Blog Notes d'Alain Juppé

Migrations et cohésion nationale

Publié le 15/09/2005 par Alain Juppé

Troisième cours hier soir à Gatineau, cet après-midi à Montréal.
Thème : mondialisation et mouvements de population.
Sujet d’exposé oral proposé aux étudiants: « Les flux migratoires que semble favoriser la mondialisation menacent-ils la cohésion sociale des pays d’accueil? »

Je rappelle deux ou trois faits:
– Les migrations ne sont pas un phénomène nouveau: au XIX° siècle, 60 millions d’Européens ont quitté le Vieux (déjà!) Continent pour le Nouveau Monde (« America! America! », le film d’Elia Kazan est dans la mémoire de tous les cinéphiles).
– Tout au long de ce siècle, la France a été « un pays d’immigrants dans un continent d’émigrants » (la formule est de Patrick Weil » dans « La France et ses étrangers »); en 1930, il y avait, proportionnellement à la population globale, plus d’étrangers en France qu’aux Etats-Unis.
– Il est abusif de parler aujourd’hui de « masses en mouvement » ou « d’invasion ». On estime à 200 millions le nombre de personnes en migration à travers la planète. C’est plus qu’il y a dix ans, mais c’est moins de 3% de la population mondiale totale.
– En revanche, les mouvements migratoires se sont beaucoup diversifiés: aux migrations « classiques » de longue durée, voire sans retour, s’ajoutent le regroupement familial, l’asile, les migrations « pendulaires » (allers-retours à des fins principalement économiques), les mouvements trans-frontaliers, les nomadismes saisonniers, sans parler des filières clandestines de tous ordres.
– Les pays riches restent les plus attractifs mais plus de la moitié des migrants dans le monde quitte un pays en développement pour en rejoindre un autre; les migrations Sud-Sud sont aussi importantes que les flux Sud-Nord.

Nous concentrons notre travail sur les effets de l’immigration à l’intérieur des pays d’accueil.
On a l’habitude, quand on parle des conditions d’accueil des étrangers dans les pays d’immigration, de distinguer deux modèles très différents:
-Le modèle d’intégration républicaine à la française: l’immigré est traité d’abord en tant qu’individu et doit bénéficier,dès lors qu’il a choisi de s’intégrer dans la société française, de droits et de devoirs personnels, sans considération de race , de religion, d’appartenance à telle ou telle communauté.
– Le modèle multiculurel ou communautariste à l’anglo-saxonne pour lequel l’épanouissement de l’individu se fait dans sa communauté d’appartenance, dont les pouvoirs publics attendent qu’elle structure la vie collective tout en accompagnant ses membres dans leur parcours d’intégration.

En réalité, les différences sont moins tranchées: le modèle républicain à la française ne peut ignorer les solidarités religieuses ou de pensée qu’il reconnaît comme droits fondamentaux de la personne humaine.
Et le modèle multiculturaliste est inévitablement conduit à définir un « coeur » de valeurs communes sans lesquelles les différentes communautés perdent leur raison de « vivre ensemble ».

Quoi qu’il en soit, les deux modèles sont aujourd’hui peu ou prou en crise ou en panne.
Le modèle d’intégration à la française perd son efficacité et même son sens s’il n’assure pas l’égalité entre tous les membres de la communauté nationale. Or, un récent et excellent rapport de notre Cour des Comptes a dressé un état des lieux sévère des discriminations en France (surtout dans les domaines du logement et de l’emploi). Le gouvernement a réagi en créant la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) dont la présidence a été confiée à Louis Schweitzer. Nous avons aussi institué le « contrat d’accueil et d’intégration » (CAI), sur le modèle des carrefours d’intégration québecois. Ce contrat propose au nouvel arrivant, qui l’accepte, une formation lingistique, une formation civique et un accompagnement social destiné à faciliter son intégration.
Mais le débat reste vif et oppose toujours les tenants de l’égalité des chances d’un côté et ceux des discriminations positives de l’autre.

Le modèle multiculturaliste a aussi ses problèmes.
En Grande-Bretagne, après les récents attentats terroristes, une révision déchirante a été engagée, que Gilles Kepel a ainsi résumée : « Fin du Londonistan, fin du communautarisme? »
Aux Etats-Unis, le livre de S. Huntington (« Qui sommes-nous? ») a suscité la controverse. Mais l’idée que la puissance de l’immigration « latino » (41 millions d’Hispaniques, soit une communauté désormais plus nombreuse que celle des Noirs Américains) pourrait bloquer la capacité d’intégration du « melting pot » américain est abondamment discutée, jusque dans les colonnes du sérieux Financial Times.
Le Canada n’est pas épargné: j’ai suivi avec attention le débat autour de l’éventuelle application de la « charia » dans la médiation familiale au sein de la communauté musulmane. Un juge ontarien a émis l’avis que la Charte des droits et libertés canadienne peut offrir aux membres d’une communauté religieuse la possibilité de recourir à une médiation ou à un arbitrage religieux pour régler des différends commerciaux ou familiaux. Tollé d’un certain nombre d’associations, notamment féministes. Finalement le Premier Ministre de l’Ontario a fait connaître son opposition. Mais ce type de médiation existe pour les Juifs et les Chrétiens… A suivre.

Le fond du problème, c’est que – modèle intégrationniste ou modèle multiculturaliste, peu importe -, il ne peut y avoir de contrat social si le désir de « vivre ensemble » n’est pas nourri par le partage de valeurs communes. C’est la définition même de la Nation.
Gilles Kepel ne dit rien d’autre quand il affirme:
« Le multiculturalisme n’a de sens que si les dirigeants communautaires contrôlent leurs ouailles, à qui ils inculquent des valeurs particulières, mais qui aboutissent à la soumission à l’ordre public global ».

En tout cas, la comparaison des situations et des politiques européennes et nord-américaines a été passionnante.
14/09/2005

