comme la source de tous nos maux . Vous apportez ainsi de l’eau au moulin du FN. Posez plutôt en principe qu’aucune norme nationale ne doit être plus stricte que la norme européenne correspondante. »

– « Ne faites pas preuve d’angélisme dans la négociation du traité de libre-échange avec les Etats-Unis . Certes il peut nous ouvrir des marchés outre atlantique . Mais attention à ne pas fragiliser certaines productions nationales , celle de viande bovine par exemple . Les Américains sont passés maîtres dans l’art de se protéger sans le dire ».

Et puis un leit-motiv que j’entends depuis … 30 ans : « la grande distribution nous étrangle en tirant sans cesse sur les prix » . Pourtant , le consommateur d’aujourd’hui est de plus en plus attentif à la qualité des produits et à leur origine . Il y a encore beaucoup à faire pour structurer les filières et développer les circuits courts.

Il faut aider nos agriculteurs . Ils sont une chance pour la France qui est une grande puissance agricole mais qui hélas! depuis quelques années cède du terrain, non seulement par rapport à certains pays émergents mais même à nos voisins allemands, plus compétitifs . L’enjeu, c’est  notre capacité exportatrice, c’est notre sécurité alimentaire, c’est l’équilibre de nos territoires . Le malaise du monde rural ne se résume pas à la question agricole. Mais sans exploitations agricoles , notamment de type familial , notre ruralité perdrait son âme.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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