Blog Notes d'Alain Juppé

Langue de bois

Publié le 19/04/2012 par Alain Juppé

J’écoute, ce matin, sur France Culture, un débat entre commentateurs politiques sur la campagne présidentielle. Consensus des participants: aucun candidat ne parle des problèmes de fond, aucun ne trace de perspective à moyen/long terme sur l’avenir de la France, de l’Europe et du monde.

Hier, à Toulouse, en meeting avec F. Fillon et F. Baroin, devant près de 1500 personnes, je suis longuement revenu sur la vision de l’Europe que N. Sarkozy a donnée dans son discours de Villepinte, il y a quelques jours.

Une Europe forte, a-t-il dit,  capable de protéger ses peuples et son modèle économique et social dans le nouveau monde où nous vivons.

C’est-à-dire une Europe qui a des frontières et qui les fait respecter (réforme de Schengen); une Europe décidée à faire valoir ses intérêts économiques et sociaux dans un système international ouvert (mise en oeuvre du principe de réciprocité, que la Commission vient de valider, à la demande de la France);une Europe en croissance qui investit dans la recherche et l’innovation, dans de grands projets d’infrastructures, mais aussi dans le soutien à ses PME et dans la formation des ses jeunes (programmes demandés par la France et l’Allemagne à la Commission); une Europe qui s’affirme non comme spectateur mais comme acteur sur la scène mondiale (poursuite de nos efforts pour renforcer la politique de sécurité et de défense commune, partenaire de l’OTAN, sur la base des décisions prises en décembre dernier à notre initiative; présence diplomatique collective comme sur le dossier iranien, ou les sanctions vis à vis de la Syrie…)

Une Europe qui invente une nouvelle gouvernance, alliant la méthode communautaire et la légitimité des Chefs d’Etat et de Gouvernement (gouvernement économique de la zone euro enfin acté dans les récents traités; gouvernement politique de la zone Schengen demandé par la France).

Bref, un projet cohérent et ambitieux qui mériterait de longs développements.

Tout cela échappe naturellement aux « commentateurs », qui bavardent à longueur de journée dans le poste, qui n’ont que rarement assisté à un meeting politique, qui ne voient dans les projets politiques que ce qu’ils décident d’y mettre, bref qui sont enfermés dans la citadelle parisienne de leurs certitudes et de leurs a priori.
Je sais qu’en écrivant cela , je m’expose à une volée de bois vert de la part d’une corporation qui ne se remet jamais en question. Peu importe. Je dis ce que je pense. Je n’ai rien à perdre et rien à gagner.

Pour aggraver mon cas, j’ajouterai qu’en 30 ans de vie politique, je n’ai jamais vu un tel engagement partisan de la classe médiatique contre un candidat honni, en faveur d’un futur Président unanimement considéré comme déjà sacré.

Les peuples aiment rarement qu’on décide à leur place. C’est ce qui fonde mon optimisme.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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