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23 commentaires pour « Migrations et cohésion nationale »
  • Olympe de Gouges
    Le 07 Octobre 2005 à 14 h 50 min
    Juste pour apporter un correctif.
    C'est une erreur de mettre sur le même plan Communautarisme et Multiculturalisme. Le modèle communautaire est d'essence anglo-saxonne. Il est fondé sur l'architecture d'une société de communautés ayant des droits spécifiques à leur communauté sans que ceux-ci n'engagent d'impératif à la construction d'un espace de vivre ensemble commun. Au contraire du modèle communautaire, le modèle Multiculturaliste oeuvre à la fois à la reconnaissance de droits spécifiques aux communautés, tout en intégrant les nécessité d'un espace de vivre ensemble. A vrai dire, le multiculturalisme n'est à mes yeux qu'une étape vers le modèle républicain civique (que je défends), à une différence près: l'élargissment à l'ensemble de la société des droits spécifiques des communautés (EX: exercice de discrimination positive appliquée à une catégorie sociale plus qu'à une ethnie ou une communauté religieuse particulière)
    Olympe de Gouges
  • Henri CESTIA
    Le 06 Octobre 2005 à 15 h 36 min
    Vous nous invitez à vous écrire, alors voici mes réflexions sur l'actualité du jour.
    Sur France Inter un débat de plus sur l'ENA. Il me semble que le problème autour duquel la France tourne à travers ce débat et les autres, n'est pas la qualité de cette école mais l'unicité de formation des hauts fonctionnaires. Pour assurer des origines culturelles diversifiées, il faut faire sauter tous les verrous qui existent pour le recrutement des fonctionnaires et pour la poursuite dans le privé des carrières de fonctionnaire. Il faudrait le dire même si cela est difficile à faire.
    SNCM 9% pour les salariés ! Proposer cela aux syndicats c'est de la provocation. Comment imaginer que l'ambition de nos syndicats soit de transformer les salariés en actionnaires ? De plus l'actionnariat salarié à ce niveau sans droit de vote il y a de quoi mettre en colère Colette Neuville une fois de plus sur ce thème. M'enfin à quoi pense Breton ?
    Plus dramatique j'apprends par la TV que des enfants étaient mal traités par leur institutrice depuis longtemps sans que personne ne s'en mêle. Bien sur personne ne sera jugé responsable à part l'institutrice si les faits sont prouvés. Il est temps de mettre l'ensemble du corps enseignant dans un système hiérarchique. Une directrice d'école maternelle doit être le supérieur hiérarchique des institutrices et à ce titre se sentir concerné par ce qui se passe dans les classes de son établissement. Idem pour un proviseur dans un Lycée. Attribution portant sur le recrutement, notation, avancement de carrière, bref encadrement.
    Votre Blog : La Turquie, l'Europe, mais aussi la Croatie dont on dit qu'elle ne met pas tout le zèle nécessaire à rechercher ses tyrans. Oui l'Europe n'est plus ce qu'elle était … Alors il faut reconstruire à l'intérieur de ce vaste territoire une Europe cohérente et fortement attachée à ses valeurs inscrites dans une constitution qui devra finalement être approuvée par au moins les états membres de cette nouvelle Europe. Alors oui si la zone Euro permet cela pourquoi pas.
    Henri CESTIA
  • Jean-Paul COPIE
    Le 05 Octobre 2005 à 21 h 08 min
    Je ne sais pas ce qu'intégration veut dire. Je pensais le savoir jusqu'au jour ou un homme politique, entendu à la radio, parlait de l'intégration des étranger venant en France.Je pensais naïvement jusqu'alors qu'il s'agissait d'intégrer dans la communauté nationale des FRANCAIS venus de l'outre mer et notamment du continent Africain, dotés de la nationalité française mais se sentaient mal à l'aise (surtout leurs enfants)et pas admis en France. Mais non, il semble que ce soit l'intégration des étrangers arrivant en Ffrance. Et là, je dis non!Vouloir les intégrer n'est pas notre problème.C'est le leur.Notre devoir vis à vis des étrangers venant régulièrement en France est de les acceuillir comme des amis en visite chez soi; Les mettre à l'aise, avoir des égards, leur faciliter les choses, mais de là à ce qu'ils fassent partie de la famille, non!D'ailleurs le demandent-t-ils. S'ils le demandent, ils doivent s'adapter à nous et non nous à eux et apporter des preuves tangibles de cette volonté; je pense à ce qu'avait dit Madame Tatcher il y a un certain nombre d'années... quelle équipe de cricket soutiendront-ils? S'ils soutiennent celle de leur ancien pays, c'est qu'ils ne sont pas encore prêt à cette intégation. En cas de conflit, à Dieu ne plaise, quel pays soutiendront-ils.
    Je suis allé travailler quelques temps à l'étranger, personne n'a cherché à m'intégrer. Il n'aurait plus manqué que cela. Je me suis conformé aux règles locales et dans le cas contraire j'aurais été très mal vu et sans doute rejeté.. Non l'intégration doit se faire avec le temps par les évènements de la vie, et notamment le mariage(ou concubinage etc...)On ne peut décider d'imlpanter un coeur n'importe comment sous peine de rejet.C'est valable en médecine comme dans la vie. Pärcequ'en fait, l'intégration, telle que je la vois est une escroquerie dont sont victimes les étrangers que nous accueillons.Personne n'est prêt à les accueillir. Ils sont rejetés dans le ghetto formé de leur compatriotes et ne peuvent même pas former une communauté puisque cela n'est pas reconnu. Le système communautaire me semble plus adapté et plus clair. D'ailleurs cherche-t-on à intégrer la communauté chinoise et le demande-t-elle; Elle cherche à travailler et à vivre et faire vivre ses enfants en France et là, je dis oui, doublement oui. Doit on fêter le nouvel an chinois dans un pays qui prône l'intégration. Doit on parler de communauté maghrébine sans faire la distinction entre francais et non français comme on l'entend chaque jour sur les ondes? Non, il y a de l'incohérence dans la pensée et dans les attitudes et je trouve cela dommage.
    Je vous souhaite bon courage, Monsieur le Premier Ministre. Jean-Paul Copie
    Jean-Paul COPIE
  • Fabrice Renié
    Le 28 Septebmre 2005 à 21 h 44 min
    Votre article est tres interessant car il remet bien en perspective les dimensions actuelles des mouvements de populations. Mais ne serait il pas nécessaire, quand on predit que l'Allemagne n'aura plus que 62 millions d'habitants en 2050 (et même l'italie 40 millions) d'étudier et surtout d'envisager une politique volontariste d'immigration vers l'Europe ?
    Fabrice Renié
  • R B
    Le 28 Septebmre 2005 à 20 h 33 min
    Bonsoir Monsieur,
    je suis simple et chomeur et j'ai lu votre article et certaines réactions des lecteurs. Moi, je veux réagir au fait que nos campagnes se desertifient en France. Un de vos lecteur parlait de la Chine et de l'exode urbain là-bas. Moi, ca me fait mal au coeur que la campagne Française meurt depuis longtemps et qu'en contre partie, les gens s'entassent dans les grandes villes pour des prix exhorbitants. Tout le monde en parle, 1 fois tous les 2 ans (!) et hop, on oublie ! Cela serait-il si compliqué de délocaliser des centres d'appels en campagne ? Etc... Ne rigolez pas, prés de petites villes... Bref, ramener des entreprises du terciaire en campagne. Mais pour cela, il faut la valoriser ! Elle est belle la campagne, Mr, et je vous assure que bien des habitants de grandes mégapoles seraient heureux d'y habiter.
    Salutations.
    R B
  • Pascal TIERCE
    Le 28 Septebmre 2005 à 09 h 05 min
    L’attitude des marins cégétistes bloquant le port de Marseille, détournant un navire apparaît pour le moins surréaliste et choquante.

    En effet, pendant des années l’activisme de la CGT en son sein a bloqué toute évolution et toute stratégie de développement, faisant dépendre aujourd’hui la SNCM du seul soutien financier de l’Etat pour survivre. Si la SNCM était une entreprise privée, elle aurait déjà disparu.

    Confronté à l’exigence des règles communautaires, ne pouvant se résoudre à liquider une entreprise sous tutelle, l’Etat a choisi, à juste titre, d’ouvrir son capital à un partenaire privé. Cette ouverture est, d’ailleurs, l’occasion de demander un nouvel effort au contribuable, après la recapitalisation de 69 M€ survenue en 2003.

    A un moment où la concurrence est vive entre les fonds d’investissement pour prendre des participations dans les entreprises, il est intéressant de noter que dans le cas de la SNCM, c’est l’Etat qui a fait la démarche de contacter les investisseurs potentiels. Sur 70, seuls 2 ont formulé une offre ferme. Cela démontre l’état du dossier !

    Il ne s’agit donc pas d’une simple privatisation, non plus d’un bradage du patrimoine national. Pour cela, il aurait fallu que l’entreprise soit rentable. Et ce n’est pas le cas. Il s’agit manifestement d’une opération de la dernière chance pour sauver ce qui peut l’être de l’activité et des emplois.

    La responsabilité des syndicats, et en particulier celle de la CGT, est lourde dans cette débâcle annoncée. L’attitude à la fois insatiable et corporatiste (en matière de droits acquis), jusqu’au-boutisme (dans les négociations), irresponsable (en matière de gestion) est une sorte de marque de fabrique de la CGT. Les exemples de ses bastions à la SNCF et EDF (cf. son comité d’entreprise) sont là pour le confirmer.

    Espérons que le gouvernement saura tenir le cap dans la tempête.

    Pascal TIERCE
    Pascal TIERCE
  • Pascal TIERCE
    Le 26 Septebmre 2005 à 09 h 08 min
    Passionnant assurément votre sujet sur migrations et cohésion nationale. La clarté de votre propos permet d’avoir une vue synthétique et historique des problèmes liés à l’intégration des populations immigrantes dans nos sociétés occidentales.

    Passionnante aussi l’intervention, plus engagée, de Mme Martine SUSSET dont je partage les positions notamment quant au droit et au devoir des démocraties de se défendre contre l’obscurantisme et le totalitarisme.

    Dans une précédente contribution j’avais, à la suite des attentats de Londres, parlé de la nécessité d’une mobilisation contre cette « cinquième colonne » qui cherche par la violence et un prosélytisme de tous les instants à imposer un droit religieux manifestement contraire aux valeurs de notre civilisation. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la loi du 9 décembre 1905 font, entre autres, partie des textes non négociables et dont l’esprit ne doit pas être détourné, en particulier sous le prétexte fallacieux du respect de la liberté d’expression religieuse.

    Le plus triste dans cette affaire est le soutien dont bénéficient ces fondamentalistes religieux de la part de certains frileux qui, par exemple, ne voient apparemment aucune incompatibilité à faire « référence à la charia dans un jugement rendu au nom du peuple français ».

    Il en va d’ailleurs de même, dans un registre moins visible mais plus quotidien, de la mise en place de repas dit de substitution dans les écoles publiques et laïques de la République. Sauf erreur de ma part, aucun texte n’impose une telle prestation. Mais certains élus, certains agents publics par faiblesse ou par crainte, pour éviter les complications et les questions, sacrifient ainsi journellement (presque sans en avoir conscience) les valeurs de la démocratie et de la République. On appelle ça le « consensus mou ». Mais soyez assuré que, dans les établissements qui les ont mis en place, la distribution de ces repas différenciés auprès des enfants est sévèrement surveillée par les assistantes de cantine dont beaucoup sont de confession musulmane.

    Du prosélytisme diffus mais constant des uns aux petites démissions des autres, par un effet de cliquet bien connu, nous arrivons à un quasi droit acquis pour certaines communautés à vivre (et à faire vivre les autres) selon leurs règles religieuses ou coutumières. Battre sa femme (ou ses femmes), interdire telle ou telle nourriture, tel ou tel vêtement… au nom d’une croyance, est-ce compatible avec nos droits de l’homme et du citoyen.

    Et on nous parle en plus d’instaurer la discrimination positive ! Ne s’aperçoit-on pas que si cette discrimination est positive pour certains, elle sera logiquement négative pour d’autres ?
    C’est abandonner le modèle d’intégration à la française pour embrasser celui du communautarisme. La discrimination positive, en légalisant au passage le principe même de la discrimination comme mode normal de fonctionnement de notre société (au mépris des principes généraux du droit républicain), engagerait, à mon sens, plus avant la France dans l’aventure par l’insécurité juridique, la dissolution de la cohésion sociale et, à terme, les troubles sociaux qu’elle occasionnerait.

