Blog Notes d'Alain Juppé

LESOTHO

Publié le 25/10/2005 par Alain Juppé

Coup de déprime, ce matin, en lisant, dans le Figaro, le reportage de Jean-Michel Bader intitulé: « Le Lesotho meurt du SIDA en silence. »

2 millions d’habitants dans ce petit pays montagneux d’Afrique australe. 29% d’entre eux sont contaminés. L’espérance de vie est passée de 60 ans en 1991 à 35 ans aujourd’hui. 51% des femmes de 15 à 24 ans sont contaminées. On dénombre 100 000 orphelins du SIDA. J’arrête là cette terrifiante énumération.

Les causes? J.M. Bader cite : la pauvreté, le chômage, la sécheresse, l’apathie gouvernementale… mais aussi, lucidement, les pratiques sexuelles, les viols d’adolescentes qui sont monnaie courante. Une sage-femme déclare: « Ici, le sport national, c’est le sexe! »

Que faisons-nous? Que pouvons-nous faire?

Certes l’UNICEF lance une campagne au profit des enfants .
Certes l’ONU aide à la distribution des trithérapies (objectif 28 000 d’ici fin 2005); mais sur 56 000 malades recensés, 6 200 adultes et 200 enfants seulement bénéficient de traitements gratuits (coût unitaire: 250 dollars, totalement hors de portée de la population dans une économie dont le PNB est de 1200 dollars par habitant… et par an).
Evidemment, les « forces vives » émigrent.

Que faisons-nous? Que pouvons-nous faire?

Les chefs d’Etat et de Gouvernement prennent de grands engagements à la tribune des Nations Unies. Que se passe-t-il ensuite sur le terrain? Merci à J.M. Bader de nous ramener à la réalité.

Terrible sentiment d’impuissance.
25/1O/2005

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6 commentaires pour « LESOTHO »
  • Olivier Lacroix
    Le 30 Octobre 2005 à 15 h 37 min
    Bonjour monsieur Juppé,

    Que faisons-nous? Que pouvons-nous faire?


    Je ne sais pas comment travaillent les hommes politiques, mais j'espère que les informations quasi anodines publiées la semaine dernière par le gouvernement Chinois ne sont pas passées inaperçues.

    Ces deux informations sont d'une part le projet ferroviaire de ralliement de l'est de la Chine au Tibet qui porte un coup énorme à toutes les délégations occidentales qui, sous couvert de lutte en faveur des droits de l'homme et de souveraineté du peuple Tibétains, voulaient mettre la main sur les réserves stratégiques d'eau du Tibet, dont dépendent la Chine et d'autre pays asiatiques.

    La deuxième information est l'affirmation que le Parti est et restera le seul à gérer le pays de la même manière.
    La question n'était déjà plus de savoir si la Chine serait la première puissance du monde ou pas, elle était de savoir combien de temps elle le serait.
    Désormais, la réponse est donnée, la durée "naturelle" de ce règne sera maximum car le parti prendra toutes les mesures nécessaires pour freiner la démocratie en Chine.


    Nous ? Qui mettre derrière ce "nous" ?
    Si ce nous représente la France, peut-être que le moment est venu de reconsidérer la politique de la France en Afrique.

    La France, a tout intérêt à avoir une Afrique et une Amérique Latine suffisamment fortes pour en faire des partenaires politiques, économiques, militaires dignes de ce nom pour meubler.

    Ces partenariats doivent se baser sur un co-développement et pas les restes d'une politique capitaliste néocoloniale car à ce jeu là c'est toujours le pays le plus riche qui gagne quelles que soient les intentions.

    Pour en revenir exclusivement à l'Afrique, le SIDA me semble être une conséquence et pas une cause.

    La France doit continuer à être généreuse, mais elle doit avoir un droit de regard de la manière dont sont dépensés les fonds sans pour autant être intrusive.
    Elle doit se fixer des objectifs comme l'école obligatoire jusque 15-16 ans (l'éducation étant le vaccin le plus efficace contre le SIDA) et le développement des économies pour ne pas que les seuls activités possibles soient le viol ou la guérilla.
    Elle doit enfin, autant que faire ce peut, ne pas favoriser la corruption des chefs d’Etats.

    Nous ? Qui mettre derrière ce "nous" ?
    Si ce nous représente l’ONU et ses Etats membres, peut-être le moment est venu d’une part de prôner une politique de résultats et d’autre part revenir aux fondamentaux.

