Blog Notes d'Alain Juppé

Lectures

Publié le 07/09/2009 par Alain Juppé

Parmi les livres lus cet été, un étrange roman de Pascal Mercier, « Train de nuit pour Lisbonne », traduit de l’allemand par Nicole Casanova ( 10/18, domaine étranger). 

Le « héros », prof. de langues anciennes dans un établissement de Berne, laisse du jour au lendemain tomber ses élèves, ses collègues, bref sa vie quotidienne pour partir à la recherche d’un auteur portugais, Amadeu de Prado dont il a, par hasard, découvert un ouvrage dans une librairie proche de chez lui. Et, bien sûr, c’est aussi une quête de lui-même qui le conduit à Lisbonne, à Coimbra et autres lieux.

Ce qui m’a accroché, ce sont les pages magnifiques qu’il extrait du livre de Prado et qu’il cite abondamment, dont celle-ci:

« Qui voudrait sérieusement être immortel? Qui voudrait vivre de toute éternité? Comme cela doit être insipide et ennuyeux de savoir: ce qui se passe aujourd’hui, ce mois-ci, cette année, ne joue aucun rôle. Vont venir encore un nombre infini de jours, de mois, d’années. Un nombre infini, littéralement. S’il en était ainsi, quelque chose importerait-il encore? Nous n’aurions plus besoin de compter avec le temps, nous ne pourrions rien laisser échapper, nous ne devrions plus nous presser. Il serait indifférent que nous fassions quelque chose aujourd’hui ou demain , complètement indifférent. Des milliers d’occasions manquées ne seraient rien en face de l’éternité, et les regrets n’auraient pas de sens, car il nous resterait toujours le temps de rattraper ce que nous avons perdu. Nous ne pourrions même pas vivre au jour le jour, car ce bonheur se nourrit de la conscience du temps qui passe, le flâneur est un aventurier en face de la mort, un croisé contre le diktat de la hâte. Quand il y a toujours et partout du temps pour tout: où y aurait-il encore de la place pour la joie de gaspiller le temps? » 

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4 commentaires pour « Lectures »
  • jd
    Le 09 Septebmre 2009 à 20 h 24 min
    Connaître l'éternité c'est être parfait, être fait de part en part. Quel ennui au final ! Seul Dieu le père est parfait, et Napoléon disait que cette place là, lui, il n'en aurait voulu pour rien au monde. De toutes façons, tout cela est bien impossible et renvoie Kant et ses petits copains aux oubliettes.
    Bon, faudrait pas attaquer cette rentrée un peu trop fort, préservons nos forces.
    Moi, j'ai lu le bouquin de Olivier de Kersauson. Un caractère de cochon, ce type mais j'ai encore en tête ses lignes sur les îles du Pacifique. J'vous garantis qu'avec çà, la reprise de septembre est difficile. Vraiment.
    jd
  • vincent portier
    Le 09 Septebmre 2009 à 18 h 05 min
    Donc Bonne Fête
    A propos d'immortel Je vous laisse méditer en ce jour de la Saint "Alain" la phrase écrite par André Malraux dans son livre "Les Chaînes de la Liberté"

    "Il existe une forme de la foi vivant à l'état de nature chez ceux qui on le privilège de la posséder.On peut la qualifier d'enfantine,de rudimentaire..."
    "Venue du fond des âges et des consciences,elle a résisté aux assauts de la raison pure,du doute métaphysique,des scepticismes,de la libre pensée,du ou des marxismes.Rien ne l'explique.Elle existe pourtant.
    Parfois,elle a à faire front;souvent,elle subit;toujours elle tient...
    Elle façonne un type d'hommes ou de femmes,pour lesquels l'existence de Dieu paraît une évidence aussi naturelle que d'avoir un père ou une mère.
    Cette forme de croyance soutenait de Gaulle de toute sa puissance granitique."
    vincent portier
  • MHDE
    Le 08 Septebmre 2009 à 21 h 57 min
    Ce billet me fait penser à cette phrase qui n'est pas de moi : " parce qu'il m'arrive de confondre les livres et la vie? que je ne vois pas toujours de frontières entre les rêves et la vie"...
    est ce qu'Alain juppe a lu l'élégance du hérisson ?
    MHDE
  • Lucrèce
    Le 07 Septebmre 2009 à 23 h 03 min
    Nul orietur...Projeté sur les murs de la chambre d'Arthur à Charleville, le poème "L'éternité" déroule ses pentasyllabes,comme cette phrase du prédicateur ,gravée au fond de mon Bourdaloue:"Il n'est rien de plus précieux que le temps ,puisque c'est le prix de l'éternité" me rappelle le caractère impérieux des périodes vésicales,le nécessaire a vacuo de ce clepsydre naturel:les rythmes physiologiques aboliront toujours les soifs d'infini.Ces échouages du Bateau Ivre où l'on voudrait "montrer aux enfants ces dorades du flot bleu,ces poissons d'or, ces poissons chantants:des écumes de fleurs ont bercé ces dérades".Comme pour William Blake:"voir un monde dans un grain de sable,et un ciel dans une fleur sauvage,tenir l'infini dans sa paume,et l'éternité dans une heure"
    Avec des pudeurs de jeune fille,Montherlant voyait dans l'éternité l'anagramme d'"étreinte".Pourtant, larguées les amarres,c'est"plus léger qu'un bouchon,dansant sur les flots qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,qu'on peut dériver sans regretter l'oeil niais des falots".
    Mais à quoi bon cet "epoche" Husserlien,ces reflexions métaphysiques dignes des Rocard et Pécuchet de la Commission du Grand Emprunt ou du Leviathan de la taxe carbone, si l'humour d'un Woody Allen (ou bien Franz Kafka?)ne venait malicieusement constater que l'éternité ,c'est long..;surtout vers la fin.
    Lucrèce

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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