    Par contre, qu’il y ait de la discrimination (tout court) en France, c’est une évidence. Elle ne touche d’ailleurs pas que les familles d’origine immigrée, même si l’actualité journalistique se focalise sur ces dernières. Le rejet du projet de constitution européenne a, en partie, pour origine l’opposition entre l’Europe d’en bas et celle d’en haut au travers d’une société française dont l’ascenseur social ne fonctionne plus. Le fond du problème me paraît être là.

    Notre société n’est pas parfaite loin de là. Mais convient-il pour autant de prêter systématiquement l’oreille aux censeurs habituels de notre société ? Le raciste, la bêtise et l’ingratitude, ne sont-ils pas malheureusement les choses les mieux partagées au monde ? Qu’en est-il de la condition humaine en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie centrale ?

    On peut ainsi s’interroger sur la légitimité de la Cour des comptes, institution par ailleurs estimable et utile pour dénoncer les dysfonctionnements de l’Etat, à se pencher sur cette question de la discrimination en France. Est-ce son rôle ? Son cœur de métier ? A vouloir s’occuper de tout, on risque souvent de ne plus s’occuper de rien et de dévaloriser l’institution. Quant au devenir et à l’utilité de l’HALDE, il conviendrait déjà de s’entendre sur la définition des mots discrimination et égalité. Vaste programme !

    Confrontée à une société bloquée, à une absence de politique claire et pérenne en matière d’immigration, l’idée de discrimination positive me semble être la réponse de ceux qui veulent faire l’économie d’une réforme en profondeur de notre collectivité afin de la rendre plus dynamique et ouverte à tous ceux qui ont une « certaine idée de la France ». J’avais précédemment émis l’idée de nous ressourcer aux écrits des Pères fondateurs de la république moderne : Renan sur l’idée de nation, Ferry sur l’éducation, Briand, Clémenceau et Jaurès sur la laïcité et la séparation des églises et de l’Etat.

    Nous aussi, nous devons faire, sans complexe, du prosélytisme en faveur de la Liberté, de la Démocratie, de la Connaissance, du Progrès économique et technique, de l’Egalité (des chances), de la Laïcité et de la Solidarité.

    Pascal TIERCE
    Pascal TIERCE
  • M C
    Le 21 Septebmre 2005 à 14 h 56 min
    Opérer une distinction entre les deux est fondamental dans la mesure où la justesse du diagnostic constitue une condition préalable au renouvellement de notre projet de société qui, il faut bien le constater, a été torpillé ces dernières années. Le déclin de notre pays est-il réel ? On peut analyser sous plusieurs angles : (i) économique, (ii) social ou (iii) culturel. Sur le plan culturel, on ne constate plus aucune dynamique ou de rayonnement particulier de notre production culturelle à l’échelle mondiale : notre perte d’influence sur ce plan est sans appel, en dehors de l’exception notable de l’industrie de la mode. Sur le plan social, la France a su se préserver d’un creusement des inégalités sociales (mesuré par l’évolution comparée entre le premier et le dernier décile de l’échelle des revenus) ce qui est une bonne chose en soi, mais on ne peut que regretter la permanence du taux de chômage anormalement élevé, la faible compétitivité du coût du travail et un système d’enseignement supérieur à la dérive. Sur le plan économique, la part de marché de la « France SA » est en chute régulière tant sur le plan de son poids économique que dans sa participation aux échanges commerciaux mondiaux ; pis, la France s’effondre dans l’économie de l’innovation. On peut toujours arguer l’émergence des pays du BRIC mais plus grave encore, la France perd aussi progressivement son rang y compris par rapport à des pays comparables, positionnés sur le même profil économique. La crise de la France est donc claire et elle est profonde. Peut-on pour autant parler de Déclin ? La France dispose de formidables atouts : une position géographique exceptionnelle, un climat clément, des infrastructures de santé de haut niveau face aux menaces pandémiques, un environnement écologique de bon niveau et même un profil démographique moins inquiétant que d’autres pays concurrents. Sans équivoque, la perte de vitesse et d’influence de la France est inscrite dans les faits depuis des années, mais parce que finalement, ce sont les Français, par le biais de leur représentation politique, eux-mêmes qui l’ont provoqué ; aujourd’hui, le manque de courage et de lucidité de l’ensemble de la société française se traduit concrètement dans une baisse relative du pouvoir d’achat (il suffit de voyager pour le voir dans d’autres pays de l’OCDE), une paupérisation croissante et structurelle de la population et surtout aucun projet de société d’avenir. Pourtant, la croissance mondiale n’a jamais été aussi forte et la mondialisation n’a jamais été autant bénéfique. Parler de Déclin, c’est anticiper que cette tendance va continuer – voire s’accroître – dans les années qui viennent et que cette tendance est inéluctable ; a contrario, parler de Crise signifierait qu’on a atteint un nouveau point d’équilibre dans nos rapports de force économiques et surtout qu’on dispose d’un projet de société clair et partagé pour rebondir. Le projet politique majeur et bipartisan dont nous disposions ces dernières années était celui de la construction européenne ; hélas, les hommes politiques européens, victimes de leur propre naïveté, ont crû bon de porter un projet de Fédération d’Etats-Nations, ovni politique basé sur un concept prétentieux et peu efficace, au lieu de se concentrer sur une Europe Puissance et Fédérale mais à rayonnement plus limité tout en offrant l’espérance aux pays de l’Est. Les Référendum français & néerlandais ont fait volé en éclats les dernières illusions de cette génération qui a géré nos affaires européennes pendant la dernière décennie. Aujourd’hui, il faut que nous prenions nos responsabilités et fassions preuve de courage, comme les Japonais viennent de le réaliser avec la réforme de la Poste ; les politiques français et européens se retrouvent face à un nouveau défi : rétablir à tout prix une dynamique économique, condition sine qua none pour reprendre confiance dans nos fondamentaux. Ne disposant plus de la dynamique politique européenne, s’étant aliénée de façon peu habile les américains, n’ayant pas suffisamment anticipé l’émergence de l’Asie et des marchés associés, les Français sont aujourd’hui condamnés à trouver la réponse en eux-mêmes, pas pour eux mais pour leurs enfants. Sortir de la crise, c’est donc avant tout créer les conditions d’un cadre économique permettant à la France d’atteindre la croissance structurelle dynamique, c'est-à-dire au delà des 3%/3.5%. Il faut à mon sens fixer un cap clair et intelligible : la France à 100 millions d’habitants en 2040 ; on peut construire un projet de société complet à partir de cet objectif. Il faudra par ailleurs promouvoir « la société des risques », seul cadre de référence désormais pertinent pour un Etat moderne, en redéfinissant clairement ce qui relève (i) de la responsabilité individuelle seule (revenus, santé, savoir, retraite), (ii) de la collectivité (pandémies, catastrophes naturelles, justice et sécurité …) et (iii) de la responsabilité commune entre individus et l’Etat (formation initiale, transports, énergie, écologie). Il faudra aussi créer une dynamique d'« alliances sur projets » avec les partenaires clés (UE, pays de l’UE, US, Chine, Japon, Russie, Brésil, Inde) en innovant, sur les plans politique et industriel : la France détient un réel savoir-faire en la matière ; elle peut l'exploiter. Cette approche pourrait être salutaire, notamment si on accepte enfin de privilégier le partenariat Franco-Américain. En étant courageux et audacieux, le déclin dont on nous rabat les oreilles ne sera donc que de l’histoire ancienne. Une fois de plus dans notre longue Histoire. Personnellement, je crois à notre rebond, mais il nous revient de le décider. Et vite.
    M C
  • Antoine Herzog (www.antoineherzog.com)
    Le 21 Septebmre 2005 à 14 h 07 min
    Le problème n'est pas si complexe qu'il y parait...


    Un individu souhaitant émigrer en France, doit avant de faire ses bagages, accepter le pacte republicain.

    Les choses serait beaucoup plus simple si les hommes politiques avaient le courage et l'ambition d'obliger les élèves à porter l'uniforme à l'école.

    plus de pauvres, plus de riches, plus d'appartenance à une communauté, (juive, musulmane) tous francais !

    vous ne pouvez que être d'accord avec moi...

    Antoine Herzog (www.antoineherzog.com)
  • Lionel BOURBIER
    Le 16 Septebmre 2005 à 16 h 44 min
    Bonjour Al1,

    En tant qu'homme d'action, je vous demanderais votre avis à ce sujet.

    Aujourd'hui, on lisait dans les kiosques Nippons (j'habite au Japon) : "Les onze membres de l'OPEP doivent se rencontrer lundi à Vienne. Hugo Chavez annonce un baril de pétrole à 100 dollars".

    Vu le prix du baril, ne pensez-vous pas que relancer la production de charbon en France en réouvrant les mines serait aujourd'hui un projet rentable sur le plan énergétique?

    Mon point de vue:
    Etant donne les durs moments que nous allons rencontrer dans peu de temps à cause de la flambée du pétrole, je serais d'avis de mener un politique gouvernementale énergétique de prévention afin de d'anticiper le chaos Mondial de la guerre du pétrole. Scénario ds plus tragiques car nous reculerions alors de 60 ans.

