Blog Notes d'Alain Juppé

L’impasse

Publié le 21/02/2013 par Alain Juppé

 

Pendant sa campagne, et depuis son élection, François Hollande s’est à plusieurs reprises engagé à relancer la croissance de l’économie française et à ramener nos déficits publics à 3% de notre PIB en 2013.

Ces engagements ne seront pas tenus.

La croissance, cette année, selon les dernières estimations de Bruxelles et de la plupart des économistes, sera nulle. Ce qui aura 2 conséquences: le chômage va probablement continuer à augmenter. Et nous n’atteindrons pas l’objectif tant de fois martelé des 3%. Le chiffre le plus probable tourne autour de 3,5, voire 3,6%. Il faut, ici encore, bien apprécier le risque: si les marchés, sur lesquels nous allons être le plus grand emprunteur de la zone euro, se mettent à douter de notre capacité et/ou de notre volonté de maîtriser réellement nos déficits publics, les taux auxquels nous empruntons pourraient grimper. Le service de notre dette s’alourdirait alors, et la spirale de creusement du déficit s’enclencherait.

Pourquoi ce double échec croissance/déficits?

L’explication qui vient le plus souvent des rangs du parti socialiste est simple: « c’est la faute à Sarkozy ».

Le problème que rencontre le pouvoir, c’est que cet argument ne marche plus.

Il est vrai que les déficits ont augmenté dans les années qui ont précédé l’élection présidentielle. Mais qui a oublié qu’en 2008 nous avons eu à faire face à un choc terrible, comme l’économie mondiale n’en n’avait pas connu depuis un siècle? Nous avons courageusement réagi et nous avons réussi à renverser la tendance. La Cour des Comptes a écrit noir sur blanc qu’à la fin de 2011 nous étions dans les clous de nos engagements budgétaires et que nous ne laissions pas d’ardoise.

Le contexte économique, il est vrai, reste difficile, notamment dans la zone euro qui n’a pas retrouvé le chemin de la croissance. Mais ce n’est plus le choc violent d’il y a 5 ans.
Et surtout les erreurs ou les échecs de la politique économique mise en oeuvre depuis maintenant 9 mois en France ont considérablement aggravé la situation.

L’esprit de méfiance, voire d’hostilité à l’encontre des entrepreneurs qui a été distillé par certaines déclarations ministérielles a créé un climat d’attentisme très préjudiciable à l’investissement, moteur de la croissance. Le matraquage fiscal sans précédent qui frappe tant les entreprises que les ménages a le même effet, y compris sur les perspectives de consommation, autre moteur de croissance.

Désormais, nous n’avons plus le choix. Il faut réduire les déficits pour éviter l’emballement de la dette. Nous nous y sommes engagés vis-à-vis de nos partenaires européens, et nos prêteurs nous attendent au tournant.

Le levier européen ne nous sera d’aucun secours. Face à une alliance de circonstance entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne, nous avons dû accepter un budget pluriannuel pour l’Union Européenne sans ambition et sans aucun impact positif sur la croissance. Où est le plan pour la croissance dont François Hollande avait fait la condition de ratification du traité européen de stabilité? De même sa timide (et, de mon point de vue, pertinente) tentative pour poser la question de la parité de l’euro et de la politique de change de la zone euro a tourné court devant le refus d’une Allemagne qui fait toujours de la lutte contre une improbable inflation son alpha et omega.

Nous n’avons pratiquement plus de marge de manoeuvre du côté des impôts tant la frénésie fiscale s’est donnée libre cours depuis des mois.

Il faut donc réduire les dépenses publiques. Tout le monde nous y invite, à commencer par la Cour des Comptes dans des termes d’une sévérité jamais vue.

C’est difficile. Très difficile, je parle d’expérience. Parce que les gaspillages purs et simples dont l’élimination ne fâcherait personne, sont plus rares qu’on ne croit! Derrière une dépense publique, il y a toujours des bénéficiaires qui ne manquent pas de protester quand on diminue les crédits.

Il faut pourtant le faire et cesser de se perdre dans de faux débats! Rigueur ou pas rigueur? Déjà, du temps de Sarkozy, on refusait de prononcer le mot. Et pourtant c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous n’échapperons pas à des sacrifices douloureux.

Le pouvoir hésite. Je peux le comprendre. Le prix politique à payer sera lourd. Mais il n’a plus le choix!

La première urgence est de cesser de faire le contraire, par faiblesse ou démagogie! Par exemple lancer une réforme des rythmes scolaires qui est loin de faire l’unanimité des enseignants et des parents, et qui coûtera très cher à des collectivités locales qu’on appelle simultanément à réduire leurs dépenses! Ou bien supprimer, pour les fonctionnaires, le jour de carence en cas d’arrêt maladie, ce qui est injuste (les salariés du secteur privé ont un délai de carence de trois jours!) et contre-productif quand on voit les effets positifs que cette mesure commençait à avoir sur l’absentéisme.

C’est le temps, pour le pouvoir, du courage et pour l’opposition, de la responsabilité.

 

 

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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