Blog Notes d'Alain Juppé

L’emploi

Publié le 22/10/2010 par Alain Juppé

La réforme des retraites est une nécessité. Telle qu’elle a été proposée par le gouvernement et amendée par le Parlement, elle est aujourd’hui équilibrée. Aucune solution alternative sérieuse n’est sur la table. J’ai eu l’occasion d’écrire ici combien les déclarations de Martine Aubry étaient en la matière floues et embarrassées. Quand on y regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit que le parti socialiste promet de rétablir, s’il en a les moyens politiques, la retraite à 60 ans… tout en allongeant la durée minimum de cotisation. En somme, partir à 60 ans… avec une retraite minorée! Quant à laisser croire que c’est en taxant « le capital » qu’on trouvera les 40 milliards nécessaires, c’est une supercherie! Le financement de nos entreprises n’y résisterait pas.

Je ne développerai pas davantage les arguments qui militent en faveur de la mise en oeuvre de la réforme. Je voudrais en revanche m’adresser aux jeunes qui manifestent dans les rues de nos villes. L’un de leurs slogans m’a frappé. Je le cite, tel que je l’ai trouvé reproduit dans les colonnes du Monde :

« Pépé-Mémé au boulot, les jeunes au chomdu. On n’en veut pas! »

Je traduis: en prolongeant la durée d’activité des seniors, on enlève des emplois aux jeunes.

Cette affirmation a toutes les apparences du bon sens. Et pourtant, elle est fausse, c’est en tout cas ma conviction. Je trouve, dans la contre-enquête que publie le Monde sur une pleine page de son édition du 21 octobre, des raisons qui me renforcent dans cette conviction. Je vous en suggère la lecture. J’en extrais quelques citations:

« Parmi les trente-trois pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), ceux qui ont le taux d’emploi des seniors le plus élevé sont aussi  ceux où le taux d’emploi des moins de 25 ans est le meilleur. En Allemagne, entre 2003 et 2008, le taux d’emploi des moins de 25 ans a augmenté de 3 points à 70% et celui des plus de 55 ans de 7 points à 75%. En France, le taux d’emploi des jeunes et celui des seniors sont restés désespérément stables. »

Ou encore:

« Penser que l’emploi des jeunes va de pair avec la mise à la retraite des seniors procède d’une vision malthusienne de l’économie ».

« Quand on pousse les seniors hors du marché du travail, il faut payer leurs retraites… Cela accroît la pression fiscale et renchérit le coût du travail. C’est cet enchaînement qui n’est pas favorable à l’emploi des jeunes, très sensible au coût du travail. »

« Quand les seniors travaillent, leurs revenus s’accroissent. Ils soutiennent la demande intérieure, donc l’emploi. »

J’ai bien conscience que ces analyses économiques ne sont pas évidentes. Raison de plus pour en débattre. Ce pourrait être un sujet pour le « Grenelle de l’emploi » dont je suggère la réunion. Je crois, en effet, que la feuille de route du prochain gouvernement, une fois la réforme des retraites acquise, devrait se focaliser sur l’emploi, sur la croissance, sur la redynamisation de l’économie française. Rassembler, pour y travailler, l’Etat, les partenaires sociaux, les collectivités locales, le réseau associatif, les experts… ce qui est la philosophie même de ce qu’on appelle « un Grenelle »,  pourrait être un bon moyen de rétablir le dialogue social.

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6 commentaires pour « L’emploi »
  • Gilles
    Le 24 Octobre 2010 à 09 h 45 min
    Bonjour,

    Je ne réagis pas à cet article mais à ce que j'entends un peu dans tout les médias....
    Et je me pose une question :
    Quelle crédibilité auriez-vous si vous laissiez demain Bordeaux pour allez au gouvernement, après vos déclaration pré-électorales ?
    Je suis convaincu de m'adresser à un des plus grand homme d'Etat que ma génération est connu, j'ai moins de quarante ans. Mais je souhaiterais de tout coeur pouvoir croire en la parole de nos politiques. j'aimerais que soit fini le temps du" les promesses n'engagent que ce qui les écoutent". La jeunesse pourrait ainsi croire en la Politique.....

    Avec tout mon respect et une pointe d'admiration, je vous adresse mes salutations.