    C'est pourquoi, mener une action bilatérale mettant en avant les avantages du Charbon "energie fossile dont regorgent nos sols" conjointement a la production de Carburant à base de Betterave (comme l'a sugéré Mr.2Villep1)nous positionnerait comme les leaders Européens dans la reconversion d'énergie. La France serait alors le pays Européen qui aura su anticiper la crise énergétique majeure* grâce a le veille constante de ses dirigeants (vous).

    * la guerre de l'eau sera encore plus grave dans quelques années.

    Bonne fin de journée

    Lionel Bourbier





    Lionel BOURBIER
  • Martine Susset
    Le 16 Septebmre 2005 à 16 h 23 min
    A propos du Canada et de l'éventuelle application de la charia par les tribunaux, je recommande vivement la lecture de l'article de Corinne Lepage paru aujourd'hui sur son Blog http://corinnelepage.hautetfort.com

    15.09.2005
    Les démocraties ont le droit et le devoir de se défendre

    Dans un arrêt Refah partisi du 13 février 2003, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a jugé que « les libertés garanties par l’article 11 de la Convention ainsi que par les articles 9 et 10 ne sauraient priver les autorités d’un Etat, dont une association, par ses activités, met en danger les institutions, du droit de protéger celles-ci. A cet égard, la Cour rappelle qu’elle a déjà jugé inhérente au système de la Convention une certaine forme de conciliation entre les impératifs de la défense de la société démocratique et ceux de la sauvegarde des droits individuels» . Autrement dit, les démocraties ont non seulement le droit mais encore le devoir de se défendre pour sauvegarder les valeurs de la Convention et les dispositions de cette dernière ne peuvent être invoquées pour empêcher les Etats d’agir à cette fin.
    L’inflexion des différentes politiques menées à l’égard de l’islamisme en Europe en en particulier en Grande Bretagne et aux Pays Bas , pays réputés pour leur très grande tolérance, devrait nous conduire à une réflexion approfondie sur l’évolution de notre propre droit.
    Peut-être, la première réaction du lecteur hexagonal sera-t-elle de considérer la question comme réglée , dans la mesure où la France a, heureusement, voté la loi sur les signes religieux à l’école, réaffirmant sans ambiguïté son attachement à la laïcité. Mais, il s’agit là d’une vision angélique et naïve de la réalité juridique et de terrain.
    Tout d’abord, nos plus hautes juridictions ont consacré des coups de canif sérieux dans les principes républicains. A commencer par le Conseil d’Etat, qui est à l’origine du laxisme sur la propagation du voile à l’école du fait de sa position de 1989, assez éloignée de celle de la Cour Européenne des droits de l’Homme et qui admet, implicitement, la polygamie en reconnaissant le droit à la Sécurité Sociale des deuxième et troisième épouses ; il a de la même manière considéré que n’était pas contraire à l’ordre public français la répudiation prononcée par un Tribunal islamique alors même que les droits des femmes dans ces procédures sont totalement inexistants.
    Nous voyons se développer sur notre territoire des mariages forcés, la négation plus générale du droit des filles dans les cités que des associations comme Ni Putes Ni Soumises ne cessent de dénoncer sans disposer du début du commencement des moyens dont les associations pro-islamiques continuent à bénéficier sur le territoire national
    Encore plus grave sur le plan des principes comme celui des effets apparaît le jugement rendu par le Tribunal Correctionnel de Lyon dont heureusement le Parquet a interjeté appel. Ce jugement prononçant un non-lieu à l’encontre de l’imam Bouziane est très préoccupant non seulement par la motivation qui y est retenue, mais parce qu’il s’inscrit dans un contexte plus général où il apparaît que les principes de la République sont de plus en plus remis en cause et ce, dans le cadre d’une stratégie globale, qui concerne tous les pays occidentaux.
    L’affaire jugée par le Tribunal Correctionnel de Lyon n’aurait pas du, a priori, poser de problème majeur en matière pénale comme en matière de procédure pénale.
    Dans une interview à l’hebdomadaire Lyon Magazine, interview enregistrée et authentifiée par les experts lors de la procédure d’instruction, l’imam Bouziane, qui s’est exprimé en français, même s’il peut avoir hésité sur un ou deux mots, a répondu à une question qui lui était posée que « les hommes musulmans pouvaient battre leur femme, les battre fort à condition d’éviter le visage ». Poursuivi pour incitation à la violence, l’imam Bouziane était donc renvoyé devant le Tribunal Correctionnel, deux associations de femmes « Regards de femmes », d’une part, « Femmes contre l’intégrisme » d’autre part, s’étant constituées partie civile.
    Le jugement, après de très longs développements relatifs à l’analyse du Coran et reprenant ce qui est plus grave encore, les lectures les plus rétrogrades, en particulier celles de El Karadawi, considère que l’imam BOUZIANE n’a commis aucune infraction dès lors que le Coran recommande effectivement la lapidation. Au surplus, ce jugement déclare irrecevables les constitutions de partie civile des associations de femmes.
    Sur ces deux points, ce jugement est extrêmement préoccupant. En effet, la non recevabilité des constitutions de parties civiles au motif que l’atteinte aux droits des femmes n’est pas protégé par la loi est un scandale en soi. Mais ce n’est pas le plus grave. Le plus grave , en effet, est la référence à la Charia dans un jugement rendu au nom du peuple français.
    La référence à la Charia et au Coran pour trouver une justification aux propos de l’imam Bouziane constitue une première qui s’inscrit à l’opposé de toute notre tradition juridique. En effet, la question de droit n’est évidemment pas celle de savoir quelle justification un texte extérieur à la loi française pourrait apporter mais bien de savoir si la loi française réprime ou non ce type de propos.
    Le propre de la souveraineté d’un Etat, c’est en effet de faire appliquer les textes qui régissent son droit à l’exclusion de tout autre et a fortiori de textes de nature religieuse dont la Cour Européenne des Droits, de l’Homme a précisément rappelé qu’ils étaient incompatibles avec la Déclaration des Droits de l’Homme.
    Ainsi, le tribunal s’est cru autorisé à effectuer une analyse exégétique et de surcroît rétrograde du Coran alors qu’à l’évidence, le Coran n’est pas applicable en droit interne et ne saurait donc être considéré ni comme une circonstance atténuante en droit pénal, ni-et encore moins comme une clause exonératoire de responsabilité. Au nom d’une interprétation pour le moins hasardeuse de la jurisprudence de la CEDH, le tribunal a en effet considéré que la liberté d’expression devait l’emporter. C’est une double méconnaissance de la jurisprudence de la Cour européenne. D’une part, la Cour a jugé dans l’ arrêt Refah que l’article 9 ne protège toutefois pas n’importe quel acte motivé ou inspiré par une religion ou conviction et ne garantit pas toujours le droit de se comporter dans le domaine public d’une manière dictée par une conviction (voir, parmi plusieurs autres, Kalaç c. Turquie, arrêt du 1er juillet 1997). De manière générale, la Cour rappelle que dans une société démocratique, où plusieurs religions coexistent, il peut être nécessaire d’assortir la liberté de l’exercice de la religion, de limitations propres à concilier les intérêts des divers groupes et à assurer le respect des convictions de chacun
    En second lieu, elle a validé la dissolution d’un parti islamiste, rappelant que la Charia était « difficilement compatible avec les principes fondamentaux de la démocratie », et qu’ un système multijuridique introduisant une discrimination et faisant prévaloir dans la sphère publique les règles religieuses sur les régles étatiques, était contraire à la Convention. (arrêt Refah partisti)
    Ainsi, ce jugement , non seulement, s’inscrit à contre-courant de la tradition juridique française, mais encore tourne le dos à l’évolution de la jurisprudence conventionnelle qui fait prévaloir les valeurs fondamentales de la déclaration des Droits de l’Homme sur l’application de certains principes qui n’en sont qu’une application.
    Si la jurisprudence lyonnaise venait à être confirmée , trois menaces très graves pèseraient sur la société française.
    - D’une part, tous les imams dont la connaissance même du Coran laisse parfois à désirer, pourraient librement s’exprimer par écrit et par oral sous prétexte de la liberté d’expression religieuse, pour appeler à battre les femmes, à les lapider, à lancer la djihad etc…., sans que ces propos puissent être pénalement répréhensibles …. Puisqu’ils pourraient être justifiés par telle ou telle interprétation du Coran !
    - En second lieu, elle redonne un fondement à tous ceux qui veulent reprendre l’offensive contre la loi sur les signes religieux à l’école , considérée comme attentatoire à la libre expression religieuse. Or, c’est oublier que la Cour Européenne des Droits de l’Homme a eu l’occasion de reconnaître la parfaite validité à l’occasion de son arrêt rendu à propos de l’interdiction du port du voile dans les universités turques . ( Leyla Sahin c.Turquie 29 juin 2004).
    - Enfin, si le Coran est applicable en France et si un tribunal français se reconnaît , à juste titre incompétent pour rechercher s’il a été ou non appliqué, l’étape suivante consiste évidemment à revendiquer l’instauration de tribunaux islamiques chargés d’en débattre. Telle pourrait être la conséquence indirecte de la décision du tribunal correctionnel de Lyon qui aurait ainsi imprudemment, voire dangereusement, renoncé à appliquer purement et simplement la loi française et se serait lancé dans l’application improbable du Coran.Il ne s’agit pas d’une simple conjecture. Le Canada est aujourd’hui confronté à la tentation et même à la tentative d’établir un tribunal islamique chargé de juger de la charia au sein même de l’Etat canadien , ce qui soulève à l’évidence l’indignation de nombre de femmes françaises et européennes. Mais, avec des décisions comme celle que le Tribunal de Lyon vient de rendre, le risque de la contagion en France n’est pas loin.
    Le moment est incontestablement venu pour nos démocraties de défendre les bases sur lesquelles elles se sont construites. Il s’agit non seulement d’un droit mais d’une obligation à laquelle nous invite la Cour Européenne de Droits de l’Homme.
    - d’une part, la réaffirmation de la neutralité de l’Etat, c’est-à-dire de la laïcité la plus ferme est un impératif. La Cour a souvent mis l’accent sur le rôle de l’Etat en tant qu’organisateur neutre et impartial de l’exercice des diverses religions, cultes et croyances, et indiqué que ce rôle contribue à assurer l’ordre public, la paix religieuse et la tolérance dans une société démocratique. Elle estime aussi que le devoir de neutralité et d’impartialité de l’Etat est incompatible avec un quelconque pouvoir d’appréciation de la part de l’Etat quant à la légitimité des croyances religieuses (voir, , Cha’are Shalom Ve Tsedek c. France [GC], no 27417/95, § 84, CEDH 2000-VII) et que ce devoir impose à celui-ci de s’assurer que des groupes opposés se tolèrent . Ce principe, impose, sans équivoque l’application de la loi française et communautaire et elle seule, dans nos prétoires.
    - En second lieu, les principes fondamentaux de la convention , c’est –à-dire les valeurs démocratiques et d’égalité sont un impératifs et c’est à leur aune que leurs règles d’application doivent être appréciées. Or, comme le rappelle sans ambiguïté, la Cour , »on ne saurait exclure qu’un parti politique, en invoquant les droits consacrés par l’article 11 de la Convention ainsi que par les articles 9 et 10, essaie d’en tirer le droit de se livrer effectivement à des activités visant la destruction des droits ou libertés reconnus dans la Convention et ainsi, la fin de la démocratie (Parti communiste (KPD) c. Allemagne, no 250/57, décision de la Commission du 20 juillet 1957, Annuaire 1, p. 222). Or, compte tenu du lien très clair entre la Convention et la démocratie ,nul ne doit être autorisé à se prévaloir des dispositions de la Convention pour affaiblir ou détruire les idéaux et valeurs d’une société démocratique. Le pluralisme et la démocratie se fondent sur un compromis exigeant des concessions diverses de la part des individus ou groupes d’individus, qui doivent parfois accepter de limiter certaines des libertés dont ils jouissent afin de garantir une plus grande stabilité du pays dans son ensemble ….Or, la Cour reconnaît que la charia, reflétant fidèlement les dogmes et les règles divines édictés par la religion, présente un caractère stable et invariable. Lui sont étrangers des principes tels que le pluralisme dans la participation politique ou l’évolution incessante des libertés publiques. La Cour relève que, lues conjointement, les déclarations en question qui contiennent des références explicites à l’instauration de la charia sont difficilement compatibles avec les principes fondamentaux de la démocratie, tels qu’ils résultent de la Convention, comprise comme un tout. Il est difficile à la fois de se déclarer respectueux de la démocratie et des droits de l’homme et de soutenir un régime fondé sur la charia, qui se démarque nettement des valeurs de la Convention, notamment eu égard à ses règles de droit pénal et de procédure pénale, à la place qu’il réserve aux femmes dans l’ordre juridique et à son intervention dans tous les domaines de la vie privée et publique conformément aux normes religieuses. (...) Selon la Cour, un parti politique dont l’action semble viser l’instauration de la charia dans un Etat partie à la Convention peut difficilement passer pour une association conforme à l’idéal démocratique sous-jacent à l’ensemble de la Convention. »
    Dès lors, et dans l’intérêt de toutes les femmes françaises, à commencer par nos concitoyennes des cités, nous avons le droit et le devoir de nous opposer vigoureusement et sans aucun état d’âme, à toutes les tentatives de remises en cause des valeurs républicaines et démocratiques y compris en refusant de prétendues justifications tirées de la Convention européenne qui n’auraient comme objectif que de remettre en cause la Convention elle même.

