Blog Notes d'Alain Juppé

L’euro nous protège

Publié le 04/07/2013 par Alain Juppé

Quand je dis que la sortie de la zone euro et le retour au franc français seraient une catastrophe économique pour notre pays et pour tous les Français, on m’objecte que, pour beaucoup, ce n’est pas évident et qu’il faut donner des arguments.

La démonstration n’est pas facile, notamment parce qu’il n’y a pas de précédent: aucun Etat-membre de la zone euro ne l’a quittée; bien au contraire, les Etats en difficulté ont accepté de durs sacrifices pour y rester.

Imaginons donc que la France abandonne l’euro et rétablisse notre ancienne monnaie nationale: le franc français. Je passe sur les problèmes juridiques et politiques qu’une telle décision soulèverait. Dans le contexte économique actuel (dette souveraine massive, déficits publics non maîtrisés, perspectives de croissance faible, voire nulle), il est probable que le franc perdrait rapidement de sa valeur sur les marchés des changes. C’est d’ailleurs ce que souhaitent les partisans du retour au franc. Pour eux, une bonne dévaluation compétitive nous permettrait de sortir du marasme. Je pense que c’est une dangereuse illusion. Certes le prix des biens et des services que nous exportons baisseraient, dans un premier temps, à proportion de la décote du franc par rapport aux grandes monnaies de règlement (le dollar, l’euro s’il subsistait…). Mais immédiatement, les prix de ce que nous importons, à commencer par l’énergie, augmenteraient d’autant. Bonjour les dégâts sur le prix de l’essence à la pompe! Les coûts de production de notre industrie, dont l’énergie est le nerf de la guerre, en subiraient aussi le contre-coup et les gains de compétitivité attendus de la dévaluation seraient rapidement annulés. 

Autre effet pervers: les prêteurs internationaux qui nous permettent de faire nos fins de mois cesseraient très probablement de nous consentir des taux d’intérêt aussi bas qu’aujourd’hui. Si nous continuons à emprunter à bon marché, c’est parce que nous appartenons à un bloc économique puissant qui s’est doté de mécanismes de solidarité massifs. Or, selon Didier Migaud, premier président de la Cour des Comptes, la hausse d’un seul point du taux de nos emprunts entraînerait dès la première année une augmentation de 2 milliards d’euros de la charge de la dette inscrite à notre budget, 8 milliards au bout de 5 ans et 13 milliards au bout de 10 ans. Ce serait une spirale incontrôlable.

Il faut aussi prendre en compte les conséquences politiques d’une décision aussi irresponsable: la construction européenne n’y résisterait pas; nous reviendrions un demi-siècle en arrière.

Dernière remarque: l’idée s’est installée dans beaucoup d’esprits que la création de l’euro a nourri l’inflation. De nombreuses études montrent que ce n’est pas vrai: l’indice des prix au sein de la zone euro est resté inférieur à celui des pays européens qui n’ont pas introduit la monnaie unique. Et l’inflation ne s’est pas accélérée à partir de 2002, date d’introduction dans le public. Certes, il y a eu de fortes hausses dans certains secteurs, comme l’immobilier, les produits pétroliers, le tabac… Mais il est clair que ces hausses tiennent à d’autres facteurs ( c’est évident pour le tabac… qui pèse toujours lourd dans l’indice des prix). Et il y a eu des baisses très importantes, par exemple sur les biens d’équipement (ordinateurs, téléphones mobiles et même automobiles). Il est vrai que, comme disent les économistes, l’inflation ressentie est supérieure à l’inflation réelle. La controverse se poursuivra sans doute. 

Au total, j’ai la conviction que, tout au long de la crise mondiale qui s’est déclenchée aux Etats-Unis en 2008, l’euro nous a protégés de turbulences bien plus graves. L’abandonner nous engagerait dans une aventure périlleuse.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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