    Gilles
    Gilles
  • viv
    Le 24 Octobre 2010 à 00 h 58 min
    les enteprises vont-elles jouer le jeu, ou continuer à mettre les personnes en préretraite ou chomage; un" vieu" coute plus cher qu'un jeune et rapporte moins d'aides.
    viv
  • Vianney
    Le 23 Octobre 2010 à 10 h 45 min
    CQFD.
    Vous dites en termes mieux choisis ce que je tentais d'expliquer dans un commentaire précédent, avec moins de clarté. Je n'ai pas fait l'ENA et je le regrette, mais simplement des études de médecine et le peu que je comprenne en économie me vient de mes lectures.
    Je suis donc comme la plupart des nos concitoyens un néophyte en matière d'économie et beaucoup tentent d'en profiter pour nous faire croire n'importe quoi.
    Puisque tous les économistes semblent s'accorder sur les effets du retard du départ des seniors, prétendre que débaucher ces mêmes seniors plus tôt libérerait des embauches pour les plus jeunes revient donc à faire preuve d'une grande malhonnêteté intellectuelle.
    On peut regretter qu'une telle malhonnêteté ne soit pas un délit, ceci éviterait bien des confusions, débat sans objet et contestations sans fondement !
    Malheureusement (ou heureusement !), nous sommes libres, y compris d'être malhonnête, du moins intellectuellement et beaucoup en abusent sans vergogne et sans remords.