    Martine Susset
  • Antoine M
    Le 16 Septebmre 2005 à 12 h 45 min
    Je me réjouis que vous nous fassiez partager votre cours. L'analyse que vous proposez est intéressante. Néanmoins il me semble que vous auriez pu, en tant qu'homme politique, nous proposer une réflexion sur les valeurs qui peuvent aujourd'hui permettre le "vivre ensemble" dont parlait Renan. La France a sans doute déjà les valeurs qui devraient contribuer à la bonne intégration de populations aux identités diverses: la liberté, l'égalité, la fraternité. Mais il serait peut être bon de les regénerer par rapport aux défis que pose aujourd'hui la mondialisation. Personnellement il me semble que l'école, la famille et les hommes politiques ont un rôle fondamental pour la diffusion de ces valeurs. Sur le plan des politiques publiques (par exemple, le contrat d'accueil et d'intégration), pensez-vous que celles déjà mises en oeuvre sont suffisantes? Que proposeriez-vous à la fois de nouveau et de respectueux des "valeurs républicaines"?
    Antoine M
  • Emile-Robert Perrin
    Le 16 Septebmre 2005 à 11 h 22 min
    Quelques réaction à votre réflexion sur les migrations.

    D'abord, pour les pays développés dont la population est "vieillissante", il faut s'interroger, sur le plan économique et social, sur le rôle de l'immigration dans la préservation des systèmes de protection sociale et de retraite. C'est un thème régulièrement abordé par l'ONU, qui préconise l'ouverture des frontières. En d'autres temps, Michel Debré a mené un combat incessant en faveur de la croissance démographique dans cette perspective. Dès lors que la croissance démographique est atone (la France s'en sortant cependant plutôt mieux), ne faut-il pas favoriser l'immigration ?

    Le problème, c'est qu'il ne faudrait pas encourager la fuite des cerveaux au détriment des pays pauvres (par exemple, il y a plus de médecins ghanéens au Royaume Uni qu'au Ghana ...). Or, l'immigration dont on a le plus besoin, c'est celle de travailleurs qualifiés.

    Ensuite, à l'heure de la mondialisation, c'est-à-dire de l'ouverture, on ne peut qu'être embarrasé par les restrictions aux mouvements des personnes. Je ne pense pas, comme je l'ai lu dans l'une des réactions à votre réflexion, que cela encourage les délocalisations. Elles relèvent de facteurs autrement plus importants (niveaux des salaires dans les économies émergentes, présence de marchés solvables importants comme en Chine et en Inde, baisse des coûts de transport, etc.). Mais c'est intrinqéquement une atteinte aux libertés, même si, comme l'avait relevé un jour un ministre socialiste de l'intérieur (Joxe), la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde.

    Enfin, toujours à propos de la mondialisation, on ne peut pas avoir une vision restrictive de l'immigration dans les pays riches et prôner en même temps la libéralisation des services et des investissements. Bon nombre d'entre eux impliquent la libre circulation des personnes.

    Il y a des pays en développement qui se développent, c'est une bonne chose et il ne faut pas contrer une telle évolution sauf à pérennniser la dépendance par rapport à l'aide.

    Emile-Robert Perrin
    Emile-Robert Perrin
  • emmanuel BLANC
    Le 16 Septebmre 2005 à 11 h 18 min
    Quand j'étais jeune, c'était il n y a pas trés longtemps,on nous apprenait en cours que la population de la France du dernier recensement était de 55 millions d'habitant, avec un taux de fécondité de 1.8 A 1.9 enfant par famille(le 1/10° D'enfant faisant tjrs rire en cours). Le taux de remplacement tenant compte des décs était de 2.1 enfants, le triste constat était fait que la femme française n'était pas assez féconde et que le renouvellement des populations n'était pas effectif (Années 1980/1990).
    Quelle ne fut pas ma stupeur de constater lors du dernier comptage que la population avait augmenté de prés de 5 millions d'habitants soit 60 millions (+9 %), mais que le taux de fécondité était scotché à 1.9 enfant par famille........
    SI L ON NE REMPLACE PAS NOTRE POPULATION D OU VIENT DONC CETTE DIFFERENCE ? je n'ai pas de réponse en avez vous?
    Concernant l'immigration , je suis issu d'une trés vieille famille bordelaise, mon arriére arriére grand pére avait fait dont a la ville de Bordeaux dune salle de concert, et mon pére s'est marrié en 1968 avec une kabyle, un mélange riche de diversité et d'échange. Je n'ai jamais vu ma grand mére maternelle porter un foulard, son souci était principalement de s'intégrer le mieux possible à notre société et d'en accepter les avantages comme les inconvénients, on constate aujourd'hui un communautarisme sectaire qui repousse tout ce qui n'est de son groupe.Je pense trés sincérement que ce ne sont pas la différences qui séparent les hommes , mais la connerie.
    emmanuel BLANC
  • Hugues de Fombelle
    Le 16 Septebmre 2005 à 07 h 40 min
    Mr Juppé,

