Blog Notes d'Alain Juppé

Le génocide du Rwanda

Publié le 01/03/2010 par Alain Juppé

A l’occasion du tout récent voyage de notre Président de la République à Kigali, la France et le Rwanda viennent de se réconcilier. C’est une bonne nouvelle pour les deux pays.

Leurs relations étaient tendues depuis longtemps, et même carrément rompues depuis novembre 2006. Cette rupture faisait suite aux mandats d’arrêt lancés par le juge anti-terroriste français Bruguière contre neuf personnalités rwandaises proches du Président Kagamé; le juge les  soupçonnait d’avoir commandité, en avril 1994, l’assassinat du Président rwandais de l’époque, Juvénal Habyarimana, mort dans un attentat perpétré contre l’avion qui le transportait en compagnie, notamment, de son homologue du Burundi.

Le Président Kagamé contestait formellement cette accusation et mettait en cause, de son côté, les extrémistes hutus qui, par cet attentat, auraient donné le signal du génocide qu’ils préparaient contre les Tutsis. Une commission d’enquête constituée à Kigali a établi et diffusé un rapport qui conclut en ce sens et qui taxe aussi de complicité de génocide plusieurs personnalités françaises dont Hubert Védrine, Edouard Balladur, Dominique de Villepin, François Léotard , moi-même et plusieurs officiers de l’armée française. Sur ce point, le rapport n’est évidemment qu’un tissu d’allégations mensongères. Mais la technique du contre-feu est vieille comme le monde…

Je n’ai, pour ma part, aucun élément qui me permette de trancher entre les deux thèses en présence sur l’attaque de l’avion des Présidents du Rwanda et du Burundi. Je souhaite que la vérité soit faite un jour sur ces événements.

J’ai en revanche quelques convictions précises, voire quelques certitudes sur la politique de la France au Rwanda d’avril 1993 à avril 1995, période où j’ai été ministre des affaires étrangères du gouvernement Balladur, sous la présidence de François Mitterrand.

Ce que je sais, c’est qu’à l’époque, loin de prendre parti pour un camp contre l’autre, le gouvernement français a tout fait pour réconcilier le gouvernement du Président Habyarimana, légalement élu, et le leader du Front Patriotique Rwandais (FPR) , le colonel Kagamé qui, de l’Ouganda où il se trouvait en exil, se lançait dans la reconquête du territoire de son pays. C’est ce qu’on a appelé le processus d’Arusha, du nom de la ville de Tanzanie où se déroulaient les négociations. Ce processus, lancé dès 1992 , a abouti en août 1993 à une série d’accords qui actaient la réconciliation nationale, le départ des troupes françaises présentes au Rwanda, la mise en place d’une force des Nations Unies, la MINUAR, pour surveiller la bonne application de l’accord, et la création d’un gouvernement de transition consacrant la réintégration des exilés tutsis.

Nous avons presque réussi à convaincre les parties de respecter cet accord. Nous avons retiré les forces françaises de l’opération Noroît qui étaient présentes sur le sol rwandais depuis octobre 1990 pour protéger les 600 ressortissants français du Rwanda (à l’exception de 24 coopérants militaires dans le cadre d’un détachement d’assistance technique). Une Assemblée nationale de transition s’est installée en mars 1994. Bref le processus de paix semblait bien engagé… jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994 qui a évidemment ruiné les efforts de la diplomatie française. 

Ce que je sais aussi, c’est que loin de se taire sur ce qui s’est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes. Je l’ai dit le 15 mai 1994 à l’issue de la réunion du Conseil des Ministres de l’Union Européenne à Bruxelles, et de nouveau le 18 mai à l’Assemblée Nationale au cours de la séance des questions d’actualité.

Ce que je sais, c’est que la communauté internationale a fait preuve d’une passivité, voire d’un « aveuglement » scandaleux. Malgré ce qui se passait sur le terrain et que l’on savait, malgré les appels de son Secrétaire général en exercice, Boutros Boutros-Ghali, qui réclamait l’envoi rapide de 5 000 Casques bleus, le Conseil de Sécurité a été incapable de prendre la moindre décision… sauf celle de ramener les effectifs de la MINUAR de 2548 à 270 hommes (21 avril 1994).