    L'économie n'est pas une science exacte, tout comme la médecine, elle n'est pas non plus un art comme nombre de mes collègues le prétendent à tort, mais une discipline. Ses règles résultent de l'observations des événements et comportements, la plupart de ses données et connaissances reposent sur les statistiques. Il y a finalement beaucoup de points communs entre ces deux disciplines, et le point commun le plus fort est que leur objet est l'homme.
    Finalement, pour éviter ces débats stériles et leurs affrontements sans objet, l'idéal serait donc de donner à chaque citoyen un niveau de formation tel qu'il puisse comprendre et se faire une idée par lui même de la réalité des choses économiques et ne pas être tenté de faire sien des analyses simplistes.
    Il faut donc mettre le paquet sur la formation, plus le niveau moyen monte, moins il y a de place aux débats stériles et plus la maturité de la population permet de mettre en oeuvre des mesures et réformes à condition qu'elles soient justes et efficaces.
    Cordialement,
    Vianney Roger
    Vianney
  • Pierrot
    Le 23 Octobre 2010 à 10 h 45 min
    Monsieur,
    A quoi assistons nous aujourd'hui ? Lors de cette affaire des retraites aucune procédure démocratique n'a été respectée. Répétons le encore une fois le système de nos retraites devait être réformé. Tout le monde le savait majorité, opposition, syndicats, le peuple. Certes mettre tout le monde d'accord est chose difficile tellement l'injustice face à la fiscalité et au travail, à la précarité au logement est flagrante en France (2millions de chômeurs et 4 millions de précaires). La logique aurait voulu un compromis avec les organisations syndicales cela d'autant plus qu'elles y étaient favorable (je ne parle pas du MEDEF qui s'est tiré une balle à retardement dans le pied). C'est suffisamment rare pour être signaler. Le moment s'y prêtait, il fallait du temps, pas 2 mois d'été non, plutôt plusieurs années comme l'on fait les états dont vous faites vos références. Alors que c'est il passé? Tout simplement un déni de démocratie, un mépris affiché, avec l'annonce des résultats d'une négociation avant qu'elle ne soit ouverte!!! Mais ça n'est pas tout, le mépris a été au delà et suprême cette fois ci avec le déni du résultat des régionales, cela d'autant plus que ni le parlement ni le premier ministre ne joue plus leur rôle: même si les députés de la majorité ne sont pas en accord avec le gouvernement ils votent pour les lois sans aucune marge de manoeuvre (souvenez vous entre autre de la réforme de l'audiovisuel qui n'est que le partage certes raté d'un gâteau et de la prise du pouvoir sur une institution et comme vous l'avait signalé rappelez vous l'abrogation de la taxe professionnelle). A la place nous avons assisté à une espèce de méthode Coué. La parole du peuple à été foulé, floué, méprisé. Elle n'est pas prise en compte, tout cela mêlé à des tentatives lamentables de diversions (rom, terrorisme, identité nationale, Lascaux, sécurité, ect, ect...). Le message sur les retraites a été complètement brouillé et rendu absolument inacceptable. Finalement tout les processus démocratiques ne servant à rien il ne reste plus que la rue dans toute sa diversité, son malaise qui s'exprime avec les jeunes (un rappel: les gênes de délinquance!! les insultes) et les moins jeunes tous partageant la même précarité. La parole a été donné au le peuple, il s'en sert. C'est un suicide politique de la part de Nicolas Sarkozy. Cela va encore plus loin. En effet comment accepter qu'un président désigne coupable des personnes avant qu'elles ne soient jugées et défendre en même temps un ministre compromis dans des affaires de financement, comment accepter le rendu du parquet dans l'incroyable affaire de Tarnac (tout le monde sait que c'est faux), comment accepter que le procureur de Nanterre, Philippe Courroye enquête sur la juge Isabelle Prévost-Desprez cela en bafouant la loi et en étant mêlé lui même à l'affaire Woerth-Bettancourt ? Au vu de votre stature qui est présidentielle vous vous compromettriez en acceptant une place dans un gouvernement dirigé par ce Président qui n'est plus celui des français car il ne respecte ni la constitution, ni les valeurs, ni la culture, ni la justice (il croyait sans doute que sa vie sentimentale nous intéressait, c'est une insulte). La situation politique est tout simplement gravissime et cela n'a rien a voir avec la crise économique. Le peuple réfléchit, est éduqué et c'est à tout cela qu'il dit non. Comment faire un Grenelle du travail que vous appelez de vos voeux alors que tout confiance a été sabotée, vous serez en service commandé par Sarkozy? Je n'ai aucun doute sur votre bonne fois mais serez trompé, bafoué, manipulé, méprisé par ces tristes personnages malgré tous les gardes fou que vous pourriez y mettre. Nous somme du coup loin des retraites et ça n'a rien à voir avec la droite ou la gauche . Vous me permettrez pour finir cette citation dans Michel Strogoff de Jules Verne « Regarde donc de tous tes yeux regarde ». On vous attend, parlez mais sans ces gens là pour eux c'est fini ou alors jusqu'où iront-ils en 2012?
    Pierrot
  • jean
    Le 22 Octobre 2010 à 16 h 56 min
    L'emploi crée l'emploi.
    La production bien ciblée engendre la richesse qui génère la consommation qui elle même stimule la production qui elle même, encore, favorise l'emploi qui lui même accroît la consommation qui, elle, permet de produire, et donc...
    Martine Aubry réfute cette règle essentielle de l'économie. Pas par ignorance, mais par démagogie.
    jean
  • françois
    Le 22 Octobre 2010 à 16 h 45 min
    (sans lien avec votre excellent article sur l'emploi et les retraites). J'impose le sujet qui me préoccupe, m'en excusant par avance.
    Notre pays va mal, très mal. Certains médias, la gauche répandent dans l'opinion le rejet voire la haine de Sarkozy. Sans chercher à savoir s'il l'a cherché (ce n'est pas mon propos) je sens bien le caractère irresponsable de cette démarche. Certes Sarkozy n'est pas irréprochable dans son rôle de Président, mais certains se délectent à le salir et noircir son action, qui par certains côtés est positive. Celà a pour conséquence directe de recréer le clivage droite gauche, la fracture de la France en 2, quand plus que jamais et comme les allemands nous l'ont montré l'Unité est nécessaire pour réformer et faire face aux crises hexagonale planétaire de diverses natures. Je ne crois pas qu'un socialiste, fusse t-il DSK (que j'estime), coaché par Mélanchon (populiste de bas étages, mais au talent ravageur) et les Verts (antinucléaires, en plein changement climatique; on croit rêver!) puisse tenir ce rôle. Je ne crois pas non plus que Villepin et Bayrou (eux aussi trop animés par la haine de Sarkozy) puissent rassembler. Alors pour rassembler la droite modérée, le centre et les écologistes raisonnables et non dogmatiques, dans un 1er temps (2012), la gauche modérée dans un 2ème temps, autour de sagesse, lucidité, réforme, courage....etc, je ne vois personne d'autres que vous. Et si par ailleurs vous en voyiez un autre merci de nous faire signe; l'avenir y gagnera en lisibilité. Amicalement.
    françois

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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