    Je partage vos définitions des deux modèles d'intégration. Par contre je suis en désaccord avec l'affirmation que tous sont en "panne ou en crise". Le modèle Canadien multiculturel, que je connais bien puisqu'il m'intègre depuis plus de 10 ans maintenant, fait l'objet d'ajustements réguliers comme n'importe quel modèle bien entretenu. L'intervention des tribunaux (chrétiens et juifs) religieux dans le processus de médiation familiale ne posait aucun problème avant la polémique que vous mentionnez. Par respect du droit d'équité, l'administration a accepté une requête demandant l’introduction de tribunaux Musulmans. Cela a provoqué la controverse que vous connaissez, car si en théorie toutes les religions sont égales, en pratique dans le contexte actuel, le mot charria suscite beaucoup de réactions négatives. Le premier ministre a bien réagi en annonçant qu'il annulait purement et simplement les tribunaux religieux. Fin de la controverse, car c’était bien cela dont il s’agissait. Contrairement à ce que vous laissez entendre, ce n'était pas une crise ou une panne du système d'intégration communautariste. A la suite de cette polémique, avez-vous entendu une seule voix se prononcer pour la remise en cause du modèle d'intégration Canadien ? Non. Continuez à observer la société Canadienne/Québécoise et vous verrez que ce pays n'a pas de parti politique (même ultra minoritaire) faisant la promotion de la différence raciale. Qu'il n'y a pas de ghettos ethniques générant des problèmes sociaux constants. Que le racisme quotidien est très bas, sans comparaison avec le bruit ambiant à saveur xénophobe que l'on peut entendre en France. Certes le Canada a été construit par les immigrants, et l'on sent bien que cela a fortement marqué l'inconscient collectif de cette société. Mais d'aucune manière on ne peut affirmer, suite à un réajustement, que ce modèle qui a produit jusqu'à aujourd'hui des résultats remarquables est en panne. Au contraire, je pense que les politiciens Français, qui d'après un article du Point s'inspirent déjà beaucoup des politiques Québécoises (http://www.lepoint.fr/dossiers_france/document.html?did=146671), devraient observer les réussites de ce modèle pour qui intégration n'est pas synonyme d'assimilation. Je sais combien ces propos semblent lointains pour un lecteur (ou devrais-je dire électeur) de l'hexagone. Je sais aussi que la France sur les questions migratoires est dans un mode de dénégation (denial comme disent les anglo-saxons) en ne voulant pas accepter les conséquences de l’intégration de ses communautés. Mr Juppe, sur un autre sujet, vous avez fait valoir récemment que vous ne faisiez qu’observer les choses qui marchent. Sur la question des modèles d’intégration, je pense que vous vivez actuellement dans un pays qui utilise une approche pragmatique, non dogmatique, qui fonctionne très bien … et qui, oui, de temps en temps, réclame un réglage.
    Hugues de Fombelle
  • R. David
    Le 16 Septebmre 2005 à 02 h 23 min
    Monsieur le Premier Ministre,

    Tout le monde constate comme vous, la crise du modèle d'intégration républicaine à la française. D'ailleurs, plus personne n'ose parler d'assimilation mais d'intégration. Un glissement sémantique qui en dit long. Néanmoins, je voudrais apporter ma contribution sur les causes de ce phénomène.

    Il suffit aujourd'hui de se promener dans un quartier à forte proportion étrangère pour constater un nombre important d'antennes paraboliques. Un étranger aujourd'hui peut facilement regarder les mêmes chaînes, écouter les mêmes radios et lire les journaux de son pays d'origine. Le téléphone longue distance et l'avion sont aussi nettement plus accessibles. Sans parler d'internet, du portable...

    Tous ces progrès nous affranchissent des distances et vous êtes bien placé pour le remarquer.
    Il y a bien sur de multiples causes mais le progrès technique y est certainement pour beaucoup.
    A moins de se replier sur soi et de devenir une dictature, il sera difficile de lutter contre. Ce qui serait bien sur catastrophique d'autant que c'est un enrichissement formidable pour l'immigrant comme pour le pays d'accueil. Certains comme vous, parlent de valeurs communes, d'autres vont jusqu'à parler de langue ou de religion commune mais ne pourrait-on se contenter de respecter les mêmes lois?

    Finalement, les immigrés d'autrefois s'assimilaient peut-être parfois par manque d'alternatives?
    R. David
  • Guillaume Henry
    Le 15 Septebmre 2005 à 20 h 41 min
    J'ai trouvé la réflexion du jour particulièrement intéressante dans le contexte des débats actuels (en particulier au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en France en ce qui concerne l'Europe). Le "multiculturalism" est un terme récent : il serait le produit d'un romancier britannique (Edward Haskell, vers 1941, pour décrire l'existence de sociétés diverses multilingues et cosmopolites, en particulier -déjà- en ce qui concerne le Canada)...et c'est surtout en Amérique du Nord qu'une école de pensée multiculturaliste a vu le jour en particulier à partir du milieu des années 1960 : "Beyond the melting pot" (Glazer&Moynihan, 1963), "The rise of the unmeltable ethnics" (Mickaël Novack, 1971), "Liberalism and the limits of Justice" (Michael Sandel, 1982), ou encore "The sources of the self : the making of modern identity" (Charles Taylor, 1989).....
    Dans le cas canadien, le multiculturalisme a pris une tournure très officielle avec Pierre-Etienne Trudeau au début des années 1970 puis avec la "loi sur le multiculturalisme" de 1985 (en vigueur en 1988) dans un contexte de diversification de l'immigration à la suite de la réforme -dans un sens plus libéral- initiée par la loi de 1967. La loi de 1985 reconnaît que "le multiculturalisme est une caractéristique fondamentale de l'identité et du patrimoine canadiens et constitue une richesse inestimable pour l'avenir du pays". Côté "états-unien", le courant multiculturaliste est davantage une réaction au courant "nativiste" wasp des années 1920 (réaction que l'on retrouve dès 1924 avec "Culture and Democracy in the United States" de Horace Kallen, qui lance alors la notion de "pluralisme culturel") qui s'est progressivement accentuée.....en tout cas jusqu'au pavé dans la mare de Samuel Huntington l'an dernier que vous évoquez justement ("Who are we ? The challenges of the american identity). Si S. Huntington met en avant le risque d'apparition d'une société bi-culturelle aux Etats-Unis du fait de l'importance démographique croissante des "Hispaniques", il n'en est pas moins vrai, comme l'ont souligné le Financial Times ou le New-York Times, que les immigrants hispaniques ne cherchent pas nécessairement à constituer une société à part, que leurs enfants sont dans l'immense majorité des cas bilingues et que les mariages "mixtes" y sont particulièrement fréquents par comparaison avec les autres "groupes raciaux" ou culturels recensés (très officiellement) aux Etats-Unis (très faible exogamie des Afro-Américains)..... et au contraire du repli (identitaire, culturel et endogame) de certaines autres catégories d'immigrants -souvent musulmans- dans des sociétés plus ou moins "multiculturelles" (Pakistanais au Royaume-Uni, Turcs en Allemagne, Marocains aux Pays-Bas...). La France présente une situation peut-être plus spécifique en raison d'une forte identité nationale et d'un héritage colonial non négligeable (en particulier dans le cas de l'Algérie)...sans compter comme vous l'avez si justement souligné une tradition ancienne d'immigration remontant au second empire (au cours des années 1920, alors que les Etats-Unis restreignaient l'immigration sur leur sol avec le Johnson-Reed Act de 1924, la France était la première destination d'immigration au monde).
    Cette spécificité tient peut-être aussi à une certaine volonté universaliste : méfiance vis-à-vis du multiculturalisme, peur de perdre une identité jusqu'ici valorisée, refus des particularismes....mais aussi dans les faits une exogamie relativement forte des enfants d'immigrants nord-africains (même si statistiquement elle reste difficile à établir).

