Blog Notes d'Alain Juppé

Le gaz russe

Publié le 07/01/2009 par Alain Juppé

La Russie va-t-elle couper l’approvisionnement en gaz des pays européens? Allons-nous subir les dommages collatéraux de son affrontement à la fois économique et politique avec l’Ukraine?

Pour nous rassurer, nous pourrions nous dire que ce n’est pas la première crise de ce type et que le bras de fer finit toujours par déboucher sur la négociation.                                                                                                          Nous pourrions aussi relativiser notre dépendance vis-à-vis du puissant Gazprom: les importations de gaz russe des 27 Etats membres de l’Union Européenne ne représentent que 7% de leur consommation d’énergie.

Nous aurions grand tort cependant de pratiquer la politique de l’autruche et de fuir nos propres responsabilités. Car, ce qui nous rend vulnérables aujourd’hui et nous rendra plus vulnérables encore demain, c’est notre incapacité à définir et à mettre en oeuvre une politique énergétique cohérente et donc efficace.

On en voit bien les priorités.Et la Commission a fait des propositions pertinentes. Mais c’est la volonté commune qui manque.

Pour diversifier nos sources d’énergie, nous ne pourrons d’abord pas nous dispenser d’un recours accru au nucléaire. Ce n’est pas LA solution, mais il n’y a pas, pour les 50 ans qui viennent, de solution sans cela. Première pomme de discorde entre Européens. La coalition CDU-CSU/SPD en Allemagne y reste hostile.

Il faut ensuite concrétiser notre engagement de développer les énergies renouvelables, jusqu’à ce qu’elles représentent 20% de nos besoins. Les techniques sont au point (solaire, éolien, « hydrolien », biomasse). Mais nous n’avançons pas assez vite dans la mise en oeuvre concrète. Ici c’est la France qui est à la traîne.

Il faut aussi, et j’en ferais volontiers la priorité des priorités, économiser l’énergie que nous gaspillons allègrement, dans les transports, l’habitat ou la production, qu’elle soit industrielle ou agricole. Des progrès sont en cours mais la marge de manoeuvre est encore considérable.

Il faut évidemment investir fortement dans la recherche qui nous permettra de développer des énergies vraiment nouvelles, non polluantes et, on peut l’espérer, inépuisables. Le projet international Iter qui explore les voies de la fusion nucléaire est, à terme de quelques décennies, prometteur.

En attendant, nous ne pouvons pas nous passer des énergies fossiles dont de nouveaux gisements peuvent être exploités. Mais à condition d’accentuer notre vigilance et nos efforts d’innovation pour éviter les désastres écologiques. Je pense par exemple à l’utilisation massive du charbon en Chine. A quand des centrales au charbon propres, assurant la capture et le stockage du CO2?

En attendant, l’Europe a d’autres moyens de peser face à la Russie. Certes nous avons besoin de lui acheter du gaz et du pétrole. Mais elle besoin de nous en vendre!  Le journal Le Monde relève, dans un article daté du 8 janvier, qu’en dehors de son marché domestique, la Russie écoule la quasi-totalité de sa production gazière en Europe. Elle cherche d’ailleurs à multiplier les tuyaux, les gazoducs qui lui permettront de diminuer sa propre dépendance d’acheminement. D’où l’idée du « partenariat stratégique » Europe/Russie qui reste à l’ordre du jour malgré la crise géorgienne.

La condition sine qua non de réussite d’un tel partenariat est assez évidente: c’est que les Européens constituent un front uni, ou si l’on préfère, un marché unique. Claude Mandil, l’un des meilleurs connaisseurs internationaux des questions énergétiques,affirme, toujours dans les colonnes du Monde, que « l’achèvement du marché intérieur est prioritaire. » Hélas! il suppose une convergence politique qui n’existe pas. Si, un jour, nous manquons de gaz russe, ne cherchons pas « à qui la faute ». Ce sera la nôtre.