Devant la carence de la communauté internationale et les obstacles mis par certaines grandes puissances aux demandes du Secrétaire général de l’ONU, la France a été la seule à avoir un sursaut de courage. J’ai longuement expliqué, à l’époque, l’initiative qui a abouti à l’opération Turquoise, c’est-à-dire à l’envoi d’une force internationale, principalement constituée de militaires français. Le gouvernement français a obtenu le feu vert du Conseil de Sécurité par la résolution  n°929 en date du 22 juin 1994. Le Secrétaire d’Etat américain, Warren Christopher, m’a fait personnellement part de son admiration pour cette initiative de la France.

Ce que je sais enfin, c’est que l’opération Turquoise s’est exactement déroulée dans les conditions fixées par la résolution des Nations Unies. Elle a permis de sauver des centaines de milliers de vies. Je me souviens de l’accueil que réservaient à nos soldats les réfugiés qui fuyaient les combats opposant le FPR (Front Patriotique Rwandais du colonel Kagamé) et les FAR (Forces Armées Rwandaises). Turquoise a également protégé des dizaines de sites de regroupement de civils tutsis et permis  aux ONG d’accéder en toute sécurité à ces populations. Son mandat n’était en aucune manière de faire la guerre, mais de mener une opération humanitaire, nettement définie dans le temps et dans l’espace. Elle l’a remplie dans des conditions qui font honneur à l’armée française et à notre pays. Jusqu’à ce qu’enfin arrivent sur place les Casques bleus de la MINUAR II, fin août 1994.

Tout cela, je l’ai déclaré en détail devant la mission parlementaire sur le génocide du Rwanda qu’a présidée en 1998 M. Paul Quilès. On peut se référer à ses conclusions,  ou , si l’on cherche un texte plus synthétique, à l’article que Paul Quilès a publié le 28 mars 2009 dans le Figaro, sous le titre « Rwanda: cessons de diaboliser la France ». 

Aujourd’hui, il est utile que la France et le Rwanda dissipent les malentendus et se réconcilient. Il reste nécessaire que les coupables de cet abominable génocide soient poursuivis, traduits en justice et châtiés, où qu’ils se trouvent.

Mais il ne serait pas acceptable de ré-écrire une autre Histoire.

Partager cet article

6 commentaires pour « Le génocide du Rwanda »
  • HENRIOT
    Le 06 Mars 2010 à 00 h 04 min
    On ne peut pas se contenter d'édulcorer l'histoire de France de la sorte et de parler d'erreurs à-propos de la politique de Mitterrand au RWANDA !
    La France poursuivait alors des objectifs stratégiques aberrants servis par des moyens criminels (qui veut la fin...)
    Qui savait mieux que personne les risques de guerre civile larvée qui couvaient dans un pays au bord du chaos ? Le gouvernement Balladur a cautionné cette politique cynique dont les ultimes décisions ont été lâches et totalement irresponsables.Il est vrai que l'opinion française était indifférente à cette politique sinistre, inefficace et moralement abjecte.On ne peut que souhaiter que cette génération d'hommes politiques sans courage et sans dignité (de gauche comme de droite)soit percée à jour à l'occasion d'un vrai travail sur ces terribles événements.
    HENRIOT
  • Durieux Dominique
    Le 04 Mars 2010 à 19 h 56 min
    Monsieur le premier ministre
    Il a toujours été extrêmement difficile de pouvoir se faire une idée sur les responsabilités relatives des tutsis et des hutus dans les divers massacres de cette région. Il faut sans doute pour celà étudier la façon dont ont été traités les uns et les autres pendant la période coloniale et peut-être même avant. J'étais pour ma part volontaire du service national au Burundi en 1972 et le mini génocide qui s'y déroula alors ( seulement 100 000 morts!!!),ne sera jamais élucidé. Près de quarante ans plus tard , les tutsis survivants maintiennent que les hutus les ont sauvagement attaqués alors que ces derniers crient à la machination et hurlent encore contre la féroce repression qui s'abattit sur tous ceux qui savaient lire et écrire, l'armée intervenant même dans les classes de sixième pour capturer des enfants hutus que plus personne ne revit .Je constate que les massacres qui reviennent régulièrement depuis cinquante ans entre les deux ethnies sont le fruit d'une haine très profonde dont il faut trouver la cause primaire pour essayer de la faire disparaitre.Hutus et Tutsis sont des gens extrêmement attachants , ils ont la chance d'avoir un climat propice à de bonnes cultures avec l'altitude. Cette région est par ailleurs sublime par la beauté de ses paysages lacustres et montagneux .
    Baudelaire écrivait
    " Afin d'éterniser l'ardeur de notre haine !".Puissent-ils quant à eux exorciser les démons qui les déchirent depuis si longtemps pour vivre enfin en paix!
    Bien respectueusement
    Durieux Dominique
  • Vincent Portier
    Le 04 Mars 2010 à 18 h 11 min
    "Nul n'a le monopole de la souffrance et du malheur."
    Courageuse mise au point que la votre sur ce dossier sombre où je note que la "cohabitation" de la recherche de la place des uns et des autres à montré ses limites.Pour faire sens à votre analyse et finir de rétablir la lumière sur ce massacre historique je vous livre la vision objective d'Hervé Cheuzeville,auteur de "Chroniques africaines de guerres et d'espérance"