    Tous mes encouragements pour cette année universitaire.
    Guillaume Henry
  • Charles A
    Le 15 Septebmre 2005 à 20 h 35 min
    Le problème des flux migratoire « intra Chine » est réel. Il me souvient qu’un un lecteur compare cela à l'Europe de la Révolution Industrielle. Le cas chinois est délicat, les hommes des campagnes sont attirés par les centres urbains en pleine expansion. Les paysans y vont chercher des salaires plus élevés. Les villes se remplissent, les campagnes vont se vider. Les villes ne sont cependant pas encore prête à accueillir tant de monde – le seront – elles un jour ? Comment alimenter les villes en eau, électricité pour supporter cet afflux. Réfléchissons aux problèmes écologiques suscités par ces flux. Que vont devenir les campagnes, y- a t-il des possibilités de reconversion, comme on commence à le faire en Europe (gîte ruraux, etc...) mais dans un pays de la taille de la Chine, très matérialiste, non démocratique, qui va prendre conscience de cela ? Le gouvernement peut-il longtemps empêcher un exode quand la tentation st si forte. Les Chinois (en tout cas le gouvernement), quand la situation écologique devient grave, savent réagir et être efficaces (immense plantation de nouveaux arbres dans les régions qui se désertifient) mais je doute de leur "pro activité" dans ce domaine. Conflit entre développement économique et écologique à suivre.
    Charles A
  • Matthieu sch
    Le 15 Septebmre 2005 à 18 h 30 min
    Votre propos resonne avec une lecture que je suis en train d'achever : Who are we ? de Samuel Hungtington. Dans cet ouvrage, Huntington se pose la question de la soutenabilite a long terme d'une immigration revendiquant le maintien de sa langue et de sa culture : sa perspective se situe bien evidemment dans un contexte particulier, celui de la specificite de l'immigration hispanique dans les etats americains du sud, mais elle a le merite d'interroger la pertinence d'un modele integrationiste multi-culturaliste a une epoque ou les identites nationales (evide de leur contenu nationaliste ou chauviniste) ont ete minees en bas par les subcultures et en haut par la mondialisation.
    Si la France poursuit dans la voie de la denegation permanente de son histoire, de ses origines et de la beaute de sa langue, si cette certaine idee de la France dont le general de Gaulle a su si bien parle, continue a etre niee, il sera vain de vouloir mettre en place une integration dite republicaine ; l'integration republicaine n'est pas qu'une methode, c est aussi un corpus de valeurs, qui puisent leur energie dans l'histoire de notre pays. La methode est surement defaillante aujourd'hui mais est-ce seulement la faute de l'ecole ? Ne faut-il pas s'attrister derriere les propos de tribunes du declin effectif de nos valeurs republicaines ? Le debat sur la laicite a ete, a mon sens, un excellent revelateur de cet echec a definir rigoureuseument ce qui il y a encore 25 ans semblait etre evident.
    Matthieu, etudiant a Normale sup
    Matthieu sch
  • François BESSON
    Le 15 Septebmre 2005 à 15 h 02 min
    La France à égalité avec l’Angleterre...
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    Le ministre du Budget, Jean-François Coppée vient de dévoiler le détail de la réforme fiscale du gouvernement. Malgré les cris d’orfraie poussés par la gauche, il semble évident - et chacun pourra le vérifier par de rapides calculs - que ce sont bien les classes moyennes qui profiteront du nouveau barème à 4 tranches. Mais la question n’est pas là.

    Pour plus de lisibilité, le gouvernement a tenu à supprimer l’abattement de 20% et à le réintégrer dans le taux d’imposition de chaque tranche. Ce qui explique que le taux de la tranche supérieure passe de 48% à 40%. Cette opération est transparente pour les hauts revenus qui continueront donc à payer la même somme (sauf ceux qui dépassent le plafond de l’abattement, mais ils seront récupérés par un autre mécanisme...). Par contre, selon la volonté du gouvernement, elle permet enfin les comparaisons avec les pays étrangers qui ne pratiquaient pas l’abattement.

    Et que découvre-t-on à cette occasion ? Que la taux supérieur d’imposition est en France le même qu’en Angleterre, qu’il est de 5% inférieur à l’Allemagne et de 10% inférieur à la Belgique, de 12% inférieur à celui des Pays-bas et seulement supérieur de 2% à celui du Luxembourg... Et ce qui est vrai aujourd’hui, était vrai hier puisque, redisons-le, la suppression de l’abattement rend les choses équivalentes. Ainsi donc, la droite nous serine mois après mois que les taux d’imposition sont en France confiscatoires, qu’ils conduisent les entrepreneurs à s’expatrier pour les havres de paix fiscale que sont l’Angleterre ou la Belgique. Et nous découvrons qu’ils sont en fait le plus souvent inférieurs à ceux de nos voisins ! Soyons justes : l’Angleterre et la Belgique permettent par des systèmes bien organisés de défiscaliser un bonne partie de ses revenus, donc d’échapper à l’impôt. C’est pour cela qu’ils attirent les hauts revenus. Ce n’est pas le taux d’imposition qui est en question dans cette affaire puisqu’il est souvent inférieur en France, mais bien la possibilité de ne pas payer d’impôt.

    L’idéologie anti-impôts...
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    Car l’idéologie la plus en vogue en France en ce moment est bien celle-là chez ceux qui tiennent le haut du pavé et qui font campagne pour Sarkozy : la France serait un pays quasi-socialiste car elle ne permet pas aux hauts revenus d’échapper à l’impôt... On sait maintenant que le barème des impôts en France est aujourd’hui - mais hier aussi - pas plus confiscatoire que chez nos voisins, mais la question est bien de stigmatiser encore et toujours le système français. L’idéal non dissimulé d’une bonne partie de la droite est bien entendu celui de la Slovaquie où le taux supérieur est à 19% et où on peut de plus échapper facilement à l’impôt en soudoyant quelques fonctionnaires... “Un rêve pour les vrais entrepreneurs qui se tuent à la tache en France pour “nourrir” des ouvriers fainéants et assistés !....”

    Le taux maximum d’imposition pour tous les impôts confondus (IRPP, ISF, impôts locaux) fixé à 60% par le gouvernement semble aussi une mesure de justice. Sarkozy, dans une surenchère démagogique réclamait 50% : “Quelle audace, dit-il, de réclamer qu’à partir du mois de juillet, on commence à travailler pour sa famille...” Et là encore, de relayer toute une propagande qui tendrait à faire accroire que ceux qui créent de la richesse sont accablés d’impôts au delà de ce qu’ils peuvent payer. C’est bien l’ISF qui est en ligne de mire... Pourtant qu’apprend-on à cette occasion de la bouche même de Coppée ? Que cette mesure de plafonnement des impôts à 60% des revenus concernera 126 000 personnes constituées à 95% de contribuables à revenus modestes : il s’agit en fait de personnes qui subissent une chute brutale de leurs revenus principalement pour cause de chômage et qui ne peuvent pas s'acquitter de leur impôt.... Point ici de riche entrepreneur accablé par les contributions et dont les prélèvements confiscatoires seraient supérieurs à ce qu’il gagne réellement. Encore un mythe qui tombe !... De toute façon, comme me le faisait remarquer un ami, patron florissant de son état, un bourgeois qui ne peut pas dégager plus de 1% de revenus de son capital, mérite-t-il vraiment de posséder ce capital ? S’il se plaint de ne pouvoir payer son ISF, c’est que c’est vraiment une andouille incapable de faire fructifier son argent ... Les cas les plus criants d’injustice, qu’on appelle le syndrôme de l’Ile de Ré, où certains contribuables (quelques dizaines en France) ne peuvent payer l’ISF d’une propriété qui a vu son prix exploser alors qu’ils sont au SMIC seront bien évidemment pris en compte par le plafonnement. Mais là encore, il s’agit de créer des mythes pour stigmatiser toute politique fiscale en France, quelle qu’elle soit... L’impôt aussi faible soit-il est l’ennemi de tout libéral. On le sait depuis Reagan et Thatcher... C’est donc Villepin qui a pris en charge directement cette affaire de réforme fiscale, en laissant de côté (quelle humiliation !...) cet ex-patron de Breton qui n’avait qu’une seule chose en tête, supprimer l’ISF...

    Des patrons à la ramasse...
    ================

    J’ai pu vérifier moi-même au cours d’une expérience professionnelle le poids de cette idéologie patronale. Permettez-moi de vous narrer cette anecdote : Je me trouvais un jour en compagnie d’une brochette de petits patrons français (entreprises de 50 à 500 personnes) adhérents à la CGPME que j’avais invités à participer à une étude sur les télécoms. A la fin du dîner copieusement arrosé (ça délie les langues et libère les fantasmes...), le premier patron, appelons-le Durand, me dit :

    - “A votre avis, j’ai payé combien d’impôts en 20 ans de carrière ?
    - Je ne sais pas monsieur...
    - Eh bien, j’ai payé 20 millions de francs ! Vous vous rendez compte ? (c’était avant l’euro...)
    - Permettez-moi de vous féliciter, monsieur, cela veut dire que vous avez sans doute gagné 25 millions de francs après impôts , ce qui fait un revenu net de 1,2 million de francs par an, soit environ 100 000 francs nets par mois... De quoi bien profiter de la vie...
    - Comment ?!! [réaction indignée]...

    Un autre patron, appelons-le Dupond-Lajoie, assis près de moi, prend le relais...
    - A votre avis un cadre avec deux enfants qui gagne 25 000 francs par mois, combien paye-t-il d’impôts ?
    - Je ne sais pas, sans doute 2500 francs par mois.
    - Et vous ne trouvez pas ça scandaleux ? Vous croyez qu’on peut vivre dignement avec 22500 francs par mois ?...
    - Je pense que oui, mais demandons à mon collaborateur (il était assis entre nous), c’est ce qu’il gagne et il a quatre enfants !...”

    La conversation s’est arrêtée là mais j’ai juste entendu un des patrons dire à l’autre à voix basse : “dire qu’il a fallu voir tomber le mur de Berlin, pour entendre aujourd’hui des propos communistes pareils !...”

    Les fantasmes du néo-libéralisme...
    =======================

    Cette anecdote [véridique, je vous l’assure] est très éclairante. J’ai pu vérifier à de nombreuses reprises que lorsqu’on pousse dans leur retranchement ceux qui font profession de réclamer une baisse des impôts et de stigmatiser son caractère confiscatoire, eh bien, ils ne fixent aucune limite à cette baisse. Payer 2500 francs par mois quand on en gagne 25000, soit un taux d’imposition moyen de 10%, leur semble abominable. Quand on leur demande quel taux moyen leur semblerait supportable, ils en viennent inévitablement à se convaincre qu’il ne faut plus payer d’impôts du tout. Par contre, c’était le cas dans la réunion où mon anecdote prend place, ces mêmes personnes sont les premières à réclamer l’intervention de l’Etat pour aménager les infrastructures de leur région...

