Blog Notes d'Alain Juppé

A l’UMP

Publié le 07/02/2015 par Alain Juppé

Voici mon discours devant le Conseil National de l’UMP le 7 février :

« Chers amis … Cette formule dans ma bouche n’est pas seulement une formule de politesse. Elle exprime l’attachement que j’ai pour chacune et chacun d’entre vous et pour notre parti.

Ce parti, l’UMP, j’ai été , il y a 10 ans , l’un de ses fondateurs. Je me souviens du soin que nous avons mis à lui choisir un nom : UMP… Chaque lettre a du sens : U comme Union, union des gaullistes, des libéraux, des centristes à l’époque , de la droite et du centre ; M comme Mouvement, refus du conservatisme, de tous les conservatismes ; P comme Populaire , notre volonté de proximité avec le peuple. En trois mots, tout est dit.

Pendant ces deux dernières années , l’UMP a traversé bien des tempêtes ; on nous annonce périodiquement son explosion. Aujourd’hui , nous avons l’occasion de surprendre en faisant de notre Conseil National un moment d’unité .

Unité autour de notre Président , Nicolas Sarkozy , fort de la légitimité d’une élection incontestable et incontestée.

Unité aussi dans notre détermination à réussir l’alternance , en  2017 et dès 2015 lors des élections départementales, puis régionales. Bonne chance à nos candidats et tout particulièrement ici en Île-de-France, bonne chance  à Valérie Pécresse.

 

Depuis 2012, la France a pris une mauvaise direction.

Quand nos libertés fondamentales ont été mises en cause , quand il a fallu nous dresser contre la menace terroriste, nous avons eu raison de serrer les rangs et de faire preuve d’esprit d’unité nationale.

Mais nous ne sommes pas dupes de la manœuvre du pouvoir qui voudrait continuer à surfer sur cette vague. Nous sommes, nous restons en profond désaccord avec la politique actuelle. Et ce n’est pas la dernière conférence du Président de la République qui nous fera changer d’avis : sur les questions économiques et sociales qui sont la préoccupation fondamentale des Français, il s’en est tenu à quelques incantations creuses et floues.

Aucune des réformes structurelles dont notre pays a besoin n’a été engagée. Et pourtant le contexte est favorable: taux d’intérêt historiquement bas, chute du prix du baril de pétrole, euro faible qui booste nos exportations.. c’est le moment de prendre des risques. Or aucune réforme de nos régimes de retraite qui ne sont pas sauvés; aucune réforme de l’assurance- chômage pour la rendre plus incitatrice à reprendre du travail ; aucune réforme des minima sociaux pour arrêter les dérives et les injustices. Où est le choc de simplification annoncé ? Avant-hier,  j’ai passé l’après-midi en Lot-et-Garonne, j’ai discuté avec des agriculteurs, des artisans, des patrons de TPE, des médecins . Tous m’ont dit qu’ils étaient harcelés de contrôles: « Nous avons l’impression d’être fliqués en permanence. » Quant à la loi Macron, sa discussion tourne à la débandade pour le gouvernement; elle devait permettre de rendre 6 milliards de pouvoir d’achat aux Français; d’amendements en amendements, de reculades en reculades, la montagne va finir par accoucher d’un souriceau !

Nous devrons réaliser de profonds changements:

– une autre politique économique pour donner de l’air à ceux qui entreprennent, qui investissent, qui travaillent,

– une autre politique sociale qui conjugue mieux le principe de solidarité et le principe de responsabilité,

– une autre politique pénale qui tourne le dos à ce qui est fait depuis 2012

– une autre politique de l’éducation pour redonner confiance et autorité à nos profs,

-une autre politique européenne qui nous sorte du statu quo…

Sur tout cela, avec  des nuances , nous nous mettrons facilement d’accord.

Que faut-il donc clarifier entre nous ? Je sens le besoin d’une clarification de notre ligne politique.

Nous sommes en effet confrontés à un grand défi, qui n’est pas nouveau mais qui prend une ampleur nouvelle : l’ascension du Front National. On nous dit : « N’en parlez pas, vous faites son jeu. » Allons donc! Le déni de réalité n’est pas une politique. Ce n’est pas en refusant de regarder la météo qu’on rétablit le beau temps! Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait baisser la fièvre.

Cette ascension que nous constatons d’élections européennes en législatives partielles, de sondage en sondage, j’ai la conviction qu’elle est résistible. A une condition : QUE NOUS LUI RÉSISTIONS !

Toute stratégie de complaisance avec le FN – faut-il encore parler d’extrême droite quand on voit l’alliance FN/extrême gauche grecque ? toute complaisance avec les extrêmes est inacceptable et suicidaire.