    REFLEXIONS SUR LE GENOCIDE RWANDAIS (Hervé Cheuzeville)

    Au Rwanda, Il y a eu un génocide, perpétré par des bourreaux appartenant à des camps différents, dont furent victimes des Rwandais de toutes origines.

    Je rappellerai, pour mémoire, l'enchaînement des évènements qui ont provoqué le drame du Rwanda:

    Le gouvernement du président Habyarimana était, jusqu'en avril 1994, le gouvernement légal du Rwanda, internationalement reconnu. Ce dernier était loin d'être le pire du continent africain. Moins corrompu et beaucoup moins meurtrier que d'autres, il était loin d'incarner un « nazisme tropical » dépeint par certains. N'oublions pas qu'en 1990, la majorité des régimes africains étaient encore soit des régimes militaires, soit des systèmes à parti unique. C'est cette année-là que le discours de La Baule fut prononcé par François Mitterrand, en présence d'Habyarimana. Ce n'est qu'après qu'un vent de démocratisation se mit véritablement à souffler sur l'Afrique. Il n'y avait donc rien d'inadmissible ou d'anormal, à l'époque, à ce que le gouvernement français entretienne de bonnes relations avec le gouvernement rwandais

    La guerre et les massacres n'ont pas commencé en avril 1994, comme on l'entend trop souvent, mais en octobre 1990. Il faut rappeler que cette guerre débuta lorsque des unités de l'armée ougandaise franchirent la frontière entre l'Ouganda et le Rwanda et attaquèrent les positions de l'armée rwandaise. Ces unités ougandaises, composées majoritairement de fils de réfugiés rwandais, établis en Ouganda depuis la fin des années 50, avaient formé le Front Patriotique Rwandais, afin de masquer l'implication ougandaise dans cette invasion. C'est alors que les premiers massacres furent commis. Ils visèrent les populations du nord du Rwanda et furent commis par des éléments de ce FPR que personne ne connaissait encore. Lequel FPR était dirigé par Fred Rwigyema qui, avant le déclenchement de la guerre, occupait les fonctions de vice-ministre de la défense de l'Ouganda. En réaction à ce qui pouvait légitimement être vu, à l'époque, comme une agression militaire venue d'un pays voisin, il n'était pas anormal que la France réponde favorablement à la demande d'aide formulée par le gouvernement légitime d'un pays ami.

    Tout au long de cette guerre, le gouvernement rwandais a été soumis à un embargo de l'ONU sur les fournitures d'armement, alors que l'Ouganda a constamment violé ledit embargo en fournissant secrètement à son allié FPR de grandes quantités d'armes et de munitions, et en lui permettant de maintenir des bases arrières sur son territoire.

    Tout au long de cette guerre, des massacres ont été commis, visant principalement les populations du nord du Rwanda, majoritairement hutu.

    En pleine guerre et sous la pression de la communauté internationale, le président rwandais a été contraint d'introduire le multipartisme dans son pays. C'est cette libéralisation du régime qui a permis l'émergence de mouvements politiques au discours ouvertement racistes et hostiles aux Tutsi. Il faut rappeler que ce sont des Tutsi qui composaient l'essentiel des forces et de la hiérarchie du FPR.

