Blog Notes d'Alain Juppé

Le Liban libre

Publié le 16/02/2005 par Alain Juppé

Un souvenir, qui commence à dater : c’était en 1994, j’étais à Damas dans le bureau d’Hafez el-Assad qui me recevait en ma qualité de ministre des affaires étrangères français. J’écoutais le vieux président syrien me débiter sa litanie; notre ambassadeur m’avait prévenu: ça peut durer des heures. J’ai profité d’un moment où l’orateur reprenait son souffle pour risquer ma question :
 » Monsieur le Président, quand la Syrie compte-t-elle retirer ses troupes du Liban ? »
Notre ambassadeur me lança un coup d’oeil inquiet. N’étais-je pas à la limite de l’incident diplomatique? Hafez el-Assad poursuivit son discours-fleuve comme si de rien n’était. Je reposai ma question une deuxième fois, sans plus de succès.
La France, depuis des années, milite pour le retour du Liban à sa pleine souveraineté. Nous avons été longtemps seuls à exprimer cette exigence, avec plus ou moins de force selon les périodes.
Le monde ayant changé et la lutte contre le terrorisme étant devenue leur priorité, les Etats-Unis nous ont rejoint dans ce combat. Et nos deux pays ont saisi ensemble le Conseil de Sécurité des Nations Unies qui, par la résolution 1559, a notamment demandé le retrait de toutes les forces étrangères qui sont encore présentes sur le territoire libanais.

Il ne faut pas que l’horrible attentat qui a emporté Rafic Hariri reste sans suite. Les Libanais vont bientôt voter. La communauté internationale, sous l’impulsion de la France, de l’Union européenne, des Etats-Unis, doit les aider à reconquérit leur liberté. Nous le devons à la mémoire de Rafic Hariri.
16/02/05

Partager cet article

6 commentaires pour « Le Liban libre »
  • Philippe Dahbi
    Le 18 Février 2005 à 13 h 37 min
    Bonjour Mr Juppé

    Tout comme vous, j'ai toujours milité pour un Liban libre de toute présence militaire extérieure. J'ai toujours estimmé que la Syrie ne pouvait plus justifier sa présence dès lors que Tsahal avait évacué ses troupes il y a
    plus de 4 ans. Les raisons sécuritaires
    ne tiennent pas la route et on voit bien que la Syrie est contrainte d'user d'une politique de nuisance pour exister sur la scène diplomatique et proche-orientale. Son économie ne survit que grâce au poumon économique que constitue le pays du cèdre. Et sa vaillance guerrière reste á démontrer si ce n'est pour régenter son voisinage. On peut se poser la question : Bachir el Assad doit composer avec une structure policière et sécuritaire qui allait comme un gant à son défunt père. Détient-il la clé du pouvoir ou bien les sécurocrates de Damas lui dictent-il la conduite de affaires du pays ? Ou peut-être serait-ce un subtil double jeu, digne d'un Arafat dans ces meilleurs jours. Toujours est-il que l'attentat dont fût victime l'ancien Premier Ministre libanais R.Hariri nous conduit á regarder du côté de Damas plus que du côté iranien qui détient lui aussi sa "clientèle", en l'occurence le Hezbollah. Notre pays doit jouer un rôle actif pour amener la Syrie à reconsidérer son rôle dans la région. Mais il est vrai que l'évolution en cours au Proche-Orient ( reprise du dialogue israelo-palestinien, chute du régime de S.Hussein en Irak )a de quoi inquiéter Damas. Il ne faut pas oublier que le régime se maintient en place par l'oppression, au profit exclusif de la minorité alaouite ( 13 % de la pop ) à laquelle appartient le Président Assad. C'est un totalitarisme pûr et dûr via le parti unique Baas qui gouverne ce petit pays et qui voit d'un mauvais oeil le vent du changement souffler sur la région. Voilà une occasion pour notre pays d'user d'une diplomatie sans concession, ne serait-ce que pour retrouver une certaine crédibilité dans la région.

    Philippe Dahbi
    Philippe Dahbi
  • D. L.
    Le 17 Février 2005 à 14 h 00 min
    bonjour,