Pas de langue de bois: la tentation existe. Elle existe chez nos électeurs dont certains nous ont déjà quittés. Les sondages d’intentions de vote pour le deuxième tour de la législative partielle dans le Doubs disent que 30% de nos électeurs du premier tour sont prêts à voter FN dimanche prochain. Et la tentation existe aussi chez certains de nos responsables qui n’hésitent pas à surenchérir sur les thèses du FN.

Pour ma part, je suis décidé à me battre de toute mes forces non pas contre les électeurs dont je peux comprendre les interrogations , voire la colère, mais contre les idées du FN.

Pour des raisons morales. On prétend que tout le monde s’en moque. Je ne veux pas le croire. L’idéologie du FN, sa culture politique sont aux antipodes de nos valeurs. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter les rechutes périodiques de son Président d’honneur qui donne à sa fille le baiser qui tue. Ou d’entendre de jeunes recrues du parti, comme celle du Doubs, affirmer que l’inégalité des races est une évidence. On sait où cela nous a menés au siècle dernier.

Raisons politiques ensuite. Le programme (mais peut-on parler d’un programme du FN , plutôt d’un salmigondis de propositions contradictoires parfois empruntées à la gauche, voire à l’extrême-gauche) , le retour à la retraite à 60 ans, la sortie de l’euro et la dislocation de l’Union Européenne qui s’en suivrait, tout cela nous conduirait au désastre.

Raisons tactiques ensuite . N’allons pas nous imaginer que  le FN pourrait jouer les supplétifs de l’opposition républicaine! Ce qu’ils veulent, ce qu’ils programment, c’est notre peau, comme ils ont eu celle de Nicolas Sarkozy en 2012.

Il faut donc casser la dynamique qui porte aujourd’hui le FN et la casser à tout prix.

Voila pourquoi j’ai dit ce que j’ai dit sur le deuxième tour dans le Doubs.

Je n’ai lancé d’appel à personne. Je n’ai demandé à personne de m’imiter. J’ai parlé en conscience. Je respecte ceux qui font le choix de l’abstention. Je salue les efforts de N. Sarkozy pour laisser à chacun d’entre nous sa marge de liberté.

Mais de grâce, montons au créneau contre les idées du FN.

Pour réussir l’alternance tout en cassant la dynamique du FN, qu’elle est donc la bonne stratégie?

A l’évidence, le rassemblement de la droite et du centre. C’est l’ADN de  l’UMP. C’est ce que nous pratiquons sur le terrain . Je l’ai vu cette semaine en Haute-Garonne où sous la houlette de Jean-Luc Moudenc, excellent maire de Toulouse, nos candidats aux départementales partent unis à la bataille : UMP, UDI et MODEM. Idem en Gironde. J’ai entendu mardi dernier, lors de la réunion de notre bureau politique, notre Président prôner lui aussi l’union de la droite et du centre. Dussé-je provoquer à nouveau quelques remous dans cette salle, je continuerai à me battre pour un large rassemblement de la droite où j’ai naturellement mes racines, du centre et même , au risque d’aggraver mon cas, des déçus du Hollandisme qui rejettent le conservatisme du PS ou ses dérives gauchistes.

Ce rassemblement ne sera solide et durable que s’il est porteur d’un projet cohérent, courageux, ambitieux, un projet de franche alternance à la politique actuelle, une alternative aussi au cartel des extrêmes qui réunit désormais le FN et Syriza, à l’extrême-gauche de la Grèce.

Nous avons encore beaucoup de travail à faire pour construire ce projet en affirmant nos idées plutôt que de copier celles des autres.

Dans un Conseil National, on parle politique. C’est normal et même nécessaire.

Mais pourquoi faisons-nous de la politique?

Prenons garde d’oublier l’essentiel, c’est-à-dire le service des Français, le service de la France.

Beaucoup de Français sont aujourd’hui en souffrance. Le chômage est un cancer qui ronge le corps social. Plus nombreux encore sont ceux qui doutent, de nous les politiques, d’eux-mêmes, de l’avenir.

Et pourtant! La France et les Français sont magnifiques.

La France est riche et belle. Le peuple de France est un peuple fort. La jeunesse de France est à la fois généreuse et entreprenante. Il faudrait si peu, il suffirait juste d’un déclic de confiance pour qu’ensemble nous repartions de l’avant.

Ensemble.

Pour vivre ensemble, retrouver le bonheur de vivre ensemble.

Pour ma part je ne renoncerai jamais à cette ambition , j’ose dire à ce rêve, je ne renoncerai jamais à me battre pour une France heureuse.

Merci de m’avoir écouté ce soir et de m’écouter peut-être demain.

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

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