    Le président Habyarimana a signé les accords d'Arusha qui prévoyaient le partage du pouvoir et des élections libres et démocratiques.
    -
    En vertu de ces accords, la France a retiré ses troupes du Rwanda en 1993.

    C'est le président ougandais Museveni, « parrain » du FPR, qui a convoqué le sommet de Dar es-Salam du 6 avril 1994 et qui en a délibérément retardé la clôture. C'est ce retard qui a provoqué le décollage tardif de Dar es-Salam du président Habyarimana, en compagnie de son homologue burundais, et qui fit que leur vol dut entamer de nuit sa procédure d'approche de l'aéroport de Kigali. Cette arrivée tardive a facilité le travail de ceux qui ont perpétré l'attentat contre l'avion présidentiel. Cet attentat coûta la vie aux deux présidents, à plusieurs ministres rwandais et burundais, au chef d'état-major de l'armée rwandaise ainsi qu'à l'équipage français du Falcon 50. Premier attentat de l'Histoire dans lequel périrent deux chefs d'États en exercice, il n'a donné lieu à aucune enquête internationale. À titre de comparaison, une commission d'enquête internationale fut créée après l'attentat qui coûta la vie à Rafik Hariri, alors que ce dernier n'était même plus premier ministre du Liban lors de sa mort.

    L'attentat contre l'avion présidentiel a été immédiatement suivi par deux évènements: le début des massacres à Kigali et la rupture du cessez-le-feu alors en vigueur, par le FPR. Ce dernier déclencha, la nuit même de l'attentat, une offensive générale contre les Forces Armées Rwandaises. Les massacres de Kigali visaient les Tutsi et les opposants au gouvernement, essentiellement des Hutu. Ces massacres s'étendirent, dans les jours et les semaines suivantes, à la quasi totalité du territoire encore tenu par les forces du gouvernement de Kigali. D'une ampleur inégalée, ils se sont poursuivis durant les cent jours dramatiques qui ont séparé l'assassinat d'Habyarimana de la prise de Kigali par le FPR (avril-juillet 1994). Cependant, alors que ces épouvantables massacres étaient commis en zone gouvernementale, d'autres, tout aussi épouvantables étaient commis par les éléments du FPR au fur et à mesure de leur avance.

    Dès le déclenchement des massacres de Kigali, en avril 1994, la France a demandé au Conseil de Sécurité des Nations Unies de renforcer le contingent de casques bleus présents au Rwanda. Les États-Unis, qui s'opposèrent à cette requête, exigèrent au contraire l'évacuation des forces onusiennes. Tout au long de ces dramatiques cent jours, la France a continué à demander l'envoi d'une force internationale qui aurait permis l'arrêt des massacres. Ce n'est que fin juin que la voix de la France fut entendue et que l'Opération Turquoise put enfin avoir lieu, trop tard malheureusement pour des centaines de milliers de victimes. Cette opération militaire ne couvrit qu'une petite portion du territoire rwandais, dans le sud-est du pays. Trop tardive et trop limitée dans le temps et dans l'espace, elle permit malgré tout de mettre fin aux massacres dans cette zone. Certes, l'arrivée des soldats français ne mit pas un terme immédiat et absolu aux tueries, et on peut bien sûr le regretter. Un semblant d'ordre fut cependant progressivement rétabli et l'Opération Turquoise a indéniablement sauvé la vie de dizaines de milliers de Rwandais, Tutsi et Hutus: Tutsi en mettant un terme aux agissements des massacreurs interahamwe, Hutu en stoppant la progression du FPR. Les États-Unis et l'ONU portent donc une lourde responsabilité dans les évènements d'avril-juillet 1994: si le contingent des casques bleus avait été renforcé, comme le demandait la France, au lieu d'être réduit, l'ampleur des massacres, leur étendue et leur propagation auraient certainement été plus réduites.

    Malheureusement, après la victoire du FPR, les massacres ont continué, visant essentiellement les Hutu, commis par les forces du nouveau régime. On se souviendra, entre autres, de la tragédie de Kibeho, entre le 18 et le 22 avril 1995, lorsque l'armée de Paul Kagame massacra les déplacés du camp, comme en témoignèrent les soldats de l'ONU présents sur place. Ce massacre qui fit au moins 8000 victimes civiles, fut loin d'être un cas isolé, et ses instigateurs n'ont jamais été inquiétés.