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8 commentaires pour « Le gaz russe »
  • loco
    Le 10 Janvier 2009 à 03 h 35 min
    Oui au nucléaire comme production d'énergie électrique à soutenir plus que jamais pour 2 ou 3 décennies.
    Le gaz naturel venant partiellement de Russie ne risque pas d'être un outil de chantage politique car la Russie a besoin de l'Europe et ne peut donc risquer l'embargo.
    L'énergie éolienne ou photovoltaïque, à partir de produits importés et à forte énergie pour les développer a un temps de retour trop long dépassant la durée de vie prévisible des équipements. D'autre part les conditions de rachat actuelles par EDF vont bientôt être revues.
    Les maisons à énergie positive, pour les mêmes raisons que cité plus haut, nécessitent une forte dépense d'énergie pour fabriquer les composants générant des temps de retour par l'économie réalisée beaucoup trop long actuellement, même avec les aides.
    Le "développement durable" est un concept d'élaboration industrielle différente de ce que nous faisons traditionnellement. Il faut repenser les secteurs, les cibles et les produits qui permettent de réduire les énergies dépensées à tous les stades et les impacts sur l'environnement. C'est une nouvelle production industrielle!
    loco
  • victor
    Le 09 Janvier 2009 à 13 h 09 min
    Tout à fait d'accord! Nous devons tous optimiser nos consommations energétiques.
    Faire l'effort et l'évaluer objectivement pour valoriser tout investissement individuel ou collectif, et persévérer dans ce défis; ça va de la chaudière, au reglage du thermostat, à la lampe, à l'écran de veille...et j'en passe.
    J'ai fait l'experience sur un an: -25% de conso; c'est possible, mais -10% c'est déjà bien et plus facilement atteind. Sans oublier que c'est, c'est surtout les messages que nos enfants apprennent à travers nos comportements d'aujourd'hui qui détermineront en partie notre potentiel d'autonomie demain et l'état de notre planète.
    victor
  • loco
    Le 09 Janvier 2009 à 01 h 38 min
    Vous avez raison de dire que le principal gisement est celui des économies d'énergie, celles qu'on ne dépense pas et qui ne polluent pas. Vous avez aussi raison de dire que l'avenir est pour l'instant le nucléaire, pas forcément pour l'habitat ou le tertiaire mais certainement pour l'industrie qui en est grosse consommatrice. Par contre il faut démystifier d'une part les maisons à "énergie positive" comme on les appelle car l'énergie dépensée pour produire et mettre en oeuvre les différents produits ou composants est trop importante et donc peu justifiable économiquement ou énergétiquement. Il en va de même pour un certain nombre de techniques d'énergies renouvelables qui nécessitent beaucoup trop d'énergie pour les produire (éolien, photovoltaîque) et les transporter car ils ne sont pas produits ou peu produits en France. Il n'est donc pas toujours utile de produire de l'électricité facile à transporter si le rendement d'utilisation in fine est de 1% par an de l'énergie dépensée pour construire l'équipement qui dans 15 ou 20 ans sera caduque, alors qu'en plus on ne peut garantir le niveau de puissance ou si on a juste un besoin de chauffage!
    Il ne faut peut-être pas construire sans une "analyse système" crédible plutôt que reprendre ce que l'on a écarté il y a 30 ans quand l'énergie fossile a commencé à devenir chère. Il y a des "professeurs Tournesol" qui se régalent actuellement sur le devenir de concepts peu cartésiens qu'ils désespéraient de voir accepter par des industriels. Alors s'appuyer sur la relance économique pour accentuer le développement durable, oui, mais pas avec n'importe quoi!
    loco
  • sedfleck
    Le 08 Janvier 2009 à 22 h 48 min
    Ce jeudi 8 janvier 2009, Alain Juppé, maire (UMP) de Bordeaux, présentait ses vœux à l’ensemble de la presse. Des vœux pour une année « éco-citoyenne » comme il se plaît à dire. Des vœux par voie électronique, car les cartes en papier « qui encombrent nos boîtes aux lettres » ne le sont pas, « éco-citoyennes ».

    Pour l’ancien premier ministre, « face à la crise, la solution est le tonus, mais aussi la fraternité. » Fraternité et solidarité qui poussent le maire de Bordeaux à vouloir, pour le « respect de la diversité », la création d’une « salle sur l’esclavage » au Musée d’Aquitaine, la conclusion d’un accord avec la Halde (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) et l’instauration d’une « Journée nationale des naturalisés ». Une journée dont le but affiché est de permettre à ceux-ci – de 100 000 à 150 000 étrangers obtiennent chaque année la nationalité française – de « se sentir Français. » Parce que ce n’est pas déjà le cas ?
    sedfleck
  • houssaye.michel
    Le 08 Janvier 2009 à 20 h 46 min
    pas d éolien dans les energies renouvable
    houssaye.michel
  • jojo
    Le 08 Janvier 2009 à 20 h 45 min
    cette affaire fait la polémique des journaux ,cependant la france a encore des ressoures pour un certain moment
    jojo
  • Jonathan FANARA
    Le 08 Janvier 2009 à 10 h 46 min
    Intéressant. La présidence tchèque a pris les devants, mais l'on sait combien il est difficile de parler d'une seule voix pour l'Union Européenne. Il me semble que les pays européens fonctionnent déjà par fournisseurs multiples. Reste donc le problème des pays de l'Est qui, eux, lient leur quotidien énergétique au bon vouloir des Russes.

    Développer les énergies propres est inévitable. A terme, lorsqu'elles seront rentables, tous en feront une affaire personnelle...
    Jonathan FANARA
  • viv
    Le 08 Janvier 2009 à 01 h 18 min
    les lampes dites à economie d'énergie donnent une lumiere lugubre et changent les couleurs-ce ne sont que des néons- elles sont très chères et ne durent pas autant que ça, la durée ne compense pas le prix, et faire de la bicyclette c'est bien lorsqu'on est jeune et qu'il fait beau, il existe des cycle à 4 roues que certaines villes mettent à la disposition des personnes à mobilité réduite mais, celà n'existe pas à bdx, dans le sud-est de la france des cycles à 4 roues, à batteries sont mises à la disposition des personnes à mobilité réduite dans la journée, celà existera-t-il sur bdx?
    viv

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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