    Je suis certain que monsieur Annan malgré les critiques à son égard donne beaucoup de sa personne aux problèmes de l’Afrique, mais il n’arrivera jamais à faire de résultat car beaucoup trop de pays d’une part accordent des crédits à l’ONU et signent des conventions d’objectifs que l’organisation doit atteindre et d’autre part de manière individuelle participent activement à ces problèmes.
    Quelle est la conséquence de cet état de fait ?
    L’ONU, formidable outil servant à garantir la stabilité de la planète sur le papier est perçue ,à juste titre, comme l’outil privilégié de la ou des puissances dominantes pour asseoir leurs pouvoir sur le reste du monde.

    Qu’adviendra t-il de l’ONU lorsque la Chine et l’Inde voudront faire comme les Etats-Unis et l’Europe en prenant le pouvoir en coulisse en « arrosant » le reste du monde.

    Soit nous nous faisons violence en impulsant une nouvelle politique mondiale qui servirait vraiment les intérêts du monde, ce qui passerait par une primauté de l’ONU sur ses Etats membres et permettrait de débloquer de nombreuses situations.
    Soit l’ONU finira d’une manière ou d’une autre par disparaître pour faire place à une organisation, similaire en tout points, orientée vers l’Orient et en particulier vers la Chine.

    Je sais que vous avez beaucoup de réactions sur vôtre blog, aussi j'espère que celle-ci ne sera pas trop longue à lire.

    Bien amicalement.
    Olivier Lacroix
  • laurence lambert
    Le 29 Octobre 2005 à 20 h 35 min
    Pourquoi faire quelque chose?
    Cette question posée dans les commentaires m'a fait bondir.
    Pourquoi? Mais tout simplement parce que nous vivons tous sur la même planete et que, ne vous en deplaise, ces gens ne sont pas des martiens mais bien des humains, comme vous...
    Bien sûr que le drame de la canicule a été terrible, est ce une raison pour abandonner les autres?
    L'humain est il donc si egoïste? On n'est pas pres d'arreter de se faire la guerre alors...
    je pensais que c'était pour bientôt, je dois être bien naïve...
    laurence lambert
  • Philippe THIEBAUT
    Le 27 Octobre 2005 à 15 h 04 min
    Bonjour Alain, le Lesotho est une sorte
    d'enclave dans ce grand pays limitrophe qu'est l'Afrique du Sud.J'ai cherché ce qui pouvait se passer dans ce grand pays voisin en matiére de lutte contre le sida et des mises en place de programme d'acces aux soins .Le P.N.U.D (Programme des Nations Unies pour le développement) a constaté le maintien d'un taux élevé de chomage ,une légére diminution du pourcentage de personnes vivant dans le dénuement, parallélement à une augmentation de plus de 10% du nombre de celles souffrant d'extreme pauvreté ainsi qu'une aggravation des inégalités entre les revenus. Un programme a été lancé: le Treatment Action Compaign (T.A.C) Campagne d'action en vue du traitement du sida.
    28743 patients ont bénéficié de médicaments antiviraux par le biais de 108 centres agrées par les pouvoirs publics.
    En décembre dernier, la chambre de la Cour supreme à Pretoria a condamné aux dépens le ministre de la Santé dans une affaire que la T.A.C avait portée devant l'autorité judiciaire au mois de juin afin d'obliger la représentant de l'Etat à rendre public le calendrier de mise en oeuvre du programme .La chambre a conclu que le ministre avait agi de maniére inconstitutionnele en ne répondant de façon satisfaisante à cette requéte.Les femmes et les jeunes filles devenues séropositives à la suite d'un viol avaient beaucoup de mal à obtenir de béneficier de médicaments antiviraux.
    En décembre dernier 52 tribunaux spécialisés dans les crimes sexuels avaient été mis en place.Le taux de condamnation dans les affaires de viol était supérieur de 20% à celui observé dans les juridictions ordinaires.Il restait difficile pour les victimes de saisir la justice ,en raison de l'éloignement géograhique des tribunaux , de la pénurie d'éffectifs , des défaillances de la police et du manque de soutien des services sociaux.
    L'Autorité nationale chargée des poursuites a lancé un programme complet de formation des fonctionnaires de la police et de la justice afin d'améliorer
    l'application de la Loi relative à la violence domestique de 1998 ; enfin l'Afrique du Sud a ratifié le Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits des femmes.
    Des que les nationaux prennent des décisions qui vont dans le sens de la justice l'espoir doit renaitre .Notre impatience à l'action immédiate se heurte à notre fantasme de toute puissance.Bien sur que l'impossible est impossible mais le temps aussi compte.
    En Afrique de l'Ouest des sages femmes africaines combattent les pratiques ancestrales de l'excision et obtiennent des avancées de changement de ces pratiques.C'est toujours trop long mais ça avance ,espérons que le Lesotho subisse l'influence de son grand voisin .Je veux bien partager avec vous ce "coup de déprime " mais en ajoutant ce point de vue.
    Amicalement .T.p
    Philippe THIEBAUT
  • Marc Gelone
    Le 27 Octobre 2005 à 08 h 23 min
    Vous questionnez, monsieur le ministre : "Que faisons-nous ? Que pouvons-nous faire ?"