    À partir de 1996, la tragédie rwandaise fut exportée au delà des frontières, lorsque l'armée de Paul Kagame envahit le Zaïre voisin et donna la chasse aux réfugiés rwandais qui y avaient trouvé refuge. Selon les chiffres du HCR, ce sont 200 000 réfugiés hutu qui ont disparu durant cette offensive, la plupart massacrés par l'Armée Patriotique Rwandaise. Il conviendrait aussi d'évoquer les millions de morts congolais, victimes directes ou indirectes de cette guerre qui n'en finit pas, depuis 1996. Cette guerre est une conséquence directe des évènements du Rwanda de 1990-94.
    Lors du procès que SOS Racisme intenta au journaliste Pierre Péan, auteur d'un livre remarqué sur le génocide rwandais, Dominique Sopo osa déclarer: « Évoquer le sang des Hutu, c'est salir le sang des Tutsi ». Curieuse phrase sortie de la bouche du dirigeant d'une organisation à vocation anti-raciste. Le sang des Tutsi aurait-il plus de prix que celui des Hutu? Nicolas Sarkozy semble malheureusement lui avoir donné raison, en écrivant la phrase suivante, dans le livre d'or du mémorial du génocide, lors de la visite qu'il y fit le 25 février 2010: « Au nom du peuple français, je m'incline devant les victimes du génocide des Tutsi ». En s'exprimant de la sorte, le président français a « tribalisé » la commémoration des victimes du génocide. Il aurait dû rendre hommage aux victimes du génocide rwandais: cela aurait inclus toutes les victimes, qu'elles fussent tutsi, hutu ou twa.

    Il est indéniable que la France a commis des erreurs au Rwanda. La cohabitation entre François Mitterrand et le gouvernement d'Édouard Balladur durant cette période a certainement compliqué les prises de décisions politiques, diplomatiques et militaires, et a nui à la cohérence de ces dernières. Mais les allégations venant de Paul Kagame et de ses relais français selon lesquelles la France aurait directement et délibérément participé à la préparation et à l'exécution du génocide rwandais m'ont toujours profondément révolté.



    Il devient de plus en plus difficile d'évoquer le tragédie rwandaise. Lorsqu'on le fait, on court le risque d'être taxé de « négationnisme » par les porte-voix du dictateur de Kigali, tant au Rwanda qu'en France. Paul Kagame, qui a pourtant commencé cette guerre et qui a participé au génocide, semble inattaquable. Une certaine presse, un certain réseau d'activistes, voudraient le présenter comme étant l'homme qui a mis fin au génocide. Rien ne saurait être plus loin de la vérité. Si Paul Kagame avait continué à occuper son poste de chef de la DMI2, les services secrets de l'armée ougandaise, au lieu de se lancer dans cette tragique aventure, le sang n'aurait pas autant coulé au pays des mille collines.
    Pour que le Rwanda panse ses profondes plaies, il faudra que soient reconnues et commémorées toutes les victimes de la tragédie qui l'a frappé durant la dernière décennie du XXè siècle.

    (26.02.10)
    Hervé Cheuzeville oeuvre dans l'humanitaire depuis plus de trente ans et depuis 1989, vit en Afrique, et plus particulièrement au Soudan, au Malawi, en République Démocratique du Congo et en Ouganda.

    Durant ces nombreuses missions humanitaires, Hervé Cheuzeville a rédigé des chroniques sur son vécu qui ont fait l'objet d'édition.
    Vincent Portier
  • CelineElias
    Le 04 Mars 2010 à 14 h 21 min
    Monsieur,

    Je vous recommande chaudement de lire "Génocidé" de Révérien Rurangwa, si vous ne l'avez déjà fait.
    Bien sûr, il s'agit du récit d'un rescapé Tutsi, qui a vécu l'horreur et en a réchappé mutilé à jamais et, par voie de conséquence, ce récit ne peut être neutre.
    Mais je ne peux personnellement pas comprendre comment la France s'est impliquée comme elle l'a fait sans avoir essayé de sauver ceux qui pouvaient l'être. Je ne vous jette pas la première pierre, Monsieur Juppé. Le dossier était complexe, j'en suis consciente, et nul ne pouvait alors savoir où était la vérité des faits.
    Pour autant, quand le génocide fut constaté, pourquoi n'avoir pas cherché plus avant à faire le jour sur la réalité des faits au lieu d'ouvrir un couloir - humanitaire ? - qui permit aux tortionnaires de s'échapper ?
    Je sais qu'il est toujours plus facile de juger l'Histoire que d'y participer.