    apparemment, cette question ne pourra pas être dissociée de celle du plateau du Golan. J'entendais récemment un analyste politique dire que la Syrie considérait le Liban comme une monnaie d'échange pour récupérer le Golan (situé il est vrai à une portée de canon de DAMAS).
    D. L.
  • May P.
    Le 17 Février 2005 à 00 h 03 min
    Comme beaucoup de jeunes Libanais de France, l'amour que je voue à ma patrie fait que je suis très touchée par l'attentat de Beyrouth qui nous a valu la perte d'un homme dont on ne peut que saluer l'action, aussi bien en tant que figure dominante de l'opposition que comme entrepreneur dynamique de la reconstruction. Mais, cependant que la tension monte, je me force à adopter un optimisme qui est loin d'être au goût du jour (comment le serait-il....) en espérant que l'opposition ressortira plus soudée que jamais de cette épreuve et que la mobilisation dont semble faire preuve la communauté internationale aboutira à des actions efficaces. J'espère que cet incident sera un déclencheur, afin que la question que vous posiez en 1994 trouve rapidement la réponse que nous attendons. La crise est grave au Liban, mais l'idéalisme de mes 18 ans m'autorise à nourrir cet espoir face à ceux, trop nombreux, qui pensent que le Liban "c'est fini"...il serait inacceptable aujourd'hui que ceux qui ont les moyens d'agir baissent les bras ainsi et laissent une fois de plus la question libanaise inachevée!
    May P.
  • claude vandenbroucke
    Le 16 Février 2005 à 19 h 55 min
    Cher Monsieur,
    Pourquoi aurait-il fallu cette mort, pour qu'enfin, la communauté internationale fasse que le Liban soit rendu à lui-même?!
    Pourquoi tout ce qui va suivre ne serait-il pas comme avant? Pourquoi la France agirait-elle de conserve avec les EU et l'UE pour que la résolution 1559 soit appliquée?
    Peut-être me répondrez vous qu'il ya des croisements dangereux sur toutes les routes, y compris sur celles des relations entre Etats, mais qu'à l'analyse des drames, il n'y a que des conducteurs imprudents. Certes Mr Harriri avait pris des risques dont il connaissait la sanction, sachant de quoi ses ennemis étaient capables. Sommes nous à ce point démunis devant toutes les misères du monde que nous ne puissions ciblées que celles qui nous touchent, juste le temps de les oublier pour une autre?
    Ne pensez-vous pas que la France devrait penser à sortir du cadre confortable du verbe ou la situe désormais son impuissance, pour apporter enfin la preuve de son intérét pour un peuple ami , parfois exemplaire, et pour cette région, la ou elle peut agir à proximité de ses bases? Et pourquoi ne prendrait-elle pas une part majeure dans une force ONUsienne, dont elle réclamerait la constitution immédiate?
    Mieux vaut tard que jamais, certes, mais quel gâchis!
    Avec mes salutations intéressées.
    claude vandenbroucke
  • Pierre Voklin
    Le 16 Février 2005 à 19 h 08 min
    sur de nombreux points du globe, des guerres, des assassinats politiques (et même non politiques), des injustices flagrantes, de la corruption, etc... mais que font les dirigeants des grandes démocraties pour réellement et efficacement s'y opposer : rien, rien et rien, et ça continue au fil des années de guerre en guerre, de meurtre en meurtre, de délit politique en délit politique. Depuis la fin de la guerre d'Algérie, y a-t-il un seul conflit d'importance que la France a contribué à régler dans le monde ? mais de bonnes paroles, on en entend de la part de ceux qui font profession de foi politique, et ce ne sont que de bonnes paroles, et c'est ce que vient de faire monsieur Juppé (pour lequel j'ai pourtant du respect) dans son post sur le Liban.
    Pierre Voklin
  • Caroline Gonot-Schoupinska
    Le 16 Février 2005 à 17 h 34 min
    Cher Monsieur le Premier Ministre,

    Souhaitant transmettre mon soutien
    à tous les Libanais ainsi que mes profondes
    et sincères condoléances à tous les proches de Monsieur Rafic Hariri ; Dont Monsieur le
    Président de la République Française ;
    j'ai souhaité offrir ce poème qui avait été
    distribué déjà en soutien à tous les Libanais
    de France lors des manifestations de
    rassemblement fraternel à nos amis .


    *BEYROUTH *



    Toi , qui pleure depuis si longtemps
    sur la tombe de tes enfants
    ces lourdes larmes ; que font couler le sang !

    Toi , qui succombe de souffrance
    quand tu vois les innocentes victimes , de la violence
    croulées , sous l’impitoyable fer des lances !

    Fâce à tes morts , fâce à ton martyr ...
    Même quand tu n’en peux plus de souffrir ;
    De courage et d’espoirs tu continue de te nourrir ,
    pour retrouver la paix à laquelle tu aspires .

    ... Avec toi , ville d’ancienne prospérité ,
    nombreux sont ceux qui veulent s’allier ;
    pour qu’à nouveau sur ta terre ,
    puissent pousser les fruits de la Liberté *


    Caroline Gonot-Schoupinska...

    * Avec tout mon amour pour le Liban *
    (...1er poème rédigé en 1988 dans l'ouvrage toujours en cours : Les Anges de Métal * )



    Caroline Gonot-Schoupinska

Ajouter un commentaire

Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

Les derniers tweets

Sur Facebook

GALERIE INSTAGRAM

Bordeaux