    Permettez que je vous pose une autre question.

    - Pourquoi devrions-nous faire quelque chose ?

    Je me moque éperdument, et nous sommes des dizaines de millions dans ce cas, rien qu'en France, de ce qu'il se passe au Lesotho.

    La vraie solidarité, ce n'est pas avec des "Martiens" qui habitent à dix mille kilomètres d'ici, ç'aurait dû être avec les quinze mille vieux qui sont morts de la canicule, dans l'indifférence générale, en 2003 !!!

    Mais, sur ce coup-là, il n'y avait personne. Peut-être parce que les blogs n'existaient pas encore... On peut toujours rêver...
    Marc Gelone
  • . Knell
    Le 25 Octobre 2005 à 18 h 11 min
    Droit d intervention ?
    Finalement votre reflexion m amenne a un autre. Nous, nations, occidentales, nous autorisons le droit d intervenir dans des pays ou nous estimons que les libertes fondamentales de l Homme ne sont pas respectees. En nous cachant bien de dire quels interets economiques nous defendons par derriere. L Irak en est un bel exemple.
    Or, il existe de part le monde certaines causes qui sont tout aussi dramatique et le SIDA en fait partie. Les tableaux qui depeignent les ravages de cette maladies en Afrique ne se penche que rarement sur le manque quasi total de reactions des pays occidentaux. En citant Mr BADER, vous dites : " ...lucidement, les pratiques sexuelles les viols..." Mais cela occulte le fait que persone ne s en soucie vraiment. Sauf quand cela arrive chez nous. Il y a alors plein d associations, mouvements pour crier haut et fort que l acces a la therapie doit etre gratuit, etc ... Mais chez nous...
    Avons nous besoin qu un president d un quelconque etat monte a la tribune des Nations Unies pour prendre des engagements ronflants ? Ne ferait il pas mieux de venir aux Nations Unies pour rendre compte de son combat et de son implication, aussi faibles soient ils, en faveur de ces malades ? Encore une fois, les hommes parlent, mais bien peu agissent. Et ceux qui agissent ne le crient pas sur les tribunes. Peut etre une voie a explorer ?
    Et pour finir, je me permet de vous renvoyer a la lecture d un article de l Express sur un homme controverse, mais qui sans trop le dire, fait son petit bonhomme de chemin dans l aide aux autres. Si il pouvait devenir un exemple .....
    http://www.lexpress.fr/info/multimedia/dossier/microsoft/dossier.asp?ida=435294
    . Knell
  • guillaume canel
    Le 25 Octobre 2005 à 16 h 43 min
    Vous avez raison de le rappeler : il y a des réalités que l’on oublierait presque, à force d’ergoter sur des considérations qui n’en sont pas. Et de citer par exemple la question de savoir qui sera le candidat de l’UMP dans la deuxième circonscription de Gironde !

    Au-delà de la profonde souffrance physique et morale que vit chaque malade, le SIDA est un triste révélateur. Celui d’une maladie sociale qui trouve notamment ses traits dans l’inégal accès à la prévention suivant que l’on est issu d’un milieu dit « favorisé » ou non, dans l’exclusion qui frappe trop souvent encore les porteurs du virus, dans la marginalisation des personnes droguées ou prostituées ; le révélateur de la discrimination économique et structurelle dans l’accès aux soins ; le révélateur d’un Continent oublié…

    Mais le SIDA peut être aussi un révélateur d’espoir (si l'on peut dire). Celui qu’incarne le courage de ces femmes et de ces hommes qui luttent contre le virus et pour leur dignité ; de celles et de ceux qui accompagnent chaque jour des proches ou moins proches dans la maladie ; de celles et de ceux qui se battent pour la reconnaissance du malade en tant que personne ; de celles et de ceux qui militent pour une prise en charge globale de la maladie, par delà les continents...
    guillaume canel

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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