Blog Notes d'Alain Juppé

Laudato si’

Publié le 30/07/2015 par Alain Juppé

Le pape François a donné pour titre à sa dernière encyclique les premiers mots d’un cantique de Saint François d’Assise :  » Loué sois-tu mon Seigneur » . Le message est clair : c’est une ode à « sœur notre mère la terre, qui nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe. » C’est aussi un cri « en raison des dégâts que nous lui ( = à la  terre) causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. » Le sous-titre est explicite : »Sur la sauvegarde de la maison commune. ».

L’encyclique est un beau texte, d’un style simple et pédagogique, très documenté.  Sa première partie , intitulée : « Ce qui se passe dans notre maison », est un constat percutant qui pourrait servir de discours d’introduction à la prochaine conférence des Nations Unies sur le climat (COP 21).

Bien sûr , le Pape donne une profondeur religieuse à sa réflexion et un fondement théologique à son plaidoyer écologique. Il faut préserver la nature qui nous environne parce que c’est une création de Dieu .

Mais « dire CRÉATION , c’est signifier plus que NATURE parce qu’il y a un rapport avec un projet de l’amour de Dieu dans lequel chaque créature a une valeur et une signification.  »

« Chaque créature » , ce qui  » ne signifie pas que tous les êtres vivants sont égaux ni ne retire à l’être humain sa valeur particulière, qui entraîne en même temps une terrible responsabilité  » . Le Pape affiche avec force l’obsession qui traverse toute l’encyclique : la dénonciation des inégalités et de la pauvreté dont il fait une composante essentielle de son « écologie intégrale » . Il ajoute : « Il est vrai que nous devons nous préoccuper que d’autres êtres vivants ne soient pas traités de manière irresponsable . Mais les énormes inégalités qui existent entre nous devraient nous exaspérer particulièrement, parce que nous continuons à tolérer que les uns se considèrent plus dignes que les autres. »

D’où son extrême sévérité contre ce qu’il appelle les « mythes de la modernité » : l’individualisme , le progrès indéfini , la concurrence , le consumérisme, le marché sans règles … Ou encore : « L’économie assume tout le développement technologique en fonction du profit , sans prêter attention à d’éventuelles conséquences négatives pour l’être humain . Les finances étouffent l’économie réelle. »

Ce qui ne le conduit pas, contrairement à ce que j’ai entendu dans la bouche de certains lecteurs , à rejeter en bloc la science et la technique bien au contraire, je le cite : « La science et la religion qui proposent des approches différentes de la réalité peuvent entrer dans un dialogue intense et fécond pour toutes les deux. »

Quant à la technologie, « elle a porté remède à d’innombrables maux qui nuisaient à l’être humain et le limitaient. » Mais l’homme doit la maîtriser et la mettre à son service , sinon  » ce qui est en jeu dans la technique , ce n’est ni l’utilité ni le bien-être mais la domination ».

J’ai été sensible à l’éloge qu’il fait de valeurs fondamentales que croyants et non-croyants peuvent partager : la famille , « lieu de la formation intégrale » ; le travail , « chemin de maturation , de développement humain et de réalisation personnelle » ; ou encore la sobriété qui n’est pas une vie de « basse intensité mais tout le contraire ». Pour le Pape François, « on peut vivre intensément avec peu  surtout quand on est capable d’apprécier d’autres plaisirs et qu’on trouve satisfaction dans les rencontres fraternelles , dans le service , dans le déploiement de ses charismes , dans la musique et l’art , dans le contact avec la nature , (et bien sûr , remarque ajoutée  par moi) dans la prière . » Il donne cette définition du bonheur :  » Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent , en nous rendant ainsi disponibles aux mutiples possibilités qu’offre la vie ». Il recommande de « prêter attention à la beauté et (à) l’aimer , (ce qui ) nous aide à sortir du pragmatisme utilitariste ».

Il y a encore beaucoup à puiser dans « Laudato si' » , qu’on soit chrétien ou non. Je terminerai mon survol par cette citation … qui pourrait inspirer les États participants de la prochaine COP 21 :

« La façon correcte d’interpréter le concept d’être humain comme seigneur de l’univers est plutôt de le considérer comme administrateur responsable. »

 

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3 commentaires pour « Laudato si’ »
  • Paul
    Le 30 Juillet 2015 à 16 h 47 min
    Il y a 6 ans vous étiez particulièrement virulent à l'égard de Benoît XVI. Aujourd'hui vous écrivez votre réflexion sur une encyclique (effectivement très intéressante du reste). Le Pape François, que vous semblez préférer à Benoit XVI n'est en rien différent sur le fond de son prédécesseur (et il a bien raison) notamment sur les sujets qui vous avez fait réagir à l'époque. Alors que faut-il comprendre ? Un changement d'avis, de l'électoralisme ?
    Paul
    • Alain Juppé
      Le 30 Juillet 2015 à 17 h 31 min
      Quelle tristesse de vous voir raisonner ainsi! D'abord je n'ai jamais été "virulent" vis à vis de Benoit XVI , simplement en désaccord sur une de ses déclarations maladroites . Ensuite il faut avoir de sacrés œillères pour ne voir aucune différence entre Benoit XVI et François ! Essayez d'être un peu moins agressif dans vos réactions.
      Alain Juppé
  • Le à h min
    • Alain Juppé
      Le 30 Juillet 2015 à 17 h 32 min
      sacrées bien sur !
      Alain Juppé

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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