Blog Notes d'Alain Juppé

Michel Rocard

Publié le 03/07/2016 par Alain Juppé

Nous n’étions pas faits pour nous entendre, Michel Rocard et moi. Il venait du PSU et je viens du gaullisme. Il est resté fidèle à son parti, le PS , et moi au mien LR. Et pourtant nous sommes devenus amis.

C’est l’aventure du « Grand Emprunt » qui nous a rapprochés. En août 2009, le Président Sarkozy nous a confié la co-présidence d’une commission chargée d’identifier les priorités nationales qui pourraient être financées par un grand emprunt. Je connaissais bien sûr le parcours politique de M.Rocard et son action de Premier Ministre. Mais je connaissais peu l’homme. Au fil de nos séances de travail , j’ai découvert et apprécié ses qualités : un esprit extrêmement agile, une curiosité toujours en éveil, le goût de l’écoute et du dialogue, l’ouverture à la recherche, à l’innovation. Nous nous sommes bien entendus et la commission a fait de bonnes propositions qui, pour une fois, n’ont pas été enterrées mais sont devenues le « programme des investissements d’avenir » dont la mise en œuvre se poursuit aujourd’hui. Tout récemment encore nous en présidions le comité de surveillance. Michel était visiblement épuisé mais restait fidèle au poste.

Puis Bernard Guetta nous a proposé de faire un livre ensemble. Il nous a réunis pour de longue séances de discussion au cours desquelles nous échangions nos vues, nos points de convergence et nos désaccords sur la politique , sur la France, sur l’Europe, sur le monde. A chaque fois Michel remettait les choses en perspective dans de longues tirades historiques. Je sentais chez lui une réelle attention à l’opinion de  son interlocuteur, une volonté de comprendre même quand il restait intransigeant. Autour d’un scotch se créait une ambiance chaleureuse, amicale. Nous avons choisi un titre un peu compliqué : « La politique telle qu’elle meurt de ne pas être » mais il disait bien ce que nous avions voulu faire : pas de petites phrases, pas de polémiques faciles, mais un vrai dialogue entre deux hommes de bonne volonté . « Un vent d’air frais sur la politique » comme l’écrivit notre éditeur.

Sa parole était souvent dérangeante. Elle manquera, à droite comme à gauche.

Partager cet article

0 commentaires pour « Michel Rocard »

Ajouter un commentaire

Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé

Les derniers tweets

Sur Facebook

GALERIE INSTAGRAM

Bordeaux