    Ne diabolisons pas la France mais cessons aussi de lui trouver des excuses inacceptables. L'erreur - et vous êtes le premier à le savoir et à le reconnaître - est humaine quand les temps sont troubles et qu'il est difficile d'avoir une vision objective et globale des faits.

    Vous avez raison, il ne faut pas changer cette Histoire. Il faut au contraire s'en imprégner et ne pas oublier qu'on peut encore tuer son voisin par délit de faciès ou par jalousie. Il faut condamner les génocidaires, fermement, à La Haye, devant des Tribunaux internationaux qui n'auront nulle complaisance à leur égard. Tout ne s'excuse pas.
    Quant à votre rôle et celui de la France en 1994, le mieux qu'il me semble à faire est de pourchasser et conduire les "Mengele rwandais" devant la justice. Qu'ils soient punis pour ce qu'ils ont fait. Qu'ils puissent regarder en face un Révérien et lui demander pardon. Parce que ça, Monsieur Juppé, ça ne doit pas passer au travers des mailles de l'Histoire. Si la France veut, ainsi que l'a déclaré le Président Sarkozy, s'amender de façon juste et équitable (ou au moins essayer), voire honorable, elle doit s'investir dans la chasse aux génocidaires quand ceux-ci vivent à l'abri sur son sol.

    Dernier point, en sus : l'ONU a commencé à ne plus avoir aucun pouvoir en 1994. Aujourd'hui, on a l'impression que cette belle organisation est une façade, une coquille quasiment vide, où l'on ne fait que prêcher sans avoir force de décision et d'action. C'est bien dommage...
    CelineElias
  • Lucrèce
    Le 02 Mars 2010 à 17 h 01 min
    Tintin au Pays des Bantous.
    Si la France peut s'honorer d'avoir réagi sous la forme d'une opération humanitaire qui avait le mérite de panser quelques blessures du génocide ;et de constituer un sursaut de prise de conscience de l'ampleur de la tragédie;il n'en demeure pas moins que son rôle -avant et pendant le début du massacre- a été un échec ,par une succession de dysfonctionnements diplomatiques, militaires et de coopération;dans un contexte de cohabitation qui ne pouvait qu'aggraver les dysfontionnements entre cellule africaine de L'Elysée,Matignon, Ministère de la Coopération et quai d'Orsay.Cf les conclusions de la mission de 1998 conduite par "Robespaul",qui par souci de ménager les uns et les autres ,s'est montré moins enclin à couper les têtes que d'habitude...Sous-estimation du caractère raciste du Gouvernement Habyarimana, de la préméditation du génocide,du caractère fragile des accords d'Arusha,insuffisance du renseignement pendant le déroulement des massacres,notamment sur la responsabilité du GIR (dont certains membres ont-ils été reçus-ou non- à Orsay après le 12 avril?).
    Lire et relire les conclusions de la Mission Parlementaire, et constater que ses propositions (contrôle du parlement sur les actions extérieures,etc..) ont à ce jour peu été suivies...
    Enfin, une pensée pour les familles des militaires et membres d'equipage français morts dans l'attentat du 6 avril 1994(àpasser aux profitset pertes de la Françafrique).et bien sûr pour les milliers de petits Ban-tustsis découpés à la machette par des Ban-hutus ivres de haine remontant à des decennies .
    Lucrèce
  • seb
    Le 02 Mars 2010 à 16 h 53 min
    Que j'apprécie votre clarté ! Et, par contraste, quelle pauvreté d'analyse chez nos journalistes, prompts à reprendre les "bons" mots et à enfler les polémiques, mais si peu soucieux de la recherche de vérité !
    seb

Ajouter un commentaire

Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

Les derniers tweets

Sur Facebook

GALERIE INSTAGRAM

Bordeaux