    C’est bien cette contradiction que révèlent les fantasmes entretenus par la droite néo-libérale française (ou la droite tout court et de toute éternité... Les “notouaires”, comme disait de Gaulle avec dégoût...) autour du taux d’imposition. Et le nouveau barème révèle que la situation en France, aujourd’hui comme hier, est sensiblement la même et souvent meilleure, que chez nos voisins.

    Les vrais taux d’imposition...
    ==================

    Il faut surtout se plonger dans les chiffres donnés par l’OCDE en 2004. Ils sont très révélateurs sur le caractère prétendument confiscatoire de l’impôt et des prélèvements sociaux. De quoi parlent ces statistiques ? Du taux de redistribution net : c’est à dire du revenu par foyer diminué de tous les impôts et prélèvements sociaux obligatoires, augmenté des prestations sociales (allocations familiales, remboursements santé, etc...) dispensées par l’Etat ou le système public. C’est donc le revenu qui reste à la fin du mois pour payer son loyer et consommer en dehors de frais médicaux. Eh bien quel est-il en comparaison du revenu net avant impôts ?

    Il est de 78% pour le vintile supérieur (les 5% des Français les plus riches) et de 180% pour le décile inférieur (les 10% de Français les plus pauvres). Qu’est-ce que cela veut dire ? Que les 5% des français à hauts revenus sont soumis à un taux confiscatoire réel de 22% et une fois compensé ce qu’ils reçoivent et payent, il leur reste 78% de leurs revenus pour consommer... Mon dieu quelle horreur ! “On n’est pas loin du communisme” !... A l’inverse, il faut reconnaître que le système est assez redistributif, car les français les plus pauvres bénéficient réellement de 80% de revenus supplémentaires (sous forme de prestations sociales) en plus de ce qu’ils gagnent réellement. Et les autres ? Ce sont les déciles D7 à D9 (les classes moyennes dites supérieures) qui ont un taux de redistribution net (impôts – prestations) compris entre 3 et 8%. Ce sont eux qui vont bénéficier des mesures gouvernementales. Ils représentent 30% des français. Et ceux sont eux qui ont le plus pâti des l’accroissement des inégalités en France depuis vingt ans : les plus pauvres (décile inférieur) ont vu leurs revenus augmenter de 5% de plus que la moyenne, les plus riches ont vu leurs revenus croître de 10% de plus que la moyenne. Il s’agit donc d’un correctif salutaire pour les classes moyennes supérieures et on peut en faire crédit à Villepin.

    Rappelons ici à ceux qui croient qu’en gagnant 5000 euros par mois il font partie des damnés de la terre, que les salaires des Français appartenant au décile D9 étaient en 2004 de 2909 euros par mois ...

    Quand on voit ces statistiques, on peut se dire deux ou trois choses sensées :

    - Qu’un Etat qui ne ponctionne finalement que 22% de leurs revenus aux plus riches et en moyenne 5 à 10% aux classes moyennes supérieures est un Etat très efficace qui ne dilapide pas l’argent de ses contribuables pour faire tourner la baraque - vérifiez du côté des compagnies privées, genre banques ou assurances, pour voir combien elles prélèvent sur vos cotisations pour gérer leur boutique : en général entre 20 et 30%...

    - Que les hauts revenus qui disposent de 78% de ce qu’ils gagnent pour consommer après que l’Etat est intervenu et qui trouvent moyen de se plaindre sans arrêt de “l’impôt confiscatoire” sont des sectateurs qui ne trouveront de répit dans aucune société digne de ce nom...

    - Que quand 90% des Français ont un salaire net [avant impôts] inférieur à 2909 euros par mois [ 19 000 francs] , on se dit que le problème principal en France n’est donc pas l’impôt, mais bien le revenu et les salaires !...
    François BESSON
  • Cedric Cros
    Le 15 Septebmre 2005 à 13 h 19 min
    Monsieur le Premier Ministre,

    J'aimerais rebondir sur votre article "migrations et cohesion sociale" en mettant en lumiere le cas chinois, qui superpose à sa maniere plusieurs niveaux de migrations:

    - "une migration de l'elite" : celle des jeunes diplomes chinois qui partent se former en Occident (essentiellement US). Certains y restent ("brain drain"), certains, de plus en plus nombreux, reviennent, en raison de la multiplication des opportunites qu'offre la croissance economique chinoise. Cette categorie de migrants "partis pour revenir" est la cle du dynamisme du pays.

    - une migration "contrainte", plutot interne, entre Provinces pauvres du centre et de l'ouest, et Provinces plus riches et urbanisees de la zone cotiere est. C'est un schema classique, que nous avons connu en Europe aux XIXeme, liee a l'urbanisation du pays. Source d'instabilite a court terme, ce mouvement migratoire s'avere, in fine, benefique a la croissance du pays.

    - une migration assez originale, du type "diaspora" qui croise les deux precedentes : historiquement departs du pays en raison de la pauvrete, progressivement mouvements de retour (voir le retour des tycoons hongkongais ou singaopouriens a Shanghai) va et vient interieur - exterieur, et au total formidable interface, notamment financiere, entre la Chine et le reste du monde.

    Quelle conclusion en tirer ? Au risque de schematiser un peu, que la plasticite et l'ouverture sur le reste du monde sont les moteurs les plus perfomants pour tirer profit, et non les subir, des flux migratoires.

    Ici comme ailleurs, la Muraille de Chine frileuse et protectionniste que nous proposent certains xenophobes nationalistes en Europe, est la pire des solutions.

    N'ayons pas peur des flux migratoires. Ils sont une chance.




    Cedric Cros
  • M C
    Le 15 Septebmre 2005 à 10 h 35 min
    Tout à fait d'accord avec votre analyse. Toutefois, il ne faut pas oublier que les flux migratoires ont lieu d'abord entre pays émergents. On peut noter le "cas d'école" de la Côte d'Ivoire, qui est aujourd'hui menacée non seulement dans sa cohésion nationale sur le plan des valeurs, mais également dans son intégrité territoriale. En effet, ce pays compte environ 35% d'étrangers sur son sol issus des pays étrangers, résultat de la vision politique de Houphouët Boigny, qui était courageuse et accompagnée d'un certain dynamisme économique. Par ailleurs, je regrette un peu que vous n'ayez pas publié mes derniers posts qui me semblaient digne d'intérêt. Bien à vous.
    M C
  • JF Marmonier
    Le 15 Septebmre 2005 à 03 h 59 min
    Le mouvement de mondialisation et les délocalisations qui en sont la conséquence n’est-il pas la réponse apportée par les entreprises à la volonté des Etats développés de réguler sévèrement les flux migratoires et de protéger (à court terme) leur marché de l’emploi durant les décennies passées ?

    Face à cet état de fait, les entreprises mondialisées n’ont-elles pas alors développé une sorte d’intégration horizontale à l’échelle de la planète du marché du travail ?

    En effet, forts de préserver leur cercle de travailleurs nationaux et prenant ainsi des mesures de restrictions de la mise en concurrence de leurs salariés avec de potentiels immigrants via notamment des mesures d’obtention de visas restrictives, les pays riches n’ont-ils pas orchestré cette restructuration de la répartition du travail au niveau de la planète ?
    Ce faisant, n’ont-il pas amené les entreprises, en s’installant là où cette main d’œuvre était restée, à transférer la création de richesse et les ressources budgétaires en découlant dans les pays en développement ?
    Par manque conscient de mesures d’anticipations difficiles car dépassant largement l’horizon temporel de leurs mandats, les « décideurs pour la nation » n’ont-ils pas engagé l’économie nationale dans un cercle vicieux du déclin ?

    Ce mouvement n’est-il pas appelé à s’intensifier et de très vite se répandre au secteur des services jusque là relativement épargné ?

    La politique jusqu’ici menée qui a eu pour conséquence les délocalisations ne conduit-elle pas à terme à niveler par le bas de la grille salariale mondiale là où une efficace politique d’immigration aurait permis un nivellement par le haut pour les immigrants ?

    Heureusement, la construction européenne montre la voie, via notamment l’intégration des ex-pays de l’Europe Centrale et Orientale ; l’Europe pense et construit à long terme même si le coût est supérieur à court terme au statu quo, là où les nations ont toujours eu peur.

    On oublie trop souvent que l’Europe, en intégrant des états entiers, a réussi (Espagne, Portugal, Grèce) et réussi encore là où nombre de nations ont échoué.
    JF Marmonier

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Bonjour, vous avez pris le temps de me lire et me répondre.
Je tenais à vous remercier de cette forme d'engagement.
Rien que de m´apporter une réponse montre que nous partageons une passion, celle de notre pays. Pour ma part , je suis partisan du dialogue et, je vous remercie de l'avoir entamé avec moi.

Bien cordialement.
Alain Juppé
Alain Juppé 2017
5 ans pour l'emploi
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